‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 125 sur 198 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LUCRÈCE, seule, à sa toilette.

Quel bruit injurieux ose attaquer ma gloire î Quel horrible attentat! 6 ciel! le puis-je croire? Quoi ! Tarquin, méprisant les dieux et leurs autels, Nourriroit dans son sein des désirs criminels ! Dieux! pourquoi m'accorder les traits d'un beau visage A moi qui ne veux point en faire aucun usage? A moi qui ne veux point, d'un souris, d'un regard, Enchaîner chaque jour quelque amant à mon char ? A moi qui ne suis point de ces femmes coquettes Qui tirent intérêt de leurs faveurs secrètes ;

2o8 LA FOIRE SAINT-GERMAIN.

Et, mettant a profit les charmes de leurs yeux, Trafiquent un présent qu'elles doivent aux dieux? Mais pourquoi faire au ciel une injuste querelle? Des amours de Tarquin suis-je pas criminelle? C'est moi qui, ce matin, par des soins imprudents, Ai voulu me parer de ces ajustements ; C'est moi qui , par ces nœuds dont l'appareil m'offense. De mes cheveux épars ai dompté la licence. Dangereux ornements, pernicieux attraits.

Cherchez une autre main, quittez-moi pour jamais; Périsse un ornement à ma vertu contraire !

( Elle veut ôter sa coiffure.)

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