ODE
nUNUEl'H DU ClLTlVATEUn RELIGIEUX.
Ilt'ui'tux le citoyen reli^ieiiï cl sage
Qui vil comme en un port au milieu do l'orage,
Sans b: igue et sans emplois ; Et qui, ilans nos mallieurs, fruits de consei's siiiis-
[ires, •« N'a poi:it à s'imp'.iter les fautes dos uiii.istrcs.
Ni les vicis des rois.
Plus neurcux riiabitantde ces vallons clianipèiies, Qui du vieux héritage où sont morts ses ancêtres.
Pais Lie possesseur.
Ne connaît que ses champs, préside à leur culture, Craint Dieu, garde les lois, jouit del.uuiture.
Et gouverne son cœur.
Les domaines voisins, plus iiue le sien fertiles, N'excitent point en lui ces regrets inutiles
Qui rongent l'envieux.
L'opulence d'autrui fui toujours sa richesse ; Il sème avec espoir, cueille avec allégresse
Ce qu'il reçoit des tieux.
Ne crains point, laboureur, que sa fortune alliére Fonde sur les débris de ton humble chaumière,
Ses riches pavillons ; Ni qu'un ordre cruel de ses mains tyranniques, Pour agrandir un parc ou des routes publiques,
Usurpe tes silbnis.
Ne crains point qu'exerçant un pouvdir arbitraire, 11 refuse à les cris le trop juste salaire
Qu'il doit il les sueurs ; Ni qu'il ose enchaîner le pauvre qui soupire, A des travaux forcés, la honte d'un empire
Où rèancnt ces rigueurs.
Jamais pour soutenir des droits imaginaires. Il n'achète au barreau les clameurs merceuaires
D'un orateur fougueux ; Mais de tous ses voisins arbitre incorruptible, Il tient dans ses loyers le tribunal paisible
Qui les accorde entre eux.
l'oiir arrêter le cours des querelles naissantes. Il n'interroge point les annales savantes
Des Grec» el des Uomains.
Sans édits de préteurs son intégrité pure Décille par les lois que la simple nature
Fit pour tous les humains.
Suivons-le en ses vergers: que j'aime l'industrie Qui dresse au joug de l'art et de la symétrie
Ses jeunes espaliers !
Voyez comme il préparc, au retour de l'automne, Le nectar oJorani qui murmure el bouillonne
Dans ses obscurs celliers.
Souvent dans ses vallons il dérive des sources, Dont les (lois réunis forment après Lurs course».
D'utiles réservoirs ; Et quand par les frimats la terre est attristée. Ses oliviers touffus, de leur liqueur vantée
inondent ses pressoirs.
Avant que de Cérès les trésors se moissoimeni, Sur des lits de feuillage cl que des fleurs couion-
[nent,
Il place loin du bruit, L'insecte merveilleux dont la bouche déploie Le duvet transparent et le tombeau de soie.
Que lui-même il détruit.
Amoureux du travail plus que de l'abondance, Tous les biens qu'aux moi tels donna la Providences
Exercent son ardeur.
Sa culture assidue en consacre l'usage ; Moins pour s'en enrichir que pour en faire hom-
[mage
A leur unique auteur.
Semblable aux habitants de l'heureuse CliaMée. , Dont la pratique simple et des yeux seuls aidée.
Sans verres, ni compas.
S'élança jusqu'au ciel, connut ses phénomènes, El les assujettit, par des règles certaines,
Aux besoins d'ici-bas .
in
ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEKRAiNC, MARQUIS DE POMPIGNAN. 1276
Du centre où le plaça le Créalcur du inonde, Ell'ace en renaissant tous les célcsies corps ; Tel ce roi, dont Dieu même écliauffuil le génie,
De toute autre harmonie Par ses divins accents étouffe les accords.
il consulte, lescicux, les astres (es nuages, Voit leur vicissitude, en tire des présaijcs
Qui ne sont point trompeurs; Et de l'ordre des temps, comme de leurs contrastes. Observateur lialiile, il compose les fastes
Qui règlent ses labeurs.
Mais soit que les saisons à leur emploi (idèlcs. Dans le tableau mouvant qui les distingue entre elles.
Gardent leurs traits divers ; Soil qu'un trouble apparent les cbange et 'es con-
[foiide, Partout il reconnaît la sagesse profonde
Qui régit l'univers.
Souvent libre de soius,'quand du haut des collines, 11 porte autour de lui sur les plaines voisines
Ses regards satisfaits.
Son cœur pur et riant comme le ciel lui-même, Se plaît à réfléchir sur la beauté suprême
Des célestes bienfaits.
Tels pour se délasser de leurs travaux rustiques. Du peuple élu de Dieu les fondateurs antiques,
Par la nature instruits, Tantôt au fond des Iwis, lanlôt au bord des ondes. Contemplaient l'Eiernel dans ses œuvres fécondes,)
Dont ils goûtaient les fruits.
Tel le fils d'Abraham méditait ces merveilles, Dont les secrets profonds au milieu de nos veilles.
Nous échappent encor ; Quand sur la lin du jour il vit dans la campagne. Le sage Eliezer lui mener pour compagne
La fille (108) de Nachor.
Science inépuisable et toujours abondante
Qui n'enfle point l'esprit par l'audace imprudente
D'un savoir imposteur ; Etude où de ses maux le sage se délivre; Où sans écrits enfin l'homme est sou propre livre,
Et Dieu seul son docteur.
Trop fortuné mortel ! ainsi dans sa carrière, Dos vices corrupteurs de la nature entière,
11 craint peu le poison.
D'un soin laborieux, et d'ime âme attentive, Soumis à ses devoirs, tour à tour il cultive
Ses champs et sa raison.
La vieillisse pour lui n'est jamais importune ; El quand l'heure fatale, à lout.mortcl commune,
L'appelle chez les morts.
Il meurt, et n'a compté dans le cours de sa vie. Que des jours sans chagrin, des nuits sans insom-
[uie, Des plaisirs sans remords.