ACTE II, SCENE XII
NIGAUD INET.
Attendez , je m'en vais lui parler, et tâcher de vous faire donner satisfaction. ( an Filou. ) Allons, monsieur, il a encore cent pistoles ; il faut les lui gagner.
LE FILOU
Je ne le ferai pas , monsieur ; j'ai de la conscience.
NIGAUDINET.
Hé, morbleu! jouez pour moi : je n'ai point de conscience , moi ; je suis Normand.
LE FILOU
Le voulez-vous?
NIGAUDINET.
Je vous en conjure, et surtout les dés pipés et toujours rafle.
LE FILOU
Laissez-moi faire, (à Arlequin.) Oh ça, mons de la Filoutière, puisque vous avez tant envie de jouer, faites donc apporter une table.
ARLEQUIN
Allons vite, qu'on apporte une table, un cornet et des dés.
NIGAUDINET.
Allons, vite, vite, (à Arlequin.) Saus moi, monsieur , il n'auroit jamais joué.
ARLEQUIN
Je vous suis obligé , monsieur , car j'étois résolu de lui faire tirer l'épée, et vous m'épargnez une affaire.
(On apporte une table, un cornet et des dés, Le Filou s'assied à
igS LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
l'un des bouts de la table, Arlequin à l'autre, Nigaudinet se tient debout au milieu. )
ARLEQUIN prend le cornet, et remue les dés.
Allons, monsieur, massez.
LE FILOU prend la bourse de Nigaudinet, et en tire vingt louis .
Masse à vingt louis d'or.
ARLEQUIN
Tope. ( Il jette les dés. ) J'ai gagné.
LE FILOU en prend autant.
Masse à la poste.
ARLEQUIN
Tope. J'ai gagné.
NIGAUDINET, à demi chagrin , bas au Filou.
Mais , monsieur , vous n'y songez pas.
LE FILOU
Laissez-moi faire ; c'est pour la lui donner belle. ( à Arlequin. ) Massc au reste de la bourse.
ARLEQUIN
Tope. J'ai gagné.
NIGAUDINET, d'un ton pleureur.
Monsieur, vos dés pipés ne pipent point. Où sont donc les rafles ?
LE FILOU
Ne vous fâchez point ; je vais prendre le dé ; vous allez voir. N'a\ez-vous point d'autre argent?
NIGAUDINET, se fouillant.
J'ai encore trois loufs d'or, que voiià.
ARLEQUIN se lève comme pour s'en aller.
Serviteur , messieurs : puisque vous n'avez plus d'argent....