SCÈNE VIIL NIGAUDINET, FANTASSIN
NIGAUDINET.
On m'avoit bien dit de prendre garde à moi, quand je viendrois à Paris. Comme les femmes de ce pays-ci aiment les gens de notre province! Mais elles n'ont qu'à venir, comme diable je les galvauderai! Fantassin?
FANTA SSIN.
Mon maître ?
NIGAUDINET.
Petit garçon , ne laissez approcher ni fille ni femme auprès de moi.
FANTASSIN
S'il en vient quelqu'une, je lui dirai que vous êtes retenu , et que mademoiselle Angélique n'attend plus qu'après vous.
NIGAUDINET, se fouillant.
Je crois, Dieu me pardonne, qu'ils m'ont pris
igo LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
mon ëpée. N'as-tu vu personne roder à l'entour de
moi ?
FANTASSIN
Oui-dà, monsieur; j'ai vu un grand homme habillé de rouge, qui a pris le couteau avec la gaine : j'attendois qu'il la remît ; il n'est point revenu la remettre.
NIGAUDINET.
Comment, petit fripon! d'où vient ne m'as-tu pas averti ?
FANTASSIN
Il me faisoit signe de n'en rien dire, et tiroit cela si drôlement, que j'étois ravi de le voir faire.
NIGAUDINET.
Je vous rabattrai cela sur vos appointements.
FANTASSIN
Je croyois que cela ëtoit de la Foire, et je l'ai déjà vu faire à trois ou quatre personnes qui n'en ont rien dit.
NIGAUDINET.
Le petit sot !
FANTASSIN
Dame! monsieur, je ne suis pas obligé de savoir cela , et tout le monde ne peut pas avoir autant d'esprit que vous.
NIGAUDINET.
Oh bien, va chercher cet homme dans la Foire, et dis-lui qu'il me rapporte mon épée, car j'en ai affaire.