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DISCOURS PREMIER

Tiré du cUapiire vni des Proverbes.

Eloge de la sagesse.

C'est à vous que je parle, humains, écoutei moi (47): Ecoulez les conseils et d'un père et d'un roi. Oliscrvez les devoirs que ce roi vous enseigne; Sur vous comme sur lui que la vérité régne. D'une doctrine impie abjurez les erreurs (48) ; Ouvm à la Sagesse et vos yeux et vos cœurs ; De l'Lire souverain c'csl la fllle éternelle : Hommes simples, mais purs, vous êtes faits pour

[elle.

Et vous qu'elle reclierclie, et qui la réprouvez (49), Connaissez mieux son prix, ingrats, si vous pouvez. L'or a moins de valeur (30) ; tous vos désirs en-

[senible (ol) Ne concevront jamais d'objet qui lui ressemble. Elle inspire aux mortels la crainte du Seigneur(52), Dt teste le mensonge, cl tout discours trompeur, Rend la grandeur modeste, et malgré roi)ulence Ecarte loin de nous l'orgueil et l'insolence.

La sagesse est le bras, l'œil, et l'ànie des rois (53),

(47) Ecoulez, car je parlerai de choses grandes, cl mes lèvres s'ouvriront pour annoncer la justice, t 6.

(48) Car uia bouche publiera la vérité , et mes lèvres détesteront l'impiété, y 7.

(i\)) Apprenez,, ô imprudents , ce que c'est que. la sagesse; et vous, ô insensés, acquérez l'inielligcnceda cœur, y 5.

(50) liecevez les instructions que je vous dotine plutôt que l'argent, el la science préférablemcnl à l'or le ;</»s pur. y iO.

(51) Car la sagesse vaut mieux que les perles; et tout ce qu'on désire nepeul lui'étre égalé, y 11.

(52) La crainte du Seigneur hait le mal : je hais rinshlence et l'orgueil, la voie corrompue, el le dérèglement des peuples, y. \T>.

A ses enseignements s'ils conforment leurs lois (ai). Si par eux la justice est toujours révérée (55), Ils sont puissants, chéris, leur mémoire est sacrée. Un insensé qui règne est un monstre cruel ; Un sage sur le trône est un présent du ciel.

0 s-agesse, ô rayon de sa suprême esseuce. Que mon cœur nuit et jour vers ta clarté s'élance ; Qu'il y puise ces biens si doux , si précieux (50) Que nous cliercbonsenvain dans ces terrestres lieux. Ces biens faits pour l'esclave autant que paur le

[maître, Et toujours accordés à qui sait les connaître. 0 sagesse, tu veux que mes trop faibles sons Servent ici d'organe à tes hautes lei;ous. Fils des hommes, sa voix m'invite et vous ap-

[pellc (57).

Mes trésors sont ouverts, accourez, vous dit-elle ; Les fruits de mes jardins ne croissent point ail-

[leurs (58).

Des mortels dangereux vous offriront les leurs; Craignez de vous niéjirendre : il est tant de faux

[sages.

(55) C'est de moi que vient le conseil , et tout ce qu'il y a de biens solides : je suis l'intelliqence, et la force est ci moi. ^ 14.

(54) C'est par moi que les rois règnent''et que les législateurs ordonnent ce qui est juste, y {5.

(55) C'est par moi que les princes commandent, et que tous les puisants rendent justice sur la terre. y 10.

(50) C'est avec moi que sont les richesses, et la gloire, les richesses durables et la justice, y 18.

(57) 0 hommes! c'est vous que j'appelle, et ma voix s'adresse uu.v enfants des Itommes. y 4.

(58) Le fruit que je porte est plus excellent que l'or, que l'or même le plus fin; el ce que je produis que l'argent le plus épuré, y 11).

1239 ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN. 12Î0

DISCOURS II

Tiré des chapitres v, vi et vii, des Proverbes. Passions illégitimes, tendresse conjugale.

Compagne du Seigneur j'étais avant les âges (59). Je marchais devant lui (60), quand porté sur les

[flots, Il on couvrait la face, et parlait au chaos. Je posais avec lui les fondements du monde; Je séparais les cieux des abîmes de l'onde; Je conJnisais sa main lorsqu'il pesait les airs, Qu'il décrivait l'enceinte et les bornes des mers, Qu'il donnait l'équilibre aux fleuves, aux Innlai-

[nes (Cl), Qu'il élevait les monts, (62) qu'il étendait les plai

[nés (63), Qu'il fécondait la terre et qu'il peuplait les eaux ; J'étais devant ses yeux, j'arrangeais ses travaux (6i) Quind il dit aux saisons (63) de partager l'année Quand des êtres divers réglant la destinée, A tout dans la nature il assigna son lieu. Et que l'homme naquit pour ressembler à Dieu. Moi seule du Seigneur je cor.naissnis la voie. Au milieu des humains je tressaillais de joie (66) ; Je les voulais prudents, je les voulais heureux ; J'aimais à les instruire, et t'étaient là mes jeux. Ecoulez donc (67), mortels, la mère la pins tendre. Profilez des moments où vous pouvez l'entendre ; Elle exige des soins et des voeux a*;sidus : Ses bienfaits méprisés (68) sont pour jamais perdus. Que servent les remoids que sa fuite nous laisse?

Heureux l'homme qui veille aux pieds de la sa-

[gesse (69), Qui l'écoute en silence, et qui grave en son cœur I.cs préceptes divins, sources du vrai bonheur. Celui qui me possède a recouvré la vie (70) ; Vf plai-irs écernels sa lin sera suivie. De mes blasphémateurs je briserai l'effort, Et quiconque me hait n'aiineenûnqne la mort (71).

(59 Le Seigneur m'a possédée au commencement de SCS voies ; j'élais avant ses ouvrages. ^ 22.

J'ai reçu la puinani.^ dès te cummencemeat, avant lu création df la terre, v 23.

(60) J'étais présente tors(iu'il réglait les cieux , et qu'il renfermait l'abime dans un cercle, y 27.

Lorsqu'il imposait des luis à la mer, afin que les eaux ne passent point leurs bornes, et qu'il posait les fondements de la terre, y 29.

(Cl) J'ni été conçue lorsque les abîmes n'étaient point, et avant que les fontaines fussent remvlies d'eaux, y 2i.

(62) J'ai été engendrée avant que tes montagnes fussent affermies, avant les collines, y 23.

(65) Le Seigneur n'avait point fait encore la terre, »i les campagnes, ni ce qu'il tj a de plus beau dans ceUe poussière qui forme U monde habitable. \ 26.

(Cil J'élais avec lui, et je conduisais l'ouvrage, cJiuqiie jour il mettait en moi ses complaisances, et je me jouais sous ses yeux en tout temps, y 50.

(C.T) Lorsqu'il affermissait les ]iuces au-dessus, et qu'il resserrait avec force les sources de l'abime. j 2S.

(66) Je me jouais dans lu formation de l'univers et de la terre qui est à lui, et mes délices sont avec les enfants de t homme, y 51.

(C7) Maintenant donc, enfants, écoutex-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies, y 32.

(68) Ecoute: l'instruction, et devenez sages, et ne

Miillienrenx où l'entraîne un penchant crimin Dans des vas(S dorés il t'abreuve de fiel. Apprends mieux à connaître une femme aduliè-

[re (721); Le fer est moins tranchant (73), l'absinthe est

[moins amère.

Tu livres dans ses mains ton honneur et ton sort; Tn languis à ses pieds, ils mènent à la mort (74 ): C'est le terme où conduit une indigne tendresse. Je plaindrais moins ton cœur dans sa lâche fai-

[blesse Si de les citoyens défiant le mépris, Pour une courtisane il se montrait épris. En proie à des amants illustres ou vulgaires. Elle n'offre à leurs feux que des feux mercenaires; Mais son crime se borne à ce honteux profit. La soif du gain l'enflamme, et ce gain lui suffit (73). Il faut d'autres objets à l'épouse infidèle; Devoir, décence, honneur; rien n'est sacré pour elle. Dans son àme à la fois naissent tous les désirs. Tous les crimes, s'il faut, servent à ses plaisirs ; A son ignominie elle joint l'insolence.

Au sein de la mollesse assouvit sa vengeance, En jouit, et d'un front qui ne pâlit jamais. En ordonnant des jeux commande des forfaits

Je sais, faible mortel, jouet de ses caprices. Quel piège t'a conduit dans ces tristes délices. Tu n'as pu résister aux flammes d'un regard (.76), Aux douceursde la voix (7T), aux prestiges delà t. « Approchez, disait-elle, entrez sous ces pnrii-

iques (78) :

Admirez ce palais, ces lambris magnifiques;

la rejetez point, y 35.

(69) Heureux l'homme qui m'écoule, qui veille tous les jours à l'entrée de mu maison ; et qui se tient près des poteaux de ma maison, y 51.

(70) Car celui qui me trouve, trottve la vie, et il obtiendra du Seigneur ce qu'il désire, i' 55.

(71) Mais celui qui pcthe contre moi se prive luimême de lu vie; tous ceux qui me huissciit aiment la mort, y 56.

(72) .^'e vous laissez point aller aux artifices de. la femme : far tes lèvres de la prostituée distillent des rayons de miel, et son gosier est vlus doux que l'huile. Chap. v, y 5.

(75) Mais la fin en est amère comme l'ubsinlhe, et perçante comme une épée à deux tranchants, lliij.,

(.74) Ses pieds descendent dans la mort, ses pas s'enfoncent jusqu'aux. enfers. Ibid., y 5.

(75) Le crime de lu courtisane est à peine d'un seul pain ; mais la femme adultère captive l'àme de l'homme, laquelle n'a puint de prix. Ciiap. vi, y 26.

("6) Celte femme vint au-devuiit de lui purée comme une courtisane , et pleine d'artifices. Cliap. VII, y 10.

(77) Elle est causeuse... et dresse des embûches à chaque coin, ibid., y 11 et 12.

(78) Je suis sortie au-devant de vous; j'ai di\iré devons voir, et je vous trouve. Ibid., ^ 13.

,211 l'IU'MIKIU: l'AUTIi;. - l'UKSIKS SACKttS KT l'IlIl.OSOI'lllUL'KS. - UISlIOl US. 1M4

L'-t-'.gypii) iii'u louiiii !<■!> lisiuit précitiiik (7!)) Donlsfs iiiui» soul couviil», il i|iii cliariiieiil les

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yue ces liiTCi'au\ soiii liMis. l'i t|'ii- lu iiiiii fi>l lu II'' '■ Des lli ui» de mes juiiliiis le |>arliiiii vous iippLlIe , •;'e»l reiiiiiis ilii plaisir ei de li vuluplé {8t»)bhilrei, ne ipiilte/ plus cel asile eiiili.tiilé (SI) : Mou époux isi absciil (Si) ; peu louilii; de nus

I laines; Il me l'uil. il pari'ourl des réj^ions loiiilaines, « Il me foiee l'iii^ral.... > A ce discours Irompenr L'amour IdiS^e, allendiil el dévore lnu od-ur (tTi). El lu ne sais doiu' pas (|ue pour le nit^me usage Plus d'une fois sa liouclic employa ce langage ; Que d'auires avanl loi, loriiLics à ses genoux (84), Oui ^oulé ses faveurs, t'iirouvé ses dégoiUs ; Que si le plus doux miel de sa bouelie dislille, l.'atleinte du poison n'en esl (|ue plus sultlile; Qu'elle brille à tes yeux d'un éclat emprunié, Que tout esl faux en elle, et même sa beauié. Ah '. brise eulin les iiœu.is, el sors du précipice (Sîi).

Et toi, mou iils ^S^i), et toi qu'au sein de la justice J'ai pris soin d'élever dans la loi du Sei|;neur, Toi que j'ai lant instruit des devoirs de l'iiniineur. De ce làclie morlel ne suis jamais l'exemple ; Ton corps du Dieu vivant esl l'ouvrage et le temple. Crains, si lu n'es docile à mes conseils secrets. Qu'ils n'augmentent un jour ta honte et tes re-

[greis (8"î), Kl que du désespoir, fruit impuissant du ciime, bans tes derniers moments tu ne sois la victime. El pourquoi, diras-tu, n'ai-je point écouté La voix de mes amis, et de la vérité (88) ? J'ai fui riiisliuelion (8!)), j'ai ri de la sagesse; J'ai lûul saorilié, fortune, honneur, jeunesse (9U)': 0 ciel 1 el je n'emporte, en tombant chez les morts, Qiie le vain repentir, l'opprobre el les remords.

Non, mon fils, jouis mieux des beaux jours qui le

[restent;

Itenoncir aux volupte.s i|ue les «a^ek détciilenl. Dois de» taiix de la source |'JI), et ne vas point

[adleuis li'uiie soif a iulleie éleindre les ardeurs. I.i- ciel mil daii.s les bra> l'épouse la plus pure (92) ', Elle lient ses attraits des mains du la nature; Son cn'iir esl sans détour. Son espiil est sans fard; Elle a le don de plaire, elle en méprise l'arl. Cha(|ue jour la retrouve el plus leinlre el plus belle. Telle esl dans ses transports la simple lourlerelle. Satisfais, tu le dois, ses innocents désirs, l-.i (a féliiité nailra de ses plaisirs (05). I>e giiii landes de lleurs elle a lifSu tes chaînes ; Compagne de ion sort elle adoucit les peines ; Tu dors à ses cotés d'un tranquille sommeil : Elle est dans les revers ton appui, ton conseil, r.l dans ce cteur sensible où le lien se déploie, Tu verses les douleurs, ou lu répands la joie. De précieux enfants, gajjjcs de vos amours. Deviendront le sonlien, le charme de vos jours Ils auront la beau lé. les grâces de leur mère; Ils auront les verlus el l'àmc de leur pcie; Et rendus par vos soins dignes de leurs aïeux. Quand une mort paisible aura fermé vos yeux. Sous des traits, sous des noms chéris de la pairie, Ils sauront aux humains retracer votre vie. Ainsi liiiii le sort de deux tendres époux. Trop parfaite union dont les nœuds sont si doux, Sociolé sacrée à qui tout rend hommage, Du céleste bonheur vous seule éles l'imag'. Vous seule au rang divin élevez lis mortels.

Respecte donc, mon ûls, des nœuds tant solennels. Qu'ils fassent ici bas et la force et la ghiiro, Remporte sur tes sens une entière victoire. L'hommea dans ses devoirs l'objn d^ tons ses vœux ; Plus il leur est fidèle, et plus il est heureux. La venu fui toujours la vo'upté suprême, lulerroge le vice, il le dira lui-nième Qu'il connut le plaisir, mais jamais le bonheur : Il n'en est point, mon Iils, pour (lui vil sans honneur.

(79) i'ax orné mon lil de riches couverliires, rie courle-poinle (V Egypte en brorierie. Ihiil., y lli.

(80) Je l'iii parfumé de myrilie, d'aloès, et rie cinnamome. Ibid., y 17.

(81) VeHe;, enivrons-nous de délices jusqu'au matin; jouissons des jilnisirs rie t'iimour. Ibid.,v 18.

(8?) Car le mari n'est point en su maison, il esl en toyaçie et s'en est allé bien loin. Ibid., y 19.

(83) Elle l'entraine ainsi par de granris discours, Cl le renverse par ses paroles flatteuses. Ibid., v 21.

Il la suit... comme un insensé au'on enchaîne. .. Ibid., y 22.

(84) C'«r elle en a blessé et renversé plusieurs; el elle a fait perdre la vie aux plus furis. Ibid., y 2U.

(83) Que votre cœur ne se laisse poinl emporter dans les voies de cette femme, et ne vous éiiarei poinl dans ses sentiers. Ibid., y 2.">.

Le chemin de la maison est le chemin de l'enfer, et il pénètre jusqu'au séjour de la mort. Ibid., y 27.

(8(i) Maintenant donc mes enfants, écoutez-moi : rendei-voiis attentifs aux varolis de ma bouche.

Ibid., V 21.

(87) Eloignez votre voie de celle femme... de peur... que vous ne soupiriez enfin quand vous aurez consumé vos forces et votre corps. Chap. v, y 8, 9 et II.

(88) El que vous ne disiez : comment ai-je haï riiislruciion ? Comment mon cœur a-l-il méprisé les remontrances qu'on m'a /'(iifes ? Ibid., y 12.

(89) Pourquoi n'ai-je point écouté la voix rie ceux qui m'enseignaient, ni prêté l'oreille à mes maîtres 'f Ibiil., Y 15.

(90) J'ai été en peu rie temps plongé dans toutes sortes de maux, au milieu de l'assemblée ei de l'Eglise de Dieu. Ibid., f 14.

(9l)B«ri'~ de l'eau rie votre citerne, cl des ruisseaux de votre /««(niHe. Ibid., ^' 15.

(;I2) ... ISe goûtez rie joie qu'avec la, femme que vous avez éi)OU.<iée dans votre jeunesse. Ibid., \ IS.

(95) Comme une biche très-chère, et comme une chevrette Irè's agréable : que sa compagnie vuus suffise ht tout temps , cl que son amour soit tuujours votre joie. Ibid., ,î' 19.

CEUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

DiSCOURS IIF,

Tiré des chjpilres xi, xm, xiv, xv, ïvii, el autres des Proverbes.

Du pauvre riche et du riche pauvre. — Du

ton et du mauvais usage des richesses:

Que l'homme juge mal, si le ciel ne Finspire, El des maux qu'il redoute, et des biens qu'il désire! 11 [iroiligue sans choix l'estime ou le mépris. Toujours d'un faux éclat serez vous donc épris, Cu uis aveugles ! Pesez au poids de la sagesse L'o[)uleuce réelle, et la fausse richesse. I.e riche <st quelquefois pauvre au milieu de l'or,' Et l'indigeuce même est souvent un trésor ^94).

Le pauvre est à l'abri des complots de l'envie (95), D'implacables soldais n'attaquent point sa vie : Il rit de l'exacteur, et sous ses humbles toits Le fisc n'enlève lien pour les palais des rois. Longteuips j.^une, il possède encar dans sa vieillesse, La force et la santé que détruit la mollesse. Les vices à ses pieds expirent abattus , Il n'a point de trésors, mais il a des vertus.

i^e liche est le jouet de sa propre fortune,

C'est un tyran cruel dont le joug l'importune.

Tourmenié de désirs, de besoins déchiré,

De rivaux, de jaloiij, d'ennemis entouré.

Ses biens soht au pillage, et ses jours à l'enchère,

Son bonheur eU plus triste encor que la misère.

Lui-même il se déchire, et devient tour à tour

De son cœur inquiet la proia et le vauiour (9lî). Trop heureux le mortel dont l'activité sage Aggrandit lenteuient un modique héritage, El ne surmonte enfin sa mcdiocrilé Qu'à force d'industrie el de sobriété (97). Il gai de sans remords ce qu'il gagna sans crime. Sa fortune est durable autant que légitime (98), Elle passe aux neveux du fortuné vieillard. Tandis que les enfants du crime et du hasard. Ces hommes sans pitié que les pleurs endurcissent

(99), Et que les maux publics en un jour cnricbissenl, Dépouillés tout à coup d'un éclat passager. Ne sortent du néant que pour s'y replonger, Semblables aux torrents dont la fange et les ondes Ravageaient avec bruit des campagnes fécondes. )

i94) Tel parnil riche qui n'a rien; el tel ptirait pauvre qui est fort riche. Chap. xm, ^ 7.

(9.3) Les richesses servent à l'homme pour pinjer sn rançon, mais le pauvre n'entend pas de menaces. Ibi I., j 8.

(9()) L'espérance différée afflige l'âme. Iliid.,î 12.

(97) Le bien amassé par de mauvais moyens diminuera : celui qui en amasse par son Iravail le verra se multiplier. Ibid., y 1 1.

(98) La maison des méchants sera détruite : les tentes des justes seront florissantes. Chap. x!V, ^ 2.

(99) Un homme qui se hàle de s'enrichir, el qui vnrte envie aux autres, ne sait pas qu'il sera surpris tout d'un coup de la pauvreté. Chap. xxviii, f 22.

llOO) // vaut mieux être invité avec affection à maiiijer des herbes, qu'à manger le veau gras ; lorsqu'on est hui. Chap. xv, J- 17.

El qui formés soudain, mais plus vite écoulés.

Se perdent dans les champs qu'ils avaient désolés.

Je déplore l'erreur où ton orgueil le livre, Riclie voluptueux, que l'abondance enivre-! Crédule autant que vain, lu prends pour des aniij Ces convives nombreux dans les festins admis. Ces grands toujours si bas que l'honneur désavoue, Ce flatteur qui le hait, te méprise et te loue. Perfide empressement de ce peuple moqueur! Us dévorent tes biens, ils perceraient ton cœur (100). L'amitié ne se plaît que sous des loils modestes. Lieux exempts de discorde et de soupçons funestes. Asile où dans les bras de la frugalité Régnent la confiance et la sincèriié (101). Détestable intérêt, auteur de nos niisèrts, El qui le plais surtout à diviser les frères, C'tst toi qui des amis romps souvent les liens; Quand le riche en aquiert le pauvre perd les

[siens (102).

Que sert à l'insensé l'éclat de sa richesse (103) ? Ce n'esl point à prix d'or que se vend la sagesse. Que ilis-je ! Est-ce pour lui qu'elle aurait des appas ! C'est un bien trop stérile, et qu'il ne cherche pas. Plein de ses passions il ne connaît, il n'aime Que ses goûts, ses ph'isirs, sa fortune el lui-même. Posséder, acquérir, c'est sa venu, son art; Il fait de ses trésors son temple et son rempart : C'est un mur qui l'entoure, où malgré'son audace Le souffle des revers l'accable et le terrasse. Plus une tour, s'élève et s'approche des cieux. Plus sa chute soudaine est terrible à nos yeux (lOi).

0 riches de la terre, hé! pourquoi l'indigence Voit-elle avec horreur votre altière opulence? De vos propres faveurs, cruels, vous abusez. Vous secourez le pauvre et le tyrannisez (105). De son dur bienfaiteur l'aspect le décourage. Malheur à tout mortel que votre main soulage. Que vos plus doux regards sont encore rebutants. Et que vous vendez cher vos bienfaits insultants?

RenJre aimables ses dons est une vertu rare! Que le ciel ne fit poiot pour le cœur d'un avare. 11 est |)lus rare encore, aux yeux de l'équité,

(101) V âme tranquille est unfesUn continuel. Ihid.,

Peu avec la crainte de Dieu vaut mieux que ae grands trésors accompagnés de tronble. Ibid., jr 16.

(102) Les richesses donnait beaucoup de nouveaux amis ; mais ceux même qu'avait le vauvre se séparent de lui. Chap. xix, y i.

(105) Que sert à l'insensé d'avoir du bien entre les muins? En achetera-t il la sagesse, lui qui n'a point d'intelligence'/ Chap. xvii, y 10.

(104) Celui qui élève sa maison bien haut en cherche la ruine. Ibid., ji' 20.

(105) Le riche commande au pauvre; et celui qui emprunte est assujetti à celui qui piête. Cliap. xxii,

(lOfi) Celui qui se hâte de s'enrichir ne sera ^a» i}inoccnt. Chap. xxviii, > 20.

ms l'I.KMIKUK l'AIVTIt.- I-OKSIKS S.U.IltLS Kl I'IIII.OS«J|-lllyLES. - DISCOLKS.

IIM

1)«9 «'eui'icliir »»iis crime (100), ou lien kiiii» 1^-

Icli.lé,

FuuilU-t dm publiiaiii!! les archives impures. Les iraiiés rrauJuleiix, le» iiiaiiuiuvreii ubscurrs, L'ii jutre eu fiiiiuiruit : ce soiil U do leurs jeuv. l'iiur arriu-r au terme oii s'élaiieeiil leurs va'ii\. Il e^t (X'U lie elieniiiis frayéi |iar la just'ce; 'l'iintôl t'esl violcuce, el lau:ol arlilicc. Fuurvu tiuel'or abonde au^ré de leurs desseins, Il irtmpurte la suurce uii le {luisent leurs mains.

Quels barbares mortels par de secrètes roules, Luiii des regards du peuple ont cunduit sous ces

[voClles La dépouille des champs, scid espoir du besoin'' Laissez à la fourmi ce misérable soin, llouime amassez pour l'Iiomme, el ([u'iin secours

[iiil([iie.

^'aggrave point ainsi la pauvreté pnlilltiue. ïou» ces luouccaux de grains, tes fruits ((iie vous

fcacJie/, Ne sont pas des mélaux dt' l'aliîme arraches, Qui do leur possesseur devenus le supplice, Soient dans la terre encore remis par l'avarice. Coït un dépôt commun, l'aliment des humains, La sueur de leur fiont, le travail de leurs niuins; Un bien que la nature à ses enfants étale. Le seul que sa bonté, sagement libérale. Sur la face du monde a répandu sans choix : Subsistance du peuple, el des grands et des rois. Celui qui la prodigue (107) en des jours de misère, K'ea devieiitque plus riche, et du pauvre est le père. L'homme qui la captive (I08i, el ne lui rend l'essor Que pour en augmenter son infâme trésor. S'appauvrit à son tour quand ses granges s'emplis-

[sent.

Kl marche environné de voix qui le maudissent.

Riches, soyez humains, tendres et généreux.

Quel bien vaut le bonheur de rendre un homme

[heureux !

C'est le plaisir du juste, et c'est le digne usage Des fragiles trésors qu'il reçut en partage. Il prospèie, il jouit des bienfaits qu'il répand; Vainqueur de l'envieux, cet ennemi rampant. Il entend sans effroi, gronder loin de ses traces Les foudres de la cour, et le vent des disgrâces.

Tels ces arbres heureux et du ciel protégés (109) Que l'humide aquilon n'a jamais outragés, C mserveiil la fraîcheur de leur feuille odorante Quand sous de noirs frimais la terre est expirante; Etendent leurs rameaus, el parmi les hivers

(107) L'un donne libéralement, el en devient plus riche, l'autie omet de faire le bien, el il s'iippauvrii. Cliap. VI, V ■24.

Celui qui donne abottdatnment sera lui-même enf/rniisé ; celui qui enivre sera lui-même enivré. IbiJ., ^ 24, 25.

(1(18) Celui qui cache le froment sera maudit du peuple ; et la bénédiction viendra sur la tête de celui

l'ou>-ent eneoie dcD lleurii, et de fruits tout luu-

[verls.

i)isr.oi;i»s IV,

Tiré des chapitres iivit, xivni et iiii.

Vie Itiburieuse el chiim)'^lve , iifjriculliire, écunuinie. lilotje de lu femme forte.

Ib-ureuv (|ui de ses mains cultive les sillons (110) Uù son champêtre aieul planta ses pavillons, Qui demande à la tel re un tribut légitime, l'our nourrir les mortels l'cpuise et la ranime, El par l'utile elTiirt d'un soin toujours nouveau. En devient réennoiiie, et non pas le fardeau. Uigiie (|ue la nature é(iuilable et féconde A tant d'activité par ses bienfaits réponde. Tantôt dans ses gucrcts, tantôt dais son hetcaif. Il rend hommage au ciel des fruits de son travail.

C'est ainsi qu'il remplit la loi de sa naissance; Tandis que de ce riche au sein de l'opulence, Les sens dans le repos sont presque anéantis. Par le sommeil du cœur ses yeux appesantis (111), N'ont pour les biens réels, pour le bonheur so'.ide Qu'une vue incertaine, et i|u'un regard slupide. De palais en palais moUeiiienl tiar.sporlé, Du pauvre en vain suivi, de llatteurs escorté, Il ignore les soins, la peine, el l'industrie; Et sa main qui Jamais ne servit la patrie. Laisse écouler son or, par cent canaux ouverts, Dans l'abîme du luxe et des plaibirs pervers ; Cet or dont il pourrait linir tant de misères. Soulager les besoins et les maux de ses frèi es : Cet or, Iléau du monde et de l'iiuniaiiiié. Quand il ne sert qu'au faste el qu'à la volupté.

De ces biens corrompus rejette au loin l'usage. Mon fils, je l'offre ici les seuls trésors du sage, Les seuls dont la beauté mérite nos regards; Dans les bois, dans les champs ces trésors sent

[épars ; Ils germent sous nos pieds, nos mains les font

[éclore :

Il ne leur faut souvent qu'un beau jour, qu'une au-

[rore, Qu'un ciel pur, ou rempli de fécondes vapeurs Qu'une douce rosée, ou de vives chaleurs. Des épis verdoyants, des moissons qui jaunissent, Des arbres entourés d'eaux qui les rafraîchissent. Des coteaux qu'embellit la pourpre des raisins. Des vergers, des hameaux l'un de l'autre voisins. Des enclos possédés sans crime el sans querelle,

qui le débile Ibiil., >■ 20.

{[09) Celui qui se fie en ses richesses tombera; mais les justes fleuriront comme une branche. Ibid., t2S.

(110) Celui qui laboure sa terre sera rassasié de pain : mais celui qui aime t'oisiveié, sera dans une e.rlrême indigence. Chap. xxviii, y 9.

(Hl) 0 paresseux, jusqu'à quand dormiret-rous f

iUl

ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRMC, MARQUIS DE POMPIGNAN

Des foyers pleins de jo'e, une paix élcnielle : Tel osl l'asile unique où la main du Seigneur A fixé la vertu, la concorde, el l'honneur

Que ce speciaele est riche, et qu'il a droit de (ilaire A tout coeur dégngé d'un intérêt vulgaire! Tourne vers ces olijels et les vœux el tes soins : lis suOiront, mon lils, à tes divers besoins. La nature t'appelle, et t'ouvre son école; Dans ses productions consulte sa parole, Consulte la toujours, et songe que sa voix Est le conseil de l'Ijornuie, et la mère des lois.

Apprcn is de celle mère, apprends, enfant docile, A nicriler ses dons par un service utile. Du mortel qui les cherche ils suivent les désirs. Le paresseux languit dans ses honteux loisirs; J'ai vu sa vigne inculte (112), et ses champs pleins

[d'épines; Leur enceinte croulait et tombait en ruines (1 13) ; Brûlés par les chaleurs, transis par les fiiniats. Ses enfants pres(|ue nuds se traînent sur ses pas. Sous si>s toiis délabrés où la faim le lourmenie. Sa misère s'accroît, el sa paresse augmente. Son étal m'a louché, ses fautes m'ont instruit (1 1 i).

Et toi, de mes leçons qui recueilles le fruit, Laborieux mortel, sers d'exemple à tes frères; Pour labourer ton champ prends le soc de les pères. Specialeur assidu de la terre el des cieux, Pénètre les secrets qu'ils cachent à tes yeux. Observe le retour, le déclin de l'aniiée. Le cercle où du soleil la course est enchaînée, L'inconstance des vents, les temps et les saisons. Et leur vicissitude et leurs combinaisons, L'inllliience de l'air, et le pouvoir de l'onde; De ce livre animé que l'élude est féconJe! 11 est toujours ouvert pour le cultivateur : Il sert au philosophe autant qu'au laboureur. Tout homme eut le travail et la terre en partage. Il n'est rien d'infertile, il n'est rien de sauvage. Si tu sais avec art ménager les terrains ; Ici fleurit la vigne, el là germeni les grains. Ce terroir produira des plantes salutaires ; Cet espace est marqué pour des bois solitaires ;

Quand vous éveillerez-vous de voire sommeil. Chap. VI, y 9.

(H2) J'ai passé par le champ du paresseux, et la vigne de tlnscusé. Chap. xxiv, y 59.

(H5) J «i trouvé que '.uut était plein d'orties, que les épines eu couvraient toute la surface, et ifuc l'enceinte de pierres qui t'environnuil, était abattue. Unii., ^51.

(lli) Je lai VH.j'ii ai fait réflexion; je l'ai vu, et je me suis instruit par cet exemple. Ibid., jJ 52.

(115) Les prés sont verts, les herbes ont paru, cl on recueillera le foin des montagnes, Ibid., j? 25.

(IIG) liemarquci avec soin l'étal de vos brebis, et considérez vos troupeaux. Chap. xxvii, 25.

(117) Les agneaux sont pour vous vêtir, et les chevreaux pour le prix du champ. Ibid., y 20.

Que le lait des chèvres vous sulfise pour votre nour-

De ces prés où les inaii:s ont creusé des canaux. Déjà l'herbage est mm', et n'aiiend (|uelafaux (lia). Ainsi donc tous les biens qu'enfante la nalure. Seront en divers temps le prix de ta culture. Des fleuves, des ruisseaux que les boids soient peu-

[pi es De troupeaux différents, toujours renouvelés. Qu'ils connaissent la voix, le son de ta musette; Des paisibles sujets conduits par sri houleiie, Tout pasteur vigilant sait le nombre el les noms (116). Conienl de leur amour, satisfait de leurs dons. Sur ce peuple soumis lu régneras sans armes; Ses innocents tributs ne coûtent point de larmes : C'est du lait, des toisons, richesse des pasteurs, (117) Et dont l'abus jamais ne corrompit les mœurs. Possède-la, mon fils, et dans sa jouissance De ton cœur vertueux affermis l'innocence. Mais un bien doit encore exciter tes désirs. Un bien qui met le combleau bonheur, aux plaisirs. Un bien si précieux que ton auteur surprème Pour le rendre plus doux l'a tiré de loi-même : Une compagne enfin qui digne de ton choix. D'une épouse fidèle exerce tous les droits. Kl qui l'offre sans cesse, en retour de la flamme. Moins les attraits du corps que les beautés da

[l'àme (118).

Confie à son amour tes dociles enfants ;

Qu'elle règne aux foyers comme toi dans les champs.

C'est là que sa prudence accroît ton héritage.

Entre tes serviteurs qu'elle seule partage

Les fuseaux, la navette, et les divers emplois

Qu'au sein de la famille établiront ses lois.

Quand des feux du malin l'univers se colore (119),

Son visage aussi pur, aussi frais que l'aurore,

Ecarte le sommeil, bannit l'oisiveté.

Ranime le travail que soutient sa gaieté (120).

Les ans à ses leçons avec zèle obéissent.

Par ses mains cultivés (121) tous les aris l'enri-

[chissenl ; Vainqueur de la tcmiiête, un vaisseau chargé d'or,

[(122) Du maître qui l'attend remplit moins le trésor. La rigueur des hivers (125), ni la disette affreuse Ne pénètrent jamais dans sa retraite heureuse;

riture, pour ce qui est nécessaire à votre maison, et pour nourrir vos servantes. Ibid., y 27.

(118) Qui trouvera une femme forte? Elle est oien plus précieuse que les perles qui s'apportent de l'extrémitù^du monde. Chap. xxxi, y 10.

(119) i7/i; se lève lorsqu'il est encore nuit : elle partage la nourriture, à sa maison, et l'ouvrage à ses servantes. Ibid., ^ 13.

(120) Elle a ceint ses reins de force : elle a affermi ses bras. Ibid., ^ 17.

[XiV) Elle a porté sa main à la quenouille, et-ses loigts ont pris le fuseau. Ibid., jt 19.

(122) Elle est comme le vaisseau d'un marchand, et elle fait venir son pain de loin. Ibid., V'ii.

(125) Elle ne craindra pour sa maisot, ni le froid, ni la neige ; parce que tous ceux qui- la composent ont lin double vèlcmenl. Ibid., y 2t.

Jâl't lUIMlKllK l'AlMir. IHIKSIKS SA» UF

IK> ror|>iieliii, du pauvre (lil), i-ii U>ur c;ilaii(in5, Elle lmIiiiu lit rullii, couvre la liudilc L'iiiiligi'iiCL- 011 Cl- liou n'est jiiMiaii iin|iuiliiuo; Osl un asile ouvert uu\ cris du riiirurlunc : l'ii si'jotir uii cIku-uii gm'ue et voit MaiiK eiiiuii Sa rélieilc propre, el le liunlicur d'aulrui.

Kl tels sont les travaux, les sucrés d'une femme (Jii'un zèle liiunraisunt éeluire, instruit, eiillaninie. U des faveurs dn ciel rare et modeste emploi! Feiutne forte, (|uel homme est comparable :i toi '. Onel liomnie accomplit niioux le pri'ceple soprcme l»e chérir les linniains à l'égal de soi-même! Femme heureuse! ses jours au monde prccioiix, Sont loués sur la terre, et bénis dans les cienx. l.'iiMKKcnie candeur dans sa bouche réside (l'^ril '• A tous ses entretiens lu charité pu'side; (Jue de voix à l'envi consacreni ses bienfaits ! Que de cœurs subjugués par ses chastes attraits! Son é(Oux est brillant des rayons dt sa gloire (I2(i), Kt ses enfants devront leur lustre à sa mémoire.

Que pour d'autres le marbre entassé jusqu'aux

[cic'ux,

Apprenne à l'univers leurs litres glorieux;

L'artisan secouru, la pauvTeié bannie.

Ses serviteurs heureux et sa famille luiie,

Des fils dont clle-iuèmo a formé la raison,

C'esl dans ces monuments qu'elle aime à voir son

[nom :

C'esl là qu'il se conserve, et qu'honoré des sages

Il triomphe à la fois de l'envie et des âges (l"27).

0 crainte du Seigneur tu règles tous ses pas,

Tu répands ses trésors, tu défends ses appas ;

Le monde rend hommage à sa conduite austère

Tout corrompu qu'il est, c'est un juge sévère.

Qui déteste et méprise, en dépit des flatteurs,

Les biens sans la vertu, la beauté sans les mœurs

DISCODRS V,

Tiré de différents chapitres des Prorcrbes De la calomnie.

Aimer tous les humains d'une charité pure, C'est la loi du Seigneur, le vœu de la nature. Ce précepte si doux que l'amour a tracé. Comment du cœur de l'homme est- il donc efifacé!

S LT l'IlU.OSOI'IIIQlKS. — niSCOrilS. M'A

Quel mortel le premier dan* sa koinhre lum-

O-ia Centre boii frère arn er la calomine,

Monslie impur que le c i. I eut toujours en lior-

(icur (129), Qui, plein d'eiïroi lni-niiiiie, insfiire la terreur; liupl icable eHiienii de la vertu modeste, Aux rois comme aux sujets monstre souvent fu-

[nesie, Qui dans l'obscurité prépare ses poisons (130), N it de haine et de liel, souille les trahisons, Kt clévorani toujours victime sur victime. Jamais ne ferme l'it'il qu'endormi par un crime?

1(151' Vous dont l'exemple ajoute i> la force des lois, Orjianes de Dieu même, ô magistrats, ô rois, L(Hn de vous, loin des lieux uii l'équité préside. Chassez, exterminez toute langue homicide (152), Tout calomniateur <iue de houleux succès Ont rendu plus hardi, plus noir dans ses excès. Quel reproche pour vous si riionncur, l'innocence Diï voire ministère accusaient l'indolence! Fi que serait-ce encore si des faits diffamants Surprenaient par malheur vos ap])laudissements; Si vos fronts deslincsà foudrojerile vice d'un horiible libelle accueillaient la malice! A ces vils assai-sins pardonnez, je le veux ; Mais qu'au moins vos regards (155) soient des ar-

[rcis contre eux.

Car ne présumez pas qu'en nattant leur licence, Vous détourniez de vous son aveugle iu.-olence. Vous riez, mais tremblez : vos noms auront leur

[tour; Dans ces fasles affreux ils rempliront leur jour. Il n'est rien de sacré que le méchant n'insulte, Mœurs et gouveiuemenl, Dieu lui-même et son

[culle.

Qui blasphème le ciel, fait-il giâceaux humains? Les dards empoisonnés qui parlent de ses mains. Se croisent dans les airs, se combattent sans cesse. Il les jette au hasard, et quelquefois il blesse.

O mortel forcené, saus pudeur et sans foi. Mortel qui r.e connaît ni joug (loi), ni frein, ni loi! De quel nom prétend-il que l'univers le nomme ? Est-ce un démon d'enf>r? Est ce un tigre? Est-ce

'un hoaiiue?

(124) Elle a ouvert sn tnain ù l'i>uli(jciil; elle a étendu ses bras vers le pauvre. Ibid., >. 20.

(123) Elle u ouvert .«n bouche à la sagesse, el la loi de la clémence est sur sa laiiiiue. Iliid., y 2(j.

(I2G) Son mari sera illustre dans l'assemblée des juijes, lorsqu'il sera assis avec les sénateurs de la terre. Ibid., y 25.

Ses enfants se sont levés, el ont publié qti'elle était très-heureuse. Son n.ari s'est levé, et il l'a louée. Ibid.. y 28.

(127) Donnez-lui iu fruit de ses mains; et que ses œuvres la louent dans l'assemblée des juges. Ibid., ^51.

(liS) Les agréments sont trompeurs, et ta beauté est vaine. La femme qui craint le Sei(jueur sera louée.

Ibid., V 50.

(129) Les lèvres menteuses sont en abominalivn au Seiqneur. Cliap. \n, ^ 22.

(150) La voie des méchants est environnée de ténèbres. Cliap. IV, î 19.

(151) Les méchants ne donnent point qu'ils n'aient mal fait; ils ne prennent puint de sommeil qu'ils n'aient supplanté quelqu'un. Ibid., f 16.

(152) Eloignez de vous les mauvaises langues, et que les lèvres médisantes ne vous approchent iamais., Ibiil., y 5r).

(155) Le vent d'aquilon dissipe la plii'e, el le visaqe triste la langue médisante. Cliap. X'XV, y 25.

(l5-i) L'homme sans joug est un homme dé péché; il s'abandonne aux paroles déréglées. Chap. vi, 12.

OEUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POjIPIGNAN.

Ses yeux sont égarés, ses pas sont inceri.iins (lô")), La rage csl dans son cœur (150) le poignard dans

[ses mains ; Son esprit ne conçoit que de folles pensées, Eisa bonclie vomit leurs fureurs insensées. Ii'aii'cs niouslres formés du venin qu'il répand. Suivent dans les marais cet orgueilleux serpent. Sifflent quand il l'ordonne, et de leur fange impure Exhalent avec lui des torrents d'iniposiure.

La renommée alors, leur fidèle soutien,

Prompte à grossir le mal, froide à vanter le bien.

Entend sans écouter, multiplie, exagère,

Et lépèle en fuyant leur clameur mensongère.

Le peuple s'abandonne à ces discours trompeurs,

Reçoit des préjugés et se repaît d'erreurs.

Le sage s'en indigne, oui, mais la voix du sage

Se perd dans l'océan de ce monde volage;

C'est d'un cri sans écho la laible aulorilc.

Dans ce choc de rumeurs que peut la véiilé?

Elle marche à pas lents, le mensonge à des ailes

RI 57); Il s'échippe, il revient par cent roules nouvelles : C'rsi rai,:;le ijni s'éiance, et qui irompant nos yeux Plonge dans un abyme, ou perce jusqu'aux cieux.

Ainsi la calomnie, en lous lieux détestée. Est parloul répandue aussitôt qu'enfanlée. Son auleur en triomphe, et se fait un appui De tout mortel impie ou méchant comme lui (138; Non qu'il soit plus heureux dans sa l.iche victoire Ses actions d'avance ont llélri sa mémoire : Comme lui ses pareils, endurcis aux affronts, Portent le déshonneur imprimé sur leurs fronts, 11 n'est point de laurier qui le couvre ou l'eilaco- En vain redinihlcnl-ils leur frénétique audace. Plus ils méprisent tout, plus le mépris les fuit (159).

Quil'eiilcru cependani, de tant <i'horreurs insiruil, Que ces hommes moqueurs, (iers des plus vils suf-

[Irages, Oseraient sans rougir prétendre au nom de .■-.'i-

[ges (liOJ; Qu'ils diraient à la Icrre : écoulez nos leçons ; Cherchez vous la vertu ? c'CïI nous qui renseignons : Comme nous soyez droits, religieux, sincères, Modestes, pleins -de zèle et d'amour pour vos ficres, Les fourhes?ô sagesse, 6 don venu du ciel, As-tu œsis ta douceur dans des vases de (ici, Ta candeur dans la bouche où règne l'artilicc. Ta droiture en des cœurs voués à l'injusiice?

(I3&) Il fait des si(iues ilct yeux ; il fruppedu pied , il parle avec les doiyls. Ibid., f 13.

(loti) // médiu le mal dans son cœur ; il sèmedes querelles. Ibid., y 14.

(157) Comme l'oiseau s'envole ailleurs, et comme te passereau court de lous cotés, ainsi la médisance qu'on publie sans sujet contre une personne, se répand parloul. Chap. \x\i, y 2.

(158) Le désir de l'impie est de s'aiipuyer de la force des plies mécliunts.-ÙtA'Ç). xii, ^ 12.

(159) Lorsque le méclianl est venu au plus pro

Snus (les masques hideux reconnais-tu les (rails Que l'univers adore en les divins portraits? Reconnais tu, dis-moi, ta force et ton laiigage, ■ Et de l'erreur enfin serais-tu l'appanagc? Non, tes droits éternels ne sont point usurpés, Que par de faux docteurs les humains soient trom-

fpés.

Tu les plains, mais tu ris d'un ennemi frivole, Et la divinité foule à ses pieds l'idole C'est sur tes défenseurs que ce peuple de fous Signale son caprice, épuise son courroux.

Du moins si la raison dont ils vantent l'eropire, Suspendait quelquefois cet insolent délire. Commandait à leur langue, ou retenait leur main, Prêtes à publier un mensonge inhumain ; Si le remords terrible épouvanlait leur âme, De leurs lâches complots s'ils déchiraient h trame. Si celte humanité qu'ils célèbrent toujours. Animait leur conduite ainsi que leurs discours ! Ah ! ne l'espérez pas d'une implacable secte ; Rendre le vrai douteux, et la vertu suspecte. C'est leur première étude, et leur plus cher désir. Imposteurs par système, et méchants par plaisir.

Nul sage, croyez-moi, sans tourmenl pour sa vie N'a repris le moqueur, ni censuré l'impie (141). Il épargne le rang, les personnes, les noms. Il n'en veut qu'a l'erreur : inutiles raisons ; Décrier liur école, attaquer hurs maximes, Penser autrement qu'eux, c'est le plus grand des

[crimes (Ii2).

De là celle chaleur, ce trouble des esprils, Et la haine et l'insulte, et la guerre et les cris. Et le déchaînement d'une inlàme cabale, Et les productions de sa plume infernale, El les efforts secrets d'hommes jaloux et lias. Et les effeis publies de leurs sourds attentats, El ce las de brigands, d'ennemis mercenairis, D'amis lâches ou faux, d'émulés, d'adversaires, Par les nœuds de l'envie unisd:ins leurs noirceurs, El d'autant plus cruels qu'ils sont les offenseurs.

Et toi d'un zèle pur innocente victime. Qui que lu sois, nioitel, que tant de haine opprime. Qui t'es vu sans appui, sans secours, sans vengeur, Livré comme anathème aux traits de l'imposteur Mais qu'un siècle plus jusle et des lois mieux ser-

[viis, Vengeront lot ou tard du succès des impies ; Attendant que le ciel lonne sur leurs fo. faiis,

fond de ses péchés, il méprise tout, mais l'ignomiide et l'opprobre lesuivenl. Ch:;p. xvin, ^ 5.

(l'iU) Le moqueur clierchc la sauesiC, et il ne ta trouvera point. Chap. xiv, ji' G.

(lil) Celui qui instruitle ii.oqueiir n'enrenipor-tcra que des injures; et celui qui reprend l'impie, s'attire des reproches.

Ne reprenez point te moqueur, de peur qu'il ne vous laisse. Chap. ix, 7, 8.

(14"2) Les méchants ont en abomination ceux qui marcher.t dans la voiedroile. Chap. xxix, y 2

1J3S lUKMIf KH l'AiniF.. l'OESIF.S SAIIIKK

Rriitre au (i»u\ Je ion r i-ur, •( clierdict-v I» paix. LaiMie U\*i'aliiniiiic à m-> liiri'iii> i ii proie, Auv iiiau.\ (|u'ellc a cru fairr In^ullcr avec joie, Juuir tlu fruit auu'r de ses eniporlenionis ; ()ui-ll(> en eu la iluroc I lit-las ! i|ui'li|uos moments, Qiiel<|nt'« Jours, i|u li|ucs mois, pool-iHre des aiiiiics, Vaines raveiiis du icuips, et liionlot Icrmiiiéos, luiperceplildcs poiiils dans l'espace iiilini Où le crime d'un jour est i jamais puni. Que resle-t-il uilin de ces excès iiiii|ues, He ces écrits mciilcuis, de ccscliaiils salyrii|ues? C'est des vapeurs de l'air le spectacle mouvant, L'n éclat de tonnerre, un tourbillon de vent (113; : Mais le calme rcnail, le ciel liiii sans nuage, Et n'est jamais si leau qu'après un long orage.

N'est-il pas niéiue encor des déseris et des bois Où do la calomnie on n'cnlend pas la voix'? Fuyons a»ec riionnenr, fuyons dans cet asile; Oublions loin du monde, en ce séjour tranquille Tout pcrliJe ennemi, tout indigne rival, Suriout ne disons point : je lui rendrai le mal (lll). S'il a lalni, ((ue nos mets largement le nonriisscnt

S'il a suif, que nos eaux soudain le rafraichissent , Nos soins cl nos bienfaits, nos dons sur lui versés, Sont des cliarbons de feu sur sa tète amassés. 0 mortels, c'est ainsi que la vertu se venge. Les cœurs sont à Dieu seul, c'est lui seul qui les

[change, Des bons et des méchants lui seul peut ordonner : C'est à Dieu de punir, à nous de pardonner.

DISCOURS VI, Tiré de diiTOrcnis livres des Proverbes. Des rois et des sujets.

Le pouvoir paiernel, l'autorité suprême Sont des droits émanés du Créaleur lui-même. Dieu sur la même léte unit leur double loi ; Qui fit le premier père a fait le premier roi.

Le premier qui du sceptre exerça la puissance. N'avait que ses efifants sous son obéissa;:ce. Les enfanis à leur tour, dans ce chef révéré, Obéissaient à Dieu qui l'avait consacre. Dans ces nœuds que forma la sagesse divin», Du vrai gouvernement nous trouvons l'oiigine; Sur l'intérêt commun ses titres sont fordes. Vous que régit un maître, et vous qui commandez,

iliô)] Le mécltanl dixparallra comme une lempêle qui passe. Cbap. x, t 2a.

(144) Ne dites puinl; je rendrai le mal. Cbap. XX, *12.

(MS) Si votre ennemi a jaim, donnez lui à manger ; s'il a soif, donnez lui à boire. Car vous amasserez ainsi sur sa tête des charbons defeu.CUsn. xxv, y 21, 22.

(UC) Ceux qui se conduisent en im; iVs, sont abominables au roi. C'est le sens littérale de l.i Vidi^ale : Abominabiles régi qui agunt impie. Chap. xvi, j 12.

(147) Otez rimpiété de devant les rois. Cbap. IV, J- S.

S F.T l'Illl.OSOJ'Illyi i;s. — DISCOl us. «2'4

Coniiorvez ii jamais de ai dons caracléreg ; llois, voilà vos enfants ; tujcts, voilà vos | éies.

Ce sont là les p slenr^, ce sont le» souv r <in'

A (|ui le Itoi des rui.-. cunlia 'c& liuniains.

Ils régnent comme lui 'par l'amour cl la cra'n'e;

Il les a couronnés de sa majcslé sainli;;

Ils tiennent de lui seul l'empire des mortels.

Images tin Très-llaiil, vengeurs de ses auiels,

Il dépose en leurs n)ains sa balance et sa foudre,

El le droit déjuger, de pnnii et l'.'.-ibsuudrc.

.Mais dans ce rang divin dont ils sont rc.êlus,

Qu'ils trouvent de devoirs, et qu'il faut de venus !

Pour la religion pleins d'amour et de ?.iU%

Qu'elle ailleurs premiers soins, qu'ils rcgnen! avec

[clic.

i.eur pouvoir se détruit quand elle perd le sii n l.'Enfer souvent ébranle un si ferme soulien : Il suscite l'erreur, les nouveauté» hardies. Tout roi sage déleste, et proscrit les impies (140) . Chassés de sa présence (147), et courbés sous le

[frein (148), C'est pour eux que son sceptre est un sceptre (i'airain. H sait trop que leur secte est l'ccolc' du crime, Que nulle autorité n'est pour eux Icgiliuie, Et qu'instruit à braver remords, nature et loi. L'ennemi de son Dieu l'est toujours de son roi.

Un monarque pieux n'en sera que plus juste ; Mieux qu'un autre il remplit son ministère auguste. De la religion la justice esl la sœur; Dieu la donne en partage aux rois selon son rcrur. Assise en leurs conseils qu'elle seule y décide; Que le pauvre',(l4!)), la veuve, et l'orilielin limi !o Sans terreur et sans honte approchent de ce lieu : Le palais d'un roi jusie est le temple de Dieu. Sa bouche en est l'organe, et sa voix son oracle

['.ISO); La vérité lui parle, et ne craint pn'ni d'obstacle, Il l'écoute, il l'honore, et par un seul regard (loi) Du mensonge perfide il déconcerte l'art. H n'a point à sa cour de ces amis du vice. Qui dis.nt aux tyrans, vous aimez la justice : Le peuple satisfait à vos lois appl.iuilil. 0 lâche adulateur, ce peuple le niaud t (I.j2); Il invoque la foudre, et déjà le ciol tonne.

Vous qui briguez l'honneur de servir la ecur.T.ne, Soyez de l'équité les ministres chéris ;

(14S) Le roi sage dissipe les impies, et les [ail vasser sous l'arc. Cl.ap. xx, f 26.

(149) Lorsqu'un roi juge les pauvres dans la vérité, son trône .s'a ffcrmira pour toujours. Chap. x\ix,y 14.

(150) Les lèvres d'un roisont comme un oracle ; sa vouclie ne se trompera point dans ses .jugements. Chap. XVI, y 10.

(1.51) Le roi qui est assis sur le trône de sa justice, dissipe tout mal par son regard. Chap. x\, y 8.

(|j)2) CcH.r qui disent au méchant, vous êtes justes, seront maudits des peuples, et détestés des nations. Chap. XIV, t 24.

OEUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

L'amilié des lions rois ne s'obtient'qu'à ce prix (153) : E!Je est le prix d'un cœur aussi pur que fidèle. Un monarque équitable auprès de lui n'appelle Que des mortels pruJents, humains, religieux ; Ce conseil sur la lene est le sénat des cieux. 11 en a la prudence, il en a la sagesse; Des peuples enchantés il nourrit l'allégresse (151). Puisse de jour en jour s'accroître leur bonheur. Et la guerre jamais n'en troubler la douceur.

La guerre ! ô chàiimeni, ô fléau de la terre, Jeu barbare des rois, impitoyable guerre. N'attends pas que des chants par le sage inspiiés, Célèbrent tes héros faussement admirés.

S'il est vrai cependant que de justes querelles Ont armé quelquefois les mains les moins cruelles. S'il est des droits certains d'héritage ou de rang Qui pour être affermis veulent des flots de sang. Si des voisins jaloux dans la paix nous outragent, Insultent nos foyers, les brûlent, les ravagent, Ri)is, consultez (155) Dieu même, et frémisse?, en-

[core ; Craignez que de sa haine il n'onvr? le trésor : Songez qu'en prononçant ce mot affreux de guerre, Vous appelez la mort et l'enfer sur la terre; Qu'ils régnent l'un par l'autre aux lieux où l'on

[combat ; Que l'abîme engloutit ceux que le glaive abat; Que It'S plus grand excès, les fureurs les plus noires. Déshonorent toujours vos plus belles victoires, El que par des vainqueurs, féconds en cruautés, Mille forfaits nouveaux sont encore inventés. C'est pour vous qu'en tous lieux ces maux se mul-

[ilplient.

Ennemis et sujets, morts et vivants, tous crient ; Tous de l'humanité pleurent les justes droits : Les campagnes en feu, les villes aux abois. Les époux expirants, les femmes égorgées Aux pieds des assasins qui les ont outragées, La naiure, l'honneur, 1rs temples, les autels, Tout réclame le Dieu, seul juge des mortels. - S'il vous donna l'épée, il porte la balance. Et vous serez pesés au poids de la vengeance.

Que les regrets publics, en ce moment fatal, Vous servent de cortège aux pieds du tribunal ; Présentez y les vœux, le puissant témoignage Des sujets fortunés qui vous rendaient hommage. Pour vous ouvrir les ciiux qu'ils unissent leurs voix. Que la louange alors a de force et de poids 1 Ce langage est le seul qui calme un Dieu sévère Dont vos flatteurs cent fois ont armé la colère.

Méritez, dieux du monde, un suffrage si beau.

L'instant viendra pour vous de descendre au tom-

[teau :

C'est où de vos pareils aboutit la puissance. Du souverain suprême imitez la clémence (156) ; Elle est l'appui du trône, elle en est rorneD?ent : Nous nous plions sans peine au joug du sentiment. Sons un prince adoré tout fleurit, tout prospère ; S'il coiiiniaMiie en monarque il administre en père. Il aide ses s'ijrJs dans lès jours de malheurs; Econome attentif de ses biens et des leurs. Ardent à les venger, si quelqu'un les opprime, Lui-même apprend aux rois cette sainte maxime. Que les dons, les tributs, fruits de tant de soupirs, Sont faits pour les besoins, et non pour les plai-

[sirs (157).

Loin des yeux, loin du cœur d'un monarque sen

[sible, Le tableau douloureux, le spectacle terrible Des maux, de la misère, et du long désespoir De tant d'infortunés, soumis à son pouvoir. Ou plutôt offrons lui ces touchantes images ; Des mortels abrutis et devenus sauvages : Des familles en pleurs, iniportimant les cieux : Di'S pays autrefois peuplés, industrieux, Où l'art du laboureur, ce premier art des hommes. Cet art qui nous fait vivre, injustes que nous som-

[mes, Cet art que tant de rois ont honoré, chéri. Est par un vil service indignement flétri : Dt'S vallons, des coteaux et des plaines fertiles, Où le cultivateur, qui de ses mains utiles A conduit la charrue et manié la faux, Ne trouve que la faim au b ut de ses travaux : Des domaines entiers sans maître et sans culture. Des bois et des sillons pleins d'une bourbe im-

[pure ; Des chemins eff.icés, des villages détruits. Et des prés sans herbages, et des vergers sans

[fruits ; Des murs abandonnés où, parmi les reptiles, Des troupeaux sans pasteurs, des vieillards sang

[asiles, ■ Sont ensemble couchés sous des toits entr'ouverts. Là de faibles enfants, vîciinies des hivers. Sous un ciel étranger suivent leur triste mère. Qui déplore avec eux le trépas de leur père. Ici l'épouse enceinte, au fori de ses douleurs. De l'extrênie in(ligen( e éprouve les horreurs ; Succombant aux besoins, autant qu'à son mal

[même.

Elle lient dans ses bras le tendre époux qu'elle ai-

[me.

(1.53) Celui qui nimc la pureté du cœur, nurn le roi pour ami à cause de ta grâce aui est révaiiduc «ur ses lèvres. Chap. xii, vil.

(154) Quand les justes se muliii)lieronl, le peuvle sera dans la joie. (Iliap. xxix, ii^ 2.

155) C'est aiirès ni'oir mûrement consulté que vous

ferez la querre. Chap. xxix, | 9.

(ISti) La miséricorde et la vérité conservent le roi, et la clémence affermit son trône. Chap. xx, ^ 28.

(157) Ne donnez point voire bien aux femmes, cl n employez pas vos richesses à perdre les rois. Chap. wxt, ^ 3.

IÎjT l-llKMIKUt; l'UllII.. - lOtSlKS svciif;

Il i|iii l<- liiul >«ii »aii|S vvuiliail la kCL'uurir, Li- ((ulito uM'c vigrel et meurt SNCf plaiiir.

l> mis! l'it;iioroi'VOUs? V«» ïnjt-L-i 8 ml vos lio/i's ; » "fsl à vous, à vous seuls d'ailuucir leurs luisùn-s. Dii'u veul, iiuus le savons, ([uu l'inéisaliié Stiii la bane ei le meuil Jo la soi ioié ; (Jiii- les ran^s, le.s lioniieurs, la );luiru Cl la richesse Kii lies lois (lilTéreiils soient ré|i3i°i*s ois cesse ; Mais il veut i]iie l'aecuril qu'il mil dans ses déercis Soil la rt^i;lL' des rois coinuic do leurs suj«ls ; Que les iHres sortis de ses mains élirnelles Jouissent du liicnfait de ses luis |>alernel!es Que l'un soit absolu, mais jusic et gé.iéreux; Que l'autre soit lidèle et soumis, mais heureux. Munari|iic's et sujels, tel est noire partage. Dieu d.ins sa provi>!en<c est un arbitre sage ; Il Dous lit l'un pour l'autre, et confia le sort Du misérable an riche et du faible au plus fort. Voili l'ordre prescrit, et celle loi féconde Renferme nos devoirs cl le bonheur du monde.

Qu'il est beau de régner sur des peuples nombreux

[(lo8)!

C'esl la force du niaitre, il n'est grand que par eux. Un royaume désert est la honte du prince ; La plus brillante cour vaut moins qu'une province. Un monarque éclairé porte au loin ses regards, Rend la vie et le zèlo aux peuples comme aux artj

Conduite par l'amour, sa douceur Dienfaisanle, Partout inépuisable et partout agissante, Vole, franchit les airs, de climats en climats. Jusqu'aux exlrémilés de ses vastes Etats Son front calme et serein dissipe les alarmes (160) - Les yeux à son aspect ne versent plus de larmes : C'est le soleil du pauvre et l'astre du bonheur; La terre et les humains ressentent sa faveur. Telle est au point du jour telle fraîche rosée, Secours délicieux d'une plante épuisée, Source de ces parfums qu'au retour du printemps. Exhalent à l'eiivi les jardins et les champs. Telle est la douce pluie en automne attendue (Ifil), Qui, sans bruit, sans orage, à grands flois répan-

[due.

Vient donner aux raisins, trop durcis par l'été, Leur couleur transparente et leur maiuriié.

Cependant l'industrie cl les hommes renaissent; Le commerce fleurit, les moissons reparaissent ;

F.S El l-llll OSUI'IIIQl.ES. -^DISCUIUS. \i:^

Le coteau retentit des cbahls du \ii;iieroii , L'écho des Lois s'éveille aux airs du bûcheron. Le laboureur coulent vers son hameau ramène Les l:iureau\ vigiiureux qui «illoiinai -iit la plaine : La lli^te el le baul-bojs assemblent les Irciupeaux ; le moissonneur chargé de ses propres fardeaux, Qui de ripre exacleur ne seront plus la proie, Aux mains de s; g enfants les remet avec joie. C'est le prix des sueurs, cl ce prix est sacic. Le rhampétre repas est déjà piépiré :

Repas d'hommes contenis, ban(|uet de la sagesse, Conimeiieé sans ennui, terminé sans ivresse. L'cnviiux, le inéehaul n'y portent point leur liel : On y bénit le prince, on y rend grâce au ciel.

Quelle félicité I quel maître! el quel empire!

L'étranger est j.ilonx el l'univers ajn)ire.

Ces temps sont précieux, sans doute, et ces beaux

Ijours Aux regards des humains ne luisent pas toujours. Mais, en tonte occurrcnciî, en tous lieux, en tnnt

La vertu, le devoir, la loi n'ont qu'un langage : Oléir à sou maître ; oui, mortels, oliéir. Dieu fil la loi : parlez, l'oserez -vous trahir?

Toi surtout dont j'aspire à former la jeunesse. Mon (ils, après la mère, objet de ma tendresse, Qu(l(iue sort ici-bas qui le soil destiné. Crains ton Dieu , sers le roi que ce Dieu t'a don-

[né {102).

Que partout ce précepte à tes yeux se retrace. Je déplore l'orgueil ou l'indiscrète audace Qui des maîtres du monde excite le courroux : Ils sont de leur puissance amoureux el jaloux. Tout sujet insolent met en péril sa tête (103). Dans leur resseniimeni nul frein ne les arrête, D'un lion qui rugit c'est le fougueux transport (164) : La colère des rois est un arrêt de mort (165). La révolte souvent 'es a rendus barbares : S'il en est de cruels, d'injustes ou d'avares, Qui repoussent le peuple accouru dans leurs bras,' Par un reproche amer ne les irritez pas. Gémissez : la douleur, les soupirs et les larmes Sont des efforts permis et d'innocentes armes. Des plaintes sans aigreur, un zèle tendre et pur. Ont d'invincibles droits sur le cœur le plus dur

[(166) Détrompé tôt ou lard d'un conseil trop funeste, Vos pleurs l'ébranleront. Dieu conduira le resle. Des volontés des rois arbitre souverain.

(138) La mutlitude du peuple est t'Iionneiir du roi, mais li petit nombre des sujets est la liante du prince. Chap. XIV, f 28.

(lo9)'ie reqard favorable du roi donne la vie. tliap. XVI, y 15.

(iGO)/,a sérénité du visage du roi est comme la rosée qui tombe sur Chcrbe. Chap. xix, 2.

(161) La clémence du roi est comme les pluies de raulomne, Chap. xvi, y 13.

(162) Slon jUs, crains le Seigneur et le roi., (Cha-

pitre XIV. ^ 21.

(163) Quiconque irrite le roi s'expose à périr. Chapitre XX, 2.

(lOi) La colère du roi est comme le rugissement du lion. Ibid.

(165) La colère du roi esl un avant-coureur de mort. Chap. \vi, yli.

(160) Le prince se laisse fléchir par ta patience, et h langue douce rompt ce qu'il y ade plus dur. Chap. XXV, ) 15.

OIÎtVItES COMPI- DE LeFRASC DE POMriGNA^. IL

hO

ŒUVRES REUGIEUSES DE J. ,T. LEFRANC, MARQUIS DE POMPICNAN

Il tient avec leurs jours leur esprit dans sa main. C'est une onde courante, une source docile (11)7) Que l'art du jardinier gouverne et tend utile, Qu'il divise et promène eu ses divers carreaux, Quand leurs sillons brûlants lui demandent des

[eaux.

Vivons en ciioyens, vivons soumis, paisibles ; De la rébellion les suites sont borriblcs. Quel cliangement heureux, quel bien dans les Etals Ont produit les complots, les partis, les combats? C'est vous que jinlerroge, auteurs de ces intri-

[gues.

Qui dans le sein du trouble ont enfanté les ligues, Vous qui pour vos plaisirs dévorant les tributs, Parlez de maux publics et d'excès et d'abus. Qui trompez le vulgaire, allumez l'incendie. Et pour guérir l'Etat immolez la patrie. Il est des malheureux, il est des oppresseurs, Oii le sait : mais laui-il pour finir ces malheurs, Au bruit de la trompette arborer dans nos villes L'effroyable étendard des discordes civiles ? Du sage patriote ètes-vous secondés ?

Eies-vous son espoir, son salut ! Répondez. Les traîtres n'oseraient : eux-nièraes se condam-

[iient; Ils usurpent en vain des litres qu'ils profanent. L'iniérêi personnel, sous des noms spécieux. Conduit secrélemenl leurs coups ambitieux. Le peuple n'a jamais profité de leur crime : Il en fut le prétexte, il en est la victime.

Ce n'est pas qu'adoptant un système fatal. Je rende au despotisme un homraoge vénal, Que j'accorde à des rois ce que Dieu leur refuse, M dans leurs attentats que ma voix les excuse. Non : je connais trop bien leurs devoirs différents. Je hais la lyrannie, et je plains les tyrans. Mais si le droit divin, mais si les lois humaines Contre leurs passions sont des barrières vaim s, Si jusqu'en ses foyers l'innocent craint pour lui, N'.i'.st-il donc pas contre eux de légitime appui, Des règles que le ciel, que la nature aient faites. Des juges dont le soin. ... ? Ce n'est pas vous qui

[l'êtes :

Soldats, peuple, ni grands, prêtres ni magistrats; Le serment de vos cœurs enchaîne aussi vos bras. Qui détrône les rois bientôt les assassine. Périsse pour toujours l'exécrable doctrine Qui del'ointdu Seigneur combattrait le pouvoir, El d'un crime d'Etat ferait un saint devoir.

Des maîtres que le ciel établit sur nos tètes,

La chute ou les revers sont pour nous des tem-

[pcies.

La sûreté publique à leur sort nous unit : Dieu seul, quand il le veut, les juge el les punit. Mais ceux que la pilié ni la gloire ne louche.

Les tyrans, en un mot, app end:o:it par ma bou-

[chc, Qu'ils n'ont après leur mort ni sujets ni flalteuis, Que leurs propres enfants leur refnsctil des pleurs, Que la postérité, que les temps et l'histoire A l'opprobre , à l'horreur consacrent leur mé-

[moire; Que tel est leur destin dans ce séjour mortel : Mais qu'il est d'autres maux dans l'abîme éternel ; Qu'ils y trouvent un Dieu terrible, inexorable, Les cris de l'opprimé, les pleurs du misérable, Le sang des nations follement répandu Pour un droit chimérique, ou trop mal défendu, Les crimes qu'ils ont faits, ceux qu'on fil pour leur

[plaire, Les imprécations contre un règne'arbitraire. L'accablant souvenir de ce qu'ils ont été, Et des méchants entre eux l'aflieuse égalité.

Epouvantable fin d'une illustre carrière ! De quoi leur a servi cette majesté fière. Tant de gardes armés, tant de pompe el d'orgueil? Le sceptre est un fardeau, le trône est un ccueil. H n'est rien qui du peuple écarte les injures. Souvent le meilleur prince a causé des murmures. Que n'exigeons-nous pas, impérieux sujets ! Des talents, des vertus, et môme des succès. Vous dont le cœur est droit, l'âme tranquille et

[saine.

Parcourez les devoirs de cette vie humaine, Observez bien les rois, et vous direz : Ilélas ! Trop heureux qui sait l'être ; heureux qui ne l'est

[pas.

DISCOURS VII

Tiré des deux premiers chapitres de YEcctésiasIc. Vanité de toutes choses, vanité de nos études, de nos spéculations, des plaisirs, des bâtiments, des richesses, el de la philosophie humaine.

Tout n'est que vanité, tout n'est qu'erreur dans

[l'homme; Du nom de sage en vam quelquefois il se nomme, Dans cet être frivole et sans cesse agité, Tout n'est qu'illusion, faiblesse et vanité. Une race périt, une autre la remplace, La terre sous leurs pas ne change peint de face : Chaque jour le soleil rallumant son flambeau, Voit de ces nations le mobile tableau, l\ se lève, il se couche, il reparaît encore; Par la même carrière il retourne i l'aurore, Commence ainsi sa course, et la finit lo'ijouc Dans le cercle éioilé qui renferme son cours. Le vent, ressort de l'air, dans sa vitesse extrême S'élance en tourbillons, et revient sur lui-même. Tous les neuves du monde entrent au s;ia des

[mers, Sans que leurs flots unis ravagent l'univers ;

{\0-) Le cvnrdu raient dans lu main du Seigneurcomme une eau courante, j aii'il veut. Chap. xxi, J' 1- ,

et il le (ait tourner du cuti

1401 l'IlEMIKUE l'AUlli: l'OESIKS SACIlK

Dans li-s lluiic&ilc lu Irrru ils repreiiiifiil luiir coiii^io, Kl II' cliciiiiii si'iri't lt'3 raiiii'iii] à liur sniii'co. ^)iii iiiiiis tievuilera |>ur tlo |iiiias.iii1s olloili Ce vjalc mécuiiisiue, ci si:) divers reiisoru ' Avide égalemi'iit ol de \uir, el d'cnU'iuIro, Kn vuiii puur les sonder, eiHuiii pour lc->coii'|ir.-ndrc l.'lioiiime d'un suin péiiil>l>' a siiriiioiito rciinui ; La iialiiru esl toujours une t'iiigiiie poiir lui. Que fail-il'.'Que voil-il ? Ce qu'ont vu ses ancôlres. Il n'est rien de nouveau : ce sont les mêmes êtres, Lrs mi>nies liassions, et les unîmes olijcts ; iNous invi'iituns des arts, nous l'orinous des projets Qui .«eroui uulliés par de nouvelles races, Oonl les siècles suivants effaceront les irnces. Ou invente, on oublie, on élève, ou détruit; Tout passe, tout s'écoule, et tout se reproduit.

Je rèi;ne ; mais un roi ne vaut jamais un sage Je demandai, j'olitinsla sage.-si; en parla;^e ; J'eniprunlai son llauibcau pour éilaiier mes yeux, Pour étudier l'Iioninie, el lire dans les tieux. Le Créateur lui-même imprima dans noire ime Ces désirs iniiuiels dont l'essor nous enllaniine. Mais quoi ! Dans la nalure et dans riiumanilc Je n'ai vu que soucis, niisèrecl vanité. J'ai vu que du mécbant le cœur est indocile, Que pour un fou qui meuit, il en renaissait mille, Et j'ai dit : Je surpasse en sagesse, en grandeur Tous les rois dont la terre admirait la spîendiur; J'ai voulu tout savoir, et je sais tout peut-être. Arbitre des mortels je cherche à les connaître, a' guérir les penchants qui leur donnent la loi ; Je suis leur philosophe encor plus que leur roi. Desseins infructueux, études toujours vaines, Qui ne corrigent point les faiblesses humaines. Au milieu des erreurs trop de sagesse nuit: Le plus profond savoir est perdu, s'il n'inslriiit.

Ah! fuyez, ni"écriai-je , importunes chimères.

Goûtons des biens présents les douceurs passagères.

Occupons-nous de jeux, de ris et de festins.

J'élevai des palais, je plantai des jardins :

Sous des berceaux de fleurs les fontaines jaillirent ;

Des concerts les plus doux mes foiêts retentirent.

L'univers étonné crut que j'étais heureux

Les nations m'offraient des tributs et des vœux :

J'ai des trésors des rois enrichi ma patrie.

Et des cultivateurs excité l'industrie.

La terre a couronné mes soins laborieux.

J'ai satisfait mon cœur, j'ai contenté mes yeux ;

De mes divers travaux ils ont eu les prémices.

J'ai cru jouir enlin ; j'ai cru que les délices

Etaient des jours d'un roi le charme el le soutien ;

Et celle jouissance est encore un fai:x bien.

Ainsi je me lassai de ces plaisirs fuliles.

De ces palais brillants où tant de mains habiles,

Par mon ordre employaient le jaspe et le sapliir,

El les arts do l'Egypte, el le métal d'Ophir.

Qui sera l'héritier, me disais-je à moi -même.

Des biens que je possède, cl de mon rang suprême .

ES ET MIILOSOI'IIIQUKS. ^ UISCOUllS litJi

Sura-l-il vicieux, ou reniicmi du mal,*) Econoiiic ou piodiijue, avare ou lil)éral. Imprudent ou sensé, fuurbe ou vrai 'f Je l'ignore l'ourquoi donc en déiirs me consumer encore ? I>our(|uoi tant fatiguer mon c»prit et mesgei:g, Sacrilier la force el la Ihur do mes ans. Pour eniichir, que sais-je ? In ingrat, un impie, L'n homme lâche ou faible, et dont l'àme assoujHe, l'arini les voluptés, la mollesse et l'erreur. Sous le poids de son corps languira sans honneur?

Je reconnus alors, je sentis l'avantage Que sur les insensés auia toujours le sage : Le jour qui nous éclaire en a moins sur la nuit Ceux-là nian hem sans voir la main qui les conduit, Lesageau moins rcgar.!e.|etses yeux sont les guides. .Mais tous, soit insensés, soit prudents, soit slupiJes, Ignorants cl savants, tous ont un sort égal : La mort ilc !cur carrière e^t le terme fa al. Il n'est poii'l de vei tu, de talents ni de gloire Qui pu'ssent d'un mortel assurer la niémoire. Les noms mêmes, les noms sur le marbre tracés, Par le souille du temps en seront (IT.iccs.

Tout meurt; je mouri-ai donc. Mon règne et mes

[ouvrages Tomberont avec moi dans le torrent des âges Depuis que ces objets assiègent mes esprits, Que la vie à mes yeux a perdu de son prix ! Elle m'est importune, el son fardeau m'accable. Ne la surchargeons plus d'un travail misérable. C'est le sort d'un pécheur d'augmenter ses besoins, D'abandonner son àtne à d'inutiles soins. De posséder sans goût, d'acquérir sans mesure. Savourons sobrement les dons de la nature; Ils viennent de Dieu même, ils sont pour k-s hu-

[mains :

En jouir sans abus, c'est remplir ses desseins. L'art de se modérer naît de l'e.vpérience. Aux mortels qu'il chérit Dieu donne la science, La sagesse, la paix, et ses loisirs heureux ; Le reste est superflu s'il n'est pas dangenux.

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