‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 87 sur 198 · ANGÉLIQUE, COLOMBINE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, COLOMBINE

COLOMBIE E

HÉ bonjour , mademoiselle ; quel bon vent vous amène à la Foire ? et que je suis heureuse de vous rencontrer !

ANGÉLIQUE

Ah , Colombine ! te voilà ? Que fais-tu dans ce pays-ci ?

COLOMBINE

Ma foi , madame , il faut qu'une fille , pour vivre honnêtement , sache plus d'un métier. Je fais prêter de l'argent à des enfants de famille qui n'en ont point ; je le fais dépenser à ceux qui en ont ; je raccommode des ménages disloqués ; j'en brouille d'autres, et quantité de petits négoces de cette naturelà. Et vous, mademoiselle, que faites-vous présentement?

ANGÉLIQUE

Toujours la même chose , Colombine ; j'aime.

ïBi LA FOIRE SAINT-GERMAIN.

COLOMBI NE.

Tant pis ! l'amour est un métier bien ingrat pour les honnêtes filles qui se font scrupule d'en tirer toute la quintessence.

ANGÉLIQUE

Tu vois, Colombine , une fille bien embarrassée , et qui a déjà pensé se perdre à la Foire.

COLOMBINE

Cela est fort honnête , de se perdre toute seule dans un lieu public.

ANGÉLIQUE

Une fille vertueuse se retrouve toujours.

COLOMBINE

La fille se retrouve ; mais quelquefois la vertu ne se retrouve plus avec elle.

ANGÉLIQUE

Tu connois ma sagesse , Colombine.

COLOMBINE

Je la connoissois autrefois ; mais les choses changent , et on ne voit guère de cette marchandise -là à la Foire, quoiqu'on ne laisse pas que d'y en vendre.

ANGÉLIQUE

Je cherche un asile contre les mauvais traitements de mon tuteur. Tu connois ses caprices.

COLOMBINE

Nous avons assez demeuré ensemble pour nous connoître réciproquement.

ANGÉLIQUE

Tu ne sais pas qu'il estdevenu amoureux de moi?

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