Chapitre xl
ARGUMENT. — On a vu précédemment quelques cantiques d'Isaie, et l'on a pu juger par là de la mblimilé de son génie, et de l'élévation de son style. Là, c'était le poêle dont j'essayais d'imiler les chants; ici c'est le prophète dont j'ose emprunter le langage. Je n'ai rien traduit des trente-neuf premiers eliapilres, qui ne regardent principalement que le royaume de Juda. J'ai fait mon choix dans les derniers, parce qu'ils Intéressent plus particulièrement les Chrétiens. Ils annoncent en termes formels la rédemption générale des hommes, et la vocation particulière des gentils à la foi. Le quarantième chapitre a pour objet la venue de saint Jean, précur.seur du Messie, la maniicslalion du Seigneur, sa puissance, et le bonheur de ceux qui espè- -eul en lui.
Vos erreurs sont effacées.
Mon peuple, consolez-vous.
Vos infortunes passées Ont épuisé mon courroux.
La voix de mon interprèle.
Le cri perçant du prophète llelenlit dans les déserts; Il vousdit: Hommes lidèle.s.
Ouvrez des roules nouvelles Pour le Dieu de l'univers.
Que les montagnes s'abaissenl, Que les valons soient remplis; Que les rochers disparaisse!!
Dans l'abîme ensevelis.
Que les simples el les sages
Dans ses lois, dans ses ouvrages Reconnaissent le Seigneur.
Prophète, apprenez au monde, Que la chair en vain se fonde Sur son fragile bonheur.
Aujourd'hui fraîche el fleurie Comme l'iierbe dans les champs, Demainje la vois flétrie Par le souffle impur des vents.
Tout se corrompt, tout décline; De la parole divine L'éclat seul est immortel ; Qu'elle instruise les campagnes, Et que du haut des montagnes Elle console Israël.
0 Juda, voici ton maître,
il vaincra tes fiers rivaux.
Pourrais-tu le méconnaître?
11 tient le prix des travaux.
Dans le meilleur pâtu.'-age
Il fortifie et soulage
L'heureux troupeau qu'il conduit.
Il suit ses brebis chéries.
Les ramène aux bergeries,
El garde avec soin leur fruit.
Quelle est la main qui mesure Les cieux, la terre, et les eaux^ Qui pèse, ébranle, el rassure Les montagnes, les coteaux ?
Ce Dieu par qui toul respire.
Dans son immuable empire Quels conseils l'ontassislé?
Qui régla sa prévoyance?
A qui doit-il la science ?
Qui lui naontra l'équité ?
Ce globe est un grain d'argile Dans la main qui l'a [iroduit ; Une goutte que distille Un vase d'oii l'eau s'enfuit.
Tous les animaux du monde.
Tous les fruilsdont il abonde.
Ne font rien pour l'éternel ;i Et ce Liban qu'on admire.
Le Liban ne peut sullire Pour allumer son autel.
Devant cet Etre suprême Et l'atome et le géant, L'univers, l'homiiie lui-même N'est que vide et que néant.
Quelle est donc la ressemblance Qui de sa divine essence Nous présentera les traits?
Quelle couleur assez belle De cet unique modèle Nous tracera des portraits?
Pour les idoles qu'il pare Le sculpteur intelligent, Avec art forme et prépare Des lames d'or et d'argent.
Ici la fonte bouillonne, Et le fourneau qui raisonne A^omit les maîtres des cieux; Plus souvent d'un bois aride, Pour un autel moins splendido L'artisan construit sesdiinix.
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Au Dieu dont elle <'st l'ouvnitîo,
Sfii ilo sii'^o et ilo dc^ré.
Le lirmainent (|ni hi couvre,
N'est i|u'iiii l'iivilioii i|ui s'ouvre,
Et se rel'eruie ù
ré.
Dnns leurs frivoles systèmes Les sages sont conforuins.
Privés de leurs diadèmes Les rois loniheiit éperdus.
Qui leurdoiiiKi la naissance?
Sont-ils des grains de semence, Des'arbres avec leur fruit?
Ma main seule qui les louche, l'ii souflle seul do ma ixHielio Les desséche et les détruit.
Levez les yeu\ sur les voiles Des célestes régions ; J'y rassemblai des éloiios Les nombreuses légions, Cette luiiiinouso armée Dans une plaine enilammé
.Marche et s'arrête à mon choix.
elle ; lo
Par leurs noms je les appel Nulle h mes cris n'est l'ebul Et cliacunc entend ma voix.
Pourquoi donc, peuple indocile, Israël, pourquoi dis-lii :
L'innocence est inutile Et que nous sert la vertu ?
Quelle erreur 1 l"e Dieu t'écoute, Il suit tes pas dans la roule Où ton orgueil est enlré.
Il coimaîi l'ivre-je humaine, il jiénèti'e tout sf.ns peine, El n'est jamais pénétré
Les ans dans leur cours détruisent Un corps rempli de vigueur.
Les travaux couslnnls épuisent Le bel âge de sa tleiir.
Mais les cœurs toujours fidèles Puisent des forces nouvelles Dans le céleste trésor.
Ainsi l'aigle en sa vieillesse, De sa première jeunesse Reprend l'audace etl'essor.