‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 181 sur 198 · SCENE X. 3o3 Princesse aussi riche que moi Perd rarement son étalage · texte numérisé non relu

SCENE X. 3o3 Princesse aussi riche que moi Perd rarement son étalage

Ingrat ! pour tes beaux yeux , j'ai , contre le Romain , Mis cent fois l'épée à la main.

ARLEQUIN

Fi ! vous n'êtes qu'une bretteuse.

COLOMBINE

Cœur de caillou , sang de macreuse !

Par une marotte amoureuse , Pour toi j'ai trotté sur les mers; J'ai rodé par tout l'univers ; J'ai galoppé l'Europe, et l'Asie, et l'Afrique.

ARLEQUIN

On n'avoit point encor découvert l'Amérique. Ce fut pour toi le plus grand des bonheurs ; Car, ma foi, pour te rendre sage.

On t'eût fait commander , dans ce chétif voyage , L'arrière-ban des Noseurs.

COLOMBINE

Venons au fait : veux-tu me reprendre pour femme ?

ARLEQUIN

Nenni, ventre-saint-gris! madame.

COLOMBINE

Petit mouton d'amour , doux objet de mes vœux !

ARLEQUIN

Je sens que je m'en vais retomber amoureux. Marc-Antoine, point de foiblesse.

COLOMBINE reprend le ton héroïque,

Cléopâtre , plus de tendresse.

3o4 LA SUITE DE LA FOIRE, etc.

Rentrons dans nos tombeaux. Adieu , perfide, adieu.

ARLEQUIN

Venez çà, petit boute-feu.

Qu'on m'aille chercher un notaire ;

La femme est un mal nécessaire.

COLOMBINE

Et l'homme est un foible animal.

ARLEQUIN

Nouons à double nœud le lien conjugal.

Donne-moi la main, scélérate.

Mon cher Toinon , mets là ta pate.

M™^ .T ACQUEM ARD.

Tout beau , s'il vous plaît; je mets empêchement à ce mariage-là, et j'ai hypothèque sur Marc- Antoine.

M. JACQUEMARD,à Colombine.

Comment donc, mademoiselle-! ne m'avez-vous pas promis de m'épouser, quand ma femme seroit crevée ?

M"^ JACQUEMARD

Comment, merci de ma vie! quand je serai crevée ? Je veux vivre cent ans pour te faire enrager , et pour t'empêcher d'épouser ta demoisillon.

M. JACQUEMARD

A la bonne heure ; mais vous n'épouserez pas non plus votre baron.

M""^ JACQUEMARD

Je ne l'épouserai pas ; mais je lui donnerai tout

Page 1