ODE VII
LA PROVIDENCE ET Là PHILOSOPHIE.
Et qui ne sait que la ualiire A des lois qu'elle suit toujours; Qu'une règle uniforme et sQi-e Guide sa marche et ses détours :
Que ses plus tristes phénomènes, Ecueil des recherches humaines, Sont le jeu des ressorls divers,
{ilTj Souvenez-vous que vous ne connuisscz point tes ouvrages, dont les hommes ont parlé dans leurs
OElVRES COMPL. DE LeFIIXNC DE POMPIGSAN. II
Dont le romhnl el Thminnio, I''riiii8 (l'une sagesse infitiie, Fiirnient lo nœud de l'uiiiver-sT
Qui doiilo que le 'oul prrs i^o D'un itislimt siipor-liiieuv.
No iiK t(in)(ir|ilKise en pro('ij.'o Toul olijit i{iii siirprciwi tu s yeus Mais cst-ei' assez, esprit volage.
Toi, qui préleiids au nom dosage, Est-c(! di'iic assez, réponds-moi, Peur Aier ;i Dieu sa puissance, .\ux éléments rohéissanco, Aux mortels la crainte et la foi?
Quoi ! de la mer épouvanlét?
Le Créaleur, le Souverain, Qui d'un peu d'argile liiimoctée A pétri riiomnie (laiis sa main ; Celui qui parsema d'éloiies Ces vastes et superbes voiles, Nocturne pavillon des cicux.
Qui fit ce gloho de lumière, D'où soit pour la nature entière Un écoulement radieux :
Quoi 1 ce maître, à présent esclave De nos calculs et de nos lois.
Quand sa créature le brave, S'ur elle a peidu tous ses droits I Du monde archilecle j)eu libre, S'il en a fixé l'équilibre, C'est (lour en dépendre àjamais; Emliainé dans son rang suprême.
Froid conlem|>lateur de lui-mùiue.
Et des ouvrages qu'il a faits.
Les vrais enfanls de la sagesse Pensaient avec moins de hauteur; Ils connaissaient trop leur faiblesse, Et la force de leur auleur.
Pour sa providence éternelle, Pénétrés d'un respect fidèle, Ils s'écriaient dans leurs transports, Que plus elle est impénétrable.
Moins de cet abîme adorable Nous devons sonder les trésors.
Ces ouvrages du divin Maître, Tableaux que forment ses crayons, iNousen parlons sans les connaîlre (1T2), C'esl de loin que nous les voyo-ts.
Notre œil les distingue avec foiiie; Que dis-jc ! ma vue incertaine Craint du soleil les feux perganls.
11 faut, pour que je J'envisage, Que l'art brise dans leur passage Des rayons trop éblouissants.
Il n'est que le Chrétien docile Qui soit philosophe avec fruit.
Il méprise un savoir stérile; Sa propre ignorance l'instruit.
Errant dans une route obscure.
S'il en gémit, c'est sans murmure, S'il doute, bientôt il se rend.
Sa foi n'en est point avilie;
eanliques. Tous les lioiinucs le voient, mais •ehacu'X ne le regarde que de loin. {Job. xxxv 2i, 2S.)
kl
ŒUVRES RELÎGIELSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN
C'est la raison qui s'hnmilio,
El son triomphe en est plus gr;ind.
Que la science est déplorable, Faible niorlel, tu ne peux voir L'essence d'un objet palpable, ISi Ion esprit la concevoir.
De ton corps la grossière argile, A l'œil, au tact io plus habile, A (les ressorts qu'elle sousirail; Et tu veux d'un ôlre invisible, Que l'essence incompréhensible Te nianifeslc son secret I
Mais apprends-nous sur quoi se fonde Ton raisonnement dépravé., Le vaste édifice du inonde S'esl-il de lui-niémo élevé?
Qui forma son architecture, El ces beautés de la nature Où ii'atleignit jamais noire art?
L'homme enfin, l'hounne est-il l'ouvrage D'un Dieu [luissanl, infini, si^e, Ou dos caprices du hasard?,
Non, réponds-tu, je n'ai pu najiro Que par l'œuvre d'un créaleur ; Je reconnais ce prcinier être Qui de l'univers esl l'auteur.; Tu reconnais 1 vaincs paroles, Quand les opinions frivoles Gênent sa force et son vouloir.
Esl-ce avouer son existence.
Que de nier sa Providence, Et de combattre son pouvoir?
Tu veux, s'il a créé les causes, Qu'il observe dans leurs ell'els, Les sjsièmes que lu pro, o.-es, Les couibinaisons que lu fais.
Tu ne veux pas (juo le ciel touue, Que des murs tombent, s'il l'ordonne, Ni que les llols changent de lieu.
Ce sont des œuvres fantasli(jucs, Que des esjirils géoméliiques N'accorderont jamais à Dieu.
Il était donc moins difficiio
J)'enfenler l'abîuie des eaux,
De rendre la terre ferli'e.
D'orner les cieux de leurs flambeaux,
(173) Coite stroplie et los trois suivantes stmi la subslaiice cl l'alirégé de loiil ce que Lucrèce a écrit co..lre la Providence et la leliginn, dai;s ii; premier et dans le cinqu'éme livre de »oii jujëine.
Kuraaua anie oculosfœde cum vUa ja. eret, (i, v. Gî.) lii terris oppressa gravi sub relligioiie...
Qiiippe eleiiim jara tiim divum morlalia sœela (v, v. 1171.) Tgregias aniiiio faciès vigilante viiJebaut, ht magis in somnis mirjudo corporis auclu...
Jîlsimulin'somnisquiamultaetniira videbanl(I6id., 11 83.) Jil'licere,ei uullum capereipsos inde dolureiu.
Primum Grains homo morlales tollere contra (i, v. C7.) 1.31 oculos ausus...
Krgo vivida vis animi pervicit. et extra [{/Iiid., 73.)
Processit longe ilammanUa niœnia niundi;
Alque omne imnicnsura peragravil mente, animoci«c :
LfiJe reterl nobisVictor quid pos*;!! oriri,
Ouid ncqueat, linita potestas deniqne i ui(|ue
Dnauamsilratioue, atque ails teranniislioLTcns.
Que d'enir'ouvrir les mers profondos, Pour ensevelir sous leurs onJes Les menaces de Pharaon ; Ou d'arrêter dans sa carrière Le char brûlant de la lumière Sur les plaines de Gabaon.
Jîais quoi! dans tes inconséquencw, Que me sert d'enfermer les pasl Ce n'est point là ce que lu penses; Achève el ne déguise pas.
Tes erieurs ne sont plus nouvelles ; Des vi ûx dogmes (|ue lu rappelles, Le secret e.'^.l trop éclairci.
Nos yeux ont percé le mystère, El si lu veux êlre sincère, Que réj)ondras-tu? Le voici :
«(173)L'hommes'élail donné des maîtres
Que ses rêves avaient formés.
Des autels, un culte, des prêtres
Capliv,-iioi)t les cœurs alarmés.
Suivant leur mj'slique langage,
Un Dieu ciéa pour notre usage
Cet univers obéissani ;
Et l'âme humaine prévenue.
D'une providence inconnue
Si.'rvaii lefaiitùme impuissant.
« Mais un Grec découvrit les roules Où la véiilé nous conduit; Au delà des célestes voûtes L'ardent [ihilosophe la suit.
L'esprit hardi qui nous éclaire, De l'opinion [lopulaire A déchiré lu vil bandeau :
Du monde il connaît l'origine, Et do celle obscure macliine Nos mains oui levé le rideau. j
« Du soleil la si>lière embrasée,
Des nuits l'astre brillant el doux.
Les vents, la pluie ul la rosée
Dans les cieiix semblent laits pour nous.
Aussilùt les mortels timides
Ont mis, adorateurs stu|iidrs,
La Divinilé dans les cieux :
Dignes préjugés delà terre.
Qui croil, au seul bruit du tonnerre,
Que l'air est le palais des dieux.
Cicere porrobonduum causa voluisse parare (v, v. 1;!7
[cl scqq.j Praeclaram mundi naturain, proplereaqne Id laudabile opus divum laudare decere...
Sollicilare suis ulhnn de scdibns unqnam,
Nec verbis vexare, et ab iino cvcrlere suminam :