‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 170 sur 198 · M""^ JACQUEMARD, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

M""^ JACQUEMARD, ARLEQUIN

en barou de Groupiguac.

ARLEQUIN, vers la cantonade.

HoLA, quelqu'un ! Basque , Champagne , la Fleur, Poitevin, Coupejarret! Laquais major ^ autrement mon secrétaire , j'ai laissé sur mon bureau vingt ou trente billets doux; allez les ouvrir, et y faites réponse ; mais d'un style tigre et cruel : j'ai d'autres amours en tête. Laquais minor, allez dire à cette veuve que je n'irai point la voir qu'elle n'ait reçu ce remboursement. Laquais minimus , vous irez chez la vieille baronne de Trancot , savoir si son visage est pleinement rentré des crevasses de la petite-vérole. Mon suisse , venez çà : vous dont le bras est aguerri à soutenir l'assaut des créanciers, redoublez de force aujourd'hui, et repoussez vigoureusement toutes les femmes qui viendront m'assié-

ger. ( à madame Jacquemard. ) Ali, madame! VOUS Voilà ?

SCENE IV. 287 Que cle beautés ! que d'appas ! quelle fourmillière de charmes ! Que ces yeux , ce nez , ces dents, ce teint, que tout cela est bien travaillé ! Avez-vous acheté cela tout fait ?

M™^ JACQUEMARD

Ah, monsieur! je n'achète point de charmes; la nature y a assez pourvu : je suis toute naturelle, moi.

Que cela est artistement élabouré ! Je me donne au diable , si je n'aimerois pas mieux avoir fait ce visage-là que la machine de Marly.

M*"^ J ACQU EM ARD

On seroit bien heureuse, monsieur le baron, si l'on pouvoit , auprès de vous , mettre à profit ses petits appas.

ARLEQUIN

Petits appas, madame! Ah, ciel! quelle hérésie! voilà les plus gros que j'aie vus de ma vie. Vous me charmez, vous m'enchantez, vous m'enlevez, vous m'enthousiasmez. Non, je n'y saurois tenir; il faut que je vous embrasse.

( Il veat l'embrasser, e* !i) remplir de poDclre. ) M™^ JACQUEMARD.

Ah, petit séducteur! vous ne cherchez qu'à me jeter de la poudre aux yeux! Ah , ah ! ( Eiu- minaude. )

ARLEQUIN

L'éclat de vos charmes m'éblouit bien davantage,

288 LA SUITE DE LA FOIRE, etc.

beau soleil de mon âme ! plus je vous vois, plus je

vous trouve adorable. M'aimez-vous ?

M'"" JACQUEMAED.

Ah! fî donc, aimer! je m'évanouis quand j'entends seulement prononcer le mot d'amour; mais on auroit quelques bontés pour vous , si vous n'étiez pas si dissipé.

Il faut bien qu'un homme de qualité remplisse ses devoirs. On se lève tard. Avant qu'on ait écarté des créanciers , fait quelques affaires avec les usuriers , qu'on se soit montré dans les lansquenets , on est tout étonné que la nuit est bien avancée , et qu'il faut aller rosser le guet.

m""^ jacquemard.

Vous êtes , à ce qu'il me paroît, fort régulier à vos exercices.

ARLEQUIN

Pour me rendre plus assidu auprès de vous, je me suis un peu relâché cette semaine ; et voilà déjà cinq hommes qu'on a tués , où je n'ai aucune part. Mais que ne fait -on pas pour vous? Que vous êtes

ensorcelante ! (II lui baise la main. )

M™^ JACQUEMARD

Fi donc , fî donc , monsieur le baron !

ARLEQUIN

OÙ est donc ce diamant que vous mettez d'ordinaire à votre petit doigt, et qui me va si bien au pouce ?

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