LA COQUETTE, LE MARCHAND
LA COQUETTE, faisant une grande révérence.
Monsieur , je suis votre très humble servante; je
vous donne le bonjour. (Elle veut s'en aller. )
LE M AR C H AND , la retenant.
Doucement, s'il vous plnît , madame; vous avez mon étoffe, et vous ne sortirez pas que vous ne m'ayez payé.
LA COQUETTE
Quel incivil ! mais je crois que ce brutal-là veut me faire violence.
LE MARCHAND
Non , madame ; mais je veux que vous me donniez de l'argent.
LA COQUETTE
De l'argent? Quelle grossièreté! Demander de
ACTE II, SCENE V. 187 l'argent à une femme de qualité ! Fi ! je n'ai pas un sou , ou la peste m'étouffe !
LE MARCHAND
Laissez-moi donc des gages.
LA COQUETTE
Des gages ! des gages ! Une femme comme moi laisser des gages ! Tenez , mon ami , voilà mon collier.
(Elle lui doune son collier.) LE MARCHAND.
Votre collier , madame ? Je n'en veux point ; il 'n'est que de verre.
LA COQUETTE
H n'est que de verre ! Il est.... il est comme les femmes de qualité les portent. Voyez un peu l'impertinent!
LE MARCHAND
P6int tant de raisonnements , madame ; il faut me contenter.
( Il prend lecharpe, le manteau, la jupe et le manchon de la Coquette, qui demeure en corset et en jupon de Marseille. )