ACTE II, SCENE XIV
( bas, à Valère. )
Au fait.
VALÈRE
J'aurois besoin , madame la Ressource , De mille écus.
m""^ la ressource.
Monsieur, disposez de ma bourse.
VA LE RE
Je fais, bien entendu , mon billet au porteur.
Et je veux l'endosser.
M""^ LA RESSOURCE
Avec les gens d'honneur On ne perd jamais rien.
VALÈRE
Je veux que tu le prennes.
Nous faisons ici-bas des routes incertaines ; Je pourrois bien mourir. Ce maraud m'avoit dit Que sur des gages sûrs tu prêtois à crédit.
M°"' LA RESSOURCE
Sur des gages, monsieur ? c'est une médisance; Je sais que ce seroit blesser ma conscience. Pour des nantissements qui valent bien leur prix , De la vieille vaisselle au poinçon de Paris , Des diamants usés , et qu'on ne sauroit vendre, Sansrisquermonhonneur, je crois que j'en puis prendre,
VALÈRE
Je n'ai pour te donner, vaisselle ni bijoux.
HECTOR
Oh, parbleu! nous marchons sans crainte des filous.
M""^ LA RESSOURCE
Hé bien , nous attendrons, monsieur, qu'il vous en vienne.
VALÊRE.
Compte , ma pauvre enfant , que ma mort est certaine, Si je n'ai dans ce jour mille écus.
Ah, monsieur!
Je voudrois les avoir ; ce seroit de grand cœur.
VA LE RE
Ma charmante, mon cœur, ma reine, mon aimable, Ma belle , ma mignonne , et ma tout adorable.
HECTOR, à genoux.
Par pitié.
M^'*' LA RESSOURCE
Je ne puis.
HECTOR
Ah î que nous sommes fous !
Tous ces gens-là, monsieur, ont des cœurs de cailloux ; Sans des nantissements il ne faut rien prétendre.
VA LE RE
Dis-moi donc, si tu veux , où je les pourrai prendre.
HECTOR
Attendez.... Mais comment, avec un cœur d'airain , Refuser un billet endossé de ma main ?
VALÈRE
Mais vois donc.