‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 147 sur 255 · SCÈNE XL LE MARQUIS, VALÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XL LE MARQUIS, VALÈRE

LE MARQUIS

Savez-vous qui je suis ?

VALÈRE

' Je n'ai pas cet honneur.

LE MARQUIS, à part.

Courage ; allons, Marquis , montre de la vigueur :

(liaut. )

Il craint. Je suis pourtant fort connu dans la ville ;

Et , si vous l'ignorez, sachez que je faufile

Avec ducs , archiducs , princes, seigneurs, marquis,

Et tout ce que la cour offre de plus exquis ;

Petits-maîtres de robe à courte et longue queue.

J'évente les beautés et leur plais d'une lieue.

Je m'érige aux repas en maître architriclin ^ ;

Je suis le chansonnier et l'âme du festin.

Je suis parfait en tout. Ma valeur est connue ;

Je ne me bats jamais qu'aussitôt je ne tue :

De cent jolis combats je me suis démêlé ;

^Architriclin, ordonnateur du banquet.

J'ai la botte trompeuse et le jeu très brouillé.

Mes aïeux sont connus ; ma race est ancienne ;

Mon trisaïeul étoit vice-bailli du Maine.

J'ai le vol du chapon : ainsi , dès le berceau ,

Vous voyez que je suis gentilhomme manceau.

VALÈRE

On le voit à votre air.

J'ai , sur certaine femme , Jeté , sans y songer , quelque amoureuse flamme* J'ai trouvé la matière assez sèche de soi ; Mais la belle est tombée amoureuse de moi. Vous le croyez sans peine : on est fait d'un modèle A prétendre hypothèque , à fort bon droit , sur elle Et vouloir faire obstacle à de telles'amours , C'est prétendre arrêter un torrent dans son cours.

VALÈRE

Je ne crois pas , monsieur , qu'on fût si téméraire.

LE MARQUIS

On m'assure pourtant que vous le voulez faire.

VALÈRE

Bloi ?

LE MARQUIS

Que , sans respecter ni rang, ni qualité , Vous nourrissez dans l'âme une velléité De me barrer son cœur.

VALÈRE

c'est pure médisance ; Je sais ce qu'entre nous le sort mit de distance.

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