SCÈNE VIL LÉANDRE, CLARICE, CARLIN
\ ( Léandre est plongé dans la rêverie, )
CLARICE, à part.
J'ai peine , en le voyant , à tenir ma colère.
CARLIN, bas , à Clarice.
Ne parlons pas trop haut, de peur de le distraire.
CLARICE
Vous voilà donc , monsieur ! Cherchez-vous en ces lieux Que ma rivale encor se présente à mes yeux?
LEANDRE, sortant de sa rêverie.
Ah! madame.... à propos, avez-vous lu ma lettre?
CLARICE
Oui , traître! ma rivale a su me la remettre : Je la tiens d'Isabelle ; et le cas qu'elle en fait Peut me venger assez de ton lâche forfait.
LÉANDRE
Un autre que Carlin en vos mains l'a remise ?
Le maraud ! je saurai châtier sa méprise ;
Je le roûrai de coups; le coquin tous les jours
Lasse ma patience, et me fait de ces tours.
Je le vois. Viens çà , traître ; aux dépens de ta vie
Je veux tirer raison de cette perfidie.
Tu mourras de ma main.
CARLIN
Ah ! monsieur , doucement.
Grâce ; je n'ai point fait encor mon testament.
( à part. )
Non , je n'ai jamais vu de pièce d'écriture Faire tant de procès.
LÉA.NDRE.
Parle sans imposture.
Qu'as-tu fait de ma lettre ? et quel affreux démon Te pousse à me trahir d'une telle façon ?
CARLIN
Moi, monsieur , vous trahir ! je vous sers avec zèle j Je l'ai mise avec soin dans les mains d'Isabelle.
L É A N D R E , tirant son ëpée.
Et voilà pour ta mort l'arrêt tout prononcé.
CARLIN
Quelle faute ai-je fait?
LÉANDRE
Quelle faute, insensé î
CARLIN
Oui, vous avez raison de vous faire justice.
LÉA N DRE
Ne t'avois-je pas dit de la rendre à Glarice ?
CARLIN
A Glarice , monsieur ? je veux être pendu , Si je me ressouviens de l'avoir entendu.
LÉANDRE
Mais le dessus écrit suffit pour te confondre. A ce témoin muet que pourras-tu répondre ?
( à Clafice. )
Pour lui faire sentir son peu de jugement , De grâce , prêtez-moi cette lettre un moment.