ACTE IV, SCENE II. Gi
vôtres , si nous voulions faire des exactions sur le public, et mettre, comme vous, nos premières représentations au double.
LE COMÉDIEIN^ FRANÇOIS.
Est-ce qu'un bourgeois doit plaindre trente sous pour être logé pendant deux heures dans l'hôtel le plus magnifique et le plus doré qui soit à Paris ?
COLOMBINE
Hé ! ne nous vantez pas tant les magnificences de votre lîotel: votre théâtre , environné d'une grille de fer, ressemble plutôt à une prison qu'à un lieu de plaisir. Est-ce pour la sûreté des jeunes gens qui sortent de la Cornemuse ou de chez Rousseau , et pour les empêcher de se jeter dans le parterre , que vous mettez des garde-fous devant eux ? Les Itahens dondent un champ libre sur la scène à tout le monde ; l'officier vient jusque sur le bord du théâtre, étaler impunément aux yeux du marchand la dorure qu'il lui doit encore ; l'enfant de famille , sur les frontières de l'orchestre , fait la moue à l'usurier 'qui ne sauroit lui demander ni le principal, ni les intérêts; le fils , mêlé avec les acteurs , rit de voir son père avaricieux faire le pied-de-grue dans le parterre, pour lui laisser quinze sous de plus après sa mort. Enfin le théâtre italien est le centre de la liberté, la source de la joie , l'asile des chagrins domestiques ; et quand on voit un homme à l'hôtel de Bourgogne , on peut dire qu'il a laissé tout son chagrin chez lui, pourvu qu'il y ait laissé sa femme.
LE PARTERRE
J'en coniiois qui laissent quelquefois leurs femmes seules au logis , et qui les retrouvent ici en fort bonne compagnie.
COLOMBINE
Le tout mûrement considéré, je conclus qu'un comédien italien est préférable , par toutes sortes de raisons , à un comédien françois.
LE COMÉDIEIY FRANÇOIS.
Je déclame pour maître Titus de la Discorde, comédien d'heureuse mémoire , chevalier , seigneur du Cid, baron de Bérénice, Phèdre, Iphigénie, et autres jjièces de sa dépendance; François de nation. Grec ou Romain de profession.
LE PARTERRE
Voilà de belles qualités ; mais par malheur elles ne paroissent qu'aux chandelles, et s'en vont en fumée sitôt qu'elles sont éteintes.
LE COMÉDIEN FRANÇOIS
Cicéron dans son opinion pro Roscio Amerino comœdo y compare une troupe de comédiens à un coche attelé de différents animaux. Le cheval veut aller à droite , l'âne à gauche , le bœuf tire à plein colUer , tandis que la mule rétive et malicieuse s'arrête tout court.
LE PARTERRE
Et moi, je suis le charretier qui fouette ceux qui
ne tirent pas à propos. ( il fait aller son sifflet. )