‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 122 sur 255 · LE MARQUIS, LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, NÉRINE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, NÉRINE

LE M ARQ U I S , se rajustant, à la Comtesse.

I Je suis tout en désordre : un maudit embarras \ M'a fait quitter ma chaise à deux ou trois cents pas ; Et j'y serois encor dans des peines mortelles , Si l'Amour, pour vous voir, ne m'eût prêté ses ailes.

LA COMTESSE

Que monsieur le Marquis est galant sans fadeur!

LE MARQUIS

oh! point du tout, je suis votre humble serviteur. Mais , à vous parler net, sans que l'esprit fatigue, Près du sexe je sais me démêler d'intrigue.

( apercevant Angélique. )

Ah, juste ciel! quel est cet admirable objet?

c'est ma sœur.

LE MARQUIS

Votre sœur! vraiment, c'est fort bien fait. ; Je vous sais gré d'avoir une sœur aussi belle ; i On la prendroit, parbleu , pour votre sœur jumelle.

LA COMTESSE

Comme à tout ce qu'il dit il donne un joli tour! Qu'il est sincère ! On voit qu'il est homme de cour.

Homme de cour , moi! non. Ma foi, la cour m'ennuie;

ACTE II, SCENE IV. 227 L'esprit de ce pays n'est qu'en superficie; ' Sitôt que vous voulez un peu l'approfondir, Vous rencontrez le tuf. J'y pourrois m'agrandir; J'ai de l'esprit, du cœur, plus que seigneur de France; Je joue, et j'y ferois fort bonne contenance : Mais je n'y vais jamais que par nécessité , Et pour y rendre au roi quelque civilité.

NÉ RI NE

Il vous est obligé, monsieur, de tant de peine.

LE MARQUIS

Je n'y suis pas plus tôt, soudain je perds haleine. Ces fades compliments sur de grands mots montés, Ces protestations qui sont futilités.

Ces serrements de mains dont on vous estropie. Ces grands embrassements dont un flatteur vous lie, M'otent à tout moment la respiration :

On ne s'y dit bonjour que par convulsion.

ANGÉLIQUE, aa Marquis.

Les dames de la cour sont bien mieux votre affaire ?

Point. Il faut être au moins gros fermier pour leur plaire : Leur sotte vanité croit ne pouvoir trop haut

' On lit dans l'édition originale supercherie ; mot qui peut bien former un sens , mais que le vers suivant ne peut admettre. Cette édition originale est très fautive , et si je l'ai suivie exactement , comme je l'ai fait pour les autres pièces , ce n'est que lorsque son texte est confirmé par les éditions imprimées peu de temps après; car la bonne leçon se trouve presque toujours dans ces éditions suivantes, et rarement les fautes de l'édition originale.

A des faveurs de cour mettre un injuste taux. Moi, j'aime à pourchasser des beautés mitoyennes. L'hiver, dans un fauteuil, avec des citoyennes, Les pieds sur les chenets étendus sans façons , Je pousse la fleurette , et conte mes raisons. , Là, toute la maison s'offre à me faire fête; \ Valets, filles de chambre, enfants, tout est honnête : i L'époux même discret, quand il entend minuit, Me laisse avec madame, et va coucher sans bruit. Voilà comme je vis, quand parfois dans la ville Je veux bien déroger....

NÉRINE

La manière est facile; Et ce commerce-là me paroît assez doux.

LE MARQUI s , à la Comtesse.

C'est ainsi que je veux en user avec vous. I Je suis tout naturel , et j'aime la franchise :

Ma bouche ne dit rien que mon cœur n'autorise ; Et quand de mon amour je vous fais un aveu, Madame , il est trop vrai que je suis tout en feu.

Fi donc , petit badin , un peu de retenue ;

Vous me parlez, Marquis, une langue inconnue :

Le mot d'amour me blesse , et me fait trouver mal.

LE MARQUIS

L'effet n'en seroit pas peut-être si fatal.

NÉRIN E.

Elle veut qu'en détours la chose s'enveloppe ; Et ce mot dit à cru lui cause une syncope.

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