ACTE I, SCENE I
LA LINGE EEj dans sa boutique.
Chemises de Hollande !
LE GARÇON P A T I S S I E R , an fond dn théâtre,
A deux liards , à deux liards !
ARLEQUIN
Des chemises de Hollande à deux liards ! Je n'ai point de chemises ; voilà mon affaire. Holà , hé ! chemises de Hollande ! (La marchande lui met une chemise.) UN MARCHAND, dans sa boutique.
Des indiennes à la mode, de très belles robes de chambre !
LE GARÇON PATISSIER, toujours derrière.
A deux hards , à deux liards!
ARLEQUIN
Des robes de chambre à deux liards ! Il faut qu'il les ait volées. L'homme aux robes de chambre !
(Le marchand lui met une robe de chambre. ) UNE MARCH ANDE.
Des couvertures de Marseille , voyez ici !
LE GARÇON PATISSIER
A deux liards !
ARLEQUIN
Encore ! Il faut que l'on ait taxé toutes les nippes de la Foire à deux hards, à cause de la disette d'argent. Parlez donc, hé ! couvertures de Marseille !
(On lui donneune couverture de Marseille, qu'il met sous son bras.) UN MARCHAND.
Des olives de Vérone, du fromage de Milan, messieurs !
i5o LA FOIRE SAINT-GEP.MAm.
LE GARÇON PATISSIER
A deux liards , à deux liards !
ARLEQUIN
Le fromage de Milan à deux liards ! O che for- /z^^za / L'homme au fromage!
( Il prend nne forme de fromage. ) LE GARÇON PAT I S S I E R , passant devant Arlequin.
Ratons tout chauds , tout fumants , tout sortants du four , à deux hards , à deux hards !
ARLEQUIN
Hé ! l'homme aux ratons ! Voyons ta marchandise !
LE GARÇON PATISSIER
Tenez , monsieur, les voilà tout chauds.
ARLEQUIN
Donnes-tu le treizième ?
LE GARÇON PATISSIER
Oui , monsieur.
ARLEQUIN , prenant nn raton.
Hé bien , je le prends ; demain j'en achèterai une douzaine.
LE GARÇON P A T I S S lE R , reprenant son raton.
Doucement , s'il vous plaît ; il faut payer avant que de manger.
ARLEQUIN, tirant une petite pièce de sa poche.
Attends. Voyons si j'ai de quoi payer tout cela* Deux liards de chemise, deux liards de robe de chambre , deux liards de couverture de Marseille , deux liards de fromage ; voilà qui fait deux sois : il me faudra avec cela pour deux liards de filles : cela
ACTE I, SCENE 1. i5i fera six blancs. Malepeste ! que l'argent va vite ! N'importe , j'avois besoin de cette petite réparation, (au garçon pâtissier.) Ticns , mon ami, Yoilà une petite pièce que je te donne, et voilà trois ratons que je prends : du surplus, paye ces marchands. Serviteur.
( Il s'en va ; les Maicliauds courent après lui. )