DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Jean-Georges Lefranc df. Pompignan, par
la grAce de Dieu ot du S;iint-Si('ge aposlo- ) !ic]iic, évoque et seigneur du l'iiy, comte de Vêlai et de Biioude, suffrogaiit immédiat du SaiiU-Siége apostolique; Si tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.
Nous vous avons fait connaître, tues trèscliers frères, la philosophie dont les incrédules se vantent ; vous en avez vu les caractères, et vous avez pu juger s'ils désignent la vraie philosoiihie, ou s'ils conviennent à la leur. Nous devions ajouter à ces caractères un mépris déclaré pour toute controverse de religion; mais dès lors nous torniions le projet d'une instruciion séparée, où ce deriUL-r attribut de l'esprit philosophique de nos jours trouverait sa place naturelle. C'est aujourd'hui qu'il faut le mettre sous vos yeux : cette discussion nous donnera lieu d'approfondir l'une des plus importantes vérités qui puissent servir de matière à renseignement pastoral.
Parmi les dill'éreiits travaux dont les hommes s"occu|)enl , il n'en est point de iilus méprisable, si l'on veut croire nos incrédules, que celui de méditer et d'écrire sur des dogmes spéculatifs, qui aient rapfiort à la religion. De quels dogmes parlentils ? Est-ce des opinions théologiijues , qui n'intéressent pas la substance de la foi, et
que l'Eglise abandonne aux disputes de "école?
Quand ils se renfermeraient dans ces bornes, on aurait toujours droit Je leur demander s'il est digne d'un f)hiIosoplie de m4|)riser ce qu'il ignore, ce que dos génies du premier ordre ont cru «levoir apprendre au prix de tant de veilles et de sueurs ; ce qui a servi de fond à des ouvrages où l'esprit humain n'a jamais mieux déployé tout ce qu'il peut avoir de sagacité, de force et d'élévation.
Il est libre, sans doute, à quiconque n"a pas des engagements particuliers d'état et de profession , de choisir l'objet do ses études ; il n'est aussi que trop ordinaire de préférer, par un sentiment d'amour-propre, ce qu'on sait ou ce qu'on croit savoir, à ce qu'on a dû ou voulu ignorer. Ce jugement de préférence ne nous surprendr.iit pas dans les amateurs des sciences naturelles ou des ans : nous les prierions seulement de se délier d'un sentiment si pro,Te à offusquer les lumières de la raison; de se souvenir du moins que, s'il mérite quelque indulgence, lorsqu'il se montre ingénument tel qu'il est, il devient souverainement injuste, lorsqu'il se déguise sous le nom respectable de philosophie.
Nos modernes incrédules font consister
OEivREs coMPL. DE Lefuanc de Pompignan. II.
ŒLVliES COMPLETES DE LEFRANC DE P0MP1GÎ<AN'.
une partie de la leur à mépriser la théologie. Sur quel principe vraiment philosophique ce mépris peut-il être fondé? Comment nous prouvent -ils que les connaissances théologiques sont vaines et frivoles, en comparaison de celles qu'ils se flattent d'avoir acquises?
« Les théologiens ne sont pas d'accord sur beaucoup de questions. >- On le sait, et l'on sait aussi quel est leur centre de réunion. Les prétendus philosophes , divisés sur les notions les plus essentielles, n'en ont pas et n'en peuvent avoir.
« Les théologiens mettent quelquefois dans leurs disputes une clialeur et une âpreté révoltantes. » Il fallait au moins que ceux qui les blâment s'abstinssent de les imiter; il fallait nous montrer, par l'exemjile d'uni- sage modération, ce que peut la philosojniie sur des cœurs qu'elle forme, et sur des esprits qu'elle éclaire.
« Les spiéculations de J'écolesont pleines d'inutiles subtilités. » Il y en a eu dans la théologie des anciens sciiolastiques ; il en a resté peu dans celle que l'intelligence des langues et le secours de la critique ont njise en état de consu'ter nioius une philosophie humaine, que l'Ecriture sainte et la tradition. Après tout, les incrédules sont de mauvais juges sur ce qui est Juipoitaut, ou ne l'est pas dans l'ordre de la religion ; mais nous persuadoront-ils qu'une raison attentive aux véritables besoins de l'humanité ne trouve rien que de solide et d'intéressant dans les livres des philosophes qu'ils adii.irent le plus ?
« Ces livres contiennent des découvertes capables de rendre les Ijommcs heureux.» Nous le croirons quand nous aurons vu l'esprit, qu'on appelle aujourd'hui philosophique, accroître la (roj.ulation, contribuer, jiar des moyens plus eûicaces que des inventions et des méthodes, aux progrès de l'agriculture; animer une laborieuse et légitime industrie; bannir l'oisive indigence; ati'ermir l'adminislrotion publique sur des fondements durables, et retrancher les désordres imputés aux gouvernements précédents, sans y en subsistuer de nouveaux et de plus funestes, lîn atlendani , nous j'éj)Ondrons que l'utilité d'une science no doit pas être uniquement mesurée sur des besoins physiques et corporels; qu'il est d'autres avantages plus précieux à la droite raison, tel que relui, par exemple, de communiquer aux hommes des connaissances plus nettes et plus [irofondes sur la règle des mœurs et sur celle de la croyance; et que cet avantage inestimable rejaillit sur l'humanité tout entière, quoique la théologie d'où il dépend ne soit pas une science commune à tous les hommes.
'< Il est absurde (|ue, dès qu'une opinion théologique a été adoptée par un corps, elle fasse loi pour tous ses membres. » C'est ce qui n'est pas toujours ; et si cette adoption a ses inconvénie. ts, où ne les trouve-t-on pas ? Quel est le corps, je no dis pas ecclésiastique ou religieux, mais politique et
séculier , quel est le peuple , quel es' l'Etat qui n'ait ses maximes dominantes! L'autorité d'un enseignement domestique et traditionnel en impose souvent, je l'avoue, à des esprits qu'un examen plus dégagé do prévention aurait peut-être déterminés à suivre d'autres sentiments; mais aussi doiton compter pour rien, doit-on décrier l'émulation qu'inspire l'amour de son corps et de sa patrie? Il n'est point d'aiguillon plus vif et plus utile. Cet aiguillon n'a rien de dangereux, lorsqu'on y joint le frein nécessaire d'une autorité suprême qui soumette toutes les compagnies et toutes les nations à des vérités générales, plus chères, plus sacrées que leurs opinions particulières. Oter à l'esprit humain tout à la fois cet aiguillon et ce frein, ce serait détruire, en liaine de quelques abus, ce qu'il y a parmi les hommes de |ilus salulairement établi.
Un v.'ai j>hilosophe peut donc ignorer la science théologique, si son état ne l'oblige jias à s'y afijiliquer; il peut, après l'avoir étudiée, suspendre son jugement sur les questions qui i>artagent les écoles et les théologiens catholiques, ne s'attacher qu'aux dogmes décidés, désirer que plusieurs des questions probléiiialiques eussent été plus sobrcMieni traitées, et que d'autres ne l'eusseiil jam.iis été. Mais il n'en conclura pas que la théologie soit une science luéprisable en elle-même; il ne la rendra pas responsable de défauts qui lui sont étrangers ; il dé|jlorera l'aveuglement de ceux qui lui l'ont dédaigneusement son procès sur ces môn)es défauts inséparables de leur [iropre maiiièro de philosopher , et il admirera la sagesse de l'Eglise, qui laisse aux théologiens la liberté des opinions, sans préjudice de l'unité dans la foi, et de la charité dans la controverse.
C'est de cette unité dansla fui, san? laquelle la charité n'est qu un fantôme, que je viens, mes frères, vous entretenir. 11 était juste de venger d'un mépris téméraire la science qui a formé vos pasteurs, source abondante et pure des instructions que vous recevez d'eux ; mais celle que nous vous destinons a un autre objet plus nécessaire et plus intéressant [lour vous.
Les prétendus philosophes de notre siècle ne se contentent pas d'insuller aux disputes de l'école; ils ne font pas plus de cas de tout ce qui s'est écrit de|)uis la naissance de l'Eglise contre les erreurs qu'elle a condamnées. Réfuter une hérésie, défendre une vérité de foi qu'elle attaque, est, selon eux, une occupation indigne d'un philosophe. C'est l'aliment du fanatisiue, l'écueil de la raison, l'avilissement do l'esprit humain : voilà ce qu'ils ne craindront pas do dire sur les ouvrages polémiques des Bellarrain, des Duperron, des lîossuet, contre le lutliéranismc et le calvinisme. Quelques-uns d'eux ont assez fait entrevoir le même dégoût pour les écrits de controverse composés par les Pères de l'Eglise ; ils n'esli'iuent pas davant-ago les anciennes et nouvelles apologies du chrisiianisme :
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DISSOLUS l'UKUlMINAIIU;.
liiut cula n'est, sulon uin, (|u'aii uiiini» do Inigiiullts iiiirén dont iiti u Iuiii;Il'Iii|isuiiuis6 1,1 Mi|ii)r>litioii di-s lioiu!iios, el dont l'cspril |iliilo!iU|>liii{Uu cuitiiiioiico h lus désabuser.
\'ous dolliallde^ l.i raison fondaiiieiUalo d'un jugeiiiunl ^i l'untrairo h tout co iiui; «uus iTii^fZ ; ello vous paiattia encore jOus tUrant;o i|uc' co iiiio vous v.nua d'enlendre. Nos préti-udus |iliilo:>()|)lics n'udnielteiil |pas ijirautunu l'iiu'in' , toucliunt la religion , jiuisso ù;ru iriniint-lio : nulle distinction à cil L'Isard entre les dilléionlcs erreurs, (belles nue riîyliso a IVappùes do ses aiiallièines; celles tiui uttanueiit do Iront la diviiiilù do la rdij^ion chrélionne, de la loi de Muiso et de nos livres saints; celles entiii (car le lil do leurs |)iinci|ies les uièno à ce dernier excès, et si tous no l'avouent ||QS avec la même clarté, ils en disent assez j'our les croire conséquents sur ce poinl sans leur taire tort); celles des déistes, des matérialistes, dos athées; toutes ces erreurs sont déclarées innocences |>ar la nouvelle iiliilosojiliie. tlle n'exijje, pour les absoudre au tribunal de la conscience, qu'une persuasion sincère, qu'à l'exemplo Uo Bayle, l'un de ses [)alriarclies, elle reconnaît jusque dans les alliées, qu'elle attribue à plus forte raison aux incrédules qui ne le sont pas, et qui ne doit jias être contestée dans le «grand nombre de ceux qui proi'essL-nt les autres erreurs.
Un pliilosoplio de celte trempe ne pense pas que les illusions do l'esprit humain jiuissent mériter d'autre sentiment que celui de la compassion ; il n'en clierclie , il n'en trouve l'oiigine tjue dans un uveugleluent involontaire. Mais si se iromj)er sur la i eliy,ion n'est jias un crime , le zèle qui travaille ù détromper les crianis n'est (las une vertu. Aussi ce zèle tanl respecté, tant célébré dans le christianisme, n'est, à ses jeux, qu'une passion i[ui sert souvent de voile à de t>roi'aaes desseins; toujours injuste, lors même qu'elle esi uccouqKignée de désintéressement et de honne fui : c'est le produit d'un caractère inquiet, d'une ûme violente, d'un esprit impérieux. Ce zèle translorme'en autant do monslrci» les dogmes el les rites qui ne cadrent [las avec ses idées. 11 veut forcer le sanctuaire inaccessible de la conscience; il dégénère e:i une haine plus furieuse et iilus implacable que les animosiiés inspirées [)ar tout aulre (uotif; mille lois il a mis le llambeau ei le (ioi^;uaid dans des mains liop crédules, et ne cessera poiul, tant (ju'il subsistera parmi les hommes, u'embiaser et d'ensanglanier l'nnivers. 1^. On dira ij ce philosoph'i déclamateur: Vous changez l'état do la question; vous étendez le nom et les ellets du zèle à des persécutions d(jnt il ne s'agit j/as ; vous dérobez de plus à l'animadvcrsion des lois et du ujagistrat, des erreurs que Jean-Jacques llousseau, ce grand ennemi du fanatisme, ce grand partisan du tolérantisme , y soumet sans balancer celles qui, en combattant l'existence de Dieu, 1 immortalité de l'âme,
la lèi^lu immuable des mœurs, inonaretit les l'undemenls du la société et de la vertu. (Ju'il en suit néanmoins des persécutions contre l'erreur tout ce (|ue vous voudrez, on vous 11! passe, sans ".'arrêter à ce qu'il y a, dans la desci'i|ilhui que vous en failis, d'liypeibulii|ue et de faux. .Mais ne permettez-vous pas qu'on instruise hs oir.inls jiour lis ramener à /a véiité, et que, d.ms le cours de cetlo inslruclion, où il n'y a ni cmirainle ni ch.ilimi'nis, on les presse do croire en Dieu, en Jésus-Christ, eu son liglise, par le plus grand de tous les intérêts, celui de leur. salut éternel?
Non, ré|)ondra-t-il. C'est encore trop. Ces anathèiiies , ces dénonciations de l'enfer échanll'ent les tètes, troublent les consciences faibles, irritent les esprits fermes, préparent les voies à des mouvements plus dangereux. Nous sommes las de les entendre, et le monde l'est aussi. lîn tout cas, prêchez, écrivez, censurez si vous le jugez nécessaire; et si, contre nos désirs, on vous en laisse la liberté, nous en serons quittes pour mépriser cet attachement opini.Ure ii une méihode disiréditée; demeurez les ennemis de la philosophie, elle aura dans nous dos vengeurs, et l'on apprendra de nous qu'elle est incompatible avec vos ennuyiiuses disserlalions sur des dogmes ecclésiastiques.
Ce système des prétendus pliiloso[dios embrasse toute la religion depuis l'i-xistcnce de Dieu jusqu'au dernier article de notre foi. U sullit donc, pour le renverser île fond en comble, que la profession de l'alhéisme et du matérialisme soit aussi pernicieuse qu'abominable; que le déisme, qui rend le culte de la Divinité arbitraire, ne soit guère moins criminel ; et que le christianisme annoncé pai' tant d'oracles, établi par tanl de prodiges, soit l'unique religion digne de Dieu et salulaiie à l'homme. Les incrédules sont las d'entendre les preuves de ces vérités : nous devons encore plus l'être de leurs objections el de leurs sophismes. Nous répétons ce qu'on a dit avant; nous : Eh 1 que font-ils eux-mêmes, que répéter le langage des impies qui les ont précédés? Ils livrent à la cité sainte des assauts continuels ; à Dieu ne plaise que nous ayons moins de persévéïance à la défendre. Nous ferons gloire, malgré leurs vaines [ilaisanteries, de cette sorte d'opinidtrelé. Ils ont beau dire (ju'ils s'ennuient clos livres dogmatiques, et ([u'ils ne sont pas les seuls; si cet ennui est une aversion décidée pour les vérités qu'ils y , trouvent, plus celte plaie de leur cœur est profonde, plus le remède est nécessaire de notre part. Si c'est un piétexle pour nous endormir ei nous surprendre, le piège est trop grossier; si c'est inconslance el amour de la nouveauté, l'intéiêt de la religion sera-t-il mis au nombre des modes que le temps eiiiporle et (jue le temps ramène? Si c est dégoût des choses sérieuses, est-ce une disposiliou qu'il faille respcci(;r? et parce qu il phiit à des esprits aussi faux que hardis do
ŒUVRES COMl'LETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
liaveslir la frivolilé en jihilosophie, furonsuous de leurs décisions la règle de nos éludes et de noire conduite?Ouisansdoule, une philosophie qui ennoblit la voluj.té, qui embellit les vices, qui défigure les vertus et qui se flatte de couvrir tout ce qu'il y a de honteux et de pervers dans ces maximes, par des spéculations bonnes ou mauvaises sur les avantages temporels qu'on peut procurer à l'humanité, une telle philosophie est incom|ialible avec le développement et la défense des dogmes ecclésiasliques. Nous le savions bien, sans que ses sectateurs se donnassent la peine de nous l'apprendre. Mais que la vraie philosophie inspire l'inaction et l'indifférence dans la cause de la religion; qu'elle désavoue tout ce qui peut s'écrire pour une cause aussi juste, c'est là un de leurs paradoxes, que Je monde entier adoptera, lorsqu'il croira sur leur parole qu'ils sont les vengeurs do la philosophie, et que tous ceux qui n'en croient rien sont ses ennemis.
Tel est donc ce nouveau caractère de l'esprit philosophique de nos jours : un mépris formel dela;religion, coloré du prétexte moins odieux d'imposer sileflcc à des controverses abstraites, et de fixer l'allentioa des hommes sur les êtres physiques et sur des objets sensibles. Ce |irétexte n'a été que trop avidement saisi, non que la séduclion ait été aussi générale et portée aussi loin que nos prétendus philosophes le désiraient.
Nous vous le disions dans notre dernière instruction : s'ils ont formé dans ce royaume un grand nombre de prosélytes, dignes de les avoir pour maîtres; si quelques-uns de leurs écrits ont échappé id'abord à la censure publique, la Providence leur a suscité des obstacles qu'ils ne prévoyaient pas. Les secrets du parti philosophiste ont été dévoilés : ses horribles maximes, fardées avec tant de soin, ont repris leur difformité naturelle sous le pinceau même d'un auteur (jui ne peut être soupçonné ni de les avoir )ieu connues, ni de les avoir jieinles dans un transport de zèle pour la religion révélée. Les ouvrages les })lus chéris dans ce parti ont perdu bientôt une réputation usurjiée, et, pour leur imprimer une juste flétrissure, la voix du peuple s'est jointe à celle des deux puissances.
L'impiété toute pure, s'il est permis de parler ainsi, ne prendra jamais dans une nation la place du culte public. Aussi n'estce pas sa ruine totale que nous avons à craindre des eff'orts redoublés que la jirétendue philosophie fait pour se répandre : mais outre l'impunité dont elle jouit, scandale réservé à notre siècle; outre les disciples dont elle a grossi son éco\e, malheur qui ne peut être trop déploré, n'est-ce pas elle qui a produit encore cet affaiblissement prodigieux de la foi qu'on remarque dans ce royaume? D'autres causes ont [)aru y concourir; mais, examinées de près, elles se résoudront ou en semences, ou en fruits, ou en portions d'incrédulité.
Qu'est devenue l'iiorreur de nos pères
pour les nouveautés profanes de paroles ? Qu'estdevenulcur atlachementinviolablc au dépôt de la saine doclrine?Ges vertus sont plus surannées que leur langage. Que dis-je? on a presque cessé de leur accorder le nom de vertus. Si elles trouvent encore de justes estimateurs de leur [irix, c'est en des ministres de l'Eglise, qui connaissent toute l'étendue de leurs devoirs, en des personnes religieuses fidèles à l'esprit de leur vocation, en de |iieux laïque?, (lénélrés d'amour et de respect pour la mère commune des tidèles. Leur petit nombre excepté, tout le reste (et non-seulement ceux ijui ont bu jusqu'à la lie la coupe eujpoisonnée de l'iiréligion, ceux mômes qui se croient suHîsamment en garde contre ses perndes amorces); tous s'étonnent qu'on puisse faire un crime à des Chrétiens de leurs sentiments sur quelques dogmes particuliers :ils ne peuvent se persuader que de pareilles erreurs effacent le mérite des vertus les plus estimables.
La révolte contre l'autorité de l'Eglise, interprèle nécessaire de !a révélation, dispose à méconnaître la révélation elle-même. Telle est la marche de l'esprit humain, sinon dans les premiers novaleuis et dans leurs partisans aflidés, du moins dans leurs imitateurs plus hardis et plus conséquents qu'eux.
Ainsi dès que Luiher, Zwingli , Calvin, eurent rompu la digue salutaire qui contenait les enfants de l'Eglise dans une même créance, il ne fut plus en leur pouvoir d'arrêter le débordement dont ils étaient les auteurs. Ce que Mélanchlhon avaii prédit arriva : tous les mystères, tous les dogmes de la religion furent attaqués l'un après l'autre. L'écriture, dunt l'inlelligence était abandonnée au jugement de chaque particulier, devint la |iroie d'une crilique audacieuse, qui ne lui laissa i)lus rien de divin et de sacré. Les esprits, fatigués de tant do disputes, qui ne pouvaient être décidées jiar un tribunal unanimement reconnu, s'accoutumèrent à regarder tout ce qui est dogme dans la religion, comme douteux en soi, ou comme indifférent au salut. Ils la réduisirent tout entière à ce qu'ils appellent la piété, c'est-à-dire aux œuvriis ([ue la morale de l'Evangile ordonne. Cette religion n'est plus celle des anciens réformateurs. Mais celle-ci devait donner naissance à l'autre : elle devait en faciliter le progrès, et il n'est pas surprenant qu'un socianisme, qui n'est au fond que le déisme mitigé, l'ait enfin emporté dans les comnnjnions protestantes sur la véritable doctrine de leurs fondateurs.
Pai une gradation semblable, nous avons vu dans le sein de ce royaume la désobéissance aux décrets de l'Eglise servir d'acheminement et de signal à l'incrédulité. Plutôt que d'abjurer sans réserve des propositions condamnées, plutôt que de renoncer à des livres envulo|)|)és dans les mêmes condamnations, on s'est élevé avec aigreur contre l'autorité île la chaire qui le? avait prononcées. On ne s'est pas borné h. des
DISCOUHS PUKI.lMINVmr..
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invfclivis snnginiilos conlro las SouvLT.iitK rorililos tt li'-t mitres prûlals ; on vmiliut yiav là les l'fiiJro Oilioiix ul Mlé|lris.llJl()^ ; mais il 1;illail incoro cluri-lior des molils de jusliluiilioii h la rùsistaiioo iiu'oii leur opposuil. On a cru les trouver dans dei systèmes d'iiidéjii'ndanee nui dispuletil au Sainl-Siécîe ses prénv^atives avouées |iar tous les ealiiolii|uos, au corps entier de l'épiseopat ses dioits iiiviolahles , et qui ne tendent î» rien moins ipi'à éluder tous les jugements ecelé>ia>li(|iies qui ont jamais étt-S et i)ui peuvent èlrt; rendus.
Qu'esl-il arrivé de ces |)rin( ipcs et de eetic co!iduiti' ? Les iiicn^dules s'en sont prévalus : spectateurs d'une si grave conteslulion, ils n'ont pas pris le cliango sur son objet (irincipal; el (•'■rtes, dans une guerre civile, où I (Ui voit d'un côté le souverain ou le chef de ri"] nt, t'ius ou presque tous ceux qui en partagent l'adminisirilion, lo noiobro dos cilovens sans cumparaisci le plus grand, cl de l'aulre une poignée de niécontcnls, on 110 demande pas où est l'autorité publique, où est le parti ipii veut s'y sousiraire. Tous les prétextes d'aijus el de désordres h réformer, (le surprises l'ailes au gouvernement, de torrup!ion dans les uns, de haine el de vengeance dans les autres, tous ces |)rélex(es qui ne mant[uent jamais dans les guerres civiles, cl qui les élerniseraicnt, s'il fallait les discuter avant qu'on posût les armes, ne dénalu;enl aux yeux de personne lo lait essentiel dont nous parlons. Aussi les incrédules n'ont-ils l'ait aucune dilticulléiravouer dans la contestation [)résenle ce fait palpable, et qu'il ne leur importail (lus de nier : mais à OL't aveu ils ont joint, pour l'inléiùl de leur cause, l'apiirobalion de ces mêmes |)rélextes allégués par le parii rebelle aux décisions de l'Eglise. Ils ont bien voulu supiioser avec lui qu'elle.s étaient mauvaises e:i elles-mêmes, et qu'il avait droit de les l'ejclcr ; ils en ont conclu que, dans ces sortes de décisions, la juslice et la vérité pouvaient èlro séj arées de l'aulorité; ils n'en demandaient [las dav;intage pour s'alfermir dans leur mépris pour une religion, qui ne peut subsister pure et entière sans l'appui de cette autorité. lis ont cru tout gagner contre le christianisme, dès qu'il Icurseiait permis de penser et de dire, avec ties hommes qui se vantent d'être tout à la fois chétiens et catholiques, que la plus considérable des églises chrétiennes, la seule rjui par une succession non interrompue remonte jusqu'aux apôtres; qui, par son étendue embrasse l'univers, qui par sa police soit 5 l'abri des variations et des révolutions, a vu néanmoins le corps de ses principaux ministres, leurs chefs à la tête, parler, dans des décrets multipliés, le langage do l'erreur.
Voilà, mes frères, il n'est pas possible de le dissimuler, l'une des causes qui a le plus contribué aux rapides accroissements do l'irréligion : la foi des promesses ébranlée a fait chanceler celle de la parole de Dieu tiui les annonce.
Par un retour inévitable, l'incrédulité ré-
pandue a cITacé ou (Jimirnie, jusque dans Ks usprits qu'elle n'a pas infectés do tout son vi'idn, la soumission due ou tribunal suprême établi dans lu cîn'istianisme. 1,'Kgliso a dos enfants, nui révi'îrent encore le nom, la doctrine et les lois de Jésus-Clirisl son époux; qui ne sont pas même engagés dans le parti qui déchir" son sein, et qui cependant ne peuvent lui pardonner son iidlexiblo constance à maintenir les décisions (ju'cdlo a une fois portées. Ils traitent do questions superibies et dangereuses toutes celles ipii s'agitent sur cette matière, sans vouloir jamais distinguer entre les hostilités des agresseurs et une défense nécessaire, entre les cris do la rébellion el la voix de l'autorité: ils confondent, sous lo nom de pailis opposés, deux choses si dillerentes Gt si visiblement inégales. C'est, selon eux, une querelle intéressante tout au plus pour le clergé, étrangère au reste des tidôles, sans conséquence [)our le salut, rpjclque route qu'on y suive, pourvu qu'on s'égare de bonne loi; et ce qu'ils disent de cette contestation, ils sont prêts à le dir(;, ils le diraient, conformément à leurs [irincipes, de tout autre qui s'élèverait sur des dogmes. Ils no connaîtraient d'autres voies pour la terminer que le silence et la paix; comme si le silence, l'ùt-il môme fidèlement observé, pouvait su[)pléer dans la religion à l'unité des sentiip.entset h celle du langage.; comme si l'on pouvait espérer pour l'Kglise une paix véritable, en se séparant lie la subordination.
Peut-être conservenl-ils plus d'opposition pour des sectes qui ont élevé autel contre aulèl, cl qui, ayant brisé les liens extérieurs de la communion ecclésiastique, onl changé en même temps la forme du culte public. Mais qui saitjusiiu'où la condescendance à cet égard peut quelque jour être portée, grûce aux leçons d'une philosophie [irolectrice déclarée du tolérantisme? Qui sait si Dieu ne réserve pas celle nouvelle éi>reuve à la foi épurée de quelques-uns, celte nouvelle punition aux péchés de la multitude? On excuserait alors ce qu'on condamne encore par un reste d'attachement pour la religion de ses pères. On ne serait plus effrayé d'une diversité si ^frappante dans les cérémonies liturgiques ot dans les dogmes populaires. On commencerait h dire hautement que des hommes qui adorent le même Dieu que nous, reconnaissent le môme Messie, croient au môme Evangile, récitent Is même symbole, sont d'aussi bons Chrétiens que nous pouvons l'être, également dignes, s'ils ont des mœurs chrétiennes, du bonheur promis par le christianisme.
Quoiqu'il en soit, et quand même on n'en viendrait pas jusque là, c'est toujours une atteinte mortelle à lafoi, que de la supposer compatible avec des erreurs spéculatives, contraires à l'enseignement de l'Eglise. C'est détruire les obligations qu'elle impose, en voulant les resteindre, et en les fixant, non sur le commandement exprès de Jésus- Christ, l'Auteur cl le consommaleur de /a
OEL'VHES COMPLETES DE LEFRAKC DE POMPIGNAN
foi, mais au gré de l'humeur, du préjugé ou do la polilique.
Quand on esl ainsi disposé, on ne réprouve toal au plus que le nom de l'hérésie. On eïcuse, on admet ce qu'elle a de plus essentiel, l'indépendance de l'esprit humain dans le choix de ses sentiments sur la religion. Cette disposition, devenue nialheureuseluent trop commune, exige de nous, mes Icères, que nous vous exposions avec quel- (|ue détail en quoi consiste proprement l'hérésie; quels en so it les principes, les effets, lesatlrihuis, les sig'ie-. dkM nclifs, les lerrihîes anathèmes que Dieu a lancés contre elle, l'horreur extrême que vous devez en avoir.
Nous avons appris des sainis Pères et de nos illustres pré lécesseurs dans l'épiscopat, (jue ratleniion principale d'un évé- (|ue doit être de précaulionuer son troujioau conlrL'Ies i rreurs que la force de i'excm|ile, le voisinage des lieux, les circonslances du tem|)S rendent plus contagieuses. C'est aussi notre dessein dans celte )nslruciion,el nous ne nous en cachons pas : cependant nous vous tracerons, pour vous en détourner, une route en a|iparence i>lus longue que celle que de zélés prélats ont souvent prise, et qu'ils prennent encore. Non qu'elle lui soit op|)Osée: nous nous })erdrions nous-mêroe, en vous guidant si Hial ; el loin de nous suivre, vous devriez fermer vos oreilles à la voix tiompeuse d'un })asleur désavoué par ses coidrères. Grûce iiu ciel! nous n'avons dans le cœur, nous n'enseignons que lu foi prôchéepar les successeurs des apôlies, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident : Habentcs ciundem spiritum fidei... et nos credimiis pr opter quod cl toquimur (I). L'unique et souverain Pasteur donne h toutes ses ouailles, par le ininislère des inaUres chargés de les conduire, des paroles vivillanles, dont les traits profondément imprime's {2) redressent les pai égarés des unes, réveillent la paresse et l'engourdissenient des autres, fortihent celles qui sont faibles, animent d'un nouveau courage celles qui ont |»lusde vigueur et de fidélité. Ces paroles peuvent èlre diirérenies ; mais, quand elles sont dictées par l'esprit de concorde et de fraternité, elles tendent au nième but, qui est de repousser les botes meurtrières, et de sauver la bergerie.
Le goût des beaux esprits de ce siècle, et si l'on veut même, de la plupart des lecteurs, n'est plus de s'occuper des controverses parlieulières sur les dogmes de la religion. Quelque injuste que soit ce dégoiit , vous l'avez déjà vu, nous ne refusons pus
I) 7/ Cor. IV, 15.
(2) Veiba sai>'ienliiim siiiH slimmi, el quasi clavi in allum ilefixi, qtiœ j^er inugiilroriim cousitiiun data iunt a Pnstore une. [liccie. xn. 11.)
(3) « Ego vero lioc inagis vulo l.icerc, si el Deus vclii , mille possil oiiiiiis liœrusis, et qii.e noi.i esi, cl qnx ignola, vil.nri : ol mule rccle possil qiia'ciiiiiinc iniiiilueiil jiiJicari. > (SliikIus Acgusti.ms, Liii. ûf Itœn'sibus, ud QiiodinU detvii.)
H) I Cor. u, lu.
d'y avoir égard jusqu'à un certain point. C'est ici une controverse générale qui embrasse toutes les hérésies (3) sans exception, celles qui subsistent, celles qui sont éteintes, celles qui peuvent s'élever dans la suite des siècles; car il y en aura toujours, soit que les sectes maintenant connues doivent durer jusqu'à la lin du monde, soit que j'armi les anciennes il yen ait quelque jour de ressuscitées, soit que l'inépuisable subtilité de res|)ril humain enfante des erreurs toules nouvelles. Jl est nécessaire qu'il yait des hérésies (4) comme des scandales (i*). L'une et l'autre nécessiié n'ont leur source que dans la malice des hommes. Dieu n'en a pas moins prévu, parla lumière infaillible de sa prescience, ce coupable usage que les hommes feraient de leur liberté. Il a eu, pour le permettre, des raisons dignes de sa profonde sagesse. Elles sont dans les livres saints ; et nous vous expliquerons, d'après le témoignage des Pères, celles qui concernent l'hérésie. Mais puisqu'il faut s'attendre à celte tentation, dont les fidèles ne seronljamais délivrés sur la terre, quel devoir plus pressant pour eux que le soin de s'en préserver ? et quel service [ilus important les évéques peuvent-ils leur rendre, que de leur fournir, contre les ennemis de la foi, des armes à l'épreuve de toute espèce de nouveauté ?
Nous ne nous départirons pas dans celle occasion des ménagements que nous avons toujours gardés dans nos écrits coiwme dans notre conduite. Ces touchanles paroles de saint Augustin ne sortent [las de noire mémoire : « Que ceux-là se déchaînent contre les partisans de l'erreur, qui ne savent pas combien il est dillicile de guérir tellement l'œil de l'homme intérieur, qu'il puisse regarder fixement le soleil qui doit l'éclairer (3). » Et ailleurs : « Aimez les hommes ((j), détruisez lés erreurs; présumez de la vérité sans orgueil, combattez pour elle sans cruauté. » Notre uniijue conliance est dans cette vérité à qui toute gloire est due, parce qu'elle ne doit qu'à elle seule ses victoires sur l'hérésie. Notre unique désir est de la voir régner dans les esprits par Ja conviction, dans les cœurs par l'amour, et nous n'avons garde de lui envier ses plus chères conquêtes, on demandant pour elle des victimes ou des esclaves.
Il est encore, nous le savons el nous vous le dirons, d'autres excès dans le zèle contre l'hérésie, d'autres écueils à éviter dans l'exercice d'une vertu si noble et si pure en elle-même. Mais en vérité l'on abuse trop aujourd'hui du prétexte spécieux de lempé-
(4*) Mallh. xvin, 7.
(5) « Illi in vos S3Evi:inl, qni nesciimt cuni quanta diliicnllalc sancliir ociilns inlcrioris lioniinis, ut possil inlueri soleni suuni. > {Cvnlra Episl. fitmlum., cap. 1.)
(G) I Diligile liomincs, inlerncllc eri'ores : Sine snperbia de verilale pracsuniile. Sine sscvilia pro \ciil;\le corlalc. ) (CoiUra Liltcrai Pelitiaiii , lib. i, caj.. 29.)
21 l'AIlT. IV. TIIEOI.. l'OUKU. -
rer la vi'la^niuiiio tlii ivlc. L'on fi|i|ili>|ii(! Iroj) mol les nuius du tluucour et du inudomi«. I/iino de «ts vi-ilns a son usnj^c uans
INSIIIK.TION Slll LIIKULSIK.
IViiKO dflns liiirs (éiiôhros, ii'usl plus la snijutr i/iti rifiil il'en haut (7),
Il isi lie iiclii! ilcvoir, mcg frôies, d'éiluii'cir, pour voiro iii>liii(;liiiii , dru idéi'S doiil ri.liiciiiilù- (Inii^'MMMisu couvre les pièges (|u'(in |ieii( vous t'jiidn.'. Nous no vous doruiL-rons |ins ruxcni|>lo di- la haitu; cl do rfui|ioi'toiiii-iit contre les liéréli(]ucs ; mais nous vous appriMidions h di-leslir, h rocunniiilio l't h liiir l'Iiéiésio. Ainsi rendionsnous h la rclit^ioi! sainte, dont nous soniii;os les niinislics , le téinoignng<; entier qu'elle ollend do nous. Le nom du tidèlo eut ihitlien : son surnom cs( catholique (8;. A|)iùs tous nos ellorls pour vous assurer le premier, il élail nécessaire de vous aidera |iorier dignement le second
(7) .\oH i-tl iild sapieiiiia id'SHnum ilesccntleHS, cognonicn i: illuil me miiiciipal , isliiil oslcedit. » itd Utremi, aniimilii, ttiiibulici. [Jar. ni, la.)
les nroctîdés et les manières; l'autr'', dans le cliiiix des iiunens. Il n'appnrtient ims h celle-là d'énerver ou d'altérer la renie : il nVst pas iiermis à eolle-ei de .'.'écarler de sa lin. Ki la réyle est do erûirc, cl do eoiifesser do Louche ce (|u'on croit : la lin est do Iransiiieltre dans toute son intégrité le dépôt (|ui nous est cot)lié. Toute douceur qui uccoide aux partisans obstinés de l'erreur uno aninislie que Dieu leur refuse , n'est plus lu cliariié chrétienne : toute prudenco qui, pour ne pas aigrir les esprits', les laisse, et ce qui est encoi'e pire, les en-
(8) < Cln'isli;iiiu8 iiiilii noiiien : C.iUiuliciis voro
(Saiicliis l'vciAM-5 cpisf. Itaiciiioiiuiisis , epibl. \,iiil Siimiiroii'uiuum .\ov(itiiiniiiii.}
IXSTRDCÎIOX PASTORAIE SCR L'AÉRÈSIE.
Le nom d'Iiérésio déterminé à un sens odieux par le langage ecclésiastique ilii eiiristiaiiisnie, a sulii le mémo sort dans li^ langage populaire dos Chrétiens. L'hérésie a toujours éléiiarmi eux un crime capital; la quai ificationd'hérétiipie, une note intauia nie. 1! n'y a jamais eu d'hérétiiiues, reconnus pour tels parmi tout le reste des Chrétiens, qui n'aient pris à injure d'èlre iiomiiiés ainsi, et qui n'aient renvoyé celte dénomination, soit aux callioliques eux-mêmes, soit aux autres Chrétiens, dont les opinions étaient ditférenles des leurs.
il n'en a pas été ainsi dans l'origine de ce nom. Plus ancien que le christianisme, et emprunté de la langue grecque, où il signilie un choix, il n'emportait point par luimôme de reproche et de blâme, avant qu'il eût passé dans lo langage ecclésiastique. Sans parler des idées indifférentes qu'on y attachait en d'autres matières, on voit que dans la [)hilo>0|ihie naturelle, et môme dans la religion, il exprimait alors toule espèce de secte particulière, sans égard à la vérité ou à la fausseté des sentiments qui s'y soutenaient.
Cicéron est le premier auteur latin qui s'en soit servi (9), et qui, le transférant dans sa propre langue, comme beaucoupd'autres termes tirés de celle des Grecs, ait désigné, par l'usage qu'il en a fait, les opinions choisies et soutenues par les diverses écoles des philosophes païens.
Les Juifs hellénistes, c'est-à-dire, ceux à qui la langue grecque était devenue familière par leur naissance et leur éducation dans les contrées de l'Orient et de l'Occideiit
(9) « In proœmio Parndoxorum ad Biutum , et lit). XV fc'/isf. ad fniitiliarcs. > (Episl. 16, nd Cmtitim.)
OÙ elle dominait, ces Juiis donnaient le nom d'hérésie aux sectes do religion formées dans le sein de leur nation. Ils no le donnaient pas seulement h la secte sadducéenne, odieuse par la perversité de sa doctrine, à la plus nombreuse et ;\ la [dus saine partie de ce peuple; ils le donnaient encore h celles des pharisiens et des esséniens, deux sectes dont l'orthodoxie était constante parmi eux, cl dont il est inutile d'exi)liquer ici les sentiments divers. On en trouve la preuve dans leur historien Josèphe (10), quia décrit fort en détail les antiquités judaïques, el la dernière guerre fatale à cette nation.
Saint Luc et saint Paul se sosil exprimés de môme, lorsqu'ils parlaient encore selwti l'usage des Juifs hellénistes, et non selon l'usage qui ne tarda pas, comme nous lu verrons bientôt, à s'établir dans le langage du cLrisliuuisiïie.
Saint Luc raconte, dans les Actes des apôtres, les persécutions qu'ils éprouvèrent de lapartduSanhedrin.il observe que ce liibunal souverain de la nation juive avait alors pour chefs et pour ses principaux membres Anne ou Ananie, Caiphe son gendre, Jean, Alexandre et leurs adhérents, tous attachés à Vhcrésie des sadduce'cns (11). C'étaient les mômes qui avaient extorqué de Pilate la condamnation de Jésus-Chcist : les mêmes aussi firent dans la suite, par eux ou jiar leurs émissaires, une guerre cruelle à saint Paul ; par où nous apprenons en [lassant que les plus sanguinaires ennemis de Jésus Christ et de ses ministres ont été d'abord des hommes qui niaient la résurrection des morts el l'immortalilô de l'àmc : dignes au
(10) Lili. xviii Antiquit. Judiiis.
De bollo .liidaico, cap. 12.
(11) .4cf. IV, 6; V, 17.