LE MARQUIS, LE CHEVALIER, LA COQUETTE, LE MARCHAND
LA COQUETTE
Je ne prends jamais rien des hommes.
LE chevalier.
Mais , madame , ce n'est qu'une bagatelle.
LE MARQUIS
Vous ne sauriez, madame, refuser cette discrétion-là de ma part ; et je vous ai d'ailleurs tant d'obligations....
LA COQUETTE
Oh, oh! monsieur, vous vous moquez.
LE CHEVALIER
Il faudroit que je fusse le dernier des coquins si, dans les occasions, je ne cherchois à donner à madame des marques de ma reconnoissance.
LA COQUETTE
Monsieur le Chevalier est généreux.
LE MARQUIS
Si nous nous mettons sur les obligations , je crois que personne n'en doit avoir à madame de plus essentielles que moi; c'est elle qui me nourrit; et depuis que je suis revenu de l'armée, je n'ai point d'autre auberge que sa maison.
i84 LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
LA COQUETTE
L'auberge est mauvaise, monsieur le Marquis; mais l'hôtesse est bien votre petite servante.
LE CHEVALIER
Je n'oublierai jamais le contrat de rente que madame vient de vendre pour remonter ma compagnie , et la fournir de buffles et de cocardes.
LA COQUETTE
Ah ! fi donc , Chevalier î
LE MARQUIS
Les présents pour moi ne sont pas ce qui me touche le plus. Miadame m'a fait l'honneur de passer huit jours chez moi à ma maison de campagne , où assurément je n'ai pas eu Heu de me plaindre de ma mauvaise fortune.
LA COQUETTE
Monsieur le Marquis est toujours obligeant.
LE CHEVALIER
Les faveurs de campagne sont des coups de hasard ; mais un tête-à-tête....
LA COQUETTE
Taisez-vous donc , petit indiscret ; je ne hais rien tant que les babillards.
LE MARQUIS
Tu diras , Chevalier, tout ce qu'il te plaira ; mais je paierai assurément.
LE CHEVALIER
Tu le prendras , Marquis , comme tu voudras ; mais absolument je donnerai de l'argent.