‹ Œuvres completesChapitre 176 sur 232 · LES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

LES PHILOSOPHES

.4 Damon.

Nullius addictus jurare in verba magislri, Et mihi res, non me rébus submiitcre conor. (HoBAT. e|iist. 1, lib. i.)

D'un cynique mortel que l'audace fut vaine î De fou présomptueux j'ai traité Diogène; 'I l'était en effet ; mais ce fou quelquefois Donnait à la raison de la force et du poids. Oublions un moment le iidieul<: asile D'où sur le monde entier il exhalait sa bile, Et courons a-ec lui, la lanterne à la main. Chercher un homme seul dans tout le genre hu-

[uiain.

Réponds-moi, lui dii-OM,.philoso|ilie bigarre. Quel est donc ce mortel si précieux, si rare? Esl-c9 un roi sans llalleuis, un guerrier modéré,

Un juge incorruptible, un prélat éclairé?

Non ; leurs pareils encor nous offrent des jnodéles

De cœurs droits, vertueux, à leur devoir fldèles.

Celui que nous cherchons, c'est l'homme dégagé

Des vulgaires erreurs, des lois du préjugé ;

Qui dans ses passions garde un sûr équilibre ;

Dont l'âme est immuable, et l'esprit toujours libre.

Ce portrait l'intéresse, il t'émeut, je le vois.

Enfin, l'homme est trouvé. Quel est-il donc? C'est

[loi.

Toi, qui dans les douceurs d'une volupté pure. Ris des traits éuioiissés de la satire obscure ; Ennemi des méchants, mais sans tiel ni courroux; Juge sans passion des sages et des fous, Et i|ui pèses les biens et les maux de^ la vie, Au poids toujours égal de ta philosophie. Les arts et les talents partagent tes loisirs. Dan» la propre ralsoti tu puises tes plaisirs.

f293 tKLVUES RELIGIELSES DE J.-J

Les sei.limenls d'aiitrui ne font pas ta scionrr ; El m plains tes mnrlols, donl la Irisle iniii^'inre. Pour connaître et pour voir, pour semir, pour jiig'T, Emprunte le secours d'un organe étranger.

Que le nombre en est grand ! et quelle miiUiiude D'esprits étroits, rampants, nés pour la serviind. '. Le préjugé vainqiienr est leur loi, leur fiariil»i'a:!. Des mains de la nature il les prend au berceau, Abuse leur onfaiic, éblouit leur j.unesse. Les trompe en l'âge niùr, les berce en la viiilksip, Kt les remet enfin dans les bras de la mon, Enfants, comme ilsTciaienien commeiçanl leur son. Ali ! quand linira-t-il cet empire frivole? Quand tombera l'autel de celte vieille idole?

Quoi ! me dit ce censeur, qui d'un œil envieux Voit l'essor du génie, et le perd dans les cieux, Compierons-nous pour litn, r.uvaleurs que nous

[soHiuies, L'unanime concours d( s écriis it (!es humnies . Tu crois anéantir ilcs préjuges reçus?

Laissons-là des projets que l'orgueil a conçus, Marcbons avec la fouie, et suivons b^s usages. Pourquoi se distinguer? Nos pères ciaie;.! sages; Ils ont pense pour nous, et tout est éclaire'-. On a prnsé pour toi, que fais-tu donc ici ? Va broiuer riierbe aux cbamps, homme i.nligne de

[l'èlrp, l)cs autres animaux, va, tu n'est plus le maître; De leur instinct grossier suis l'appétit hnnteu'i ; B is, mange, dors, végèti', et meurs après comme eux.

Aveuglement fatal! quoi! ton âme insensible

Aux traits de la lumière est-elle inaccessible ?

Dans la plaine de; airs quand l'aurore te luit,

Au fond d'un antre-creux vas-tu cberclier la i;uit?

Si toujours l'univers, de ses erreurs esclave,

liùl largui comme loi dans leur ignoble entrave.

Quel progrès parmi nous eût doue fait la raison?

Le Noble à peine rncor saurait tiater son non).

Des docteurs ignorants, des prcires incommodes

S'armeraient d'snaibème au seul nom d'antipodes,

Et ce globe de feu, dont les rayons divirs

Se répandcni partout du sein de l'univers.

Loin du centre commun, planète reculée.

Tournerait à nos yeux sous la voûte étoi'ée.

La nature se plaît à former quebjuefois

l>es esprits fiers, hardis, nés pour douïÉer des lois.

De la seule raison reconnai>sani l'empire,

Us ont la force et l'arl de penser et d'instruire.

C'est par eux qi;e le inondi-, en rc temps niiiiiis

lobsi'ur, î5();t de sa longuc enfarice, et louciié à l'âge n:ûr. Tout esprit e.iiiormi dans uii vil esclavage, Perd de ses aliributs le pouvoir cl l'usage ; C'est l'avare qui craint d'LUiamer suu trésor.

El qui meurt indigent parmi des monceaux d'or.

Sais-tu conduiieun cliar?vole dans la carrière;

Laisse le peuple oisif aliendre à la barrière.

0 combien de talents dans la foule éclipsés.

De vertus dans la fange, et d'hommes déplacés!

Aux champs de Mars ton père a montré son au;'aco.

Toi, son fils, mais poltron, tu dois suivre sa trace.

Ce juge a consumé ses jnurs au cabimt,

On îeut que ses enfants arborent Is bonnet.

iNon, la nature est libre, et tout mortel s'abuse,

Qui voudrait la plier au joug qu'elle refuse.

Vous voyez ce guerrier, qui dans un choc arJenl

Eluda la mêlée en bommetrès-priulcnt,

Jl aurait au palais signalé sa droiture;

El ce beau sénateur. i blonde cbevclure.

Qui sur lesfliïurs de lis a toujours somm ùllé,

Sous Villars, sous Bervvick peut-être aurait brillé.

Traîner avec ennui sa pénible existence.

Fouler sans cosse aux pieds vertu, devoir, décence.

C'est recueil d'un étal où l'on fut engagé.

Moins par son propie clioix que par le piéjugé.

De tous les maux qu'il fait, c'.:er Damon, c'est le pire.

(H'o) Li.'ez celle tirad.', dont ks vers so; beaux, et l'impiété si outiéo.

Humana anlc ocnlos fœde ceni vi'.a jacfret

t SI

Loin de nous la bassesse et l'orgueil qu'il inspire. Soyons de notre esprit les seuls législaieurs. Vivons libres du moins dans le fond de nos cœurs : C'est le trône de l'homme ; il règne quand il pense. L'iime est un être pur, fait pour l'iiulépendance; Qui veut l'assujettir eu brise les ressorts. Et lui faii partager les disgrâces du corps. Jugeons, examinons, c'est là notre apanage. Cl'.erchons la vérité dans son'épais nuage; Mais que par la raison nos doutes soient bornés Aux objcis que le ciel nous a subordonnés. Qu'ils ne s'éicvent pas jusqu'au Mailre suprême. Dansl'audacccu l'cffioi riiommccstloujourscxtrèmc. Hardi dans ses discours, et prompt à se troubler. Te! ne croit pas en Dieu qu'un rêve a fait trembler. Que dis-je ! ne croit pas, il voudrait ne pas croire. Ton Lucrèce (!"■')) à la main, tu vanlesta victoire, Pliilosnplie superbe; ali ! malgré tes efforts, Dans le fond de ton cœur, va, ja lis tos remords. Tu plains arrogammeut du haut do ta sagesse. De nos esprits trompés la crédule faililesse. îiais d'un mortel docile à la liiviue loi. Et qui sans raisonner soumet son cœur, sa foi, Qui baise avec respect les (races de ses pères, L'bumble simplicilé fait honte ù tes chimères. Si c'est nu préjugé dans l'enfance conçu. Puissions-nous, tel qu'alors noire esprit l'a reçu, Conserver ce dépôt jusqu'à l'heure derîiicre. Qui sur nos préjugés portera la lumière. Nous saurons dans ce jour à quoi l'esprit nous sert. Ce que l'on gague à croire, ou bien ce qu'on v uerJ.

J'aiiaerais mieux ce fou qui dans ses docles soii^fs

Quare relligio pefiibussnh.jecln vicisslm Oblcrilur : nos exa'qual vicloria cœlo.

(LrcR., lib. I.)

DF.i \inMi. l'Ail ru:. — poiisif.s kiniiisks. -^ f;piTUE>\

Change d- ( h'm ceriaiiii en a^vx'iL ik* ■j:cu!a'i;;u,

Aii6miti( liiitloire, écrits, auturitéi,

lh!iruii ét;aleineiit erreurs et véiiios.

Do s s T^\ti, ilii-oii, rusAfinlil;i';(! liar(>f|iio

N*.itl;ii)uu rien (le ^ruve, une ville, uneé|>ii(|ne,

l'ii type (le niéJaille, un ver» grec ou l:vlin;

Le chantre de Turmis fut un )t('n(>ill< lin :

Ndiis IroiiTiins iIi'5 Roniiiins I>> |i ciendii lyri(|UA

Soui le fioc imir el lilanc (jni- porlail l>oniini«|tie.

(Veii lie pro! k'Mies vains élourdii' sdu lecteur,

Des petllcs-niaisons c'est ôiie le diiclcur,

Jo l'avoue, th ! «lu'iinporte, au prix de ces hlas-

[|iticnics, Dent les sages du temps ont orné leurs sysl«>ines , Au prix de ces écarts que le peuple conTond Avec les fruits plus niùrsd'uii jugeinont pruToiid ?

0 mortels, 6 Français, quelle philosopliie Vous prête le secours de sa lumière impie ! Quille doctrine alTieiise inFecle vos écrits, Lt de iiucU prf^jii^ôs guérit-on nos esprit.s '! Celui-ci de la foi veut que je nralTrancliissc; Celui-là, que mon àme avec mon corps périsse ; Cet autre a découvert pour réformer nos cœurs, Une morale neuve et de iiouvtllcs mœurs. Et vous, à nos autels qui déclarez l,i (,'iicMTe, Trop fameux écriv.iins, précepîeursde la terr;', Ne croyez pas qu'un zèle inquiet ou jalouv, Par la haine échauffé, m'anime contre vou';. J'admire vos talents en leur donnant des lai mes ; Vi>s vers ont de l'éclat, votre prose a des charmes ; L'amour du genre humain par vous est enseigné. Mais, cruels, quel amour! de sang il est baigné. Vous portez le poignard dans lo sein de vos frères ; C'est pour vous, inliunsains, qu'au fort de leurs mi-

^ [se es, lis perdent le seul bien qui pût les soutenir. Le calme du présent, l'espoir de l'avenir. Ce Dieu que votre erreur invente ou déligure, Ce Dieu ressuscite des cendres d'Epicure, N'a point fait les moriils pour invoquer son nom. H a vu du même œil saint Louis et Néron. L'un est sans châtiment, l'autre sans récompense. Vaines illusions de crainte ou d'espérance. De culte, d'équité, do justice, ic loi ? Voriueux ou méchant, tout finit avec moi. Le vol, l'assassinat, l'inceste et l'adnlière, La probité sans tache, et la pudeur austère. Le crime et rinuocence auront un sort égal. Le néant, digne prix du bien comme du mal. C'est où vous menez l'iioramo, et c'est pour votre Le terme consolant où sa course s'acliève. [élève.

Non, trop faillie mortel, j'entends les désaveux ; Tu vas dans ton essor plus loin que tu ne veux. La soif d'un nom célèbre égara ion géiiie : La raison quelque jour guérira ta manie.

(170) Luther, natif d'islébe, dans le comté de Hansfeld.

iV.Or les adiiiaieur.i tu n'js (|(ic du mépris

El j>- le criiis plus sage au ino ns que les écrits.

Éi'mu-: 11.

.1 M. Vnbh,! de***, missionnaire iipoilulique dans les Indes et à la Chine.

0 loi (|ui meurs au inoiide et qui vis pour ton Dieu.

Illustre < t cher ami, dont je re(.ois l'adieu.

Toi diiiit l'esprit sublime ^ la gràie s'immole.

Oui du siéi-le profane aurais été l'idole.

Et qui veux p:>nrla foi devenir un héros,

La croix liiil liant les airs, tu voles sur les flots;

11' le perds sans lelour : déjà la mer profonde

A mis entre nous deux les noirs gouHrcs de l'onde.

0 sagesse divine ! 6 décrois éternels !

Sources d'élonreinent pour les faibles niortids !

C'est donc loi, V'", qu'au printemps de ta vie,

J':\i vu si plein de feu, d'audace el de pénie.

Du démon des combats suivre les étendards,

Adoror les talents, ido'àtrer les arts !

Des folles passions esclave volontaire.

Les goûts qui te charmaient ont cessé de te plaire;

Sous h'S drapeaux du Christ le soldat s'est rangé,

Et le rival d'Horace en Apô'.ie est changé.

Lo Ciiinois foule aux pieds le Diai de ses ancêtres;

Eu vain pour l'effrayer, par la main de leurs prêtres,

Los anges de l'abîme cl I • roi de l'enfer

Ont dressé les bûches, ont aiguisé le fer;

J'entends sur leurs autels le cri de l'Evangile ;

Tu confonds du lettré le savoir indocile.

Que de nouveaux Chrétiens sur tes pas vont courir!

Que de peuples (îivers ta foi va coi.qnérir !

Mais pourquoi, nous privant du zèleriui t'enflamn.e. Enrichir l'Indien des trésors de ton âme ! Au fond de l'univers dois-tu porter les soins. Toi qui sais nos erreurs, nos vices, nos besoins ? Tu vois de quels poisons l'Europe est abreuvée; Tu vois par quels assauts l'Eglise est éprouvée. Le moine de Mansfeld (176), l'aposia' de Nuyoïi (177) ; Portèrent moins de coups à la religioji. .\veugleineni horrible ! étrange frénésie. I.e déisme aujourd'hui succède à l'héréoie. Evoqués par les cris de nos maîtres nouveaux, Lucrèce, Spinosa sortent de leurs tombeaux. Admirons en effet riieuieux temps où nous sommes; Le vulgaireesl instruit par la voix desgrandshommes. Le siècle est philosophe, et nous ouvrons les yeux Sur la siupidilé de nos tristes aïeux.

Croire c'est préjugé, faiblesse, vil scrupule,

El la fisrce d'esprit n'esl que pour rinciédule.

Ainsi donc parmi nous régne l'impiéié,

Fière de ses progrès dus à l'impunité.

Ah ! que ton zèle ici répaïuiiait de himière !

Pour toi, pour ta vertu, quelle immense carrière !

Le flambeau de la foi s'éteint de lOiites parts ;

(177) Calvin.

CEUYRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPICNAN

Tu peux le rallumer, tu nous plains et tu pars. J.'aiSi adorons du ciel la volonté suprême. K^i-ce à toi de sonder les secrets de Dieu même ! La providence ordonne, elle a changé ton cœur; J'.Ue en doit disposer :va, cours à ton bonheur.

Roisdu feu, rois de l'eau (178), tyrans de ces contrées Oii les œuvres de Dieu sont encore ignorées, 0 vous qui sous le poids d'une vaine grandeur. Dormez profondément dans la nuit de l'erreur. Ouvrez les yeux, voyez des voûtes éieri>ellcs. L'ange de vérilé vous couvrir de ses ailes. Piuple? que le soltil, sorianl du sein des mers. Avertit les premiers que Dieu lit l'univers. Courez au bord des flots, rtcevez avec joie Le niiuisire du ciel que le Nord vous envoie.

Et vous qui, redoutant nos dangereux efforts. Aux crimes de l'Europe avez fermé vosporis ; Insulaires prudents (t "9), gardez vos [lois rigides Contre ces étrange; s, ces enn''rais peifiJes, Dont l'infâme avarice et les ans séducteurs Enlèveiit vos trésors ei vous laissent nos ma-urs. Appelez V*"' sur vos rives tranquilles; Qu'il parcoure à son gré vos campagnes, vos villes ; Offrez-lui \os grandeurs, présentez-lui vos biens. Nations, vous saurez qu.:ls sont les vrais Chrétiens ; Vous saurez qu'ennemis du luxe et des liihesies. Us insiruiseiil leur âme à vaincre les faiblesses. Lt s désirs séduisants, les besoins superflus ; Pauvres des biens du moiwle, et riches en vertus.

L'Inde l'atlend, il vole, et les mers s'^iplanisseW. Les citoyens du ciel à l'envi l'applaudissent. Trop heureux eus humains si long-temps ignorés. Des rayons de la grâce à leur tour éclairés Dieu, ramené pour eu.x l'aurore consolante Des jouts qu'il lit bi iller pour l'Eglise naissante ; Jours de salut, hél.is ! jours aux Chrétiens si doux. Jours dont le souvenir dépose contre nous. Le lèle était ardent, la foi pure el sincère, iîuels hommes remplissaient le sacré minisière I Des triomphes uouveaiix marquaient tons leurs

[moments; Un peuple entier volait du baptême aux tourments : Le malin idolâtre, et le soir néophyte ; Tout était dans l'Eglise, apôire ou prosélyte. Les biens el lespéiils étaient communs euire eux, Les frères soni unis par de moins tendres notuds.

Dans ces vastes pays devenus ton partage, De notre antique Eglise, ami, tu vois l'image. L'Inde la fait renaître, elle en est le berceau ; L' ;urope la détruit, elle en est le tombeau.

Si outefois le ciel permettait que l'Asie

Te rendît quelque jonr aux vœux de la patrie,

Viens ici concourir à l'œuvre de la foi,

Sous un pasienr formé du même sang que toi.

Viens d'un dogme imposteur désabuser nos frères, Rappeler les enfants au culie de leurs pères, El viiinqueiirdes faux dieux que sert le Mandarin, Effacer de nos murs jusiju'au nom de Calvin.

Oh ! qu'alors Us ennuis dont mon cœur fut la proie. Céderaient aux douceurs de la plus vive joie ! Les arts, qui sur ces bords manquaient à nos besoins. Cl s beaux arts faits pour l'homme et dignes de ses

[soins.

Dans leur temple nouveau, prcmpts àte reconnaître. Voleraient avec nous au-devant de leur maître- Ils n'oublironl jamais que tu les as chéris ; Dans le fond de ton cœur les aurais-iu proscrits ? Jérôme, ce soutien, ce (lambeau de l'Eglise, Citait souvent Virgile en traduisant Moïse. Par tes rares talents tu pouvais l'égaler ; Mais par des traitsplussaints lu veux lui ressembler. KU ! du moins, comme lui pénitent inflexible, La fidèle amiiié t'éprouvera sen.'iible ; Ses plaisirs innocenis te seront bien permis. Les saints avec transport revoyaient leurs amis.

ÉPITRE IIL

A noire Saint-Père le Pape Clément XUL

Toi qui soutiens l'honneur du plus saint diadème. Chef des pasteurs élus par le Pasteur suprême, Permets que des accents qu'éioufl'ent tant de cris. S'élèvent jusqu'au trône où Pierre lut assis ; Permets que ce tribut, que ce timide hommage De mes respects profonds à les pieds soient le gage. Je l'offre un cœur docile, animé par la foi ; S'il passe dans mes vers, ils sojit digues de loi. L'épouse à qui le ciel unit ma destinée. Voit son humble vertu de tes dons couronnée ;, Ce prix qu'elle reçoit de les augustes mains Est le signe éclatant du salut des humains; A son heure dernière il lui promet les grâces. Qui du lion terrible écarte les menaces : Don sacré ! mais hélas ! qui présente à mes yeui L'instant où finiront des jouis si précieux. Des jours qui font l'espoir, non d'un époux fidèle Que les coups de la mort frapperont avant elle. Mais d'un trop faible enfant donl l'âge elles besoins Do sa mère cncor jeune implorenllous les soins.

Pardonne, saint pontife, aux soupirs d'un cœur

flendro ; Le ciel les autorse, el tu peux les entendre ; C'est la crainte d'un pèreel l'effroi d'un époux. Dieu consacra des noms et si purs et si doux. Leur force utile au monde et longtemps respectée. Dans ce siècle d'horreurs n'est (jue trop insultée : Un brise tous les nœuds qui formaient les vrais

[biens; L'intérêt, le pbiisir, vuilà n.';s seuls liens ; Le reste est préjugé, syslème vain, faiblesse.

(178) Deux rois tributaires de celui de Tooquin.

(179) Les Japonais.

130i Di.l\ltMK l'AlUli;. I(tl

Giftce dU ciel, eoUo impie 1 1 liilii ule ivresse

N'a ^j( lie ma cuiii|i;it;iio é^.iri! la raison ;

Klle aima ses Jooirs des »a )<'uiie saixiii.

Les lilles d'un l>:l^ll•llr il8(i] i|iie l'hylise révtVe,

Oui par l<-ur pioio iluiicf uiii.uil ijiu^ si'vere.

Klc\e sou cnraiico bi l'onile dos iiia'Uis,

l'iëservé Sun e«|>rit du |iui>u:i des erreurs,

Instruit S(in ànie à fuir les hivulcs délice')

Oui pié.c.liMil li-ciiniet'l si)hl l';i|i|i;\( des »iees;

Klle apprit sous les yen\ dos viergis du Seiyiieui,

{i'i'W ii'eNt point, sans verin, de paix ni de bonheur ;

(}ue la religion nous soutient, nous console;

itiie'enioudeest trompeur, (|ue Pieu seul lient parole;

(Juo son lils en naissant nous apporta sa lui;

Uue le siège de Itome est celui du la fui ;

Qu'il n'est ri<>ni|u'un faux sage et n'immole et n'ou-

|l>lie, Justice, lidnneiir, serments, roi, famille et patrie ; Qu il est sa propre idole, et que le seulChrtJtien Sait être père, (ils, époux et citoyen.

Puissc-t-cllc à son tour, celle mère adorée, TransMietire à ses enfants sa croyance épurée, (iiiider leurs premiers pas, en diriger l'essor. Ll de son àme.onliu leur laisser le trésor ! Soutenu cependant des feux de son coutage, Jf'ésiste avec elle au plus terrible ora!,'i; ; Jus<|u'au milieu du purtla tempête nous suit; Le mensouKe est \a nipinr, cl la véri:é fuit.

Tu sais trop, grand pontife, et ce récit l'accable. Jusqu'où \onl les transports d'une lij,'ue exécrable. Sans douie il fut.loujours dos ennemis du ciel. Il toujours les méchants ont prodigué le fiel; Mais jamais leurs fureurs ii'o;it été si hardies. Leurs criminelles voix jama s tant applaudies. Jadis l'iinpiolé se dérobait au jour.

Craignait également ei la ville et la cour ; Ses apôtres cachaient leur mission funeste. Leur doctrine perverse était au moins modeste. Quelques écrits obscurs en secret répandus, N'étaient pas des poisons publiquement vendus. L'incrédule effrayé prêchait dans les ténèbres ; Il n'avait ni docteurs ni pailisans célèbres. Malheur à l'écrivain qui, dans un fol excès, Eût de son pyrrlionisme alliché le succès. Tliéniis contre l'impie alors s'armait du glaive; Des blasphèmes rimes conduisaient à la Gcève (181).

(180) Saint François de Sales, évêque de Genève, fondateur de l'ordre de la Visiiation.

(181) Allusion à deux vers de l'.lil poélique, sur lesquels on lit dans les commentaires de Brossetle la note qui suit: in jewte homme fort bien fait, nommé Petit, fui surpris faiiant imprimer des cliunsûiis impies et libertines de sa façoit.O» lui fit son procès, et it fut condamné à être pendu et brûlé, nonobstant de puissantes sollicitations qu'on (il at/ir en sa faveur.

(18-2) M. Bossuot, dans son Commentaire sur l'Apocalypse, croit qne la persécuiion de r.\nlrtclirisl sera une persécution de séduction , c'est-à-diie, d'écrits faussemei'4 philosophiques et d'ouvrsgcs

bii..-> uuKusLS. - Li'irui:s. uo»

Dieu n'avait pas encore eu peuple d'ennemi». Kl le plus grand génie était le plus suumiii.

(•nel cliangrmciii ! l'erreur n'a |du s de voix secret' 4; l'iose et vers, orateurs, liisluriens, poètes, Tout se dit philosophe, et chacun sous ce nom Outrage impunément Dieu mênn.' et la raison. Ciiiitre nos vérilés di's écrits dogcnaiiques, la)nlre leurs <léfensenrs des sarcasmes cyniques. Des libelles uieiiteurs par la haine forgés, S )nl tolérés, permis, peut-être encouragés. L'i'iifer sous les lyrans égorgeait les lidèlcs ; l)'borribles échafauils, dis tortures cruelles, Vengeaient sur lesChréticns l'injure des faux dieux. Le fer, les chevalets ne sont plus sous nos yeux. L'ange persécuteur, l'aiigedes noirs abinies Par des coups moins sanglants aitaque ses victimes. Déj.i de sa victoire il recueille le fruit; Jadis il massaciait, maintenant il séduit (182) ; Si t'.ulefois hélas ! sa ruse a pu séduire. Quelles mœurs ooiir tromper ! quels honiDies pour

[instruire!

Des Soiades (185) in purs qu'on lit avec horreur, Dos Porphires (J8i) iiou\eaux, pleins d'orggeil cl

[d'aigieiir, Des sophistes armés d'audace cl de blasphème. De vils censeurs des lois cl du pouvoir suprême Des esprits turbulents, des cœurs doubles et faux, Tiop bas, trop envieux pour n'èlre que rivaux. Telle est, le croira-t-on ? cette école insensée Qui voit de toutes parts sa doctrine encensée, Qui subjugue, asservit sous un honteux lien, L'univers étonné de n'être plus chrétien.

El vous le souffrirez, terre et cieiix qu'ils outragent , Peuplesqu'ils veulent perdre, empires qu'ils ravagent! 0 Rome! ôCapiiole! ô murs chers au Seigneur! Jusqu'en vos fondements frémissez de douleur.] Qu'au bruit tumultueux que les enfers excitent. Des saints dans leurs tombeaux les ossements s'a-

[gitent ; Que l'arène, témoin de leurs derniers combats. Uetrace à vos regards l'empreinte de leurs pas; Que ces martyrs au ciel présentent leur couronne ; Que leur sang précieux se rarrime et bouillonne ; Qu'il redemande encore à couler à grands flots Pour cette foi l'objet de tint de noirs complols. Que le sang, que la voix de ces divins athlètes Pal lent pour l'univers et soient vos mterprète--.

corrupteurs dans tous les genres.

(185) Solade'élait un poète satirique et licencieux que Ploléinée Philadelpiie, roi d'Egyple, lit enfermer dans un coflfe et jeter dans la mer.

(ISi) Piirphire, déserlenr du christianisme, était un philosophe atrabilaire et orgueilleux, qui voulut fouvenl se luer de désespoir. II n'avait éluilié les livres saints que pour les critiquer. II les lisait et les censurait en ignorant, comme a fait de nos jours l'auteur du Dictionnaire pUilosopUique , delà Tolérance chrétienne, de la Philosophie de l'histoire, cl de tairi d'autres productions pleines de mensonges, rie sottises, de Waspliémes, d'obscénités....

a:UYÏ\ES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFUAAC, MAUQIIS DE POMPIGNAN.

l."ns

A ce coîîccurs puissant joins les pleurs et les

[VOCMX,

Toi, père tles Cliréliensct qui veilles pour eux. Tes agneaux soiil en proie à îles monslres avijes, Que dis-je ! à tics be.£;ers ou ircniblaiils ou perli-

L'i'i'pic a loiit lléui de son venin ni'irtel.

Il entre £U iai:ciuaiie, il p ofaiie l'autel;

La clisirc a reieiiti de sa l.lu^se éloquenee.

Tu peux seul réiiriuitr cette indigne liceiite.

Le flanilie.iu de la fui reprendra sa clarté,

Si contre les erreurs ion zèle est imité ;

Si les ministres saints, les prêtres de nos temples

Biùleni de la ferveur et suivent les exemples.

Ils les suivront; j'en crois leur devoir, leur vertu.

Pour la foi leurs pareils ont toujours combattu.

Quel aiguillon pour eux ! pour nous quelle cspé-

[raiice !

L'homme sème et le ciel arrose la semence;: Il amollit les cœurs comme il brise un roclier. Par ta voix salutaire il saura les toucher. L-f vicaire du Christ, l'oracle des fidèles Confo dra d'un seul mot des apostats rebelles. Moi-même, instrument faible et p-èl à succonili^r. Je verrai sous mes traits le blaspiicme tonber : Non que j'ose à leur force imputer la vicioire. Au Dieu que je défends j'en donnerai la gloire. Quand la cause du ciel a besoin de vengeurs, Tous Chrétiens sont soldats, tous soldats sonlvair.-

[quenrs.

Que si de nos forfaits la mesure est remplie. S'il f.iut voir du Si^ij;neur la vengeance accomplie, Et souffrir les revers par sa bouche annoncés. Adorons des arrôis justement prononcéi : Adorons. Mais qu'au moins sa bonté paternelle Des pasteurs parmi nous laisse encor le modèle. Pontife, imitateur des plus illustres saints, Ta vie est nécessaire au salut des hum;iins. Malgré tous les assauts livrés à ta vieillesse, Que tes ans par nos vœux se prolongent sans cesse; L'Eglise est ta famille et l'im|]lore toujours : Tu dois à tes eiifanis ton exemple et tes jours.

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