‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 67 sur 198 · SCÈNE L PÉRION, GALAOR · texte numérisé non relu

SCÈNE L PÉRION, GALAOR

GALAOR

En vérité, seigneur, je vous trouve dans un bien triste et moult pileux état, depuis que vous êtes en ce diable de pays-ci. Pourquoi quitter votre royaume pour venir faire le juif-errant dans les Gaules, et ne vous occuper qu'à occire des géants et venger l'bonneur des pucelles ? Vous n'aurez jamais fait à ce métier-là.

PÉRIONy soupirant.

Ouf!

GALAOR

Ouf! cela me met le cœur en grande componction et détresse , de voir que mon bon maître , le roi Périon , s'en aille comme cela le grand galop dans l'autre monde. Par la digne épée que vous portez , révélez-moi l'ennui qui vous malmène.

i r8 LA NAISSANCE D'AMADIS.

PÉRION chante.

J'aime , hélas ! c'est assez pour être malheureux, G A L A O R chante aussi.

Sans cesse l'on vous voit voler de fille en fille ;

A chaque gîte, enfin, vous changez chaque jour. Si vous vous plaignez de l'amour.

C'est fort bien fait s'il vous houspille.

PÉRION

Ce n'est pas l'amour que j'ai ramassé dans les cabarets qui me secoue davantage.... Hélas!

GALAOR

Et depuis quand donc les princes poussent-ils de si grands soupirs ? Est-il quelque po?'te , tant verrouillée soit-elle , qui ne s'ouvre de prime-face à leur aspect? Et ne trouvent-ils pas toujours en leur chemin donzelle prête à leur accorder la courtoisie ?

PÉRTOIV.

Parbleu! tu en auras menti, petit truand d'amour; et il ne sera pas dit que je t'hébergerai dans mon cœur, sans que tu paies ton gîte.

GALAOR

Mais quelle est donc la petite carogne qui vous a si bien ajusté ?

PÉRION

Tu connois la fille du roi chez qui nous demeurons depuis huit jours?

GALAOR

Qui ? ÉHzène ?

Page 1