‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 114 sur 198 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

NIGAUDINET, ARLEQUIN.

ARLEQUIN, à part.

Voila notre nouveau débarqué; il faut que je Faccoste. (haut.) Serviteur, monsieur.

]V IGAUDINET.

Voilà un homme qui a mauvaise façon, (il regarde

derrière lui.) Fantassin ! (Il recule et tremble.)

ARLEQUIN

Voilà, ma foi, le premier homme à qui j'aie fait peur.

NIGAUDINET.

N'est-ce point vous , monsieur , qui avez pris mon épée?

ARLEQUIN

Comment donc, monsieur! pour qui me prenezvous? Par la vertubleu ! j'ai envie de vous couper les oreilles.

NIGAUDINET.

Couper les oreilles î prenez garde à ce que vous ferez. Je me fais homme d'épée, une fois; et je^ viens à Paris pour acheter une charge dans l'armée. Ne savez- vous pas quelque régiment de hasard à vendre ?

ARLEQUIN, à part.

Voilà un homme bien tourné pour acheter un

iga LA FOIRE SAINT-GERMAIN, régiment, (hant.) Qu'entendez-vous, s'il vous plaît, par un régiment de hasard ?

WIGAUDINET.

Mais c'est un vieux régiment qui auroit déjà servi, et que je pourrois avoir à meilleur marché qu'un autre.

ARLEQUIN

Il faudra voir à la friperie. Et quel nom portera votre régiment?

NIGAUDIiyET.

Oh! le mien.

ARLEQUIN

Et comment vous appelez-vous?

NIGAUDINET.

Christophe Nigaudinet, à votre service.

ARLEQUIN

Diable ! voilà un nom bien martial. Si tous les nigauds de Paris prennent parti dans votre régiment, il sera bien complet.

NIGAUDINET.

Oh! je l'espère.

ARLEQU IN.

Quand vous voudrez faire vos recrues, vous n'aurez qu'à faire battre la caisse aux Tuileries pendant l'été.

NIGAUDINET.

Pourquoi donc battre la caisse aux Tuileries?

ARLEQUIN

c'est que, pendant la canicule, c'est là le rendez-

ACTE II, SCENE IX. 193 vous de la plus fine valeur. Vous voyez, d'un côté, sur le déclin du jour, un petit maître d'été se promener fièrement sur le champ de bataille de la grande allée, affronter le serein, et se couvrir d'une noble poussière; de l'autre, vous apercevez un grand oisif insultant aux marronniers , passant en revue toutes les coquettes de la ville, et brûlant d'ardeur d'en venir aux mains avec quelque nymphe accostable qu'il aura détournée dans les bosquets.

NIGAUDINET.

Voilà des soldats comme je les veux. Mais , avant d'enrôler ce régiment-là, je serois bien aise d'enrôler une fille en mariage.

ARLEQUIN

Prenez garde qu'elle ne vous enrôle aussi à votre tour.

NIGAUDINET.

Oh, oh! je ne crains rien; elle est sage : c'est une belle fille, oui. On la nomme Angélique. On m'a dit qu'elle étoit à la Foire, et je voudrois bien la voir.

ARLEQUIN, à part.

Je ne crois pas que ce bonheur-là t'arrive. (haut.) Quoi, monsieur! celle que vous cherchez ici, et que vous devez épouser, s'appelle Angélique, nièce du Docteur?

NIGAUDINET.

Oui, monsieur. Est-ce que vous la connoissez?

ARLEQUIN

Oh, monsieur! permettez que je vous embrasse. VI. i3

C'est la meilleure de mes amies ; elle m'a parlé de vous plus de cent fois; elle vous attend avec impatience : elle est ici à quatre pas; je vais lui dire que vous la cherchez. Serviteur, monsieur Christophe Nigaudinet, de Pont-l'Evêque.

(Arlequin, en sortant, fait signe à un filou qui paroît au fond du théâtre ; ils se parlent à l'oreille , et ils sortent. )

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