II
de plaire, lorsqu'il est traité par une main de
maire.
Nous avons dit que Piegnard n'a voit travaillé jusqu'alors que pour le Théâtre italien. C'est sur cette scène qu'il a fait l'essai de ses talents; et nous croyons qu'il lui doit cette gai té qui caractérise principalement les ouvrages de ce comique. On prétend que la Sérénade étoit originairement destinée au Théâtre italien, mais que des circonstances ayant déterminé Regnard à hasarder sa pièce sur la scène françoise , il se contenta d'y faire de légers changements.
Les rôles qu'il a le plus retouchés sont ceux de Champagne , de l'usurier Mathieu, et de madanK; Argante , qui n'existoient pas dans la pièce italienne : il a conservé les autres personnages, et n'a presque pas touché au dialogue ; il a changé son Arlequin en Scapin; il a appelé Colombine , Marine; Isabelle, Léonore, etc.
On remarque en effet beaucoup de rapport entre les caractères de ces personnages et ceux des acteurs italiens qu'ils ont remplacés.
Le travestissement de Scapin en un fripier borgne et boiteux est une caricature italienne qui doit avoir été originairement destinée à ce théâtre, quoiqu'elle ait plu, et n'ait pas paru déplacée sur une scène plus noble.
Le dénoùment se ressent encore davantage de la manière italienne : c' étoit ainsi à peu près que
SUR LA SÉRÉNADE. 67 fîtiissoient la plupart des pièces de l'ancien théâtre italien. On sacrifîoit la raison, et quelquefv.is le goût, à un jeu de théâtre plaisant et d'un comique chargé.
Les auteurs de Y Histoire du Théâtre français ont traité cette pièce avec rigueur. L'intrigue, disent-ils , en <îst misérable , et les personnages n'ont pas le sens commun ; le plan de la pièce est foible , et l'idée des plus communes : les moyens dont on se sert pour conduire l'intrigue à sa fin sont très mal imaginés , et le dénoùment est du dernier ridicule. lis ajoutent qu'on est forcé d'avouer que toutes les situations , les plaisanteries et le comique de cette pièce choquent également le naturel et la vraisemblance.
Ce jugement contient, à ce qu'il nous semble, une critique un peu trop sévère d'un ouvrage agréable, et auquel le public rend tous les jours la justice qu'il mérite, en le voyant avec plaisir. Ce n'est pas que nous ne soyons obligés de convenir que cette critique est juste à bien des égards; mais il auroit été à désirer que les auteurs que nous citons eussent également applaudi à ce qui méritoit de l'être. Nous aurons occasion de remarquer plus d'une fois qu'ils n'aimoient pas Regnard, que ce n'est qu'avec peine qu'ils lin donnent les éloges qu'ils ne peuvent lui refuseï', et qu'ils s'en dédommagent bien vite par des critiques outrées, qui manifestent leur prévention contre ce poète.
Quoi qu'il en soit, la Sérénade a été très bien reçue dans sa nouveauté , et a eu dix-sept représentations de suite. Depuis elle a été remise au théâtre très souvent, et a toujours été vue avec un nouveau plaisir. Maintenant cette comédie est une de celles qu'on voit le plus souvent, et dont le public se lasse le moins , chose qui vaut mieux que tous les éloges, et qui répond à toutes les critiques. '
* En 1818 , la Sérénade a été transformée en opéra-coiîiique par madame Gay, et madame Sophie Gail pour la musique. Mais on peut encore attribuer à Regnard la meilleure part du succès de cette pièce, qui est presque en tout point conforme à son modèle.
COMÉDIE