‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 130 sur 198 · TARQUIN, SON ÉCUYER · texte numérisé non relu

TARQUIN, SON ÉCUYER

TARQUIN

Que vois-je ? Juste ciel !

l'écuyer.

Bon ! ce n'est que pour rire.

TARQUIN

Non, la peste m'étouffe : elle tombe, elle expire; Et c'est moi , dieux cruels ! qui suis son assassin ! C'est moi qui lui plongeai ce poignard dans le sein ! Que la terre irritée, après tant d'injustices. S'ouvre pour m'engloutir dans ses creux précipices !

ACTE II, SCENE XVII. o.i5 Que la foudre du ciel sur moi tombe en éclats! Mais quoi ! pour me punir n'ai-je donc pas un bras?

( n preud le poignard dont Lucrèce s'est percée.)

Que ce poignard , encor tout fumant de sagesse , Immole, en même temps, et Tarquin et Lucrèce. Frappons ce lâche cœur. Qui me retient la main ? Perçons.... Non, remettons cette affaire à demain. Je sens mollir mon bras; je sens couler mes larmes, Et ma main , de faiblesse , abandonne les armes : Je deviens tout perplex. Viens-t'en me soutenir.

(Il s'appuie sur son écuyer.)

O temps ! 6 siècle ! 6 mœurs ! Que dira l'avenir ? D'un chimérique honneur le sexe s'infatue! Plutôt que forligner, une femme se tue! Ah! Lucrèce, m'amour, vous donnez aujourd'hui Un exemple étonnant , qui sera peu suivi.

l'écuyer.

Pleurez, seigneur, pleurez l'excès de vos fredaines.

TARQUIN

Ah ! toi qui sais pleurer, épargne-m'en les peines. l'écuyer.

Chantez du moins un air sur son triste tombeau.

C'est à toi bien plutôt d'enfler le chalumeau.

(Il chante. )

Car je t'ai pris pour mon valet, A cause de ton flageolet.

Page 1