BR AD AMANTE
Vraiment oui.
ROGER
Et l'êtes-vous encore ?
BR ADAMANTE.
Assurément.
ROGER
La chose est problématique, et je crois que vous n'auriez pas dormi si tranquillen)ent. Mais dites-moi, je vous prie, comment faisoit-on i'amour de votre temps ?
BRADA. MANTE.
Le cœur se payoit par le cœur. Une fille croyoit tout ce que lui disoit son amant , et l'amant ne disoit que ce qu'il pensoit. La tendresse duroit autant que la vie; plus on étoit amoureux, plus on étoit aimé; plus on étoit aimé, plus on étoit fidèle; et on ne consultoit que l'amour pour faire les mariages.
ROGER
Oh ! que ce n'est plus le temps! Quand on veut se marier aujourd'hui , on va chez le père et la mère marchander une fille comme une aune de drap : et tel qui croit acheter la pièce tout entière, trouve souvent qu'on en a levé hien des échantillons. Mais de votre temps , comment un mari vivoit-il avec sa femme ?
BRADA.MANTE.
Dans une union charmante; la volonté, les biens, les plaisirs , tout devenoit commun , sitôt qu'on s'étoit donné la foi.
ROGER
Oh! que ce n'est plus le temps! Premièrement, dans ce siècle-ci , il n'y a plus de foi à donner, et la communauté ne subsiste que dans les articles du contrat. Un mari n'a rien de commun avec sa femme que le nom et la qualité ; il a sa table seul , son carrosse seul, sa chambre seul; il' n'y a que son lit que bien souvent il n'a pas tout seul. Mais de votre temps, avoit-on trouvé l'art de s'égorger avec la plume ? plaidoit-on vigoureusement ? Qui est-ce qui rendoit la justice ?