‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 45 sur 255 · M. GRIFON, VALÈRE, SCAPIN, M-"^ ARGANTE, LÉONORE, MARINE · texte numérisé non relu

M. GRIFON, VALÈRE, SCAPIN, M-"^ ARGANTE, LÉONORE, MARINE

M. GRIFO]y.

Ne vous avoîs-je pas bien dit qu'on devoit l'amener? voilà la mère et la fille de chambre.

VAI.ÈRE, bas,àScapin.

Que vois-je , Scapin ? C'est Léonore.

SCAPIN, à part.

Autre incident.

M""" ARGANTE

Allons, ma fille, approchez, et saluez le mari

que je vous ai destiné. ( Elle entend parler de M. Grifon. ) LEONORE, croyant que c'est Valère.

Quoi, madame! voilà la personne....

M""^ ARGANTE

Qu'avez -vous donc , mademoiselle ? est-ce que monsieur ne vous plaît pas ?

LÉONORE

Je ne dis pas cela, madame , et je n'aurai jamais d'autres volontés que les vôtres.

VA L È R E , Las , à Scapin.

Scapin , elle obéit à sa mère, je suis perdu.

MARINE, à part.

Il y a de l'erreur de calcul.

m"^ argante.

Je suis ravie , ma fille, de vous voir des sentiments raisonnables, et j'ai toujours bien jugé que vous ne voudriez pas me désobéir.

LÉOWORE.

Vous désobéir ! moi ? j'aimerois mieux mourir que^ de faire quelque chose qui vous déplût.

M. GRIFO]V,à Scapin.

Voilà une fille bien née , n'est-il pas vrai ?

SCAPIN, à part.

Il y a ici du quiproquo , sur ma parole.

LÉONORE

Tout ce que j'ai à me reprocher , madame , c'est que mon obéissance ait si peu de mérite en cette occasion, et les choses sont dans un état à me permettre d'avouer, sans honte, que votre choix et mon inclination ont un parfait rapport ensemble.

M. GRIFON,à part.

Comme elle m'aime déjà! cela n'est pas croyable!

LÉONORE

Mais j'ai lieu de me plaindre. Est-ce à moi de par-

SCENE VIII. 87 ler comme je fais, quand vous êtes si peu sensible , Valère , aux bontés que ma mère a pour nous ? m""^ argante.

Gomment donc Valère ? A qui en avez-vous ?

M. GRIFON.

Qu'est-ce que cela signifie ?

s C A P I N , à part.

Nous approchons du dénoûment.

m""^ ar gante.

Que voulez-vous dire avec votre Valère ?

LÉONORE

Ne m' avez-vous pas dit, madame, que vous aviez conclu mon mariage ?

m""" argajvte.

Qu'a de commun Valère avec votre mariage ? C'est à monsieur Grifon , que voilà, que je vous marie.

M. GRIFON, àLéonore.

Oui , mignonne , c'est moi qui aurai l'honneur que de....

LÉONORE

Vous , monsieur ?

m"^ argante.

Je voudrois bien , pour voir , que vous ne le trouvassiez pas bon !

M. grifon.

Monsieur mon fils , par quelle aventure est-il mention de vous dans tout ceci ?

VALÈRE

Par une aventure fort naturelle , mon père.

M. GRIFON.

Comment! une aventure fort naturelle?

MARINE

Oui, monsieur ; mademoiselle est fille , monsieur est garçon ; elle est aimable , il est joli homme ; ils ont fait connoissance , ils s'aiment , ils sont dans le goût de s'épouser : y a-t-il rien là que de fort naturel ?

SCAPIF.

Il n'est point question de la nature là-dedans; c'est la raison et l'intérêt qui font aujourd'hui les mariages. Monsieur est le père , madame est la mère ; la raison est de leur côté ; la nature est une sotte , et vous aussi , ma mie.

m""^ argante.

il a raison.

LEONORE

Quoi î à l'âge que j'ai , ma mère , vous voudriez me faire épouser un homme comme monsieur ? Vous n'y songez pas.

VA LE RE

Quoi ! à l'âge que vous avez, mon père, vous voudriez vous marier à une fille comme mademoiselle ? Je crois que vous rêvez.

LÉONORE

En vérité , ma mère, vous êtes trop raisonnable pour exiger de moi une chose aussi éloignée de bon sens.

VA LE RE

Sérieusement parlant, mon père, vous n'êtes point d'âge encore à radoter.

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