‹ Œuvres completesChapitre 199 sur 232 · L^UI · texte numérisé non relu

L^UI

UuoisiiiMt; I Aiiiii;. - Mii.ANr.Es. - inscoims i»i; iikcki'TION.

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élnil ili> i|uek|uu poids, j'osirai» coinbaUro sur ••(' I oint les fcnsinirs de M. de MiiiipiTluis.utje ilinis (|u'il st.-iMit h soiilKiiler i|iiu lo im'oci'hIl^ du ^éuiiu^lrc s'iiilrddiiisit plus suiiYoïit ilaiis les ouvr.'iges de lillér;iliiro. Ils en st-r.'iient iiuiiiis i-liiirgi^s do viiiiis uri;elueiils el de dij;iessi()iis élrani^ùres nii sujet, iiioiiiH enilés Je nliilluiis iniililes, mieux discutés, plus sulides, plus iiistruclil's.

J'ajouler.ii ipio si, de l'jiveu de M. de MiUiperluis, ou n pu reproclier à quoiqu'un lie ses <)uvragt;s un sli/lc triste et sec, ce sonl SOS propres lei'ines (191), il a bien nioiiti'é dans d'.iuttes éei'its, ipi'il ne manquait ni lie seuliuienl , ni (rima,^in,'iiion, el (juo la nature, en lui ordonnaiil d'Oire géomèt e <l pliysicicn, lui avait i)eriuis d'ùlre pot.'lo el orateur.

Il devint orateur par nocssilt', cl cnnimo il le dit lui-uiôme, pour remplir les liini'tions de sa cliar.;o (192); il se trouva (|u'ii était né éloquent. Il écrivit sur la génération (les animaux, et sous sa plume na(piit lie la [loésie. i

Que d'a^réraeiil, que d'imagos ravissantes dans sa Vc'/Ufs /;/i(/*('(/i{c .' Ceux (|ui n'en connaissent l'auteur que coinino un savant livré à tout ce qu'il y a d'austèn; et d'abstrait dans les connaissances humaines, serdut étonnés du cliarme inexpiimable qui règne dans plusieurs morceaux do cet ouvrage. On croirait quelqueloi.s (lu'il traduit Homère ou Milton (193;. (

Le Discours sur la mesure de la terre au cercle polaire, présenle au lecteur les mêmes traits de génie. Tandis qu'environné lie pendules, de quarts de cercle, de secteurs et de tout l'arsenal des mathématiques, il détermine avec ses dignes compagnons la direction d'une longue suite de triangles ; que sur des couches multipliées de neige il mesure, la perche à la main, une base de trois lieues de longueur , et qu'il expose à 1.1 nation des astronomes le résultat lumineux de ses opér;itions, son pinceau toujours varié, joint au détail de ces travaux le spectacle , nouveau jiour nous, des terres, des habitants et des cieux voisins du pôle, il peint avec' tant de chaleur, avec tant de vérili';, qu'il nous Iransjiorte aux lieux mêmes qu'il décrit. On escalade avec lui les sommets uè l'Horrilakero;on le suit sur b.-s eaux glacées du Tornea; on vole à ses côtés sur les Iraîneauï fragiles du Lapon.

A cet art de peindre , aux talents de l'esprit, il unissait le goût de la bonne littérature. Admirateur des anciens , il les avait lus et médités. Il s'en sert souvent, et l'on peut juger par ses ouvrages que les ()oétes, les orateurs el les historiens de l'antiquité lui étaient également connus. Ce sont là nos maitres, ils le seront toujours. Je dis plus ; ils sont des modèles jiour les genres

(I9l)ricfacc f|ni est à la Icle AcVEs.tai de Mornie sur le Bonheur, li>iii. I, des OI^iivics do M. d,- M;nipoiUils. Eilili<in di- l^yoïi 17.">C.

(192) Kyn IX A \1,\'\M)c Tridjlci, à la icic du iroi-

inénio ipi'ils iint ignorés, c( ceci n'est l>oin: un païaijiixi'. (l'est (|u'ils Ofit (misé d ins la nature loulos les règles de l'art ; c'est qu'ils ne s'écartent jamais itii viai , dece vrai ipii seul e/t benu, i\\i\ seul est uimuble, comme l'a carai'lérisé l'ilurace IVançais ; el (|ue dans toute sorte de littérature, dans toute proilui:liou du giuiie, soit qu'on invente. Soit qu'on perfectionne, co vrai |irimitil et iiniversc'l ne saurait ressembler qu'à lui-même. Tel est le sceau intdlaçablo de ces cliels-d'œuvrc immortels, qui l'ont tant d'honneur à la (ïrèce et à Kome. .\ppliquons à leurs auteurs en général ce que (juinlilien disait de Cicéron en particulier, (,'t (;ro vons que ceux-là seulement sont gens de lettres (jui connais^ ■ni le mérite et lo prix des anciens.

La lecture de leurs écrits n'est pas moins utile au cœur qu'?! res|)rit. Ils nous apprenni'nt ipie lo véritable amour des lettres ne Consiste pas seulement à exceller dans les genres (lu'oii n choisis; mais qu'il nous porte encore à partager le succès do nos émules, et nous oblige à concilier à nos éludes la conliance et lo respect du public.

' Quelle estime aura-t-il pour des hommes fjui se méprisent, ou tpii feignent du moins de S(; mépriser mutuellement? La haine les aveugle et les perd. Imprudents, qui pour la salislaction cruelle de décrier un livre, ou de ditramer un rival, se privent eux-mêmes ties fruits inestimables de leur ait. Ils pouvaient s'immorlaliser par leurs travaux , ils n'immortaliseront peut-être que l'opprobre alfreux dont ils couvrent la profession d'homme de lettres , el que le triste emploi de leurs talents.

On n'accusera point de pareils excès SI. de Mauperluis, ni comme homme de lettres, ni comme philosophe. Il est modeste, ingénu dans ses écrits; pensant juste, ians commander aux autres de penser comme lui. Ce ne sont point de ces décisions hautaines qui révoltent l'amour-ijropre contre l'instruclion, souvent mèioe contre la vérité. Il doute, il propose, il éclaircil. Il ne donne à ses opinions littéraires ou philosophiques ni l'ambiguité nU'eclée des oracles, ni le langage imi)arrait des lois. Ce caractère de retenue, de sagesse et de candeur, ne s'est point démenti dans les circonstances qui pouvaient , ce semble, l'altérer. Des contestations sur une découverte de physique lui avaient attiré de fâcheux démêlés ; mais il ne s'en souvenait qu'en (ihilosophe , et ce qu'il m'en a dit lui-même, faisait l'éloge de son cœur, sans nuire à la léputaiion de ses adversaires.

De [)lus rudes épreuves l'attendaient.

Les malheurs de l'Allemagne furent le

sièinc volume, même édiiion.

(105) Voyez daiisia Yéiiusplijisique, seconde paille, l'ciiihoil (|iiicoiiimciice ainsi: Quanti l'astre du jour a disiKiru

ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

coiniuenceraent des siens. Quelle fut sa situation, quand il vit le roi de Prusse allumer le ffambeau d'une guerre qui devait nrnaer la France contre lui I Concevons l'étal pénible et douloureux où M. de Maupertuis dut alors su trouver. D'un côté, c'est son souverain naturel , un souverain qu'il voyait l'idole de sa nation, et dont la clémence et la douceur sont célébrées chez tous les peuples de l'Europe. De l'autre, c'est un roi généreux , qui se l'est attaché par des établissements aussi utiles qu'honorables; un roi doué de qualiiés brillantes que la France a longleiups chéries dans son allié , et qu'elle admire encore dans son ennemi. Ses vœux n'étaient point partagés, mais son cœur pouvait l'être, il était né Français, il en eut toujours les sentiments. Son état le liait à la Prusse ; il y avait ses emiilois , sa fortune, une épouse enfin ; c'est-à-dire le bien le plus cher et le plus sacré qu'on puisse posséder sur. la terre.

C'est dans ces conjonctures que la constance humaine a besoin de toutes ses forces. 11 manquait encore aux disgrâces de M. de Maupertuis les infirmités du corps et les menaces d'une mort prochaine. Tout cela ne tarda pas à se réunir. Le dépérissement visible de sa santé, dus maux presiju'irrémédiables lui annoncèrent bientôt sa fin. Il s'était séparé, malgré lui, d'une épouse aimable et vertueuse. C'eût été danscesraoments sa plus douce consoliition. Il la désirait, il se la refusa. Livré h luimême, la iihilosophio le soutint dans l'infortune et dans les douleurs, répandit le calme dans son esprit, lui tint lieu de tout ce qu'il allait perdre, de ses biens, de ses emplois, et de l'unique objet qui rattachait 5 la vie.

Mais à quelle philosophie eut-il recours ? Implora-l-il , comme tant d'autres , cette sagesse purement humaine, qui prétend tirer de son propre fonds ses ressources et ses vertus; qui ne veut rien devoir à la religion, qui la proscrit môme; qui ravit à I homme la spiritualité de son âme, pour ne lui laisser que des passions grossières, ut qui le dégrade et l'avilit sous prétexte do le rendre heureux? Cette philosophie trom- |)euse qui dément ses maximes par ses actions; qui déclame loul haut contre les richesses , et porte envie secrèteaient aux riches; qui montre du mépris pour les dignités, et désire de les obtenir; qui recommande aux hommes la sociabilité , et cherche à perdre ses rivaux; qui se dit l'organe de la vérité, et sert d'instrument h la calomnie ; qui vante sa modestie et sa modération, et se nourrit d'em[)ortement et d'orgueil? Cette philosophie dont les sectateurs fiers et hardis , la pluuie à la main, sont bas et tremblants dans la conduite; q.ui n'ont rien d'assuré dans les )>rinciiic's, i:ien de consolant dans la morale , point dfc règle pour le i>réseiit , point d'objet pour l'avenir ; ijui se jouent de leurs opinions, les soutiennent, les abandonnent

suivant leur crainte ou leurs besoins, et dont les exemples sont aussi dangereux que les leçons ?

Avec de tels guides , vainement couronsnous après le bonheur. Ce fantôme s'évanouit dans le tourbillon d'idées confuses où l'on croyait le fixer. Il ne nous en reste que de l'inquiétude, de l'agitation, et qu'un vide immense qui s'agrandit toujours devant nos désirs.

Peut-être, Messieurs, que celle philosophie, qui n'a point l'art de nous procurer une vie heureuse, a du moins le si^cret de nous apprendre à mourir. Mais c'est où l'insufilsance et la faiblesse de son appui se démontrent plus que jamais. Qu'olfret-ellc, dans leurs derniers moments, aux infortunés qu'elles séduits? Quel soulagement apporte- 1 -elle aux douleurs du corps, aux troubles de l'esprit ? Que nous fait-elle envisager ? La matérialilé de l'âme, et l'espérance de fa destruction. Je dis l'espérance, car aucun des partisans de celte monstrueuse philosophie n'a osé parler encore de certitude à cet égard. Ù'où il arrive (ju'aux approches de la mort, lu plupart des incrédules, mal affermis dans leur doctrine, |)assent de l'incertitude au désespoir, et que les plus courageux sont ceux qui tombent alors dans un étourdissement stupide, ou dans une morne insensibilité.

Ce ne fut pas dans les bras de cette philosophie que M. de Maupertuis chercha du remède à ses maux, et qu'il voulut terminer ses jours. Celle qu'il avait cultivée était bien différente, et dans les derniers temps de sa vie il ne la sépara plus des lumières de la religion.

C'est dans cet assemblage heureux que le philosophe chrétien trouve encore plus do secours et de consolation qu'un fidèle moins instruit. Ses études ont fortifié sa foi. Il n'a point acquis de connaissances qui ne S(MPnl jjour lui de nouveaux motifs de croire ; mais il n'en connaît que mieux aussi le néant du savoir et de la réputation littéraire. M. de Maupertuis en était venu là par degrés. Plus la fin de sa carrière approchait, et plus la religion opérait en lui le détachement de tout ce que l'atuour-propre a de [)lus cher. Il employa les derniers mois de sa vie à méditer sur les vérités éternelles de la religion. Jamais il ne montra plus de courage et de douceur. La sérénité de son visage, la tranquillité de son es|)rit , sa patience, inaltérable dans les douleurs, étaient l'effet sensible de ces salutaires réflexions. Il remplit ses devoirs de chrétien , non pas avec cette décence affectée-, qui ne suppose qu'un respect extérieur pour le culte reçu , mais avec les mar(iues les moins douteuses d'une foi pleine et entière, et d'une résignation parfaite.

Personne n'a élé plus jaloux que lui de la réputation de chrétien sincère et décidé. Des écrivains, Irès-suspecls d'ailleurs dans leur croyance, ayant voulu, sans douta

IIIOISIKMF. IVVr.TIE. - Sli:i.AM.F.S. - DISC.iU US Di: m;r.EI»TU).N.

pour sn piévnluir lie l'nulorilô do «on suf- Irogi", trouver ilnns ses iS-iils ck-s principes eoiiliiiiies h In religion, ou ou lirer dus coi'séqui'iices dan^^tTuuM's, il se plaijîiiil li;iuleineiil decello iiijusiiee.el dl^si|)a jusi|u'uii\ plus li^^crs soupirons (|ui auruicul pu s'élever contre lui.

Oliscrvons ici, Messieurs . et je me flalto (|uc vous ino saurez f^ré d'une reuiar(iuo trop inipt)rtantc pour la laisser é(lin|tper, observons (pie les justilieations sur celto niulièro n'él.iiint point vagues, ni captieuses, et (lu'un n'y dt^nitMnil pas cet oii^iu'il secret qui s'irrito plus cju loproclio, qu'il ne chcrclio h s'en disculper. Il no s'enveloppait pas dans des suljlert'u:'os, dans des liroteslations générales de VL^nération et do res|)ecl pour la beauté «les livres saints, el pour la morale de riivangiio , toutes choses que l'idokUre, le musulman, ledéislo niCme, pourraient dire et penser comme le chrétien. Ses assertions sur ce point n'étaient pas é(piivo(iues. Nous avons dans plusieurs endroits de ses ouvrages des garants incontestaliles de sa foi. Il adorait et croyait la doctrine du christianisme , les mystères , la révélation. Que ceux qu'on soujpgonnerait d'incréduiiié prononcent ce mot. Toute autre ajtologic est supertlue; qui croit la religion révélée, croit tout.

Ce serait donc sans succès que les incrédules voudraient s'apiuiyer des sentiments de SI. de AJaupertuis. (Ji'oi qu'ils disent, quoi qu'ils écrivent, son nom ne grossira point le nécrologe des esprits-forts. Pour vous. Messieurs, qui verriez avec douleur les moindres écarts d'un de vos confrères, vous n'aurez jamais de doute ni de regret sur les mœurs , ni sur la reli,-;ion de l'homme illustre que vous avez perdu ; el vous conserverez avec joie dans vos fastes, la mémoire d'un académicien qui sut unir la vraie littérature à la saine pliilosophic. Une attention scru|)uleuse à choisir des hommes qui lui ressemblent, soutiendra la grandeur et la dignité de votre établissement.

Cette compagnie a été fondée par un homme d'Etal, qui était en môme temps un grand homme de lettres, et qui de toutes les |iaities de la philosophie possédait éminemment la plus noble el la plus utile, l'art de gouverner. Il fallait que votre fondateur eût toutes les qualités, tous les talents qu'on peut désirer dans un académicien letiré, et dans un ministre philosophe. Sans cela, votre institution n'eût été qu'imparfaite et peu solide.

Avant le cardinal de Richelieu , de grands souverains, des ministres éclairés avaient chéri les sciences et les beaux arts, encouragé ceux qui s'y distinguaient. Leur règne ou leur ministère en avait reçu de l'éclat ; leurs nations s'en étaient avanlageusemcnt ressenties. Mais les elfels de celte protection étaient passagers comme elle. L'empire des lettres n'avait encore acquis chez aucun peujde poli une consistance lise, qui

le mil h l'abri des révfdulions causées iiar l'ignorance ou par le niauvuis goût. Les l'iiitecteurs des talents n'avaient été (juc (l'illu^l^es amateurs. Les académies <{ui exi>taient déj.'i en Kiiropo n'étaient que des sociétés liltérains abanilomiéc.'S h ellesmêmes, (lui dépendaient du zèle plus ou moins ardent de leurs membres, et (pii no faisaient pas jiartio du corps politii^ue du l'Ltat.

Ilichelieu concevait tout en grand , et l'exécutait do même. Il n'aimait pas les leltres seulement jiour l'utilité particulière, ou pour le [ilaisir (ju'il en pouvait retirer. Il ne bornait |)as son adiiiinislration a jouir durant sa vie de cette plénitude do pouvoir et do cette tran(|uillilé (lersonneile (pio des hommes d'Llat, (jui n'en avaient qun le nom, ont souvent achetées , ou parties guerres injustes, ou par des traités do paix honteux, ou f)ar des négociations ruineuses. Son ambition servait son maître et la France. Il voulait qu'après sa mort, comme dans le cours de son ministère , son roi fût le plus grand roi du monde , et les Français la première nation de l'univers. Pour parvenir à ce but, trois moyens lui élaifiiil égnlcmont nécessaires; la réputation de nos armes ; le nerf el la slabililé du gouvernement politiciue ; l'encouragement et le progrès des sciences, des lettres el des arts.

Mais dans quel état se trouvait alors la France |iar rajiport à ces trois objets? Puissante, heureuse, respecléependant ledernier j-ègne, elle était reiombée dans l'anarchie, [lourquoi no dirais-je [las dans l'avilissement? Nos armées, commandées par des favoris, demandaient en vain des généraux. Les ennemis du royaume avaient repris de toutes parts leur ancienne supériorité. Celbj politique de Henri le Grand, si franche et si droite, mais si vaste el si éclairée, et qui avait gouverné tous les cabinets do l'Europe, se voyait réduite à de petites intrigues de cour, el rampait devant l'incapacité mystérieuse du ministère espagtiol. Notre littérature , elle était nulle. Les arts, ils nous venaient de l'étranger. Les sciences, Descaites n'avait point paru. Corneillo lui-même se laissait à peine entrevoir dans la médiocrité de ses premiers essais. lUclielieu se montre; il prend les rênes du gouvernement. Tout se développe, tout se régénère. Le secret et l'habileté rentrent dans nos conseils; nos armes liioni|ihent ; la révolte est abattue, 1 hérésie forcée dans ses remparts ; les lettres fleurissent , les talents renaissent, les arlsseperrectionnent; les cours étrangères se troublent, leurs projets sont déconcertés; la face de l'Europe e»t changée, et le génie créateur d'un seul homme enfante en'u'u clin-d'ceil cette prodigieuse révolution.

C'est de ces matériaux dispersés et presque inconnus , (jue Richelieu construisit l'édilice immortel do la puissance et de la grandeur de cet em|iire. La fondation do celle comiiagnie fut un des |irincipaux or-

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des magistrats et des gens de

nemeiits de son ouvrage. Il l'institua, non pour en former une simple association de beaux esprits et de gens de lettres , mais pour éta})lir un corps qui fût spécialement chargé du dépôt de la langue française, et c'est un des traits qui marquent le mieux l'étendue et la profondeur de ses vues. Par là notre langue , dont il jugeait la conservation précieuse au gouvernement, et nécessaire à la splendeur de l'Etal , ne dél'endait plus de l'inconstance et des caprices de la nation. L'usage, ce souverain absolu des langues, n'en conservait pas moins ses droits; mais cet usage n'est pas toujours sullisamment reconnu. L'Académie seule en fait l'application, ou en déclare la légitimité ; seiubluljle aux tribunaux qui sont eux-mêmes soumis aux lois dont l'exécution leur est conliée.

Remjdis de cet esprit, fidèles aux principes de votre instituteur, vous veillez, Messieurs, sur la destinée de la langue française, et vous distinguez les acquisitions qui l'enrichissent, d'avec les innovations qui l'allèient. Justement (irévenus contre lamour outré du nouveau que jiroduit la disette du neuf, vous rejetez tout ce qui n'a que le mérite de la singularité; et ce qui caractérise bien le goù! uniforme et sûr, et la littérature philosophique qui président à vos travaux, c'est que nul académicien n'aessa.yé d'y faire prévaloir ses systèmes iiarliculiers, et que chacun de vous s'attache au plan général comme si c'était le sien propre. Accord patriotique, intelligence des citoyens, sans laquelle les changements moins bizarres qu'inconséquents qu'on a voulu irjlroduiie dans l'orthographe, et un déluge de mots inventés arbitrairement, eussent déjà rendu méconnaissable la plus sage et la plus utile des langues modernes.

Ainsi le système littéraire du cardinal de Kichelieu a eu son entier accomplissement, puisqu'il a mis la langue et l'Académie Irançaise dans riieureuse nécessité de conserver iicrpétuellement leur forme et leurs lois.

Ce grand homme sentait bien. Messieurs, qu'il communiquait à votre établissement tout ce qui pouvait le préserver des vicissitudes humaines. 11 assurait le sort de l'Académie, il préparait ses beaux jours ; niais il lui laissait des accroissements de gloire à désirer. Elle méritait d'appartenir au trône.

Louis le Grand, ce roi qui eut autant de justesse dans l'esprit que d'élévation dans l'âme, et qui ne tint que de lui seul l'art de régner, avait porté sa vigilance et ses soins sur toutes les branches du gouvernement, et sur Us dilférentes parties de' l'Etat. 11 jeta les yeux sur l'Académie fran-, çaise; il en connut l'importance et l'ulilité, et voulut que celte compagnie fût à l'avenir, comme les jiremiers corps de son royaume,' sous sa proleciion directe, et sous ses re-' gards immédiats. 11 daigna donc succéder, eu qualité de protecteur, au chancelier Sc-I guier, dont la mémoire sera révérée tant

qu 11 y aura lettres.

Ce bienfait fut pour l'Académie un nouveau lien qui l'attachait plus étroitement au service et à la gloire de ses maîtres. GrAce aux vues politiques de son fondateur, adoptées par nos souverains, elle a, de même que les divers ordres de l'Elat, une portion considérable de la réputation du nom français a soutenir. Tandis que nos tribunaux se signaleront [lar un zèle désintéressé pour la justice et pour les lois, que nos légions combaltronl avec valeur pour le bien de la patrie, que notre commerce et les arts fleuriront elque nos négociateurs soutiendront dans les cours étrangères la dignité de cette monarchie , l'.^cadémie française conservera jiour tous dans son élégance et dans sa pureté, celte langue devenue presque universelle, et que tiinl de peuples de l'Europe ne peuvent employer, comme ils le font, dans leur jurisprudence, dans leurs actes publics, dans leurs traités, dans le cours Ordinaire de la vie, sans rendre hommage en quelque sorte à la prééminence de notre nation.

I L'univers en est témoin. Messieurs. Cette prééminence en vain contestée, a souvent armé contre nous des voisins auibilicux ; comme si ce peui)le,que nous savons estimer, malgré ses préjugés injustes, pouvait |iar la liaine qu'il nous porte, ou par des mépris affectés, diminuer la supériorité que les français se son la cquiseà tant d'égards. Uépondezruoi, hommes aveuglés parvos succès, etqui prétendez être aujourd'hui les seuls philosophes de la terre, où Irouverez-vous celle philosophie naturelle du droit des gens, si précieuse à l'humanité? Est-ce dans les hostilités ()ue vous avez exercées contre nous sans motifs, ni déclaration de guerre ; ou dans la modération d'un roi magnanime, qui pouvait, avant la dernière paix, pousser SI loin ses conquêtes, multijjlier tellement Ses victoires, que ses ennemis en eussent été ai.cablés ? V'ous l'avez reçue de lui celle paix pour laquelle il combat encore, et qui n'est pas moins l'objet de ses vœux que de ses traités. Elle renaîtra sans doute, et vous en connaîtrez mieux le prix. Puisse-t-elle n'être plus exposée à des infractions arbitraires. Puissions-nous, Français, Anglais, Allemands, ne plus respirer que l'avantage commun de tous les peujiles, et que l'amour du genre humain !

Pour nous, sujets d'un roi que nous chérissons et qui nous aime, y[)plaudissoiisnous de concourir à des desseins qui no tendent qu'au rétablissement de la félicité publique et de la tranquillité des nations. La cause la plusjuste est souvent éjirouvée par des disgrâces. La France a quelquefois essuyé des revers qui eussent détruit toute auliu puissance que la sienne. Mais elle a toujours trouvé des ressources dans le courage inébranlable de ses rois, ilans son amour inviolable pour eux, et dans l'orguiil même de ses ennemis.

El ne serait-ce iioiiit par l'ivresse de leur

lUOI>IEMi; l'.VIlilK. — MKI.ANGKS. - DISCOLUS OK IIKCKI'TION.

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