SCÈNE X
LISETTE, enyeuve; DORANTE, PASQUIN.
PASQTJIN, bas, à Dorante.
Voici la veuve , monsieur ; faites semblant de rien ;
hem , semblant de rien, (haut, à Dorante , en faisant signe à
Lisette.) N'y a-t-il rien de nouveau en Catalogne ? Que dit -on de l'Allemagne? Vous avez reçu des lettres de Flandre. La promenade est bien déserte aujourd'hui. De quel côté vient le vent? Mon Dieu! la belle journée !
DORANTE, bas, à Pasquin.
Pasquin , la veuve soupire.
PASQUIN, bas, à Dorante.
Apparemment, c'est pour le défunt.
D O R A N T E , bas , à Pasquin.
Il faut un peu la laisser ronger son frein. Elle est sensible aux bons airs. Je me sers de mes avantages.
PASQUIN, bas, à Dorante.
Vous avez raison; votre geste est tout plein de mérite , et vous avez encore plus d'esprit de loin que de près. Si elle vous entendoit chanter , elle seroit
SCENE X. 45 charmée, monsieur. Ne savez-vous point par cœur quelque impromptu de l'opéra nouveau?
DORANTE, haut , à Pasquin.
Je vais chanter, pour me désennuyer, un petit air que je fis à Poitiers pour cette charmante veuve. Hem.
( Il chante. )
Palsambleu , l'Amour est un fat , L'Amour est un fat ; Sans égard pour ma naissance , Il me fait soupirer, gémir, sentir l'absence Comme un amant du tiers-état.
Palsambleu, l'Amour, etc.
II n'est point de belle en France Que je n'aie soumise à ce petit ingrat ;
Et , pour toute récompense , Il m'encliaine comme un forçat, Palsambleu, l'Amour, etc.
PASQUIN, après que Dorante a chanté.
Vous êtes l'Amour, monsieur!
DORANTE, bas, à Pasquin.
C'est assez la faire languir. Ciel ! quelle aventure , Pasquin! Je crois que voilà mon aimable invisible dont je te parlois.
PASQUIN
C'est elle-même.
DORANTE, abordant la veuve.
Par quel bonheur, madame , vous trouve-t-on dans ce village?
LISETTE
J'y venois chercher la sohtude , et pleurer en liberté.
PASQUIN
Reth'bns-nous donc , monsieur : il est dangereux d'interrompre les larmes d'une veuve. La vue d'un joli homme fait rentrer la douleur en dedans.
DORANTE
Je vous l'ai dit cent fois , charmante spirituelle , je suis le cavalier de France le plus spécifique pour la consolation des dames.
LISETTE
Un cavalier fait comme vous ne sauroit en consoler une , qu'il n'en afflige mille autres.
Périssent de jalousie toutes les femmes du monde , pourvu que vous vouliez bien....
LISETTE
Ah! n'achevez pas, monsieur; je crains que vous ne me fassiez des propositions que je ne pourrois entendre sans horreur ; car , enfin , il n'y a encore que huit ans que mon mari est mort.
PASQUTN.
Ah, monsieur! vous allez rouvrir une plaie qui n'est pas encore bien refermée.
DORANTE
Ah, Pasquin! je sens que mon feu se rallume.
LISETTE
Hélas! le pauvre défunt m'aimoit tant!