SCÈNE XL ARLEQUIN, UN Dormeur
LE DORMEUR, enveloppé d'un manteau fourré.
Toujours je dors, toujours je bâille.
( Il bâille à plusieurs reprises. )
Qui VOUS fit sous le nez une si longue entaille?
LE DORMEUR
En mariage ici je viens m'appareiller.
ARLEQUIN
Il faut vous marier avec un oreiller.
LE DORMEUR
Non, monsieur, il me faut une femme gaillarde , Quelque jeune égrillarde , Qui chante pour me réveiller.
ARLEQUIN
Femme trop éveillée , et mari qui sommeille , Ne peuvent long-temps s'accorder.
Toujours au chant du coq la poule se réveille;
Mais quand le coq s'endort, la poule a beau chanter Elle n'est jamais entendue ;
Et l'époux , en ronflant la basse continue , L'obhge bien à déchanter.
LE DORMEUR
Plus d'un mari qui m'écoute Voudroit, en certain temps, pouvoir dprmir bien fort Car quand on dort On ne voit goutte.
ARLEQUIN
Dormir trop fort aussi donne un autre chagrin ;
Car souvent la femme irritée , Voyant que son époux dort d'un sommeil malin ,
S'en va, n'étant point écoutée.
Chercher, pour l'éveiller, le secours du voisin.
ACTE III, SCENE XI. 235 Mais je m'en vais vous faire avancer toutes mes sultanes ; vous les verrez; et s'il y en a quelqu'une
a votre goût, vous la prendrez. (Les SuUanes s'avancent.)
( Il réveille le dormeur. ) Hé î il ne faut pas dormir , quand il est question de choisir une femme ; les plus clairvoyants n'y voyent pas assez clair. Rëveillez-vous donc. Tenez , en voilà une qui sera bien votre fait , car elle chante toujours. Avancez, la belle.
LA CHANTEUSE, en sultane, chante.
Époux qui possédez un objet p]ein d'aj^pas Ne vous endormez pas ; Gardez bien votre conquête Contre les veilles d'un amant :
Car, bien souvent, Un mari se réveille avec un mal de téte Qu'il n'avoit pas en s'endormant.
ARLEQUIN chaule sur l'air de Pierre Bagnolet.
La femme est une place ennemie Que tôt ou tard on assiégera :
11 faut toujours qu'un mari crie :
Qui vive , qui vive , qui va là ?
Veille qui pourra !
Si la sentinelle est endormie, Dans le corps-de-garde on entrera.