‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 131 sur 198 · OCTAVE, ARLEQUIN, PIERROT · texte numérisé non relu

OCTAVE, ARLEQUIN, PIERROT

ARLEQUIN, à Pierrot.

Otez-vous de là , vous dis-je ; j'ai commencé l'affaire , et je prétends la finir.

OCTAVE

Mais laisse-le parler. Voyons.

ARLEQUIN

Oh! je le veux bien; qu'il parle : je ne dis plus rien , moi. Une bête parler ! morbleu ! cela me désole.

PIERROT

Oui, parler, parler, et mieux que toi.

OCTAVE, à Arlequin.

Que sait-on? écoutons-le. L'envie qu'il a de parler vient peut-être....

ARLEQUIN

Oh! l'envie qu'il a de parler ne me surprend pas; omnis homo naturaliter cupit s cire ; mais je suis surpris que vous vouliez l'écouter.

OCTAVE

Oh çà , mon pauvre Pierrot, parle donc, et laisse

ACTE III, SCENE I. 217 dire Arlequin. Comment ferons-nous pour avoir le consentement du Docteur pour mon mariage avec Angélique ? Tu sais que nous en avons besoin.

PI E R R Oï.

Tenez, monsieur, je sais une manière sûre....

ARLEQU IN.

Pour aller aux Petites-Maisons.

PIERROT

Une manière sûre pour avoir ce consentement-là. Tenez; mais c'est que cela part de là. (U se touche le frout.) Il faut tâcher de rendre le Docteur muet.

ARLEQUIN

Il vaudroit mieux te rendre muet , toi ; tu ne dirois pas tant de sottises.

o c T AV E.

Patience, Arlequin; laisse-le parler. ( à Pierrot. ) Et pourquoi rendre le Docteur muet? Je ne te comprends pas.

PIERROT

Pourquoi ? Voici comment j'argumente : Qui est muet , ne dit mot ; qui ne dit mot , consent. ErgOy en rendant le Docteur muet, nous aurons son consentement. Hem?

A RLEQUIN , riant.

Voilà un argument in halordo.

OCTAVE

Hé ! va-t'en au diable , avec ton argument, (â Arlequin. ) Mon pauvre Arlequin , je suis perdu sans toi.

nîS LA FOIRE SAINT-GERMAIN.

A^RLEQUIN.

Moi , monsieur , je me donnerai bien de garde de vous rien dire. Pierrot a envie de parler : écoutez-le ; que sait-on ?....

OCTAVE

J'ai tort de l'avoir écouté ; mais que veux-tu ? Le désir de sortir de l'embarras où je suis m'a fait tomber dans l'erreur. Je conviens que tu as plus d'esprit que lui , et que tu es le seul qui peux me tirer de peine. Mon cher Arlequin , de grâce....

ARLEQUIN

Si je parle , ce n'est point pour l'amour de vous ; c'est pour confondre ce bélître-là , qui se croit un docteur, et veut parler argument, (à Pierrot.) Va- t'en argumenter dans l'écurie, mon ami, va. (à Octave.) Ecoutez, monsieur; voici comme l'on argumente quand on veut prouver une chose infaillible.

OCTAVE

Que tu me fais plaisir !

ARLEQUIN

Pour avoir Angélique , il faut que vous alliez vousmême la demander au Docteur. D'abord , vous l'aborderez d'un air grave et soumis.

OCTAVE

D'un air grave et soumis?

ARLEQUIN

Oui ; pour marquer, par la gravité , que vous êtes de qualité ; et par la soumission , que vous venez

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