SCENE IL ISABELLE, OCTAVE
OCTAVE
Enfin , charmante Isabelle , me voilà seul avec vous, et je puis en liberté.... (il l'embrasse. )
ISABELLE
Oh ! monsieur , point de libertés , s'il vous plaît. Comment ! vous débutez par où les autres finissent !
OCTAVE
C'est le privilège de notre profession, mademoiselle; et la hberté du geste est la plus belle partie du comédien.
ISABELLE
Une fille n'est donc pas en sûreté avec vous autres messieurs ?
OCTAVE
Ne craignez rien , belle Isabelle ; nous n'avons que l'extérieur de dangereux : notre science se borne à ébranler les cœurs, d'autres les emportent; et tel ne dit mot dans une loge, qui a tout le profit d'une tendresse que l'acteur s'efforce d'émouvoir.
ISABELLE
Quand un comédien est fait comme vous, il a souvent la meilleure part dans la tendresse qu'il inspire.
OCTAVE
Que je serois heureux , si vous aviez de pareils sentiments pour moi! et que votre cœur....
ISABELLE
Mon cœur.... Oh ! mon cœur ne va pas si vite que vos paroles : je ne vous aime pas encore tout-à-fait, mais je sens bien que je ne vous hais pas.
OCTAVE
Je suis le plus fortuné de tous les hommes. Mais pour gage de votre bonne volonté , il faut que vous me donniez votre main.
ISABELLE
Ma main ? Oh ! monsieur, je n'ai pas le geste si libre que vous.
OCTAVE
Vous ne voulez pas m'accorder cette faveur?...
ACTE III, SCENE II. 47 Ah! oii suis-je?... une vapeur me ferme les yeux!
je n'en puis plus ! ( 11 se laisse aller dans les bras d'Isabelle.) ISABELLE.
O ciel ! quelqu'un ! Colombine, au secours!