C.ip
lib. n,
ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPiGNAN.
moins, par cetce doclrinc, d'êlre comptés pnrmi les ancêtres des prétendus philosophes de notre siècle.
On pourrait croire que c'est en haine de cette doctrine quesaint Luc appelle la secte des sadducéens une hérésie, s'il ne donnait quelques chapitres après le môme nom à la secte pharisienne (12), d'où étaient sortis ces fidèles, trop ardents zélateurs de la loi de Moise, lesquels voulaient soumettre les gentils convertis au joug de la circoncision et des autres cérémonies légales. Cette secte élait, il est vi-ai, adonnée b des maximes et à des pratiques super?tiieuses réprouvées par le cluistia-iisme ; mais, au fond, c"e>t moins pour noler les erreurs de celle secte, que riiistorieii sacré la nom au; en cet endroit une hérésie, que pour faire connaître p:ir un nom usité cuire les Juifs, l'école qui avait autrefois instruit ces premiers fidèles, censeurs de la liberté évaiigéliijue.
Aussi rapporle-t-il dans un autre lieu un discours de saint Paul (13), où ce grand apôtre ne craint pas de dire, que des le commencement de son âge il a vécu pharisien selon l'hérésie, ou la secte la plus exacte de la religion \wà-,\\(\\w . Il lui accorde cet éloge, soit jiarce qu'il ne la compare qu'à ccdle des sadducéens : (la Sjnagogue de Jérusalem et la députation qu'elle avait envoyée contre lui vers le proconsul Festus, n'étaient composées que de partisans de ces deux sectes; et lui-môme avait déjà préféré hautement la doctrine des (iharisiens à celle des sadducéens soit parce que les esséniens, moins éloigné.^ que les uns et les autres de la vériié, vivaient dans les solilulies, fuyaient les alfaires et les assemblées publiques, et n'étaient, par leur petit nombre el par leur obscurité, d'aucune considération chez les Juifs, en comparaison des sadducéens el des pharisiens.
Les Juifs hellénistes, accoutumés à celte expression, l'appliquèrent au christianisme naissant : ils le regardaient comme une secte sortie du sein Ue leur religion. Ils la liaissaient è la vérité, ()lus même que l'idolâtrie, du moins les habitants de Jérusalem et de la Judée, et ceux qui, s'y rendant toutes les années, communiquaient ensuite dans leur patrie la haine nationale contre une religion proscrite par le Sanhédrin. Cependant, s'ils apiielaieiU alors le christianisme une iiéri''sie, c'était moins pour en témoigner de l'horreur que[iour lui donner une oi'igine commune ave les sectes nées au milieu d'eux et qui poitaient déjà le môme nom.
C'est en ce sens que Tertullus, leur orateur, qu'ils avaient chargé d'accuser saint Paul devant le proconsul Félix, le qualilie
(I2).4e(. xv,.ô.
(15) Xcl, XXVI, 5. La Vulgale a reiiau, dans ce verset, le terme original d'/i^resiV, par celui de sccfe, el le mol de iplus exaele par celui de jilus cerluine.
(14) Acl. XXIV, 5. La Viilgiic rend encore ici le moi d'/iéiesie |iar leliii de sccie, el ajoute l'épilliéle de sé(l:tieiise, qui n'est p.is dans le texte grec.
ll-5) Act. XIV. La Vulgite a iiibsiiuié ;iu terme
(li) de chef de l'hérésie des Nazaréens. J'avoue que saint Paul rejette cette qualification, en déclarant qu'il a embrassé une voie, que ses accusateurs traitent d'hérésie (13). Si l'on fait attention à la suite de ses paroles, ce désaveu paraîtra uniquement fondé sur le jugement de comparaison )iorté par les Juifs entre le christianisme et les autres sectes, dont les fondateurs étaient connus dans leur nation. Ces sectes avaient une origine humaine et récente; ils n'en attribuaient pas d'autre au christianisme. Saint Paul soutenait au contraire, qu'en marchant dans la voie qu'il avait embrassée (16), il ne faisait que rendre à Dieu le cu/ie prescrit par la loi, et annoncé par les prophètes, doul les Juifs reconnaissaient l'autorité divine. • Ceux d'entre eux qui n'avaient encore que des notions vagues du christianisme le nommaient aussi une hérésie: et c'était si 1 eu pour le noircir par cette seule dénomination, que les Juifs de Uome demandèrent à saint Paul (17) son sentiment sur celte secte (dans le texte original hérésie) dont ils ne savaient autre chose, sinon quelle trouvait partout des contradicteurs.
A quoi bon, direz-vrms peut-être, celle critique minutieuse sur l'usage primitif du mol /te'cf'i'it'i' Qu'importe qu'il ait été pris dans un sens indéterminé (uir les Grecs et lus Latins idolûtres, et parles Juifs? Chaque peuple a son langage ; chaque art, chaque science, chaque religion a aussi le sien. Que le christianisme ait voulu se rendre propre un terme qu'il trouvait établi, et qu'en se l'apin Oiiriant il en ait changé ia destination, c'est un événement trop simple pour en tirer quelque conséquence. V^ous auriez raison, el ces observations grammaticales seraient en effet [leu dignes de la gravité de noire niinislère, si elles n'avaientpour objet que le frivole étalage d'une aussi mince érudition ; mais vous y en trouverez un antre plus solide et plus instructif pour vous. „ Sur quoi porte le changement introduit par le christianisme dans l'application du nom d'hérésie ?Est-ce dans le sens qui naît de son étymologie? Non : car depuis l'établissement de ia religion chrétienne, il signifie, comme auparavant, un choix d'opinion. Si ce choix est restreint à des dogmes de religion, les Juifs, dont nous venons de parler, ne l'entendaient pas autrement. Les païens l'employaient ordinairetiienl , pour désigner les sentiments qui partageaient leurs écoles philosophiques sur la religion naturelle. Les uns elles autres ne iiensaient pas néanmoins que ce fût un crime d'être hérétique dans ce sens. C'en est un parmi les Chrétiens. Voilà une différence qui n'est plus dans les mots, mais,dans la chose; el
original de voie celui oe secte.
(IC) Conjueor qida aecundum seclam (viam) qunm duKiU Itaresim sic cleservio Pulii et Dco meo , crecleiis omnibus quœ in lege et liroplietis scriptii siinl.
(17) Hogumus a te audire ijuid senis. Xam de secta /lue [Hœrcsi in lextu ijrœco) nutum eit nobis quia iifciqiK ci conlradicilur. (Act. xxviu, 22.)
l'AUT. IV llllol.. roi KM. —
coït ' (lilli'reiiL'-osl i-sm'iiIhIIc. Il s'ur^il il'eii i-iclieiLiior la causo : il s'a^ril do vous iiiontrer i|Ui' la religion ulirriiriiiiu n'a déciiiS i-ii cuiiiiiifiii;aiit îi t'uriiKM' suii langagu, le iiuiii d'IiéiOsio, que |inrco qu'elle a eu les plus l'orlos raisons, el des raiscms (|ui lui sonl |iio|iies, de it5,)iouvur /ec/ioj.r ox[iiiiiié |iur ce nmn.
D'alioid lo fait est rcrluiii, je veux dire, lalhalioii (lu mot hérésie, et (le totil ce qui en dérive, a un sons odieux. Saint l'aiil pinl en cMre rejjardé eoiiiinc l'aiiltMir; il n'avait pas liésilt^ (|u;Hid il parlait à des juifs ou îi des païens , à l'aire le iiuiiue [usaj^c ([u'eux d'une expression (pii signiliait dans leur bouclie toute doctrine vraie, ou fausse, ou |)rolik^uuitii|ue ; iiiai>> il rejette cet usage, et lui en suljitilue un tout dill'i'iont, loisiju'il instruit direcleineiit les clirùtiiMis. Il ne profère (il us (|u'avec liorreur les noms d'Iiùrésio et d'li(]réti(iue. Nous en avons trois exemples dans ses écrits.
Le premier est lirt'; de sa première l'pUrc aux Corinthiens (18). 11 leur reproclio leurs ilissensions domesti(]ues ; et cependant il ne s'en étonne [)as. r«r // faut même, ajoule-t-il, qu'il y ait des hérésies, afin que la foi, mise i collo épreuve, se manifeste avec éclat au milieu de vous. Les hérésies, nous vous l'avons déjà dit, sont de la môme nécessité que les scandales; iiéoessité ([ui n'est réellement que la perversité de l'iiomme, volonlniro et libre de sa part, prévue et prédite do la part de Dieu ; nécessité qui éprouve et développe les vertus, et conséquemiuent sup[iose que l'iiérésie est un désordre par soi-même, ainsi que le scandale.
Je sais que saint Jean Clirjsostome explique principalement co texte des divisions (jiii rompent parmi les cli retiens li.'S nœuds di! la charité. C'est tdujours donner une interprétation sii-iislre au terme d'hérésie. Do l'Ius il l'élend dans la suite de son discours aux dogmes opposés à la foi. Mais il faut le dire avec toui le respect qui lui est dû : son explication, copiée par les eommentaleurs grecs qui ont fait profession tl'étre ses disciples, est désavouée par tous les autres écrivains ecclésiastiques, ils entendent, dans CCS (laroles de saint Paul, rattachement 0[iiniâtre à des opinions hétérodoxes; elils no sont pas arrêtés (lur la mention précédente des divisions [srissuras] qui.troublaien' Tliglisede Corinthe. Ils ont pensé que l'Apililre concluait d'un plus grand mal ù un moindre;
(18) Auilio scissuras esss inler l'os, el ex parle credo. Num oporlcl el hœreses esse, iil et qui probaû sunl, maiiifesli fiant in vvbis. (/ Cor. Il, l8, 19.)
(19) 1 Porro si ilissensiones el scliisiii:ila iiicrcpal (Aposloliis) quac sine tlubio iiiala siiiil, cl liiconliiieiUi lisBreses sulijiingil,(|iioil maluiii acijuiigal, nialuni iiliinie profileuir; cl qiiidem niajiis. Ciini ideo tieilidisse se dical de scliisinaliljiis el disseiisionibiis, quia sçiiei eiiaiu luereses oporlere esse, s (De prœscript., ii. 4.)
(20) « Deuiipie si loUim capiluluni ad iiniialem cniiliiiciulaiu cl S(;[)arationes cocrci^ndas sapil, liairesps vcro non iiiiiiiis al) imilale div(j|laiU (|iiain sdiisiiiala cl diss(.'iiS!oncs, siiic diibio cl lixrcscs i»
INSrUUCTIO.N SUIl LlltUtSIt;. 20
ctipi'il nu croyait si l'acilemeiit, du iiKtiiis (4/if fyiic/i'f do ce i|u'on lui on avait dit, quit jiarce qu'il savait ipie les liérésios, plus criminelles encuru ipio des partialités sans erntur, nu niaii(|ueraient Jamais dans le cliristianisnin. ("est le raisiiniieiiient do ■l'ertullieii (11)),?! qui saint Chrysobtome est sans iloute fort supérieur, autant [lar la pureté de la doctrine et par l'iiitidligence des livres saints, ipio par la justesse do l'espril et le vrai goiU de réhapieiice. Mais lo docleur africain a ici l'av.intage d'être suivi par le torrent des l'ères et des iiiterprètres. il conlirme ce raisonnement [lar un autre, qui parait n'avoir pas écliapiié à saint Clirysostonie, et l'avoir eii'riagé à compreiidre, d.iiis ces pai'oles de saint l'aul, les erreurs contre la foi avec les dissunsitnis et les si liismes (20). C'est (lue si tout le cliapitro d'où ces jiaroles sont tirées, n'a d'autre hutipio d'ufi'ermir l'unité et de prévenir les divisions, les hérésies n'étant pas moins ojqioséesquo celles-ci à l'unité, les unes et les autres soi.t également envolo()i)ées dans la ré|)rimande cl la censure de saint Paul.
Le second exemple est do VEpUre aux Galates. Il n'est pas douteux que saint Paul n'entende dans cet endroit des erreurs sur la religioo, et des erreurs iiK^ompatibles avec le salut (21). Il met les hérésies au nombre des œuvres manifestes de la chair: il distingue bien netlemciit lo ci'ime d'hésésie de ceux ipii ruinent la charité, et dont il épuise toutes les es|iôces sous les noms différents d'empoisonnements, d'inimitiés, de contentions, de rivalités, de colères, de dissensions, dejalousies, d'homicides. Quand il mêle dans cette énumération les hérésies ou sectes, il veut donc exprimer un péché, dont l'espèce et les effets ne sont pas les mômes; aussi digne néanmoins de la damnation élernelleque tousceu.xdà et que Vimpureté, l'idolâtrie, l'ivrognerie et la gourmandise. Il est même\h observer que cette description des œuvres de la chair est immédiatement suivie de celle des (22) fruits de l'esprit, qui leur sont opposés. Il est facile de voir quelles œuvres de la chair sont exclues par la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la modestie, la continence, la chasteté. Mais si l'hérésie, dont il est question dans cet endroit, n'était pas le choix d'une doctrine erronée, la foi, qui tient sa place entre les fruits de l'esiiril, ne formerait de contraste
ea condiiioiie rcprcliciisionis cniisliuiil in qua scliisiiiala cl dissciisidrics. • (Libr. de prœicript., n. 5.)
(21) MniiijesUt iUiil opéra cnrnis : quiv sunl formcalio , iinmiiudiliu , impudicilia , limuia, idotorian servilus , veneficia , inim'iciliœ , cviilen'.ioiics , œmulaliuiies, ira\ri.ra-, dissciisroiies, sccitc (Ita-rcses tu lexlH (iraco) iavidia', homkidia, chriclalcs, comcssatioiies, cl liis similia , (juœ pnvdko vobis , sïcul prœdixi, quoniaiH (^(iii ttdin atjitiit, reynuin Dei non conscquett- (Hr.lCte.v, 19-21.) .
(2?) Fruclus (lulcm sphitits est cltariK^s, qnuilinm, par paliemid, bciihinitus , boiiiKis , loiujuiiimiUis , ,,1'ni'sivltido , /i//c-.s, iiwdeslia , eonlineiiliii , (.abiuas. {âalnt.y, 22, 2'».)
avec aucun des vices complôs parmi les œuvres (le la chair.
Le Iroisièine et dernier passage de saint Paul , où le nom d'iiérésie soit pris en mauvaise part, est le célèbre avertissement à Tile, son disciple. Evitez, lui dit-il (23), après tme première el seconde correction , l'homme hérétique ; sachant qu'il est perverti, et qu'il pèche, étant condamné par son propre jugement. l\ faudra dans la suite vous expriquer en quel sens l'IicVétique , toujours si ardent par la nature môme de son crime, à se justifier, est pourtant condamné par son propre jugement. En patiendanl, vous voyez celui que l'Apôtre porie ici de l'iionune hérétique. Il veut qu'on le reprenne une el deux fois : il ordonne que si ces démarches sont infructueuses, on l'évite comme un pécheur endurci et contagieux. Il le menace d'une condamnation d'autant plus inévitable, qu'elle est préjugée par celui même qui doit la subir.
C'est sur ce langage, dicté par le Saint- Esprit è l'Apôtre des gentils, que l'Eglise chrétienne a formé le sien. Les monuments authentiques qui nous restent du prerûier et du second siècle prouvent l'antiquité de cet usage , qui n'a pus besoin de preuves jiour les siècles suivants. Il était déjà si bien établi vers la fin du second, que dans le livre des Stromates, destiné à l'inslruction des infidèles , saint Clément d'Alexandrie (2i), après ôvoir dit « qu'on ne trouve que dans la vérité et dans l'ancienne Eglise la parfaite gnose, et ce qui est réellement l'hérésie,» ou àoclrine excellente , reconnaît néanmoins , au nom de tous les Chrétiens (25), « qu'il est nécessaire de prendre le nom d'hérésie dans un sens qui la distinguo de la vérité , el montre son opposition avec elle. »
Oui ne sait l'horreur oxirême que Ks apôtres témoignèrent , cl qu'ils inspirèrent à leurs premiers discijilcs pour les erreurs et le commerce des hérétiques? £&inl Jean, cet infatigable prédicateur, et ce modèle parfait de la charité qu'il avait puisée dans le sein même de Jésus-Christ, ne voulait pus qu'on entretint avec eux des liaisons, dont l'excès ou l'imprudence pût autoriser le souj)Çon de participer à la malignité de leurs (cuvres (26). C'est sans^doute par un efl'et de cette horreur, el pur la nécessité de l'inculquer fortement dans ce premier âge de l'Eglise, et non par une crainte superstitieuse dont un si grand apôtre n'était pas susceolible, qu'étant entré à Ephèse
dans un nain , et y ayant aperçu l'hérésiarque Cérinthe, il en sortit précipilamment , [lour n'être pas, dit-il {21) , écrasé sous ses ruines avec cet ennemi de la vérité. Saint Polycarpe avait été peut-être témoin oculaire de cette action : il la racontait à ses disciples. Saint Irénée avait été de co nombre dans sa jeunesse, et il nous apprend (28) que le saint évêque de Smyrne, fidèle imitaleur de son maître , ayant rcncoRtré Marcion, qui lui demanda s'd ne le connaissait pas, lui répondit r « Oui, je vous connais pour le fils aine de Satan, v Réponse peu conforme à la délicatesse de nos mœurs, mais qu'une sagesse divine fit alors juger nécessaire à ce vénérable vieillard, et que la Providence a transmise jusqu'à nous , moins comme un exemple qu'il faille toujours suivre, que comme une leçon qui no peut être trop méditée.
Les hommes apostoliques firent passer à leurs successeurs le zèle dont ils étaient animés contre riiérôsie. Je vous accablerais, mes frères, d'une compilation in^mense et superflue, si je rassemblais sous vos yeux les monuments épars de la tradition de tous les siècles sur ce |)oint capital. Je ne parle pas seulement dus condamnaiions prononcées par les conciles œcuméniques, dans l'Eglise de Rome, centre de l'unilé, et dans toutes les parties ;du monde chrétien contre les hérésies; des excommunicalions qui eu ont séparé les chefs et les partisans de la société des fidèles , des censures donl on a Qétri les ouvrages qui en'' renfermaient les erreurs; des travaux infinis que l'Eglise a supportés , des persécutions qu'elle a souffertes pour parvenir à les éteindre. Tout cela montre jusqu'à quel point on a toujours été convaincu dans le christianism6 , depuis le temps des apôtres, que rien n'est plus pernicieux au salut , ni plus dangereux jiour les fidèles que l'hérésie.
Mais qui pourrait compter, qui pourrait rendre les expressions véhémentes et pleines de feu dont les Pères et les docteurs de l'Eglise se sont servis, pour qualifier l'hérésie el les hérétiques ? Qu'on ne croie lias qu'elles n'ont commencé que dans les siècles d'ignorance , qui virent allumer des bûchers pour réduire les hérétiques en cendres. Elles n'ont jamais été plus communes que dans les quatre p.remiers siècles de l'Eglise. Ces siècles, de l'aveu de tout le monde, ont produit les plus grandes lumières; les movcns violents de poursuivre les héré-
("23) llioclicum komiiiem post uiiam el ulieiiiin corieplioiiem dcviia ; scieiis quia subvenus esl qui ejusmodi esl, el delinqnil , ciim sil proprio judicio coiideiiinatus. (Til. m, 10, 11.)
(34) « lu sola veiiuile et ;iiui(pi.l Eeclesia esse perfeclissimam tosnilioueni {(jnosin in icxlu gra>co) et e:iiii qii;c rêvera est o|)iinia haresis. i (Lit) v S:rom,, n. 15 )
Gnose, ipii signifie cil grec la connnissnnce , est lin ICI iiH! laiiiilier à ce Pi'ic, pour expliquer la puic Cl iiailaiic veilii , finit irniiC coiiiiai-saiice sublime
de la vérité.
(25) « Ui""l "cccssciil iioiiicii li;eresci>s ila iisiirp;iil, ut verilaii opiioiialiii-, el al) ea ilibliiigiialiir, oimies cognosciiiiiis. > {Ihuleiii ul sit/irn.)
CiG) Siquii venit ad vos, el liane docliinam non nffcrl, noliie lecipere enm in dumuni ncc Ave ci ('ixeriiis. Qui eniin diiil itii Ave cnmmitnical operibns ejus irMiiijnis. (ILJoan. 10, 11.)
(27) Apiitl S. lr.i;iN.«i;M . lilj. m i:di:ersus hwrcses, cap ~>.
(-28) Ihid.
l'AUi IV. MII.OI . l'OI.KM. - INSTlllCTIO.N SL'U LIIEULSIK.
tiiliics y oui élé incomiu>. Qu'on nu iliso pas (|iiî) co ii'ii été 11) langfim* iiui! île iiiu-liiuos Mtjlisi's , ou il'uu (K'iil noinliio il'énivaiiis l'cclésiiisliiiues irun (^iHiio plus luisltTL>, il'unti Aiiio plus iti^iIiiIl', il'uiu- iuwitjiiialioM nlus anlfiilu ([uu lus «utrus. C'est lo laiijiagU lie lous s;uis eveepliou; c'est celui i|u'iiM lenail ihuis les Kj^lisos palriarcali's et ilaus ieiiis dépendauces : h Kouie, à Alexandrie, à Anlioilu', h Jéiusalcm, h Coiistaiilinople ; en Kurope, en Asie, en Arii(]ue; c'est on pailiculier celui des l'ùres et des saints en qui la douceur, la prudence, la yiavitt" , semblent avoir été dus vertus dominantes.
Sous quelles images tant de grands lionilues représenlenl-ils l'hérésie et les liéréliques ? lis elien lient , ils ramassent, jiour en doiuier une juste idée, tout ce qu'il y a dans la iialuro d'ell'rayant et d'odieux. L'Iiérésic est une gangrène dévoranio, un ])oison mortel et présent , une poste [)lus î'uneste aux Ames (pic les maladies épidémiques les plus envenimées ne peuvent l'èlro .lux corjis. Les liéréti![nes ressemblent aux animaux qui ont en p.niage la ruse ou la fureur, ou toutes les deux ensemble; ils sont des renards, des loui)s, des serpents.
Si de l'ordre physique on passe à l'ordre moral, les ligures qu'on en lire ne sont |)as moins fortes. L'hérésie est une impudicité qui outrage la virginité de la foi, un vol qui en ravit le trésor précieux, un hoiuicide qui détruit le prnicipe de la vie spirituelle, et les hérétiques, cou[)ables de ces dilférenls crimes, sont tout à la fuis des corru()teurs inlAmes, des brigands avides, de cruels assassins.
J'entends d'ici les railleries amères de nos prétendus esprits forts. Quel langage, diront-ils! ou plutôt quelles déclumalions 1 Est-ce en habillant des injures en mêlaphores et en allégories qu'on prétend persuader ou confondre? Si des Pètes, si tous ensemble ont eu cette faiblesse, n'a-t-on pas quelque honte de l'otrrir aux yeux d'un siècle philosophe? Il fallait [ilulùt, s'il était possible, la couvrir d'un voile impénétrableil ne fallait pas au moins l'étaler avec com- ^ilaisâiice dans un temps oij elle ne peut que ternir leur mémoire, et déshonorer quiconque s'en déclare le panégyriste. En vain se tlallerait-on aujourd'hui d'en imposer par des noms, par la multitude, par l'anliquité. C'est ainsi qu'on a longlempis subjugué les hommes. La raison et ia pliilosojihie commencent à les allVanchir de cet esclavage; elles réclament les droits imprescri[)tibles de la modération et de l'équilé.
Les droits de la modération et de l'équité! Ils ont donc été violés durant tant de siècles par les procédés de l'Eglise chrétiGiine, par les discours de ses prélats et de ses docteurs ? Mais premièrement, et avant d'en venir au fond, quelle est cette étrange philosoiihie, qui enseigne à rejeter avec dédain, dans une telle matière, l'autoriié de tous les conciles,
les exenip'es do tous les l'èresî Arrôlrmsnnus h ceux-ci. Ivxnminons ce ipii a pu hur maniiucr, pour mettre (idèleiiienten piatiipiu les règles do la mndéralinn et de l'éiiuilé. Ils les eonnaissaient ; i.'t quand je dirai neaucoup mieux ipie leurs censeui.s, c'est une rliose si évidente, qu'il y aurait de l'absurdité et de l'indéçeiice h si- mettre en peine de la prouver. Leur inlonli'tn no fut jamais de s'écarter de ces règles : les vertus ipio nous admirons en eux nous l'assurent; queliiuo désir ipraieiit nos imrédules d'avilir la religion , en obscurcissant la gloire de ses plus grar.ds ornements, je doute fju'ils liortenl leur sacrilège témérité jusiiu'ù représenter les Pères de l'Eglise comme autant d'hypocrites et do scélérats.
Et remarquez, nies frères, qu'il n'est (jnestion ni de (]uolques Pères en particulier, ni d'aucun d'eux séparément. On pourrait (jbjccler h ipielques-uns dt s défauts qu'une haute [ùélé n'elface jms toujours. On pourrait dire du plus éclairé, du jilus judicieux, du plus modéré de tous les Pères, qu'il élail liomnie, et ipi'il n'est pas surprenant (]ue la |irév(!nti()n l'ait quelijuefois entraîné trop loin. Il s'agit, nous ne jiouvons trop le ré[iéier, de tous les Pères, sans en excepter un seul : tous ont parlé uniformément de riiéiésic et des hérétiiiues ; ils se sont tous accordés à les [leindre lios [dus noires couleurs. C'est sur eux tous que tombe le leproche de l'excès et de l'injustice; c'est à leurs témoignages réunis qu'on ose répondre que dus noms ne sont pas des raisons pour un philosophe.
Supposons donc, à l'exemple de saint Augustin, et dans des termes beaucoup plus forts que ceux oi^i il était quand il fit une supposition pareille (29), supposons tous les Pères rassemblés en un même lieu. Saint Augustin ne composait celle assemblée que des Pères ses prédécesseurs, et même du la seule Eglise latine, qu'il avait allégués h Julien d'Eclane, pour établir eonlre lui le dogme du péché originel. La nôtre est inlinimeiit plus nombreuse : elle comprend tous les siècles et toutes les Eglises qui ont formé de ces écrivains respcttables connus sous le nom de Pères. Jamais il n'y eut dans l'univers d'assemblée aussi auguslo que celle-là; jamais le concours des lumières, des talents et des vertus dans lo degré le plus éminent ne mérila autant do contiance et de vénération. Introduisons au milieu de ce concile un de nos philosophes modernes, comme saint Augustin faisait comparaître devant le sien l'adversaire qu'il réfutait. Julien d'Eclane irailail d'impiété manichéenne la doctrine calholitiue sur le péché originel. Saint Augustin lui demande sil soutiendra celle accusation aux Pères assemblés autour de lui, et ce qu'il pourra répondre à celte interrogation sorlio de leur bouche; Est-il donc vrai, Julien, que nous soyons manichéens? Jtiiue, fili Julinnc, man'icliœi sumui? Notre prétendu
(29) Lil). 1 coulia Jitliamun, cap. i.
tnient pns philosophes. Terrible arrêt dans
philosopne anportera-t-ii plus d'audace au tribunal où nous le citons? La majesté encore plus grande de ce sénat qui l'environne ne le frappera-t-elle [las? Taccuserat-il en face d'avoir prononcé d'une voiv unanime un jugement inique et liarbnre contre l'hérésie et conire les liérétiques? Enlendra-l-il sans confusion et sans fréniis!cinent ces courtes, mais énergiques (laroles : C'est donc vous qui êtes le défenseur des droits de la modération et de l'équité; et c'est nous qui en sommes les destructeurs? liane, fili Juliane , manichœi sumus?
Il le dira peut-être: car ce n'est pas de la présomption jointe à l'ignorance qu'il faut attendre un front qui sache rougir. Riais vous, mes frères, balancerez-vous entre cette multitude de sages, et leur téméraire accusateur? 11 se flatte d'avoir pour lui le suflrage du siècle présent; nous ne le croyons pas; nous ne faisons pas à notre siècle j'injure de prendre des auteurs qui se cachent, ou ne se montrent qu'à demi, pour ses truchements et ses organes. Il serait trop indigne du fade éloge qu'on lui prodigue d'être plus philosophe que les siècles précédents, s'il faisait consister la philosophie à braver l'auiorité de tous les Pèies ensemble. Non, « la longueur des temps (30), c'est encore saint Augustin qui parle, n'a pas assez confondu les premiers et les derniers rangs; on ne donne pas assez au hasard le no 11 (le ténèbres à la lumière, et de lumière aux ténèbres, « pour que des écrivains modernes, qui doivent me savoir gré de ne pas les nommer, « soient appelés clairvoyants, et que les Hilaire, les Grégoire, les Ambroise, » ajoutons les Cyprien, les Athnnase, les Basile, les Clirysostome , les Augustin, les Léon et tant d'autres « ne iialaissent que des aveugles. »
Si cependant il était permis d'imputer h noire siècle les égarements d« ceux de nos conlem-porains (pii prennent le ton le filus haut, nous n'abandonnerions pas pour cela lo langage et les sentiments que l'Eglise chrétienne a reçus de ses Pères, et qu'elle coiserve religieusement. Nous opposerions à reilrcntcric qui aurait déposé toute pudeur un front hardi (31), qui sait s'endurcir contre un mépris insensé, quelque progrès qu'il ait pu faire. Nous ne craindrions pas de compi omettre la mémoire des plus grands personnages qui, après les écrivains sacrés, aient honoré l'humanité, en exposant leurs expressions ordinaires à la critique et au dégoût d'un (lublic qui serait perverti; et nous consentirions volontiers à en devenir nous-mêmes la fable par une admiration aussi juste, qu'elle lui paraîtrait ridicule et SLi|)erslitieuse.
Les Pères de l'Eglise, nous dit-on, n'é-
la bouche de ceux qui le prononcent aujourd'hui I Car que reste-t-il, selon eux, à quicompie est ainsi banni du règne philosophique ? La sainteté des mœurs, le génie, l'érudition, l'éloquence, la réputation la mieux établie, ne sont plus à leurs yeux que de vains titres ou de médiocres avantages. Les Pères n'étaient pas philosophes : j'en conviens, si c'est ne l'avoir pas été que d'avoir ignoré les découvertes et les systèmes modernes sur les ressorts, les éléments et les phénomènes du monde corporel. Avec des idées f)lus saines de la philosophie, on ferait grâce aux Pères d'une ignorance qui a été celle de tous les siècles qui les avaient précédés, de celui où ils vivaient, de beaucoup de siècles postérieurs et qui le sera peut-être, du moins en partie, des siècles à venir. On leur tiendrait compte des vastes connaissances Acquises par quelques-uns d'eux dans lesscieiices philosophiques, telles qu'ils avaient pu les étudier, et des services inestimables qu'ils ont tous rendus à la jihilosophie, en épurant la morale, en éclaiiant la métaphysique. N'importe, ils n'étaient pas philosophes : sans doute, à eausede leurattachement et de leur zèle pour la religion. C'est une tache ineffaçable dans la philosophie de nos prétendus esprits forts. Ils ne la pardonnent ni aux anciens ni aux modernes. Et si c'en était le lieu, il nous serait facile de montrer qu'ils n'excluent de leur classe philosophique do célèbres auteurs (32) de ce siècle et du dernier, que parce qu'ils ont été trop religieux. D'ailleurs s'il suffit, pour être philosophe, de (raiter les matières à fond, de prouver exactement ses principes, d'en tirer de justes conséquences, d'aimer la vérité, tie la chercher sans relâche, et de savoir, (juaiid on l'a trouvée, la mettre dans tout son jour; qui a raisonné avec plus de pénétration (le force et de solidité, que les Pères? Qui a écrit avec plus de candeur et de bonne foi ? S'il suffit d'avoir prof uidément étudié le cœur humain, et d'avoir porté le flambeau dans ses plus sombres replis, qui l'a mieux connu, qui l'a mieux développé ? Qui a tracé des voies jilus sûres pour s'en ouvrir l'entrée, pour en tirer l'aveu de ses faiblesses, pour lui en prescrire les remèdes, jiour le conduire du vice il la vertu, et d'un état de langueur à un état de perfection ? S'il suffit enfin d'avoir assujetti les passions humaines à l'amour de l'ordre, d'avoir sacrifié les intérêts humains à la méditation des choses célestes , d'avoir fait céder le désir d'être estimé des hommes à celui de leur être utile; qui a donnéd'aussi beaux exemples que les Pères de cette vraie et sublime philosophie ?
Lorsqu'on entend dire que de tels hom-
(50) i El iisciue adeo permiscuit iinis loDgiis siiniiiia (lies, us(iiic iideo icnebra; lux et lux leiicbrœ t'sse illciiiilur, ul vidcaiil l'clagius , Cœleslius, l'ofigiiis, et ca:ci siiiil Hllarius, Greaoriu-, Aiubrobius? > 'Lib. 11 conlra Jrt., c\>p. 10.)
(51) Omnis Israël atlrila fronle est et aura corne. Eeeedcdi faciew lunm valeiiliorem fronlibus eorum, el frontem iuam 'Juriorcin (rontibiis eorum. (Ezecli. m, 7,8.)
(,32) Bossuel. Fénolon, Malebraiiclic, Tlcury, clc
r.\UT. IV. iiir;()i . i'oi.f.m.
mes ii'oiil p.is l'IiJ |ilulus(i|ili('S, on isl (l'iili) ilo ri^|uindi'e î> ceux (jiii lo ilisonl : « I'!li bien, so)oz donc seuls sui- la Icrio pliilosoplies coranio vous l'iiilemlez. Ce noui n'u |)!us rii.'U île liai leur : ou vciiis lo laisse, |iuisi|ue vous eu iMes si jaloux. Heureux si l'on [leut lessouiliii'c de loin à ceux i|uo vou.s iirélende/. ne lo niéiiler |ins 1 » Mais non, leuraveugleuii'iil esl Irop dépliiiabJe jiour le voir avec i.'ididereiice. Lo iioui du plddosoplio est trop ri-speclablo jjour lo livrer à une indiiijne |)i()faiialion. Il est juste do le reveiidi(|Ufr en laveur des Pères de l'Eglise, auxiiuelsii est uiieux dû, sans comparaison, t|u'aux |ili>sii ions , aux nstrunomcs, aux tjcouiùtres les jdus consouimés. Les Pùpes ont été |>liilt)>()plies, cl c'est sans déroger à ce titre, c'est sans donner la moindre atteinte aux droits de la uioilL'ratiou cl del'éiiuito, ipi'ils ont parlé de l'hérésie et des liéréliiiues dans les termes cju'on ose aujourd'liiii taxer d'eni|iOrlement.
Au fond devaient-ils en eini)l()\cr d'autres, s'il est do l'essence du cliristianismo d'abhorrer et de repousser l'hérésie ? si de |dus ils avaient trouvé le modèle lie ces expressions dans les livres saints ipi'ils révélaient avec tous les chrétiens ? Or, ou le chrislianismo est sujiposé Taux ( et dans cette supposition l'unmue tort qu'on puisse reprocher aux Pères, et que nous pailageons do tout notre cœur avec eux, a été de croire à cette religion, et de conformer leur langage à leur crovance}; ou le christianisme étant reconnu véiitable, on doit convenir qu'il n'y a plus rien que de juste et de nécessaire dans ce que les Pères ont dit de plus fort contre l'hérésie et les hérétiques.
Deux choses sont incontestables : l'une que les hérésies sont presque aussi anciennes que le chiislianisine ; l'autre, qu'elles y ont été constauniient et universellement regardées comme une dépravation criminelle de la religion divine que nous professons. Le système des piclistes, qui ne connaisssent rien d'essentiel à celte religion que la [iratique de bonnes œuvres, et ne font aucun cas des dogmes sjiéculatifs, est une invenlion du xvi' siècle , délestée par tous les protestants, lorsque les deux Socins (33) commencent à l'insinuer, et si manifeslement contraire à l'esprit du criristianisme, iju'il n'y a encore ni synijde ni consistoire diiiis les grandes communions [irotejlantes qui osât se déclarer |iour elle; (|uoi(;u'il ne soil que trop vrai qu'elle a dans ces coiiimunions une multitude de partisans. Avant celle époque elle était inouïe parmi les Chiéîiens : tous étaient persuadés qu'il y a des eircTiis damnables, et des dogmes qu'on ne pf^ut rejeter sans encourir la disgrâce de f)ieu. Les sectes divisées d'avec l'Lglise n'élaienl .d'accord ni entre elles ni avec les calholiques , sur la nature et le nombre de ces dogmes et d-î ces erreurs ; mais toutes sujiposaient, autant
INSTUUCMO.N SL'U nil'RKSIi:. zi
fjiie l'Eglise el!o-rn(5mp, <|u'où se Ironvi! I hérésie , c'u.'-l-à-diro !o refus (dislmé d'adhérer <i inm doctrine révélée, \l\ il no fallait |ilus cheiclier les moyens et l'esjiérance du salut.
Quoi do jiliis insé|)arab'emeiit lie avec la vérité et le fond mémo du i lirislianisme, (|u'un sentimi'Ut né, fortilié, ré- |)andij avec lui ? qu'un sentiment si profondément gravé dans l'esjiril de tous les chrétiens, (]u'au milieu do leurs divisicns ils convi.'naiciit enseinl)le du princi|)e, et ne disputaient que sur l'application ? Si ce sentiment est injuste et cruel; s'il usurpe les droits de Dieu sur les consciences, e'en est l'ail de la religion chrétienne. Jl faut l'abandonner à la satire îles incrédules d''guisés sous le nom de tolérants ; et vous voyez ici la prouve de ce que je Vdijs ai souvent dil , que lo toléranlisme illimité, qui Halte en ajiparence le penchant lo plus doux et lo jilus légitime du cœur humain, n'est que l'imiiiété même qui mine à petit bruit les fondements du christianisme.
Mais si l'iiérésie est aussi mauvaise que le christianisme, dont elle est l'ennemie capitale, est saint, qu'y a«l-il h redire aux expressions les jilus dures employées [)ar ks Pères pour la décrier ? ils donnaient à un crime les noms qui lui conviennent. Ils épuisaient leur zèle et leur éloquence h en iis[iirer aux lidèles l'horreur qu'il mérile. Les conqiaraisons qu'ils en faisaieit avec dos maux physiques, ou avec d'antres délits do:it la malice est plus sensible, n'étaient ni puériles ni outrées. Ils ne ehercliaient pas à taire illusion par les ligures d'une fausse rhétorique ; ils suivaient les règles du bon sens, qui autorise ces expressions ligurées pour rendre les hommes jilus allenlil's ù des objets qui ont peu de prise par eux-mêmes sur les sens et sur l'imagina lion. C'est ainsi que les prophètes ont cherché dans toute la nature les repr-ésentations les plus vives de la justice divine et de l'énormilé du péché. Les métaphores ont été communes de tous les temps, dans les discours destinés à instruire et à toucher. Les Pères en ont rempli avecjusiice les leurs, quand ils prêhaient la morale cliétienne : elles, étaient encore mieux placées dans la nécessité de découvrir aux Chrétiens un écireil plus funeste que les vices contre les mœurs.
Une autre raison les obligeait h ne pas ménager les termes en parlant de l'hérésie, et celle raison pourrait paraître plus forte, si les traditions qui reuiontent à la source du chrislianisme n'avaient pas toujours élé dans l'Eglise chrétienne d'une aulorilo égale à celle de la parole de Dieu écrite. Les Pères trouvaient dans les livres saints le moilèledu langage qu'ils avaient à tenir sur les nouveautés et les novateurs.
Tous les ont reconnus au port;ait quo
(35)Lclio Sociii, l'oriclo, oi Fatisle Su'jin , son neveu.
ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN, 56
temps nia'lieureux où il s'élèverait des
Jésus-Christ a tracé'des faux prophètes {3'*). Les hérétiques le sont. Ils imitent ceux du judaïsme, en ce qu'ils se vantent comme eux, quoique d'une manière ditférente, d'être les iiiterprètes du Seigneur. Ils se présentent revêtus de la peau de brebis. Ces dehors séduisants sont les textes de l'Ecriture, CGUV de l'antiquité ecclésiastique, la promesse d'apprendre aux hommes des vérités précieuses et longtemps ignorées, des mœurs irrépréhensibles en apparence, et quelquefois dans la réalité. Mais celle peau de biebis couvre des loups ravissants. Voilà une des expressions des Pères, consacrée par l'autorilé du Fils de Dieu (35). On ne doit pas trouver étrange qu'elle leur ait servi de règle pour désigner les hérétiques par d'autres conqiaraisons égaleraeni odieuses. Jésus-Christ veut qu'on distingue ces loups travestis par leurs fruits. 11 n'est pas teuips encore de vous exiiliquer les signes extérieurs auxquels on doit reconnaiître les hérétiques. Continuons à écouter Jésus- Christ. Plusieurs me diront dans ce jour (le jour du jugement universel) : Se/g'/iettr, Seigneur, n'est-ce pas en votre nom que jiohs avons prophétisé, chassé les démons, opéré plusieurs prodiges? Ils parleront ainsi, soit pour rappeler le souvenir des actions édiliantes qu'ils croyaient faire pendant leur vie iiour l'honneur de Dieu et de la religion, soit pour s'attribuer les effets surnaturels d'un ministère saint, qui appartenait à l'Kglise et qui ne tirait pas sa vertu de leurs qualités jiersonnelles, quand ils l'exerçaient utilement; soit entin pour autoriser leur doctrine par les miracles dont quelques sectes se sont faussement gloriliées. Mais que leur répondra le Juge des vivants et des morts ? Je ne vous ai jamais connus ; retirez 'VOUS de moi, ouvriers d'iniquité.
C'en était assez pour prescrire aux Pères le langage qu'ils devaient tenir en parlant de l'Iiérésie et des hérétiques. Ce n'est pourtant pas tout ce qu'en dit l'Ecriture sainte (le Nouveau Testament). S'ils ouvraient les Ei)ître5 des apôtres, ces déiiôts immortels d'une doctrine céleste a|)[uise de la bouche même du Fils de Dieu, ou [lar la révélation de l'Esprit-Saint, ils y lisaient les exhortations les plus pathétiques contre l'hérésie, des censures foudroyantes contre les hérétiques.
Ils voyaient saint Paul (36), saint Pierre (37), ^•d'iui Jude (38), se réunir à prédire les
(34) Altendile a fiiUis projiliclis qui veniunl ad v:& in ve.itimcniis ovium ; intniisecus aulem sunl lupi rapaces, a jriulibus eonnn cucjitoscetis eos... Mutii diccnt inilii m illa die: Domine, nonne in noniine Itio proplieliiiimus, et in 7ioniine luo dnmonia ejei:inius, el in no)nine luo virluWs mutins (eciinus? El lune conlitebor iilis , quia nunquam novi vus. iJiscedile (1 me qui opcramiiii iniquilaiein. (itallli. vu, l.'i, 10, 22, 25.)
i,ï5i Elle l'esi aussi pac l'extiiipte île sahii Paiil, liol'.l li Col lapporlé au cliapilre xx des Actes des n/io/its, i|u'ay.ii:l L()uvo(pié à .Miloi les ovciiues ila l'Asie .^liueuie, il Icui' ilil cii'iv .uiiios clioses ii""u-
hommcs déserteurs de la foi , entraînés pas des esprits d'erreur , attachés à des doctrines du démon , prédiciteurs hypocrites du mensonge, amoureux d'euxmêmes, superbes, ayant l'extérieur de la piété sans en avoir la réalité, apprenant toujours el n'arrivant jamais à la connaissance de la vérité, semblables aux faux prophètes de l'ancien peuple, docteurs mensongers, introduisant des sectes de blasphème et de [lerdition, méprisant l'autorité, blasphémant la majesté, ne voulant avoir de pasteurs et de conducteurs qu'eux-mêmes, se sé|)arant du corps oùilsdevaient rester, fontaines et nuages sans eau, tourbillons enjporlés par les vents, vagues d'une mer en fureur, arbres d'automne sans fruits, sans sève, sans racine, dignes enfin du soiiH'rir dans les ténèbres épaisses des noirs abîmes, les mômes supplices que les anges rebelles cl que les abominables habitants des vi.llos de Sodome et de Goinorrhe.
Eti'i ayante peinture 1 sur laquelle néanmoins saint Jean enchérit par ces deux mots: Mes enfants, on vous a dit que l'Antéchrist doit venir : dès à présent il y a plusieurs Antechrists (39). Tel est le nom qu'il donne aux héiésiarques sortis du sein de l'Eglise, mais qui, avant leur séparation, n'étaient plus ses membres vivants : car, s'ils l'avaient été, ils seraient demeurés dans le corps où ils recevaient la nourriture et la vie.
On dira que les apôtres n'ont eu en vue que des hérétiques dont la doctrine et les mœurs, également infâmes, enseignaient tous les crimes et méritaient une exécration générale. Il est vrai que c'est surtout de Simon le Magicien, des nicohi'ites, de Carpocrale, de Céiinthc, d'Ebion, de Marcion, de Cerdon, et do toute cette lie de gnostiques dont le manichéisme recueillit dans la suite et |)erpélua les erreurs; c'est, dis-je, de ces scélérats que les apôtres ont fait une mention jiarticulière dans le discours que nous venons de rapj)orter. Ils n'outrageaient pas moins la nature et la vertu dans leurs leçons secrètes et dans leurs conventicules obscurs, qu'ils n'ollVnsaient la raison cl la religion dans leurs dogmes publiquement avoués. M. llossuet explique en divers endroits de ses ouviages [lourquoi, dans la foule des hérésies qui devaient s'élever, les apôtres ont démêlé celle-là, pour en prédire singulièrement les caractères elles ell'ets. 11 lemarcjue les traits
prriS sou (lépait ils .Turaieul à coiiiballrc ncs loups ravissuiils qui n'qiiinjneriiienl pas le troupeau. Il iléclare tout de suiic (pie ces loups scraieiiu/es hommes ensei/jninit une docirine perverse, pour se laire suivre par des disciples. {.\cl. \s, 20, 50.)
(3li) Epiire première à Tinwiliée , cliap. iv, cl seconde au uièuie chapiue m et iv.
(57) Seconde Epiire, cli:ip. n.
(08) Depuis le verset i justju'au 19.
(ô'J; i'ilioli... uudistis quia Anlicliristus veiiil , et niinc Anlichristi multi |(na sunl... ex nobis prodierunt, scit non eniul ex nohis. ISiim si juissciil ex nobis , perinan:isseiit u.iijue nubiscuin. (I Joun. n, 18, 11).)
TARI'. IV. Tlir.OL. POl.KM. INSTULCTION SL'U L'HERESIE.
dos priVliclions n|>()sloli(|ii('s (jui no ptuvoiit convenir ipi'ii tllf. Miiis il rsi d'afcoiil avec tous li's l'i>ros (|iii) les opAtios no su sonl |i;is horiiés h l;i ili,^i'iire , et ijn'i'i la condiiiiinatioii |)lus ox|irossu do la plus délostablc, ta pliis arlilieicusi) et la jdiis (disliinio di; Imilos ks sectes, ils ont joint un anatluuno ni.iversi'l, dont il n'est jias d'Iiéiésio fpii n'ait ù[é IVappùo.
I'!n elVet, l'amour idoi;\li(! do soi-tnûuic, la coin|ilaisanco tians ses propres luinièi'os, rorjjiieil, la vanilé, l'insolence, la révollo contre l'auloritiS l'anibilion d'avoir dos [irosélylos, la déinangeaison d'apprendre et ilo dire des choses nouvelles, les démonslralions extc^ricures do jnété pour rendre l.i séduction plus edicace, le refus de se laisser conduire [uir les [uisteurs ordinaiies, le choix arbitraire des maîtres (5coul6s au préjudice ilo ceux (pi'on a reçus il'o'i Inut, tous ces traits répandus dans les EpHres de saint Paul, de saint Pieire et de saint Judo, conviennent aux hérélicpies de tous les siècles. Ils leur sont communs avec lesgnosliques des deux |)remiers et avec les manichéens, qui ont lait durer celto socle jusqu'au douzième. Le plus ouïe moins de lur(.itude et d'ubsurtiité dans les dilléienles erreurs n'empôclie pas que leurs partisans ne se ressemblent par ces caractères essentiels, et par conséquent qu'ils ne soient tous compris sans distinction dans la formidable sentence qui dévoue les docteurs du mensonge et leurs disciples aux mômes supplices que les anges prévaricateurs.
Voilà ce que les Pères ont lu dans les écrits des aiiôtres. La parole de Dieu y est consignée : elle ne l'est pas moins dans les traditions non écrites, universellement respectées depuis l'origine du christianisme. C'est celte double autorité quia déterminé non-seulement les Pères, mais toutes les Eglises et tous les Chrétiens, à ne nommer jamais l'hérésie et les hérétiques qu'avec liorreur.
Vous n'en demanderiez pas davantage, mes frères , et je m'en tiendrais là moimême, si je n'avais égard qu'à la docilité de votre foi ; mais nous sommes dans un tein|is où il ne sullit fins d'avertir et d'eiciler la foi : il faut l'alTermir en l'éclairant. Il ne suflit pas de rajipeler ce qui de tout temps a été dit et i)ensé dans le christianisme : il faut prouver, en remontant aux jirincipes, qu'on a eu raison de le penser et de le dire. Quelle est donc, en premier lieu, la nature de l'hérésie? en second lieu, d'oïl vient sa perversité'? C'est ce qui demande un long déveloi)pement. Vous pardonnerez sa longueur à l'iuiDorlance lie la matièie.
(40) t N'on oiiiiiis eiTor liicresis csl, qiiiiiiivisomllis Ii3:rcsis, qu;K in vjuo poaiUu', iiisi cirure ;ilir|iio Iwresis esse non possii. Quid eigo iaci.it lucrciltiiii! regiitaii (inailaiiuleruiilioiie compreliCndi, siciit ego exiîilliiio, :iul oiiiiiiiio non polcsl, anl illlll^itiiine puicsi. • \Libv. lie liwiesibus, in l'ro L'.jiio.)
(41) < In pipslcriorilius Vfio p:ulil)iis qu'ul faei.it liiL'icilciini iJispnlabilur. i [Ibid.) i
Uien de plus sim|)lo en soi que ■« fir"niièro notion de l'hérésie. C'est lo choix qiio fait un chrétien d'une doeirino en m;;tièro (II! religion. Mais, ipiarul on veut approl'cindir eetlo nolinn, l'<qipli(pier aux erreurs vérilablemenl> héréti(pies, et la séparer décolles ijuj ne lo sonl pas, on éprouve avec quelle raison saint Augustin -lisait f'iO), i\n'il est impuni'ilite un In's-diffu-ili: di- furmer u)ie (t('linilion réijuliire de ce t/ui cottslilue riK'rétique. Ces paroles doivent être entendues de la dilliculté do conqirendro, dans une seule définition, tout ce qui concourt à former l'idée de l'hérétir|uc : car saint Augustin n'a jamais cru cpi'il fût impossible, ni mémo dillicilede décrire l'hérétique cl do lo désigner par des caractères qui lui soient propres. On trouve ces caractères en d'autres de ses ouvrages. Celuici même, dont il a consacré la premièris partie à une exposition historique des hérésies connues depuis lo siècle des apôtres jusqu'au sien, devait arriver à un3 seconde partie destinée à exjiliquer la nature de l'hérésie (41). Mais ou l'injure des temps nous a [)rivés do cette seconde partie, ou (ce qui est plus vraisemblable) d'autres occupations, si ce n'est la mort elle-même, ne lui ont pas (icrmis de la composer. Quelles lunjières un si grand docteur n'aurait-il pas répandues sur ce sujet qu'il avait promis de traiter expressément ! Qu'il serait heureux et consolant pour nous de réduire tout notre travail pour votre instruction à celui de répéter ses paroles et d'exposer ses pensées 1 II nous a du moins appris (42) de quelle ntililé il peui être de bien de' finir l'hérétique, pour donner aux lidèlts un moyen général de se cjaranlir du venin de Coûtes les hérésies. Marchons avec contiance dans la route qu'il nous a frayée, et si la Providence n'a pas voulu que nous n'eussions qu'à Je suivre pas à pas pour en atteindre lo terme, suppléons à cette ressoui'ce par celle qu'il nous fournil ail-; leurs, ou que nous trouvons dans les autres Pères.
11 n'en est pas de la doctrine chrétienne comme des sentiments enseignés dans les écoles philosotihiques du paganisme. Les hommes dépourvus des lumières de la révélation avaient perdu la trace des vérités aussi anciennes que l'univers; il ne leur restait qu'un souvenir confus des communications de la Divinité avec les premiers auteurs du genre humain. Ce souvenir, semblabli; à celui qu'on conserve, dans une vieillesse décrépite, des événements dont toutes les circonstances sonl oubliées, avait été le fond des religions idolàtviques. C'est sur ce fond, déjà si altéré, ([ue les sens ( t
(42) I QiiniJ si coniprclni'.ili polnerll qiiomndo s't ikiiniendi'S lia'ieiicus, qnis non viileai nliliia; quanta sil?» (Ibid.) — « Uniil crgo facial lufieliiiun ilciiiCcps leqniroriiluni osl,nl ciiin Uxc, Domino adjuv.Miie, viianins, non solinii ea qiiic b( iiiius, vcruni miain qn;e ncsciiiins, sive (|u;e oria sniil, si\c qu;(: ::(llinr oiiri poleriuil, lia'rclica vcni-na viU:nius. » {Ibid., versus lincin opeiis.)
œCVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
l'imagination, iiinnpal)les de s'élever seules à dos objets spirituels, avaient bâli leurs grossières erreurs, et ç(\ie les passions, intéressées à rendre le ciel complice de leurs désordres, avaient achevé cet édifice de bouc, honoré sur la terre comme le temple de la Divinité.
Des religions si absurdes et si perverses ne soutenaient [:as l'examen de la raison. Les philosophes, qui en pratiquaient les exercices publics avec la multitude, s'en moquaient avec leurs disciples; ils les respectaient peu dans leurs écrits, et il n'est pas surprenant qu'elles n'aient pas eu dans leurs écoles l'autorité d'une règle souveraine pour le discernement des opinions qu'ils devaient admettre ou rejeter.
Au défaut de cette règle, quelle pouvait être celle des philosophes païens? Une raison faible et obscurcie. Elle suffisait néanmoins pour reconnaître quelques vérités, pour distinguer quelques principes de la loi naturelle, pour entrevoir les dogmes indissolublement liés avec ces vérités et ces principes, pour sentir la pernicieuse fausseté des systèmes qui niaient ouvertement ces dogmes. Aussi les écoles de Pythngore, de Socrate, de Platon, de Zenon", d'Aiistole, l'ont toujours emporté dans l'antiquité profane sur celles de Straton, d'Epicure et de Pyrrhon. Les meilleures tôles et les plus grands génies que cette antiquité ait produits sont convenus qu'il était insensé et impie de i évoquer tout en doute ou d'attribuer la formation du monde au hasard, de faire périr l'àme avec le corps, d'assujettir les actions humaines à une aveugle nécessité, et de liétruire ainsi les fondements des lois et de la vertu.
Ajirès tout, ces philosophes plus éclairés n'avaient pas sur leurs adversaires une autorité qui pi\t cajHiver leur esprit; ils ne la prétemlaient même pas, et de quel droit auraient-ils pu leur faire un crime de former des écoles à part? Les leurs étaient divisées les unes des autres : l'Académie, le Portique, le Lycée n'entendaient pas toujours les reèmes leçons. Il y avait des questions de la dernière importance, telles que les principes des choses et le souverain liicn de l'homme, sur lesquelles on voyait plutôt co qui n'était pas que ce qui était réellement, et où l'on prouvait aux matérialistes et aux scepliquesqu'ils se trompaient, sans pouvoir établir positivement la véiité upposée à leurs erreurs.
Dans ces conjonctures, le choix des opinions était libre parmi les philosophes. Il l'était, non qu'il lût permis à quelques-uns d'eux, en cela plus coupables que les autriîs, d'éloutfer la voix de la nature et de s'écarter dans ce qu'elle dicte du consenlemenl universel des nations ; mais, indé|iendamment de la liberté qu'on leur laissait môme à cet égard dans leurs disputes philosophiques, pourvu que le culte autorisé n'en
souiïrît publiquement aucun préjuoice, ils avaient au moins droit de choisir, dès que les notions primitives et générales étaient mises h couvert. Ce choix n'était pas gêné par l'autorité de la religion : les philosophes d'un commun accord lui refusaient l'empire sur la croyance intérieure. Il ne l'était pas non plus par la supériorité décidée d'une école philosophique sur toutes les autres : il n'y en avait point qui pût jouir de cette prérogative. Les maîtres n'avaient lieu de se plaindre ni de s'étonner que leurs disciples voulussent enchérir sur eux, ou s'ouvrir des routes absolument inconnues. On pouvait innover, réformer, ajouter, retrancher, sans encourir le blAme de bizarrerie et de témérité. La constitution du paganisme admettait ces innovations et ces variations dans les écoles philosophiques. Le recueil des opinions spéculatives était alors trop irrégulier, trop informe, trop décousu, pour qu'il fût possible d'en tirer un code universel et permanent.
La condition des Juifs était bien difTérenlo. Ils avaient une loi divine et des livres également divins, où tous les préceptes de cette loi étaient écrits. Moïse, leur législateur, donnait la main par un petit nombre de générations aux premiers hommes qui a valent repeuplé la terre après le déluge, à ceux mômes qui, dans la naissance du monde, en avaient été les premiers habitants. Les traditions de ce peuple n'étaient pas, comme celles des nations idolâtres, séparées de leur origine par des lacunes impossibles à remplir ; elles n'étaient pas un mélange absurde de fables contradictoires. C'étaient des archives authentiques appuyées par des monuments toujours subsistants, plus ancienne que tout ce qu'il y avait de plus connu chez aucun autre peuple, et qui, loin de pouvoir être démenties jiar des histoires élrangèics, en conlirmaieni les récits fidèles, en éclaircissaienl les obscurités.
A ce secours Dieu avait joint celui d'un tribunal pour juger en dernier ressort les contestations sur les observances légales. Co tribunal était le collège des [)rêlres de la race de Lévi, présidés par le souverain sacrificateur (4-3). De savoir si ce tribunal avait une autorité suprême et des promesses [lour déclarer infailliblement aux Juifs les dogmes s|iéculatifs qu'ils devaient croire, c'est une question qui n'est pas de notre sujet.
Il est seulement nécessaire d'obserrerqus la religion de l'ancien peuple ne consistait pas tout entière dans les préceptes moraux, judiciels et cérémoniels de leur loi. La foi, sans laquelle il a toujours été impossible de plaire à Dieu (4-'*), faisait une partie essentielle de celte religion. Celte foi, moins distincte et moins étendue dans le corps de la nation qu'elle ne l'est et ne doit lèlre dans les chrétiens , avait d'abord pour objet l'existence d'un Dieu uniijue, incorporel, créateur, iiiLininient paifail, souverain ar-
(43) Oeulcron. xvu, 8-l'2; // Pnrn!ii>. xin, 8 12.
(41) Ih'bi: i!,C.
l'AUl. IV Tlli;0[. l'Ol.EM - INSTIU;(.TI0> SlJU l/IlKlthSlK.
l)ilro ili's (''viifim'iils, vcii;^fur clés crimes el léiiuiniiialuiir îles vertus : elle y iijoiilail l'iilleiile il'uii Mossie, et iraulr> s uilic^os d'iiil ri^iiiméralioii seniit ici su|ii'rlUie.
Avjiil le relour des Juils du leur taptivili^ î» Haliyioiie, el mi^iiie longleiniis apiùs, eolle l'i»i n'avait iMi' all,ii|uéis jiai'uii eux ni iMi loiil ni en parlie pai- îles seelos projireuieiil dites. L'idolilliie n'avait é(é (|iio lr(i|i t'Oinuaiiie dans les r.ovuuines d'Israël et do Juda. Mais sans examiner jusqu'à <|uel point elle siWluisait les rois, les grands, le peuple et |mùme les prêtres; si c'était une erreur de l'esprit (|iii en ellJK.'At l'idée du vrai Dieu, ou plutôt un pcncliant {grossier vers les fêtes et k'S cérémonios idoldiriques: ce n'était pas là oo que nous connaissons dans 11 cliriblianisme sous le nom de serio cl d'hérésie. L'ulolAliio ol une inlidélité véritable. Soit (pio eolle qui avait souillé la Pulesline lût lemémeaveugloiiienl ((ue celui des païens, soit qu'elle ne iài (]u'une .^iuiiile imitation dos cU'els (]u'il produisait, elle n'avait pas hesoin d'élrc réprimée par la décision du tribunal suprôuio établi pour terminer les controverses lé,^ales. Aussi no trouvc-t-on aucun exemple d'une pareille décision dans toute l'Iiistoire des Juifs. Cette idolAtrie était assez réprimée par les défenses de la loi divine, si claires et si niultiidiées ()u'elles ne pouvaient laisser le moindre fondement à une conteslalion sérieuse. Elle l'était par renseigneraont de \ivc voix perpétué de génération en génération ; elle l'était aussi par les prodiges éclatants que Dieu ne cessait d'opérer; elle l'était entin parle miiiislère des prophètes, qui, tout surnaturel qu'il était en lui-même, fut cependant ordinaire parmi les Juifs jusqu'à la construction du second temple de Jérusalem.
C'est surtout ce ministère prophétique dont Dieu se servait pour confondre les faux proiihètes, comparés ]iar Jésus-Christ , par les apôtres et [lar les Pères aux hérétiques du christianisme : non qu'ils eussent tenlé de corrompre par de nouveaux dogmes le sens de la parole de Dieu ; mais jiarce que sous le nom du Seigneur, ils avaient abusé son peuple par de fausses prédictions , et l'avaient détourné de l'obéissance qu'il lui devait.
Les Samaritains ont été regardés aussi comme des précurseurs et des ligures des sectaires chrétiens. Comment l'ont-ils été? Si on les considère dans le premier étal de leur séparation, ils prétendaient adorer le vrai Dieu représenté par les veaux d'oi-, objet immédiat «le leur culte profane. Du reste, ils se llaltaienl u'observer tout ce qui était i)rescrit dans les cinq livres de Mnise ; c'était le crime d'idolâtrie ajouté à celui du schisme. Ils continuèrent l'un et l'autre d'une manière encore plus bi<iaire dans leur second état. Les Samaiitains ii'élaieut [ilus alors les dix tribus d'Israël : les rois d'Assyrie les avaient Irausulantées dans des
trrres étrangères; ils leur avaient siiDsIilue, pi^ur lialiil(U' lo royaume do Samurie, di! purs idolâtres liMirs sujols nalurels.Ces nouveaux habitants n'adorèieiil d'abord (|U0 leurs fausses divinités : ('piiuvantés ensuite parles Iléaux de la culèro divine, et instruits |iar un prêlre Israélite qu'un leur envoya, ils mêlèrent longlemps le culte du vrai Dieu h ('elui des idoles. I>e truisièiiio état des S.imarilains a été ciltii où nous les voyons dans les deux livres li'Ksilias, el dans l'histoiri; évangchque : toujours enni.'iiiis irrécoiiciliabl(!s des Juifs, ils ne paraissent plus dilférer d'eux que par leur n.d'us obstiné d'honorer dans Jérusalem le siège de la vélitable religion, d'abamlonner le lenifile de Garisim, cl de reconnaîtie d'autres livres sacrés qu(^ ceux du Peiilateuque. Si par ce dernier endroit ils ont paru ressembler à quehiues uns de nos liéréliipies, cjui ont mutilé le canon des saintes Écritures, nos schismaiiques sont néanmoins les seuls sectaires chrétiens , dont on puisse dire avec une exai.lo véiilé que les Samaritains eu ont fourni le modèle.
Kiitiii, les conquêtes d'Alexandre dans l'Orient, les monarchies des Ptclémées dans rEgyjite, et des Séleucides dans l'Asie tirent connaître aux Juifs les mœurs, la langue et les livres des tirées. Leur commerce avec cette nation ingénieuse et subtile donna naissance aux dilférenles sectes judaïques; elles marchaient toutes sous l'étendard commun de Moise. législateur d'Israël.
Personne n'ignore que la secte des sadducéens faisait profession de rejeter l'existence des auges ou esprits purs, l'immorlalilé de l'âme, la résurrection des morts, les peines et les récompenses d'un aulre raotide. Cependant ces dogmes étaient formellement contenus dans l'Ancien Testament: ils s'accordaient très-bien dans l'esprit des IsraélUes, quoi qu'en disent nos incrédules modernes, avec les peines et les récompenses tem[iorellesattachées à l'observation ou à la transgression de leur loi. Les preuves de ces dogmes, dans les livres révérés par les Juifs, sontclairescomine lejour. Jésus-Christne les a pas cherchées hors du Penlateuque, lorsqu'il a convaincu les sadducéens (io) de ne pas entendre les Ecritures et de méconnaître la puissance de Dieu. A cette autorité que Jésus-Christ crut devoir citer seule, couiaie étant celle du législateur de la nation, il est facile de joindre un grand nombre de témoignages précis des psaumes, des prophètes, des livres sapienliaux, en faveur de i'imniorlalité de rame et de la vie future. D'autres livres non compris dans le canon des Juifs, mais plus anciens, de l'aveu de tout le monde, ipie le christianisme , tels que la Sagesse, [Ecclésiastique , Tobie , les Alachabées, constatent avec la dernière évi dence la tradition du peuple Juif sur ce» dogmes aussi nécessaires à toute religion , qu'ils le sont aux bonnes mœurs cl à l'ordre [lublic de la société.
ri) iliilili. XXII, 'i9; Marc, mi, 24.
OECVRKS COMPL. DE LeFUANC DE FoMPIGNAN. IL
ŒUVRES COMPLETES DE LEFRA^C DE POMPIGNAN
On demande [loiirquoi les sadducéens, qui ne les adinelinienl pas, étaient tolérés parmi les Juifs: pourquf)i môme, vers le Jéclin de la république judaïque, ils ont occupé dans 1g Sanhédrin les premières places et jusqu'à la dignité pontilicale ?
On peut répondre que ce progrès scandaleux du sadducéisme était une suite du dépérissement visible de la Synagogue qui tendait à sa ruine. Mais en le disant, il faut «jouter que la constitution d\i [peuple Juif n'excluait essentiellement de la communion ecclésiastique, n'assujettissait aux peines légales que l'idolâlrie et d'autres prévarications de la loi énoncées dans les livres de l'Ancien Tesiamenl. Il n'y avait point dans ces livres de disposition ex|iresse sur le cas d'une innovation dans les dogmes, qui n'emportait ni le culte des idoles, ni l'infraction et le niéfiris déclaré jdes observances instituées [lour distinguer les Juifs des autres nations. Ils pouvaient donc, et (Is devaient délester une docirine aussi cri- 'aiinelle que fausse : ils ne voyaient rien dans la lettre de leur loi, dont ils n'étaient alors que trop scrupuleur ob^ervaleu^s , qui les obligent à en exercer la sévérité contre les partisans de cette doctrine; ils ne l'auraient pas LQéme pu dans l'état d'allaiblissument et de langueur où l'autorité religieuse et politique de leur gouvernement était tombée. Dieu ne daignait pas venir, comme autrefois, par dJs ellels sensibles de sa toute-puissance, au secours d'un peuple, dont la réprobation était sur le point de se cousomiiier. 11 y laissait la licence des opinions préjiarer, avec d'autres abus, la voie b celte teriible réprobation: et il réservait à la religion enseignée par sou Fils la gloire d'opposer une barrière plus forte à l'esprit d'indépendance et de curiosité.
C'est ainsi que les sadducéens , quoique véritablement impies aux yeux de tout Juif instruit de sa religion, avaient acquis au milieu de ce peu[)le non-seulement une entière liberté, mais encore de la considéralion et du crédit. Après cela , il ne faut (las s'étonner que leur secte fût confondue sous une même dénomination avec les autres sectes judaïques : on les appelait toutes inditléremmunt des Ilérésies, umn emprunté des sectes [djilosojiliiques connues parmi ies |)aïens.
Tel était dans l'univers l'état de l'enseignement dogmatique, lorsque la religion chrétienne , s'élevunt au-dessus des imptrlectioîis du judaïsme et des eireurs du (laganisme, décria sans retour le nom d'hérésie jusqu'alors également susce|itible d'un bon et d'un mauvais sens, ré|irouv,i plus nettement encore la chose exprimée par ce nom , établit, pour la discerner de la vérité |iure et des opinions innocentes, une auto-
rité dont la terre n'avait pas encore vu d'exemple, dissiiia les ténèbres de notie ignorance par de nouvelles lumières, et ajouta ainsi un nouveau degré de malice ïu crime de choisir par soi-même l'objet de sa croyance en matière de religion.
Qu'est-ce en effet que la docirine chrétienne? Elle n'est pas, comme la philosophie païenne , une production de l'espiit humain; elle n'aurait ni unité, ni consistance. Elle n'est pas non plus, comme la loi de Moiise , bornée à un seul peuple et à un certain temps. Cette destination était sufiisamment rem[ilie par l'enseignement d'un Dieu unique, créateur, juste, saint, bon, toutpuissant; par les précautions les plus sévères contre l'idolâtrie ; par la promesse d'un libérateur; parles préceptesqui réglaient ies mœurs, le culte religieux et les jugements civils; par un petit nombre d'autres dogmes, dont la connaissance révélée aux premiers hommes, s'était étrangement obscurcie chez les nations idolâtres. Le christianisme a une plus noble désiination : il doit embrasser tous les peuples dans son étendue, tous les siècles dans sa durée. Il accomplit et donne réellement ce qui n'était annoncé que dans un lointain , olfert sous le voile des ligures |iar la religion des Israélites. U adoucit le poids des cérémonies et des pratiques extérieures : mais ce qu'il accorde h la liberté sur ce point, il le reprend avec usure dans l'obéissance intérieure qu'il exige. U é|irouve celte obéissance par les dogmes incompréhensibles (]u'il lui propose à croire; il la justilie par l'assemblage des motifs qui rendent cts dogmes évidemment cioyables. Le sacrifice de la foi devenu plus péndileà l'orgueil de l'homme, n'en est que plus parlait aux yeux do Dieu, et plus coiilurme même à la suine raison.
Qu'est-ce donc encore une fois que la doctrine chrétienne? C'est le recueil des vérités mystérieuses a[)porlées du ciel sur la terre par Jésus-Christ, qui de lui ont jiassé aux apôtres, des apôtres aux Eglises qu'ils ont fondées, de ces Eglises à nous.
St-Paul nomme celle doctrine un dépûl (46). Qu'entendez-vous par un dépôt, demande Vincent de Lérins expliquant cette parole? « C'est, réi)ond-il (4-7J, ce que vous n'avez pas trouvé, mais qu'on vous a conlié ; ce que vous avez appris , et que vous n'avez |ias imaginé de vous-même ; une chose dont vous êtes redevable, non h la fécondité de votio esprit, mais à sa docilité ; qu'une tradition publique vous a communiquée, et que vous ne pouvez vous approprier ; portée jusqu'à vous, et [lar cela môme jilus ancienne que vous ; une chose , où vous devez être gardien , mais non pas auteur ; disciple , mais non pas maître ; prompt el
(46) / Tim. VI, 20.
(47) I Doposiliiin, inquil [Apostolus], ciisloili. QiirI est (Icposiluin ? 1(1 esl (pioil lilii cieiliuiiii est, non ((uod a le iiivenuiin ; qiiod accepisli, non qnod exiogilasli ; rem non ingeiiii , sed doctrina; : non
iisuipalionis privai», sed iradiiionis publicc ; rem ad te ^tffduclam, non a le prolalain : in qiia non aiicior esse debes , sed ciislos; non inslilulor, sed setlaior; non diicens sed siqiicns. • (Vincent. LiiiiN., Vommouil.j
l'MlT. 1\ TIILOl. l'OLKM. - INSTniT.TION Sin I.III.UKSIE.
lltlèlc h suivru, mais nuci |ias lidi Ji à (uiitluiie. »
l'ar cet orilro, qu'il n'Apiinilii'iil h auiiiiic piiissancc néi^i- il'inlrrvcilir , il a 6lé irrt'-vi)i';ilili'moiit tlùieii.lii aux Cliiélinns doclidi' sir la (liH'lriiio , objol 'le U'iir lui. Co c!u)ix o>t iiuitili), liés iiu'oii n'a i\n'l\ reciiuillir lo «|u'oii liouvo élabli, à cDiiscrver ce i|u'(iii a ift;u : il osl criiiiiiK!l , parco (|ii'il alloiite h la sihettï lin plus iuviolablo ilo tous les dol'iMs.
Il n'i'st pas ]»lus permis d'adopter iino doelriiio iléj;"» cluiisio par i|Mi'l(iu'aiilre; un guide avi'uglo ou inlidC'.'c é^are ceux (|ui lo suivent. Nuire loi diiil (^Ireculle dosapùli'os ; or, ils n'ont choisi ni co qu'ils avaient h «.Toirc, ni ce (pi'ils avaient à onseii^ncr; ils l'ont appris do leur ilivii! Maître. Jésus- <;iuisl lui-nu>nie (s'il olail possiliU; de comparer riiommage de noire loi à la j)iénilu(k' des luMiièies dont son enlendeuienl liumiin était éclaire^) n'a rien clioisi, rien inventif du son propre tonds : tout ce qu'il a manifesté aux Itoiiimes , il l'uvaic enlendu dire à son Fère ^48). C'<sl jusiju'au sein de la Divinité que notre loi doit rmionier, puisque c'est de là (ju'elle esl [larlic : elle dégéiièro, elle se coironipt, elle se l'eid , quand elle cesse de couler d'une source aussi (lure.
Di5jà vous voyez, nn'S frères, ce qui n rendu le nom de l'hérésie, avec ce qu'il exprime, odieux dans le elirislianisnie. « Co nom, dit Terlullien (V9), signilie dans sa langue originale le choix dune doctrine qu'on invente ou qu'on adopte. Pour nous, ajoule-t-il au nom de tous les Chréliens , il ne nous est pas libre de rien iiilroduire de notre i)ropre mouvement, ni de choisir ce qu'un aulre aurait introUuil. f.es aiiùlres du belgneur sont nos a icéli'es et nos modèles : la uialière do leurs enseiguenients n'a été ni de leur invention ni de leur choix ; ils ont rendu liilèh'meiit aux nations la doctrine ()u'ils avaient regue du Seigneur. »
(tS) Oiiinin quivcuiique aud'u'i a l'ulre mco nota /ivi vubis. (Jonii. XV, 16.)
(l'J) I ilLi:reses ilicuc Grxca voce ex inleipreialiuiic cletlionis, qua (piis sive ad iiiiUluuiKias si\c
;i(l siisiMliiciulu!- cas [iiibciiiliiiasj lUiliir iiobis
VLMu iilliU ex iiusuo arbiino iiuiiicere liccl, seil iiec oligore (|ii(h1 ;ili<iM]s ex aibitrio stio iniliixenl. Apoilolos Uuiiiiiii liiilioiiius autloics, (pii iicc ipsi (iiiitlqu.iiii ex siio aniUno, niiotl iialiicoioiil, ele^'eiunt; sed actepUiiii a Cliiisio (iiscipliiiam lideliier, iiatioiiibiis asMgii.iveiiinl. » (lie judsnipl., ii. (j.)
(30) « llliit ii,'Uiir (liny:iiii |ir3ustriplioneiii ; si Ooluiiius Jésus CiiiIsUis Apo^lului iiiisil :id pia'dicaniltiiu, alios non esse recipieiidus prx'dicalores ipiani Chnsliis iiislituil. Quia iicc iiiius l'anoin quis novji iiisi Filiiis, ei eii-i Filius revolavil; iiecaliis videUir révélasse Filius quani aposlolis qiios niisil ad pr;eilicaiidinii, ulique qiiod illis revelavrl. Qiiid aiiteiii pra;dicaveriiil, id csl quod illis ClirisUis revelaveru, cl liiiic prscscribain non aliler piobari dcbere, nisi jier casdem lîcclesias qiias ipsi ap(]Sloll condi- Ueruijl, Ipsi els pi^edjcaiidu laiii viva, quod aiiinl, voce quaiu per epistoUis"postea. Si baie ila sunl, cuiislal pruinde ouiiieui Uociiiliiiiii, i|u;c ciiiii illis bcciesiib :ipusU)iicis , iiiuuiabiib, ei OMgiualibiis lldel ciinspncl, vcril:>li ilepuliiiidani , suie dubio l'.-neiiloui quuil Iv.tlesi.c ab aposlolis , iiposlolî a
Si vous (Irmande/. h Terlullien pnurqiiui lo choix d'une dnciriui^ un matière de <(.-ligion esl une; maïqiic iWideiile de >a raussuh', il vous l'épiMidra (iil)j ciinr<irniément au principe rpi«; vous voue/ de voii, que « Je sus-t^hrisl ayant envoNc les apôtres pour prêcher, il ne faut pas aJmellre tl'aulres prédicateurs, parce que (o l'ère n'a été connu (|iiie par le Fils , et p.ir ceux h ipii lo Fils l'a révélé; (pie le Fils n'a certainement accordé celle révélation (jn'aux apôtres qu'il a envoyés pour prêcher, et pour ne prêcher (pie ce qu'il leur aurait révélé; (pi'au surplus, l'unique moyen de savoir ce qu'ils ont pioché, c'est-à-dire ce (pie Jésus-Chr.st leur a révélé, est de s'adresser aux hlglises (pjo les apôtres eux-mêmes ont fondées, en les onseignaut soit do vive voix, soit ensuite par leurs letlr(S. » D'où il conclut « ipic toute doctrine ipii s'accorde avec cc'S Kglises apostolii|nes, mères, et premières dépi^sila:res de la loi , doit être reconnue véritahie , comme conl'orme à ce que ces ligliscs ont re(;,u (Jes apôtres, les apôtres de Jésus- Christ, Jésus-Christ do Dieu : cl qu'au contraire un préjugé certain d'erreur et de nnnsonge est l'opposition à ce qui nous vient du ces iiglisesfol), des apôtres, de Jésus-Christ et (le Dieu. »
Maintenant il est aisé de comprendre qiio toute doctrine embrassée par un choix volontaire, et non par une obéissance nécessaire, est la base et le ibnds de l'hérésie. Saint Jérôme en donne cette déli'iition, souvent répétée après lui dans les nioiiumenls ecclésiastiques :« L'hérésie (5-2), dit-il, est ainsi appelée du choix que chacun fait de la iloctrine i|u'il juge la meilleure : quiconque donc attribue <à l'Ecriture un aulre sens que celui du Saint-Esprit, par (]ui elle a été dictée, quoii|u'il ne soit pas séparé de l'Eglise, peut être nommé lii'iëlique : il est ciuipablc des (ouvres do la chair, parce qu'il choisit ce qu'il y a do pire. »
Cliiisto, CInisliis a Deo acccpil : (niiacni vcro dotuiiiam de iiieiKJacio pra^juaicaïuiaiii , q^x sapiat couira verilalciii Ectlesiaiuiii, el aposloloruiii , et Clirisli, et Dei. i {De prœscriin., n. 21.)
(51) Terlullien avoue daiis le nièiiie ouvrage qu'il y a d'jiilros Eglises que celles londées liiiniediaieiiieiil par les apiiilies, <iul peuvent el doivcnl être re|in'ees aposloliqnos par la conforniilé de leur doeli me avec celle des piemièies : iSuii minus iiponolicœ (tepuUintur pro coiisniiriitiiiilalc doctniuv. C'est à la iradilion aciuelle de loules les Eglises subsislanies, unies de senliinenl el de dociriue avec les (balles proiiieinenl aposloliqiies, qu'il renvoie luut lilèle, pour s'assurer de ce (in'il doil croire : saiiil Ireiiée, sainl 0|ilai, sainl Auyublin, el lous les Porcs en ont usé de iiiênie.
(:>~i) < ITeresis Gr;ece ab cleclione diciliir, quoil siillcel cain silii uniis(|uisque eligal diseiplinaiii, ipiain pillai esse inelioreni. (juicuiiqiie igiliir aliler ^lnplnlalll iiilelli;{il quain sensiis Spiiiliis sandi ll.igilal, a ipio coiiscripia esl, et licel ab Ecclcbia non reccsseril, lanien ba'reliciis appellaii polesl, el de cariiis openbiis est, eligens qu.e p rji r.i siinl. » ^Lib m, iii i.pist. ad CiiUitas, cap. ,S.) — L'itf.l le
cr iieiilaire de saint Jérôme fur les parnf'S de
sailli P.iiil déjà cllées, qui niellciil les IléiCsIcs a» nombre des œiivies de la cbair
OEUVRES COMPLETES DE LEFUANC DE POMPICNAN.
ri fnul cepcnaant aller plus avant, pour avoir une iilée complèlt^ de l'héréliqné et du crime d'iiérf^sic. Nous ne pnrions pas do la liberté de choisir ses opinions dans les sciences purement humaines. Il est visible que le christianisme n'a point ùlé celte liberté aux hommes; et nous avons déjà remarqué plus d'une fois qu'il ne s'agit que d'une doctrine, qui concerne la religidn; mais enQn tout choix dans cette mntière estil esseniiellemenl vicieux ? Si cela était , tous les auteurs ei tous les défenseurs des opinions qui ne sont pas décidées par l'Eglise , seraient véritablement liérétiques : ceux qui auraient raison dans le fond, ne le seraient pas moins que ceux qui auraient tort : ceux-ci, parce qu'ils se seraient éloignés de la vérité; ceux-là, larce qu'ils l'auraient soutenue, sans êi.e infailliblement assurés de l'avoir trouvée. Les uns et les autres étant soilis des bornes d'une révélalion constatée par une tradition perpétuelle et générale, seraient coupables d'avoir choisi ce qu eux-môincs, ou d'autres qu'ils ont suivis, ont dit les premiers. Combien de Pères seraient enveloppés dans le même crime 1 Quelques-uns d'eux ont eu dei Opinions [)articulières , qui sont tombées d'elles-mêmes ; d'autres en ont enseigné qui, déclaiées héréticjues dans la suite des tem()S, ont attiré, sans llétrir leur ménunre, les anathèmesde l'Kglise sur les partisans de ces opinions.
Il ne sulht donc pas, pour bien définir l'hérétique, de dire qu'il a choisi lui-même sa doctrine; on doit ajouter qu'il est opiniâtre dans ce choix; et que cette opin.il- Ireté est tout à la fois la preuve et la consommation de l'orgueil téméraire , qui l'a rendu l'inventeur ou le sectateur de la doctrine qu'il a choisie.
Saint Augustin n'a pas oublié ce caractère, quand il v voulu distinguer avec précision les erreurs excusables de l'hérésie. 11 ne comjite au nonibie des hérétii^ues (53) que ceux qui « entendant n.al les saintes Ecritures soutiennent obstinément leurs fausses opinions contre la vérité » qu'ils devraient y voir : (S4) ceux «qui ayant de mauvais sentiments dans l'Eglise de Jésus- Christ, résistent opiniàtrémenl aux avertis-
senii nts qu'on leur donne d'en prendre de meilleurs; et loin d'aliandonner leurs dogmes pernicieux, persistent à les défendre; » ceux enlin (35J qui « après que la doctrine catholique leur a été manifestée , aiment mieux lui résister, et choisissent alors ce qu'il* avaient embrassé auparavant, » comme si ce choix n'avait commencé qn'avec cette résistance , et que jusqu'à ce moment, on eût pu dire qu'ils n'avaient jtas encore choisi leur docliine, parce qu'ils n'y étaient pas , ou qu'ils n'y paraissaient pas attachés.
Saint Augustin retranche au contraire du nombre des hérétiques, au moins de ceux que l'apôtre saint Paul ordonne d'éviter après une première et seconde correction, les personnes (56) « qui ne soutiennent pas avec une opiniâtre aniioosité leur sentiment, quoique faux et mauvais : surtout si elles ne l'ont pas inventé par une présomption audacieuse, mais reçu de leurs parent.-» séduits et tombés dans l'erreur (37) ; et si cherchant la vérité avec autant d'empressement que de circonspection, elles sont prêti.'S à se corriger , quand elles l'auront trouvée. »
Mais si l'opiniâtreté est le sceau de l!hérésie, où la trouver? où chercher les hérétiques ? Quel est l'homme sur la terre qui convienne avec soi-même, et qui veuille avouer à d'autres qu'il est n[iiniâtre dans ses sentiments ? L'opiniâtreté n'est pas un vice dont les hommes puissent juger : ils ne la discernent de la fermeté que par des préventions personnelles, tout au plus par des conjectures incertaines. Ce discernement n'appartient qu'à Dieu ; les détours du cœur humain ne sont connus que de lui. Seul il démêle à travers de sjiéciiux prétextes les vrais mobiles qui le font agir : il n'y a donc d'héiétiques qu'à ses yeux; et s'il yen a de tels par la précipitation et par l'entêtement, peut-être en Irouve-t-il autant dans le parti de la vérité, que dans celui de l'erreur.
Voilà ce que dit la sagesse du siècle pour excuser l'héiésie, ou pour en faire un fantôme qui n'existe que dans les imaginations échiiutiées. S'il ne s'agissait ici que de raisonner vaguement sur le cœur et sur l'es-
(55) I Neqiie enini non oinues liœreiicl Scripliiras ciUiuluas lct;iiiil : net ub ;illud siiiu lu* ici ici, iii:ii qiioil cas non leclc intelligi;iiies suas lalsas opliiiones coniia uarinu veiilaieiii pei vlt;"ciler asierimt i (De Geiie.si ud liileram, lib. mi, c. 9.;
(54) < U'ù ei'gu in Eccleïia Ciinh>li inorbidiiin ailqnid pravnniqnu scnliunl , si curre|iti ul !>aiimii rcclnmque saplant, resislmil ronliimaciler, snaqiie jieslift;ra cl niorlilera do^iiiala enieiKl.ue imliiiil, sod deleiisaie persisUiiil, lia;ieiici liiiul. > (Libr. Ue f civilale l)ei, cap. M.)
' (55) « ISoiiduni lia;ieliciiin dico nisi maniroslala sibi doclniia callioliia: lidei rcsisture nialueril, et illud quod lenebal clegeril. > (De baptismo contra Uunaitilas, lib. iv, cap. 10.)
(btij « Qui seiilenliaiil biiani, quanivis falsani alqiie pcrversani , nuUa perliiiaei aniniosilalc delen- (iiiMl , pra'iîCriini (|iiain non andacia prxsiiniptionis su:e pi'pcruiuiil, sed a siidnclis aique in enoium
lapsis parcnlibus arcepcriiMl, qnieninl aillent caula siiMIciliidiim vcrilalein , corrigi parali cuni iiiveiieriiU, iicqiiaqu;iiii siiiil iiiler iiicrclicus deptilaiidi. * (Episl. 45, ad Glorium et Eleitsiinn.)
(57) Il ne faut pas cioiic que jïaliil Aiigiislin excuse ici d'Iiéiésie lous ceux qui ne doiicnl les eirenis où ils sonl eng^igés qu'à leur éducalioii, à l'exemple et à l'aulorilé de leurs parents. Celle circoiislaiice parlicnliéie convtnail aux personnes à qui II éciivail. Il la relève, parce qu'elle les rendaii plus excus.ibles, et aiignienlail l'espcraiiee qu'il avail de lis ramener à la véi ile. iiu lesle la maxime qu'il élablil n'esl générale que pour les personnes enlièieuienl exemples de celle opiniàlre aiiimosilé, donl peuvent cire coup:iblcs, de l'aveu de sainl .\uguslin, ceux qui onl sucé avec le lait d'anciennes erreurs; quoiiiu'ils le soient ordinairement dans un muiiulre degré que ceux qui Cii oui élé les preniieis auiLiu'3.
la l'.VIll IV TliKi'l. lOLKM. - INSTULCTION SI» Llll.HKSIE. .10
|iiil liuiiiuin, j\irr6!iTais dés le |)ioiiii.T (101 lio rdiilorilô i|i; rKi^Ji-n.' î Ji; lUmirirlL' h
(lui lltlt!
iiivisiblo
L-riu >|iM ii-nvoii'iil Uiiilo jiiHUsalioii il'opiliiAliilè un jui^omoiil do Dieu. Je leur i»5l'Oiiiliiiis qu'il y u imiiiii U-s Iioiuiiil's des iot;los si^ifs, (jmir disliii^j;iiiir l'olisli;inlioii do 1.1 vtjiilubiti ifrm'lé : qu'd n'e»l riuii do (iliis fii'i|iii'iil en tou(es ^ortus du iiuitièrus 1(110 do l';iiic l',i(i|tlic.iliu!i du ces rô^lt-s, !..ris i'iilri'|>i'tMulri! sur les drnils du Dieu, sci'ulateui' souvuiaiii des eoiiscieiiccs : que SI celle apid, cation n'esl pas loujcniis juslu, ce n'est pas lu faute des règles, mais du ceux qui en usent mal : (|uo cet i'.lius iiiôuio pi Duve l'intime per-iuasio i où sont tous les lioinuios, que ro|uiiu\lielé de l'ospiit est un vicoréel, et un vice sensible, puisqu'on no s'est jamais avisé do repioclier ii ce suit, un delaul cliinniiique, ou de sa nature.: (|u'il e.-t ceilauKUiu 1rs hommes avouent laiemenl leurs projM'cs torts , el un opiuiAtro plus rarement que totii autre : qu'aussi n'est-on pas oblii^é d'attLiidro cet aveu, pour les en croire sufiis.unnient convaincus; el qu'il est des occasions où l'opiniàlreté est si ()al[>able, que le déni le plus formol , loin d'all'aiblir les preuves, ajoute à la conviction.
Mais Dieu n'a pas abandonné à des conjectures (jurement humaines le discerricmenl si nécessaire entre ce qui est hérésie, t'I ce qui ne l'est (las. Les hommes prononrent tous les jouis des condamnalions d'opiniùlrelé sur des lemoi^nages quelquefois concluants, d'auti'el'ois incertains ou faux : ici le doute et l'erreur ne («envent avoir lien; et la preuve est bien supérieure à celles qu'on peut avoir en toute autre inat'ère. Il y a une borne qu'il est impossible de reriverser, ou de déplacer : en deçà, il n'y a jamais d'hérésie ; au-delà, il y en a toujours: celle borne est l'ciutorité de \'E- ^lise; la résistance à celle autorité est essentiellement une opiniâtreté criminel. o.
C'est celle de l'hérétique dans le choix il'une doctrine qu'il invente ou qu'il adojile au mépris de celle autorité. Mais lorsqu'on la resiiecte sincèrement, et qu'on ne soulient une doctrine fausse, sur laquelle elle ne s'est pas encore expliquée, qu'avec la disposition d'y renoncer, si elle la comlannio, un n'est (las coupable, aux yeux de Dieu ni dos Jiommes, de cette oiiiniûtreté qui constitue l'hérétique.
ilien de plus clair et en môuic temps de l'ius sa^e que cette rcL^le : elle n'autorise l>as les hommes à [lorler un regard cuiieux dans l'asile secret de la conscience ; ie|)endanl elle les guide avec autant de sûreté , que si cet asile leur était ouvert, dans les jui^emonls qu'ils ont à former des opinions liumaines; ils savent en appliquant celle règle, quelles sont celles qui (leuvent être embrassées sans danger, et celles qu'une obstination hérétique rend funestes à leurs défenseurs.
Cette règle est commode , dira-t-on :
tour
on quoi donc peul-ullo con-
(|ue roidir,
hérésie dans
consisie tout entière à se e choix d'une doctrine, coii-
iiion sistur
Cu n'est pas d.ins U nature ot la qualité du ces eri'curs. Il y en a sans dniilo do (dus absurdes les unes que les autres, de (dus injurieuses à Uieu , du (dus (lerniciuuses aux bonnes mœurs et i^ la (liéié chrétienne : mais outre que ce (dus ou ce moins n'est pas une ditféremo essentielle, d'où l'on (Hiisse tirer la justilicalion des unes ot la condamnation des autres; d'ailleurs ces nuances ne peuvent (■lie déli'rminéi'S, ni (lar l'aveu des errants eui-mémes, qui rejettent les qualilications odieuses qu'on donne à leur doitr'ino; ni par les c(mséquences([iron en déduit, [luisqu il n'e>t [las permis de leur iiiqmter celles qu'ils désavouent.
Ce n'est [>as non (dus dans l'évidonco do tes erreurs ; il y en a eirecliveinent de (dus faciles à roconnaîlre; ce sont colles qui combattent les dogmes po(iulairos du chrislianisme. J'a|)pelle do ce nom les dogmes ((ui hmt pariie du culte (lublic : ainsi les Chrétiens accoutumés de tout temps h adorer un Dieu en trois personnes, et dans celle do Jésus-Christ la seconde «les trois personnes divines incarnée (lour leur salut, n'ont pu se méiirendre sur l'opiiosition dy ces vérités avec les erreurs du sabellianisme et de l'arianisnio. Disons-en autant du péché orig nel démonlré par le ba()têmo des [letits enfants, de la nécessité do la grâce déclarée parles prières do l'iiglise, du sacrifice de la messe, des sacremenis et de quelques autres dogmes, dont la connaissance entredans lecullo (lublic; c'en est assez pour avertir les siinph.'S hdèlos de se tenir en garde contre les crri;urs qui détruiseid ces dogmes. Mais ces erreurs ne sont p.is les seules qui aient été condamnées |iar l'Eglise comme de véritables hérésies : il y en a eu (jui laissaient subsister le culte [Miblic, lel qu'elles le trouvaient établi ; qui n'allaquaient que des dogiups moins connus du (leuple chrétien ; el qui cei)endant ont été solennellement réprouvées. Le nier, ce serait ignorer (irofondément l'histoire ecclésiastique : contester la justice de ces condamnalions , ce serait renverser l'autorité de l'Eglise; dès lors on ne laisserait plus de fondement immobile aux décisions mêmes qu'elle a rendues en faveur des dogmes les plus populaires. Dépouille/. l'Eglise de cette autorité : d'abord vous niellez les Chrétiens dans la nécessité do s'assurer par un examen, dont 1.1 jiluiiait sont incapables, que ee qu'ils croient et ce qu'ils pratiquent n'est que la tradition des apôtres constaniluenl et hdèlemenl observée. Vous substituez ensuite, dans ceux qui ont le mieux fait cet examen, une croyance vraie, mais cependant humaine el chancelante , h la foi liivino el inébranlable, qui caractérise la christianisme.
Le refus d'admettre cette infaillible niiloiilé de l'Eglise a engagé les (dus habiles (iroleslanls dans un labyrinlhe dont ils
(»:UVRES COJIPLETES DE LEFUANC DE POMPIGNAN.
bâ
n'ont nn sortir. On les pressait d'expliquer dans leurs principes la dilTérenco des erreurs dnmnables , et de celles qui ne le sont pas. lis rôponilaienl que les unes sont londamentales, les antres non. Fort bien: ni.iis on voulait savoir ce qu'ils appelaient errenrs fondamentales; c'est alors qne la contrariété de leurs définitions, et des exenqiles dont ils les appuyaient, montraient la grandeur de la difficulté , ou plutôt l'impossibilité de ia résoudre. Les plus subtils enfantaient des systèmes insoute!ial:les, pour concilier avec )a notion d'une Eglise, où chacun est l'aruitre de sa foi, la nécessité de croire de certains dogmes sous |)eino de damnation. Les plus judicieux et les plus sincères avouaient que la (juestion des articles fondamentaux n'a pas de dénouement raisonnable dans b'S principes do la religion protestante. Indéfiendaranient de cet aveu , la chose est si certaine qu'anjourd'luii môme, après que cette n>alière a'été épuisée par nno si longue discussion , je mets en fait qu'il n'y a pas d'assemblée do ministres calvinistes (que serait-ce si l'on y joignait des luthériens et des anglicans?) qui puisse convenir du nombre des dogmes fondamentaux, et des erreurs qui leur sont opposées.
De dire que les erreurs fondamentales sont celles qui bk-ssent In [gloire de Dieu et nuisent au salut des âmes, c'est, sous des expressions générales , couvrir son embarras; mais c'est l'augmenter en le couvrant
Car, en premier lieu, qui peut forcer les partisans de ces erreurs à reconnaître , qu'elles ont ce double inconvénient? Qui peut les empêcher de l'attribuer aux dogmes qu'ils combattent? Qui demeurera juge, entre eux et leurs adversaires, d'un procès, où les uns et les autres produisent les mêmes litres, les interprètent resiiectivement en leur faveur, et rejettent d'un conmiun accord toute interprétation émanée d'une autorité suiiérieureV
Kl) second lieu, il n'est point d'erreur en matière de religion qui, par elle-même, ou j)nr des conséquences plus ou moins prochaines, ne |)orle quelque alteinte à la gloire do Dieu et au salut des âmes. Si c'est par elle-même, jusqu'où doit aller le préjudice que la gloii'e de Dieu et le salut des flmes en reçoivent, pour en faire une erreur fondamentale? qui osera fixer ce point indivisible? Si c'est par ces conséquences, fautil fiu'elles soient immédiates? Suffit- il qu'elles soient éloignées? et à quel degré? Au second, au troisième, au quatrième? Il est ridicule, je l'avoue, de descendre à de telles précisions: mais elles seraient nécessaires pour distinguer par la règle qu'on nous propose les erreurs fondamentales ; et c'est ce qui prouve que cette règle n'est pas seulement imparfaite, mais évidemment iausse.
En troisième lieu, l'incompatibilité d'une doctiine avec la gloire de Dieu et le saint des Ami'S, ne peut être connue que par une doLlarulion de la volonté l'osilive de Dieu
à cet égard. C'est'lui qui a fait consister une partie de sa gloire dntis la manifestation de certains dogmes, c'est lui qui a voulu que le salut des hommes dépendît de leur fidélité à tes croire et à les professer. Où cette déclaration doit-elle être conlenne? dans sa parole? nous n'y voj'ons pas de distinction entre b'S dogmes révélés. Il y en a sans doute dont la révélation a été [ilus fréquente, et s'd est permis de le dire, plus fortement inculquée; mais Dieu n'a dit nulle part que quelques-uns de ceux qu'il a daigné révéler n'inléi'e.ssassent ni sa gloire ni le salut des âmes ; il n'a point accordé de dispense d'en croire et d'en professer aucun. Ceux qui l'accordent de leur chef, ajoutent à sa parole contre ses défenses les plus expresses : ils nous apprennent par 15 ce que nous devons penser de la protestation qu'ils ont toujours faite, de prendre l'Ecriture sainte pour l'unique règle de leur foi.
11 y aurait()lus d'apparence adonner pour caractère distinctif des articles fondamentaux celui dont nous parlions plus haut, (l'être des dogmes po[)ulaires, c'est-à-dire liés avec le culte public. La connaissance de ces dogmes doit être plus générale : il y en a môme dont la foi explicite, comme parlent les théologiens, est nécessaire de nécessité de moyen. Ceux-là jjeuvont à ce litre être appelés fondamentaux. Do plus, quand un dogme fait partie du culte public, il n'est pas possible qu'il se fût introduit nouvellement dans l'Eglise, sans qu'on iùi en état de montrer les premiers auteurs de cette innovation, le temps et le lieu où elle aurait commencé, les contradictions qu'ella aurait éprouvées, la cause et la trace de Ses progrès. C'est ce qui se voit dans l'origine et rétablissement de toutes les hérésies : on nomme leurs inventeurs; on connaît l'époque de leur naissance, leur berceau, les conciles ou lesfapes qui les ont condamnées, les écrivains qui les ont réfutées; on n'ignore pas comment elles se sont accrues: il est donc conslant que tout dogme qui jouissait dans le christianisme, avant que d'y avoir été attaqué, d'une possession publique, paisible et immémoriale, nous vient des apôtres, et appaitiiiiit au dépôt dont ils ont confié la garde aux Eglises qu'ils ont fondées.
Tel est l'argument de |)rescriplion manié P'Our la première fois avec tant de force par Tertullien, et toujours dans la suite heureusement employé contre les liérétiqucs qui ont nié des dogmes populaires. Les protestants n'ont garde d'adopter cette règle, pour le discernement des articles fondamentaux ; elle s'apjilique trop clairement aux dogmes catholiques qu'ils rejettent. Ils n'ont jamais pu articuler des faits positifs qui prouvassent , qu'on a commencé dans l'Eglise à croire la présence réelle, à regarder la cène du Seigneur comme un sacrifice, à joindre au ba(ilômo et à l'Eucharistie cinq autres sacrements , à invoquer les saints, à prier jiour les morts. Il leur a fallu recourir à des Ichangemcnts insensibles , et
T'Alll IV. IIIKUI. rol.l.M. INSTUICTION Sia LlIKIlKSIli.
par ri'ld nu^mo iiRTc>)al)li'S. (lar il isl coiilio Imilo viai>9iiiblaiici)|, ijiiu dis ilotçiiios (jiii oui SI |ii'U tlo |irii|iiirti(iii avoc lo léiiioigiiai;o dos ^eIlS ot les lumii'ifs naluri-'llos de lu raisiiii , tiii'oii sii|i|>(isi' d'iiillmiis coiitraiiL'S h l'i-iisei^iM'iiK-iit |inmilir du i-liri>liaiii'iiiio, (io fussDiil insiiiuùs dans les esprits, puiir ,v a»'i|ii6rir etilin un eiii|iiio univeisel, sans (|ii il re.>.li1l le moindre vcsliijo do eclle éluniinntc révolution.
Après tout , cotte prouve n'est si traiic'hnnto ijuo pour les doijines i|ui n'ont été siiseept:l.iles d'innovation cpi'en altérant le ruilo publie. Il en est d'autres égaliinciit eoinpris dans la révélation lerue |iar les AptMres, et dans le dépôt qu'ils ont transmis ii leurs successeurs. Ces dogmes o'it toujours eu des témoins dans Tligliso; mais ils n'étaient pas de ceux dont la croyanre distincte e.st de première nécessité , ni di; ceux (ju'il a toujours fallu ap|)iendrc anv tidèles.pour leur r(;n(ire raison des|iorlies essentielles du culte r, li:.;ieux. La tradition en a donc été moins éi iataiile d'abord , et moins répandue dans toutes les Eglises ; c'est ce qui a donné occasion h d'anciens écrivains ecclésiastiques, dont la méniuire est révérée, à quchpies Pères même, de tomber dans des erreurs op|io>ées h ces dogmes. Ils n'étaiei!'. pourtant j'as liéréli- (lues en souienanl ces erreurs : et ce (]ui liuit plus surprendre , CCS uiOnies cireurs, innocentes da is leurs [lersonnes , sont devenues criraini;lles dans ceux qui croyaient pouvoir les défendre à l'onibrede leuriioin. « Quel cliangement (oS) , s'écrie à ce propos 'X'incenl de Lérins 1 Les auteurs d'une opiiiioîi sont catholiques ; les sectateurs en sont déclarés liéiéti(jues : on absout les maîtres, on condainne lesdisci[)les ; ceux-ci seront entants du royaume, ccui-là n'auront d'autre partage (jne l'enfer. »
D'où vient celle ditlérence? Elle n'est pas dans les dogmes ; ils ont été les mômes dans tous les temps : elle n'est que dans les dispositions de ceux ([ui les ont embrassés en des temps dilférents. Les saints qui les ont d'abord soutenus, ne croyaient pus contredire la tradition : elle n'était pas assez développée (lour dissiper leurs doutes, et pour captiver leur esprit. L'Eglise n'avait pas encore eu d'occasion , ou jugé <i piopos de s'expliquer. Ils altendaienl sa décision, jiréts h s'y souuietlre avec une humble docilité. Ils se trompaienl; mais por ValUnle cl le désir sincère d'être corrigés, Us conser-
(58) < 0 mira rcnnii convorsij ' uiicioics ?jiis lein opiii onis calliolicl ; coasecliUores vero liierollii ju- (licaiiUir : a'jsolvmiliir mai;islii; coiulLMiiiiaïUur dtM-ipull ; coiisciiplDies liljror.iin lilii regiii eriiiil, asseiloros vero gcliciina suS' ipiil. t ((^onimo'ut.)
(59) I Ariiiims in iliclis per i^'iioiMiiiiaui iiuii cilliolicis ipsa eslciirreiiioiiis pr.euieJ.Uilioiie ac pru!p.ii alloue talbolicus.» (De anima et ejus urijiite, lui. iii, cap. 15.)
(60) Dociores Ktclcs'ac, ex quorum sentiitiis Ii.icrclicis silos errores conanlur adbiruore, iiiienliom; iii'NilisaKpio propositn, siciil ar'jiliamiir, ab hi'resis vriaiiiie Oefeii'IuiUur. Quoniani aiilo definilioaeni
vaioni, suivant la pensée de saint Aiigusliii (iil)), « un ciiMir callioliqui) dans de» discours ipi'ils i^iiiiraion! ne l'élre pus. >
Au coiiliairo, les zélaleur.s outrés de ces dogmes ont apporté h les soutenir une obstination et une témérité, dont ceux ([u'ils so vantaient d'avoir pour maîtres (00) no leur avaient pas donné l'exemple. La tradition s'était éilaircie; l'Kgliso avait interposé son jugement; tout doute, toute dispute devait cesser. Ils ont en l'audace de résister h cette niilorité: dès eo moment leur erreur a contracté le venin de l'hérisie; elijiioiqu'il fi\l déjfi vrai dans un sens ipie c'était une opinion de choix, co choix n'a cependant été consommé , ii n'a formé une doelrino hérétique (jue par cet altacheiiiciil opiuiatro que l'autorité de l'Eglise n'a pu réprimer: c'est ce (|ue mms a\ons enliielii dire à saint Augustin: Nondtim luvrcliciiin dico, nisi munifisUUa sihi dortrina culli'ilirœ fidei resista-f malueril; et illld yioo texiiBAT elk-
OEHIT.
Le mémo j^rincipc disculpe nos théologiens (le tout reproche d'hérésie: ils enseignent , sous les y eux et avec la permission de l'Eglise, des opinions qui n'appartiennent pas b la fui. Il n'est aucune de ces opinions, dont on puisse dire qu'elle n manifestement jiour ou contre elle les trois manpies des dogmes catholiques assignées par Vincent de Lérins (61), « l'uiiiver-salilé , l'anliiiuité, le consenlomcnl uniforme. » L'Eglise qui a vu naître dans son sein les écoles qui adoptent ou combattent ces oi>inions, leur en a laissé jusqu'à présent la liberté; soit qu'elle n'y ait pas encore vu de jiéril pour le dépôt sacré, dont elle est gardienne, et qu'elle attende que de nouveaux dangers et des éclaircissements réservés h d'autres temps la melti'ut dans la nécessité de s'exfiliquer : soit qu'elle ait vérilablement jugé qu'il n'y a rien de révélé sur le fond de ces controverses théologiques, et qu'elle ait été convaincue que li'S principes de foi étant admis de part et d'autre, les conséquences qu'on en tire ou les explications qu'on leur donne sont du nombre do ces questions, oîi il importe aussi jieu aux hommes de découvrir la vérité , qu'il leur est imiiossible de la connaître avec une entière certitude. Quoi qu'il en soit, et de quelque œil que l'Eglise regarde ces oiiinions , ceux qui s'y trompent, ceux qui ne s'y trompent pas, les uns et les autres, s'il arrive, comme cela peut être, qu'ils s'éloitjuoul tous de la vé-
Ecr.lesiœ in cjiis comiminionc pcrmaiiciUes niiiiia vel iiiinioderato zelo advcrsus lufielicos vol decri;veriiiil talia vcl dixeiunl : iniii pusl Ecclcsi.e in cadtiii qiiueïlioiie seiiieiiiiani ciun lucrolicis stgro- R.ili adaUiieiiilo luiia ipsaui Ltciebiaiu iiiipii^iiavc- Miiil. c (Faccndcs llonuiaiieiisis, libr. \, ni Juilini.:Hum imiieraiorem.)
(Ii!) I lu ipsa calli(dica Ecc'esia magnnpcre ciir.iii.liim e^l, ul id loncaimis ipiod ubitpif, unod s^iapcr, qiiod ab oiunilius ciediiuni est. Hoc e=l eiiiiii
vore prii|iricqiie c;iUinlic:iiii ^ il boc lia ileiiiujii
Ii t, SI s liiiaiiiiir iiniM'i'bilatciu, an'iipiila.Ciii, co!iscubi iiciii ) J'.om iicnir )
ss
ŒUVRES COMPLETES DL LEFRANC DE POMPIGNAN
rilé.sont également exempts du vico d'iiérésie. Ce n'es! pas seulement parce que « l'édilice de la loi ne souffre aucune alleinle, » comme le dit saint Augustin (62;, des sentiments sur lesquels ils sont partagés; c'est encore parce qu'ils n'embrassent et ne soutiennent ces sentiments qu'avec une juste dépendance de l'autorité de l'E-lise. Ils la reconnaissent tous pour leur juge; disposés à se rétracter si elle condamnait ce qu'ils pensent; à se ranger du côlé de leurs adversaires si elle se déclarait pour eux. Cette disposilion qui leur est ou doit être commune (car nous ne parlons ici que de laïègle, et s'il y en a qui la violent, nous ne prélondons pas les justifier ), est le lien qui les réunit dans la foi qu'ils professent ensemble, et jusque dans les sentiments qui paraissent les diviser. On ne peut pas dire que cette division soit réelle, quand chacun d'eux est plus attaché à l'enseignement général do l'Eglise qu'à ses opinions particulières, et que dans la préparation uniforme de leur cœur , le sentiment des uns peut devenir le sentiment des autres. En un mot, l'opiniâtreté du choix ne se trouve pas plus dans les théologiens oui n'ont pas les mêmes opinions, qu'il no s'est trouvé dans les anciens Pères, dont on connaît les erreurs : diirérenoe essentielle entr'eux et les hérétiques , et qui confirme de plus en plus la notion que nous avons doimée de l'hérésio.
Cette opiniâtreté est inséparable do la résistance à toute décision de l'Eglise. Quoi de plus opiniâtre en effet, de plus téméraire, de plus arrogant et de plus impie que de refuser le sacrifice de ses lumières à la plus grande autorité qui soit dans runivers(63)?
L'opiniâtreté n'est pas un vice rare parmi les hommes. 11 sa décèle tous les jours dans les contestations les moins intéressantes; il entraine des suites funestes dans des conjonctures décisives pour les biens , l'honneur ou la vie; il se glisse môme jusque dans les âmes le plus sincèrement attachées à la vérité. Mais quelle prodigieuse dislance entre ce dernier genre d'opiniâtreté, qu'une charité abondante efface dans les saints, et celle des hérétiques, dont un orgueil effréné est le précipice? Combien celle-là l'emporle-t-elle encore sur tous les entres genres d'opiniâtreté , dont les exemples sont si fréquents dans la société civile? L'une ne s'exerce que sur des objets périssables, ou sur des questions étrangères au vrai bonheur de l'homme : l'autre s'élève contre ce qu'il y a de plus sacré ; des vérités divines et déclarées par un tribunal infaillible.
(62) I Alia sunl in qiiibiis iiiier se aliiniando eii.iiii doclissinii alciuo opiinii calliolic;!; Iidei di-feiisores, salva (idei compage, non consoiiaiit : el aliiis alio de una re meliiis allquid dicil el vorius. > [Uhr. I, conira Julianum, cap. 6.)
((i^*) n Culineri aucioiiiaiis obtiiiuii (Ecclesia calliol'ca) cai noile primas dare vel sunuiia; piofecto iiiipioialis est vel pr;Kcipilis anoganliitj. > (S. Aug. /.()»■. (le ulitiiale credcndi, cap, 17. j
(*Ji) Gui oidiiKi;ioni assei.iiiini multer goii es bar-
Les protestants, nous vous le disions toutji-l'heure, ont inutilement cherché le caractère de réprobation qui distingue les erreurs damnables et fondamentales de celles (|ui ne le sont pas. Il ii'y en a, il ne peut y en avoir d'autre que l'obstination à soutenir des dogmes de religion au préjudice et au mépris de l'autorité de l'Eglise. Sans cette obstination les erreurs sont excusables, ou môme innocentes; avec cette obstination elles sont nécessairement criminelles el fondamentales dans ce sens, qu'on ne peut y adhérer sans compromettre son salut. Ces erreurs, comparées les unes aux autres, peuvent être intrinsèquement inégales; mais un degré supérieur de fausseté et de perversité dans un dogme hérétique n'est qu'une circonstance aggravante de l'hérésie. Ce qui en fait le fond, et pour parler le langage de l'école dans un sujet oi!i l'on ne peut mettre trop d'exactitude et do précision, ce qui en est le caractère spécifique, c'est encore une fois l'opiniâtreté d'un esprit révolté dans l'opinion qu'il a choisie contre l'autorité de i'Kglise.
11 est coupable de cette opiniâtreté, soit qu'il attaque des dogmes populaires, soit qu'il en combatte d'autres qui ne sont pas susceptibles par leur nature de ia même notoriété.
A l'égard des premiers, il a trouvé, quand il a voulu les attaquer, tous les fidèles en |)Ossession de les croire et de les professer [lubliquement, d'en constater la croyance et la profession par les rites extérieurs du culie religieux. C'en était assez pour ne pas douter qu'en déclarant la guerre à ces dogmes, il ne s'élevât contre l'autorité do l'Eglise. Son opiniâtreté a précédé la décision authentique qui devait condamner ses erreurs. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean dit que les imtechrisls (c'est le noiii qu'il donne aux hérésiarques de son temps) sont sortis du milieu des fidèles; mais' qu ils n'claicni pas de Icurnombre. Ils avaient déjà consommé dans leur cœur le crime d'hérésie, avant de le manifester par l'éclat et les effets de leur rébellion. De là vient aussi que toutes les fois qu'on a commencé à dogmatiser dans l'Eglise contre quelqu'un de ces articles de notre Foi, on n'a point attendu de jugement ecclésiastique, peur éviter, pour regarder avec indignation, pour analhématiser ces sacrilèges novateurs. Les simples fidèles, à l'exemple de « ces nations., barbares , » (G4) dont la foi, au témoignage de saint Irénée, était si fervente et si pure, quoique dépourvues des livres saints , elles ne crussent en Jésus-Christ
barorum eoruin qui InCliristiiin eredtintsine charla Cl airainenio , sci ipe.ini liabenies per spiritiim In (ordibiis suis saliiiem et veleiem disciplin-ini dill-
gciiler cuslodicnles Qnijus si aliquis arinmilia-
veiil ea qux ab liierolieis adiiiveiita sinit, pioprio seriiione euriini collO(|uoiis, siaiiiii conclu lenies aiires, loiigo toiii^ius (ugiunt, ik; aiiro iinuleiii siislineiiics lil.isplieaiiiiu colionuiiuii.» (Libr. m, coiUiu liaie-. ses, cap. i.)
l'\KT. IV. riIKOl.. rOI.KM. — INSTIUICTION SUIl l.ilERESIE,
(|iio |>nr l'iiiilorili^ ilc Ih triidiiimi, It-s siin|il<s liildfs lioiii'lKiutnl Irurs oitsillcs, (léiliir.iifiil li'iiis lidhils, s'i'nt'uy.'ut'iit |iii.Hi(iiliiinmcnl, lors.pi'ils eiilfruhiioiit (loiir l;i iireiiiicTo lois (les (lisrmirs coiiliflires iiiix eiisui^ncmciits tnrils iivuit'iit reriis. Ln ik^-isioii proiioiicéi! lions Sa suite no t'iiisail (lu'.'ijoutiT ?i l'iiiifienno tiiulilioii iino nouvcllo luiuièi'c, cl (iiifliiufruis ilo iiDuveMi's expressions, |ioiir (iéleniiiner il'uno iiiaiiiùio plus prt^ciso 10 qu'on avait loujouis cru, cl co ([u'il fullail rejeter.
L'aulorilé do l'Et^liso nctuelleinoiU enseignante au temps do ces erreurs était pourtant le vrai et l'unique niotit', ciui piU les rendre dès le moment de leur naissance criminelles dans leurs inventeurs, etoiiieuses h tous les tidùles. Si cette autorité toujours égale, lo-.)jours subsistante, n'était pas seule et par (îiie-mC'me un préiu,^é décisif, il n'y aurait pas plus d'inconvénient à mépriser la tradition des siècles passés que la doctrine <loiiiinante dans le siùCie (irésent. C'est donc par sa résistance toute formée ou consentement antérieur de l'Eglise, et par celle qu'il prépare aux jugements solennels (ju'elle prononcera contre ses erreurs, que l'hérétique ennemi des dogmes poi>ulaires est convaincu d'opiniâtreté. Les preuves qu'on lui apporte de la iierpétuitô de ces dogmes sont des jireuves surabondantes; elles aciièvent de le confondre; elles sont un préservatif utile contre le cours de la séduction ; elles confirment , elles éclairent la soumission des vrais tidèlcs : mais elles supposent dans l'Eglise d'aujourd'hui la mémo infaillibilité que dans celle d'autrefois; sans cette infaillibilité le célèbre argument du la prescription perdrait la meilleure jiartie de son poids.
Quant aux dogmes non populaires, celui qui les conteste d'abord f)eut ignorer quel- (|ue temps s'ils appartiennent au dépôt que l'Eglise conserve : il le peut, mais il est j)0ssible aussi, il est môme très-naturel, qu'en se disposant à publier ses sentiments particuliers, il sente l'innovation qu'il médite, et qu'il l'avoue jusqu'à un certain point : nous vous en donnerons bientôt un exemple frappant. Les dogmes de cette espèce n'ont pas à la vérité, soit dans l'enseignement ordinaire et continuel, soiltlans le culte public, des [ireuves aussi sensibles de possession, que ceux ijue nous avons a[ipelés pojiulaires; toutefois ils n'ont pas une moindre antiquité : et quand l'Eglise examine sa tradition, elle les y Irouve établis par des témoignages suliisants. Si jusi|u'alors il a pu être permis de les nier, ou de les révoquer en doute, il ne l'est plus après sa décision : quiconque refuse d'y acquiescer est évidemment opiniâtre; c'est toujours par ce caractère qu'on reconnaît et qu'on distingue l'hérétique.
11 n'y a donc pas d'hérésie sans Ofùniâtrelé; point d'o()iniâlreté sans résistance à l'autorité de TEglisc. D'où il faut conclure que si l'Eg^io n'était pas infaillible, le
(liiiio (^hélé^io serait inconnu parmi les C.hn'tiens; et qu'autant il est certain que depuis les aiiôlres ce crime a toujours éi<i délesté dans le cliristianismc, autant l'csl-il nue l'infaillibilité de l'Eglise y a toujours été regardée comme le fondement essentiel de la foi.
Que devient maintenant cette maxime souvent répétée , cju'il importe (leu do recevoir des dérisions do l'Eglise , ou de s'informer s'il y en a, pourvu qu'on croie tout ce qu'elle croit; que les erreurs seules font les hérétiques; et que dès qu'on no peut convaincre d'aucun dogme erroné ceux qu'on accuse de l'être, dès qu'on no jieut leur objecter que leur résistance à des décrets (lu'ils n'approuvent pas, il est injuste de leur en faire un crime, et d'exiger d'eux une soumission qui n'ajouterait rien h l'intégrité de leur foi.
Le but des personnes intéressées h l'établissement de cette maxime est visible.
Elles veulent éviter la discussion importuno du point le plus clair et en môme temps le [dus concluant, pour y en substituer un autre, où elles se flattent d'avoir plus d'avantage. Il doit toujours être facile de savoir si l'Eglise a jugé. Autrement, l'autorité qu'elle a reçue de Jésus-Christ no remplirait pas sa destination ; les hommes seraient frustrés des effets salutaires de ce grand ren)ède accordé par la bonté divine à leur intirmilé , s'ils fouvaient le méconnaître dans l'usage qu'ils en voudraient faire. En vain y aurait-il un tribunal pour interpréter la loi, et pour décider les contestations, s'il en fallait un autre, pour s'assurer que c'est lui qui parle : d'ailleurs on ne peut disconvenir, que si les décisions de l'Eglise sont telles que les catholiques les reconnaissent, c'est-à-dire, formées par uno assistance spéciale de l'Esprit-Saint , il ne soit (Je la dernière importance de s'informer s'il y en a quelqu'une; et dans le cas qu'elle existe, de lui rendre et de lui faire rendre toute l'obéissance qui lui est due.
C'est néanmoins do quoi les auteurs et les partisans do cette maxime paraissent faire peu do cas. C'esl-ce (lu'ils renvoient après l'examen du fond. En-alt«iidant ils détient leurs adversaires de les cdTTVaincre nettement d'aucune erreur. Comme si l'iTisr toire des hérésies ne nous apprenait pas, qu'il n'est rien de plus ordinaire que de voir dans des professions de loi captieuses, l'erreur se déguiser sous des expressions catholiques. N'est-ce pas ainsi que les ariens et les pélagiens en ont quelque temps imposé, je ne dis pas seulement à des personnes peu instruites, mais à ce qu'il y avait déplus éclairé? Qu'on écoute Calvin sur l'Eucharistie, on sera quelquefois tenté do le [)rendre pour un zélé défenseur de la réalité : ce n'est qu'après avoir attentive-» mont combiné toutes les ()arlies de son système, qu'on découvre un sens de tigure dans les endroits où il semble établir do la manière la |ilus énergique le sens littéral.
ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE P0MP;GNAN
Or, si ces dcî^guisemenls ont pu avoir lieu pour des (logiiies piipulaires, dont l'iiilelligence est filus |>roiiortionnée à la capacité des simples fidèles, faut-il s'élonner qu'on les emploie avec succès dans des questions plus abstraites et jilus profondes? C'est surtout alors qu'il est aisé de s'envelopper dans des termes équivoques ; d'imiter, en retenant l'erreur, le langage de la vérité; de rapprocher en apparence les opinions condamnées de celles qui sont orthodoxes; de surprendre des théologiens par de fortrs démonstrations d'atlacheaient à l'école dont ils sont disciples; d'échapper même à la vigilance de [lasteurs trop crédules ou ttop fd'iljles; de faire enlin illusion à des tidèles dispensés par leur état de pénétrer les subtilités de la controverse. Et c'est à la discussion de ces subtilités qu'on prétend nous ramener, comme à la justification manifeste de ceux qui rejettent opiniâtrement des décisions de l'Eglise.
Mais (luoi, dil-on, y a-t-il des hérétiques sans hérésie? Que voulez-vous qu'on fasse de ces prétendues décisions, qui ne mettent point de différence réelle entre la doctrine des acceptants et celle des réfractaires? Il n'y a point d'hérétique sans iiérésie : qui a jamais pensé, qui a dit le contraire ? Mais il y a des hérétiques sans avouer qu'ils le sont; il y a des hérésies sans une déclaralion ingénue du venin qu'elles renferfuent. Les yeux perçants de l'Eglise démêlent ce venin, qu'on ne cache que pour le dislri- Luer plus sûrement. Car il ne faut pas croire qu'elle se laisse entraîner par îles bruits vagues, par des soupçons téméraires, par de malignes imputations; ce sont là les plaintes d'une partie condamnée, à qui la cause qu'elle a perdue est plus chère que la réputation et l'aulorité de ses juges. Mais un enfant docile de l'Eglise ne se persuadera jamais qu'elle soit devenue visionnaire, en s'attachent à poursuivre un fantôme. S'il y a de la prévention et de l'entôlemenl, comme il y eu a sans doute dans une si longue contestation, il les mettra plutôt sur le comjite de ceux qui résistent à une autorité divine et sacrée, que de ceux qui l'exercent. Il ne sera peut-être pas en état de juger par lui-même en quoi consistent les erreurs proscrites; elles ne roulent pas toujours sur des matières dont il soit obligé de s'instruire particulièrement ; mais il ne doutera pas qu'il n'y ait des erreurs proscrites et dignes de l'être, quand il verra des «iécisions marquées du même sceau que toutes celles qu'il est accoutumé à révérer. On lui demande ce qu'il veut qu'on fasse de ces décisions. Il répond qu'il veut commencer par s'y soumettre lui-même; qu'il désire ardemment que cette soumission soit
aussi générale qu'elle est nécessaire; ei que, sans entrer plus avant dans l'examen de la doctrine, i! faut bien que les réfractaires è ces décisions en aient une qui leur soit propre, ou qu'ils soient ennemis irréconciliables de la paix, si, n'ayant plus qu'une même doctrine avec les défenseurs de ces décisions, ils perpétuent par leur résistance les troubles de l'Eglise.
- Au surplus, le défi d'articuler des erreurs a été souvent rempli. 11 est étrange que des coupables, qu'on a pris tant de fois sur le fait, viennent nous dire hardiment, comme cette femme sans pudeur dont il est parlé dans les Proverbes (C5j : Quel mat ai-je corn' mis?
Les hérétiques ont besoin, à la vérité, de voiler leurs erreurs. Mais si ce voile était si épais qu'il ne laissât rien apercevoir, s'ils ne le quittaient pas quelquefois, ils ne seraient jamais entendus, ils détruiraient ce qu'ils veulent établir. Aussi parlent-ils avec plus de franchise et de liberté, quand ils s'expliquent avec leurs adhérents, ou quand ils ne craignent pas d'être observés fpar d'incommodes surveillants ; ils mêlent adroitement leurs dogmes favoris avec des vérités universellement respectées; ils les débitent à la faveur dos textes sacrés dont ils allèrent le sens , et sous le nom des Pères (66), dont ils se disent les véritables tlisciples. Jusque dans leurs déclarations les plus solennelles , où ils prétendent se laver des erreurs dont on les accuse, on trouve des réserves, des faux-fuyants, qui mettent ces erreurs à couvert. Du tous ces moyens destinés à l'établissement et au soutien do leur doctrine, les uns la décèlent ouvertfment], les autres la font assez connaître , pour (ju'on ne puisse ajouter foi à leurs protestations éternelles d'embrasser sincèrement tout ce que croit l'Eglise. On nomme les auteurs et les livres (|ui enseignent ce qu'elle a condamné ; on extrait les propositions qui énoncent clairement l'erreur; on tient^d'eux-mèmes la clef de celles qui sont plus ambiguës; c'est avec le secours de celte clef qu'on leur expose le sens dans lequel on les juge condamnables. Qu'après cela ils se plaignent d'avoir été condamnés mal à projjos, on ne doit pas moins attendre d'une obstination cfu'aucune autorité no lient surmonter : mais qu'ils continuent à [lublier que, dans la cause instruite contre eux, il n'y a jamais eu de corps de délit; je ne crains pas de le dire, la bonne foi en est aussi blessée que le respect pour l'autorité de l'Eglise.
Laissons à l'écart les vrais partisans des erreurs con:laninées; ne jiarlons (|u'à ceux dont le nombre est aujourd'hui plus grand, qui veulent bien sujuioser uue dans cet.te
(65) Proveib. x\\, 20.
(bG) ( Ui ea qiuc ;isseriinl(li3ereiici) conimendare sl:iliis niemibiis lioiiiiiiuiii qimsi de aiitiqiiilale possinl, jniii|U(is PiUii's .-c lialjcreiesiaiiiur ; aliiuc ipsos <l<ic;U)res Ecclesiae iU» professioiiis mayislros dici:ru. Cumijue pricstiili.'s prxdicalores despiciuiit, deaiui-
qiioriim P.ilruni niagisierio falsa prœsiinipiioiie gloriannu- ; lU ea quae jpsi diciuilcliam anliqiios Paires leiiuisse faieaiilur ; qiiatemis hoc qiiod it'Cliiiiili.e aclsU iieie non valeni, quasi ex i!!oi uin ain lorilale coiiliiinonl. t (Sancliis Gregoiucs M,ignU5. L:Lr, >.i| Morulium, in op. xv iob, cap, 28.)
l'.VllT. IV. TIILOL. l'OLKM.
d sputi', dû ils fiitit |ii()fo-siiiii (lo Mculiiilili', il ri'> Il poiiil irt'irciir rcflli-, (loinl tloilillùriMii'o [enire la docliiiiu des iiii!> et rollc des nulles. Dmiis celle sii|){ usilimi (où ils finit h ri'i^lise riiijuio cerlaiiie do s"élreloiigleiii|is et ridieuleineiil iicliiiiiiéu riiiilie dos erreurs iiii;i|.;iiiiiircs) , ju leur suulii lis, suivant les jii iiiei|ies développés plus haut, (pio Ifi icli- (;i(iii catluiliipiu ii le plus griiiid iiilériH i^ lé- |>iiiiier la désubéissaiico à ces décisions, dont ils trouvent mauvais qu'on (iressu si l'orteuient l'eiéculion.
(ju'e.sl-co i]ui taraclériso l'esprit iiéréli(luo? Vous l'avez vu : co n'est pas précisément l'erreur en ello-mômc; t'est l'opiniâtreté h la soutenir (07). Quelle est la |>reuvo nécessairo et en môme temps démonstrative de celle opiniAircté? c'est la résistanco îi l'autorité de rKglise. Celle résislanco est donc inséparable de rcsjirit d'Iiéi'ésie : cl où trouver une erreur plus pernicieuse, plus criminelle ipio le uiéiiris de celle auliiriié? N'esl-olle pas lo geiine de toutes les iintres? Et n'est-ce i>as elle (pii li'S iidecle du poison qui les rend UiOrlolli'S? Il n'en est | oint qui, délnchéo de celle-li'», soit damnablo; il n'en est jiointtiui ne le devienne avec et par ccllo-là. Si la jiorto est une l'ois ouverte à la révolte contre les décrets de l'Mgliso, quel motif légitime nous reslcra-t-il de réprouver les anciennes hérésies? Quel ficin opposeronsnous h In licence qui teniera d'en introduire de nouvelles ? Il serait bien inutile alors d'articuler les erreurs dont on voudrait convaincre ceux qu'on accuserait d'hérésie.
Oui, lépondiaienl-ils, nous pensons tout ce que vous diles; ne vous tourmentez pas à clitrclier et à exposer nos sentiments, nous les déclarons volonlieis; njais cpiel droit ave/.-vous de nous les refiroclier? S il faut disputer, nous le saurons, et |ieut-étre au>si bien que vous. Si vous prétendez nous accabler par votre autorité, elle ne sullit pas. Si c'est par celle do l'Eglise , volro exemple nous montre l'impression qu'elle doit faire sur nous. Vous comptez [iour rien quelquesunes de ses décisions. Tout est dit. Plus de ioug pour les es|irils, plus de règle invariable de croyance, plus d'hérésie.
• Je vais plus avant, el je demande quel est le motif de noire- foi ? C'est, sans doute, la révélation des dogmes (]ue nous croyons ; mais une révélation immodialemenl notifiée par une Eglise infaillible ; en sorte (pie si la parole de Dieu est lo poids qui (i\e noire esprit, la pio|iosition qu'en fait l'Eglise est rinslrumenl el le ressort (pii ap|)li- (]ue ce poids. De là vient qu'un héréli(iue n"a pas la foi divine des dogmes véritables, qu'il admet avec les catholiques. Il n'en a (ju'nne persuasion purement humaine, parce qu'il ne les croit pas sur l'autorité de l'Eglise dépositaire el inter[)rôte de In parole de
l.NSTUUCTION Slll l.lIKUESli;. Ct
Diou. Tous les théologiens sont d'ocrurd do ce point. Il n'est |ias iiiuins lerlain qui; s'il se trouvait un es|)rit assez bizarre, pour emliiasser tous les <logiiies jiisipi'ii présent décidés, sans vouloir toutefois se soiiiiietli-u h l'autorité des décisions ecclésiasticpn.'S portées en faveur do ces doj^mes, il ne les croirait pas cnnuiic il faut les croire, et nu serait jias catholique en les croyant. Par la raison des coniraires, il no sullit jias de rejeter les erreurs ; on doit les nji ter comme condamnées, et par le motif (j'uno juste (diéissanei; aux jugements di; ri'"glise, (pii l(!S condamnent. Si l'on regarde ces jugements comme non avenus et sans consé- (]uence, ce n'est plus (jue par un esjirit particulier tpi'on s'éloigne de l'erreur, et l'on en retient co (pii la rend criniincllo , ce qui la fait dégénérer en hérésie, savoir l'upiiii;!tnlé qui résiste à l'autorité de l'Eglise. C'est ce qui a fait dire à un écrivain, dont le lémoignnge ne doit pas 6lro stispci l (6S) : « (jue quiconque parle un autre langage ipie l'Eglise, en s'élevant contre elle, est i;riminel |>ar cela seul , quand mÔme il ne serait en dillérend avec elle que sur des mots. » Combien plus l'esl-il, (juand son dillérend avec^elle ne roule pas seulement sur des mots, mais sur la nécessité, la justice, la sagesse, l'utilité des décisions qu'elle a prononcées?
Telle est donc, mes frères, la notion complète de l'hérésie : notion puisée dans l'antiquilé chrélienne, el tirée do la constitution essentielle du christianisme. « L'hérésie est un choix de doctrine en uiatière do religion, et un choix opiniâtrement soutenu contre l'autorité de l'Eglise. »
Cette définition est le commentaire de ce fameux passage de saint Pau 1, où il assura que Vhommc hérétique est condamné par son propre jugement. 11 ordonne à Tile, son disciple, iiti l'éviter après une première el seconde correction (09). Quelques exemplaires ne faisaient mention autrefois que d'une seule. La leçon qui en porte deux, plus conforma à l'esprit do la charilé el de la sagesse évangélique, est celle du tiès-grand nombre des Pères, du texte grec el de la Vulgate. L'Ajiôlre donne pour raison de celte conduite à l'égard d'un hérétique, que deux corrections n'ont pu ramener, qu'iï pèche étant coyidamné par son propre jugement.
Comment peut-il l'être, lui qui, bien loin d'agir contre les lumières de sa conscience, croit ne suivre et n'enseigner que la vérité? C'est, dit TertuHien,- parce qu'il s'est choisi les sentiments qui sont la matière de sa condamnation : Jdeo et sibi dmnnatum dixit hœrcticum , quia et in quo damnatur sibi
eleijitilO). Ces sonlimcnts lui paraissent venlables; mais ils devaient lui être suspects par l'endroit mémo qui les lui rend i>lus chers : je veux dire, parce qu'ils sont de sou
(G7) « Non oITciis'o, seJ peiliiiax olîensioiiis dcfeiisio f:irit li.erciiciiiii. i (FacuiNdus llui'iiilaii. , tibr. X, uil Justinianuni iiiiiiirutorein.)
ItiîJ) M. iSitoLE, l'i^jiKjés léçjitimcs contre les cal-
riiiiaies, preiiiicre partie, cliap. ii (09) Tit. III, 10.
(70) Ve frivscrijii., ii. 0.
choix. Il a commcncd à se juger lui-même, iJès qu'il a clierché dans dos sources détournées ce qu'il trouvait sous sa main dans un can.n] inci)iTU|)iiljle. Il a mis le sceau au jugement de sa réprobation, lorsque, indocile aux averlisseraenis réitérés des évêques qui Jui parlaient au nom de l'Eglise, il a manifestement préféré ses propres lumières à celles de l'Epouse de Jésus-Christ.
Saint Jérôuje (71) éclaircit et confirme celte pensée par la comparaison du péclié d'hérésie avec les autres vices qui n'excluent de la société des fidèles qu'en vertu d'une sentence du ministère ecclésiastique; au lieu que les hérétiques prononcent celle sentence contre eux-mêmes, en se sé|iarant de I Eglise de leur propre mouvement. Celle séparation volontaire est tout à la lois le témoignage et le jugement d'une conscience qui se condamne. Ce n'est pas que la séparation, dont saint Jérôme parle ici, emporlo tçujours par elle-même une rupture extérieure de la communion ecclésiastique ; il nignoMil pas qu'il y a des hérétiques qui ne demandent pas mieux que de demeurer dans l'enceinte de celle communion ; ailleurs il nous déclare lui-même, comme on l'a vu plus haut, qu'on peut être appelé hérétique, sans se séparer de l'Eglise de cette manière : Lt ticet ab Ecchsia non recesserit, tamen hmrelicus appellari potest... eliyens qiiœ pejora sunt (12). La séparation, dont il accuse l'hérelique d'être l'auteur, avant même qu'il y ait aucune sentence contre lui, consiste dans 1 opposition des sentimenis de cet hérétique avec ceux dont l'Eglise est en possession. Par cette opjiosition qu'il no peut ignorer, surtout après les corrections qu'on lui a faites, il découvre les racines profondes que I orgueil a Jelées dans son cœur : il se juge plus éclairé (jue l'Eglise, et ce jugement est celui de sa condamnation. Jl ne peul plus dire alors, ajoute saint Chrysostorae (73) : « On ne m'a point averti , on ne m"a point repris : s'il persévère dans son obstination, qu'il ne se plaigne que de lui-môme; il est condamné par son propre jugement. »
L'hérétique se condamne évidemment luimême quand il s'élève contre les dogmes populaires. La jM-emière démarche qu'il fait alors, et que la nature de son erreur exige nécessairement de lui, est de se déclarer novateur. Il trouve ces dogmes établis dans le culte jiublic et universel. 11 n'a pu y renoncer, qu'en supposant d'abord TEglise, qui les professait avec une telle notoriété, tombée dans raveuglomenl et l'apostasie, il a fallu ensuite, quand il a voulu uianilester au dehors ses sentiments intérieurs, sou-
(71) c Propterea vero a semeiipso dicliur esse .lamnalus (l)a;relicus) quia fornicalur, aiiuller, lio- (iiicida, el caeicra viiia per sacerUoics ab Ecdesia piopelluiilur. lla;rclici auieiii in seinclipsos seiuenliam feninl, suo arbitrio «le Ecdesia receileiiies : (|ii« recessio propri.e conscloiiiiie vi.lulur esse ilaiiiiiaUo. I (Commenl. in Episi. ad Tiium, cap. 3,)
(72) Commenl. libr. m, in i:iiisi. uU. Galaus. cap. 5. )
(73) I Non enini diccre polesl : nemo milii d xil, luillus moiiuil, Cuui iryo posl ailiuonitoncn. uWm
tenir entface à l'Eglise, i(u'elle s'était grossièicniL'iit trompée; el Inrsqu'enfin elle a pro'crit par des décrets solennels son innovation, il a dû, pour la jusiilier, prendre le parti d'une guerre ouverte , et s'éctier avec le fougueux Luther, qui n'a pas rougi d'empi-unler les paroles des ennemis de Dieu et de sou Christ : Rompons leurs liens et rejetons loin de nous le joug dont ils nous oppriment (74). Dans cette suite île pensées, do discours, d'actions, l'iiérétiipio, don! il s'agit ici, n'a pu se dissimuler î\ lui-môme, ni h qui que ce soit, la nouveauté de sa doctrine. Il a fait gloire de comhattre celle qui était enseignée avant lui dans l'Eglise entière. Dès lors il a imprimé h la sienne une tache Inefl'açable. En vain a-t-il prétendu lui donner une origins plus ancii;nne, en la faisant descendre, sans le secours d'une succession continuée, des apô'res et des l'ieraiers siècles; en vain a-t-il formé un parti puissant, qui entretient sous son iionj 1,1 guerre qu'il a commencée avec l'Eglise. La consistance que ce parii semble avoir acquise, et le nombre de ceux qui lo composent n'empêchent pas que l'époque de sa naissance ne soit toujours présente au souvenir des honnnes. On remarque dans cette époque, selon la belle eî|)rcssioa do M. Bossuel , « le point sanglant de la rupture. » C'est une plaie qui saigne sans cesse, malgré tous les elTorls qu'on fait pour la cicatriser. Le sang qu'elle distille ne crie pas seulement contre l'hérésiaripio; il crie encore contre ses partisans. Il s'était jugé lu, -môme par son innovation; ils se jugent également avec lui, en devenant ses ap[)robaleurs et ses complices.
Ne clierchons pas d'autre cause du schisme, dont les hérésies op[)osées à ces dogmes populaires sont inséparables. L'héiésie , vous ne l'ignorez jias , diUère du schisme , en ce que l'une attaiiue la foi et renferme essentiellement une diversité de dogme; l'autre n'est par lui-même qu'une séparation extérienri! de communion. H n'est ([ue cela par lui-même ; car saint Jérôme observe (75) qu'il n'est point de schisme qui, pnur prouver la justice de sa séjiaration, n'invente tôt ou tard queh^iie hérésie. Un donatiste , réfuté par saint Augustin, avait allégué cette dillérence entre le schisme et l'hérésie. Le saint docteur, sans la désapprouver, aima mieux alors (76) définir le schisme , la dissension récente d'une secte qui a ses sentiments particuliers ; et l'hérésie, un schisme invétéré. Mais en d'autres ouvrages, il s'en est tenu (I la notion commune (77); et c'est celle qui, a)aut passé des Pères aux théologiens, est
iiianeai, proprin jndicio condeninalus est. > (llomil. (), in'Epist. {1(1 Tuuin.)
(71) l>saL M, 3.
(7.5) ( Cictcruiii iiiul'iin sdiisma non sibi allqnani connngit lijcresiMi, ui lecie ub Lcc.Coia recessis^e v.dealur. i [In Episl. ad Ji:um, cap. m,)
(7C) Libr. u, Contra Creiconium, cap. 7.
(77) < ilserelid de D.o talsa serilieiido ipsam fidciii violant. Sdiisinalici aiilein discissionibus iiiiipiis a Iralerna diarilalc dUbiliiinl, (iir;iiiivis ea crcdaiil (pix trcdiiiius. > {Lil\ de fi'.c il itjnibulo, C, 10.)
65 l'AIlT. IV. 1111:01.. I UI.K.M -
liist^iéo dans les instructions onliiKiiies ijii'on ildiuK- aux liilùles.
Nuus (lisons i|Ut> losiliisnio, ainsi i-ntcndu, osl instY^mblo îles InWésies 0|i|)Oséfs aux iJD^nies i)ii|pul;iirus : non ([uo les invciilcuis on les fiarli»ans do ces hcn^sies no coinincl- Icnl un nouveau ciiiuc , on érigeant aulol contre aulul ; ni c|ii'ils |iuissent dire (jne , |iour les convaincre do scinsiuu, il l'uni au- [laravaiU les con>;iir;cre d'erreur. M. Nicole (78) a soutenu et déuii>nlré le contraire ans prétendus rérornn's. 11 leur a l'ait voir, (|n'inilé|.endaiuineiil desern iiis que riv.;lise catiioiiiiuo leur ri-|irociH' , leur sé|'araiion toute seule porte l'empreinlo visibles du seliismo; cl iiues'il esl viaiiiiu' leur doctrine les y a conduits, c'est un inolilde plus pour la juger mauvaise, |niisi]u'elle a entraîné après elle un second désordre répiouvé par tdus les piincipes de la religion. 11 n'est |)as possible, en ellet, qu'une hérésie, (pii rejette des dogiues poinilaires, subsiste avec i'ivglise dans une môme communion publique. Nulle raison de prudence et d'économie ne (lourrait y faiie consentir l'Eglise. L'Iiérésie elle-même ne soutiendrait pas celle union; à moins (]u'ellu no se cacliAl sous le masque de la plus iionleuse hypocrisie Mais (juand elle s'élève hauteniint contre des dogmes liés avec le culte que Ions les lidèles observent , il faut bien que la d.U'érencc des sentiments en produise une dans le culte public. De là iiaisseiit les assemblées particulières do religion, l'établissement ci'un nouveau ministère , iliine nouvelle liturgie , d'une nouvelle Eglise démembrée de l'ancienne. El comme lout Cela répugne aux règles inviolables que l'Ecrilure sainle et la tradition nous ont laissées, la condaiiinaiion que les hérétiques liononceiit contre enx-iuèinc, soit en introiuisanl, soit en adoptant ces innovations, n'en est ijue plus éclatante.
L'hérétique est aussi condamné par son propie jugement, quoique ses erreurs ne changent rien au culte [lublic. S'il a pu ignorer, avant la décision de l'Eglise, que sa doctrine l'iU démentie par la Iraditio!; (comme il est arrivé à quelques Pères ipii mit avancé des opinions condamnées après eux), il n'a couimcncé ù se juger lui-même que du moment de sa résistance h l'autoiilé de l'Eglise. Aussi n'est-ce que de ce moment-là qu'il a mérité le nom d'héi'éti- ()ue. Mais si un novateur n'a pu douter, s'il s'est [>laint lui-même de la possession où il trouvait les sentiments qu'il voulait combattre, s'il s'est flatté de tirer d'un long et profond oubli des vérités piécieuses et nécessaires, s'il a prévu les troubles que la publication de ses sentiments allait exciter, ces plaintes sur le préseni, ces espérances el ces inquiétudes pour l'avenir, ne sontelles pas autant d'aveux de la nouveauté de
(78) Les prétendiii rcfoimiis convaincus de scliisme.
(7y) < SI te ili\iiiiim imiiiiis idoneniii leceiil iiiguiiid, e\tM( ilalioiie, (toclriii;i, csto spirilalis laliciiiaculi Uescleel. Prcliosus Uïmiii ilogmalis gi iiniias
i.NsrarcTiON siu i. tii;iu.siF..
ua
sa doi'Iriiii', autant de jugeincnis anticipés (lu'il a poités contre elle, présuges ceiluins Jus analiièmes du l'Eglise?
Je vous < n ai pnunis un exemple, mes Irès-cliers l'ièros; el je ne puis mieux m'acquittor du cette iirumossi; (|u'en vous citant l'exemple do Jansénius, évèquo d'Ypres. Je ne vous rapporterai point ici ses lettres, depuis longtemps iiii|iiiiné('s, eld(jnt les mannsci ils 01 iginaux ont été vus de tant do personnes : ellesunnonicnt un auteur idolillre de ses découvertes, résolu, à (juelqne prix (jue ce soit, de les produire au grand jour; et cependant persuadé (pi'elles éprouveront dans l'Eglise de terribles contradieiions. 11 s'en expli(|ue on termes énigmatiques, mais faciles il déchillrer, avec un ami, conlidenl de ses plus secrètes [lensées, comjiagnon zélé de ses travaux : il l'exhorte h jucndre des nu.'sures pour conjurer l'orago avant qu'il éclate; il lui indique les moyens d'accrédiler leur doctrine commune, et de la perpétuer. Ce n'est pas ainsi que les Pères se préparaient à la défense des vérités .catholi(iues : ils ne craignaient jias d'attirer sur elles, en les défendant, les censures des puissances ecclésiastiques ; ils ne dressaient |ias d'avance leurs batteries contre ces censures; ils parlaient avec aulanl de conlianco que [de modestie, parce qu'ils n'avaient rien à dire qui ne fût conforme à l'enseignement autorisé. Mais sans recourir à cette preuve, nous n'avons besoin que du livre même de Jansénius; les aveux que nous y lisons sullisenl pour le convaincre d'innovation.
Qu'a-l-il prétendu dans ce livre, source malheureuse d'une si longue division? N'at'il voulu que développer par de nouveaux éclaircissements, forlilier do nouvelles preuves les dogmes qu'il trouvait établis dans l'Eglise jwir une profession publique el générale? 11 l'aurait pu : el son travail, selon l'ingénieuse comparaison de 'Vincent de Lérins (79), eCit été semblable à celui de l'ouvrier désigné à Moïse par le choix de Dieu pour la conslrnclion du tabernacle. 11 en eût trouvé les matériaux tout prêts; il n'eût eu, en les recevant des mains qui les lui auraient apportés, qu'à les tailler, à les polir, h les mettre en |ilace, à leur donner la beauté de la jointure el de l'assortiment : il aurait parlé d'une manière nouvelle; mais n'enseignant que ce qu'il aurait ajipris, il n'aurait rien dit de nouveau. A-l-il voulu seulement ajouter son opinion particulière à tontes celles (jue les théologiens soutenaient déjà dans les écoles sous les yeux, el avec la permission do l'Eglise? C'eût été à l'Eglise déjuger, s'il convenait de lui aecordrr la môme liberté. Et dans le cas où elle eûi cru devoir la lui reluser, elle lui aurait au moins tenu complu de sa cir-
exsculpe, li.luliler toapla, sai)ieiucr adorna. .\(ljce
splemioreiii, gialiaiii, veimsialoiii Kaileiii laïucii
qiiu; tliiiitisli doci-, lU si ilicas nove non ilitus iio\a.», (Cuminonii.)
OEUvnr^s complètes de LEFRANC Di. pommgnan. c^
entre les différantes écoles. Il assure (8^)
conspoclion h proposer ses scnlimenls cl h réfulcr ceux des aulres.
Mais ce n'est pas une sinifile opinion que Janséiiius promet à ses lecteurs; c'est une suite de vérités essentielles, qu'il déclare appartenir au cœur de la religion. Qu'on ouvre son livre, on y trouve presqu'à chaque page que, sans la doctrine qu'il y exjiose, il est impossible de connaître la nature saine, blessée et réjiarée; la gr;li e et le libre arbitre; la difTérence de l'Ancien et du Nouveau Testament; la foi, l'espérance et la charité; le péché, la pénitence et la justice chrétienne; les fruits de l'incarnation et de la rédemption. C'est, en un mot, la céleste doctrine défendue par saint Augustin nu nom de l'Eglise ; tout ce qui s'en écarte fait revivre le pélagianisme et le sémipélagianisme. Ce sont là do belles promesses; voyons comment il les exécute.
11 nous apprend lui-môme qu'il n"a reçu sa doctrine ni des écoles, oii toute la science théologique avait résidé cinq cents ans avant lui, ni de ses prédécesseurs immédiats et lie ses contemporains dans l'éjiisco|iat, ni de l'Kglise ropjair.e (80), « la première et la plus ancienne de toutes, » dont « la tradition et la foi parvenues jusqu'à nous par la succession de ses évoques.» sullisent pour « confondre » tous les novateurs.
Quant aux écoles, Jansénius fait une profession ouverte de les mépiiser. Le livre préliminaire (81), qui sert d introduction à la partie dogmatique de son ouvrage, n'a d'autre bnt que de décrier la Hiélliode (ju'on y suivait de son temps, les questions qui s'y agitaient, les piiuci|)es qui s'y étaient généralement introduits. L'esprit scolastique lui parait le plus grand de tous les obstacles à l'intelligence de saint Augustin. A cet égard, il n'admet que peu, ou, pour mieux dM'e, point de distiuciion
(80) « Sed qnoiiiam valdc longiiin est in lioc lali voluniiiiQ oinniiiin Ecclesiariim eeunierare successloiies, iiiaxiiiK« et aiilic|iiissiiiife et ab oiniilliiis cngnilx a gloriosissiinis diioliiis a^iosloliï l'eu n cL i'ai.l i Kuiiiai t'iiiidalx ul coiisLiliil.e Ecclcsia; ^ caiii qiiaiii liabet at> aposlutis Uaditiuiiuiii el annuiuialani lioiiilnibus lideiii (ler siietessioiics cpiscoiioiiiiii porveiiienleni usipie ad nus iiidicaiiti^s , cunruiidiiiins cos qui qiiniuudu vel pcr sibi placeiiliain el vaiiaiii gloi'iaiii, vet pcr ciocUaleiii ci iiialain senloiillaiii piseieiqiiaiu oporlcl colligiiiil. Ad tiaiic eiiiin Eccle- Maiii propler poliorciii (alias pDlenlioieiii) principalilaleiii iiticesse cbl uini^cin coiivciiire Ecclosiain, boc esl eus qui suiiL uiidiquu liJules. > (S. liiEMiXus, libr. m, contra Itœreses, cap. 3.)
(81) Liber proœiniulis, iiiilin, toin. II.
(82) « iNefas pulavi id quou eliqiiala verilas ipsius (Auguslii)i) esse deiiioiislrassci , nuii incuiiclauter lanquain iptius, quaiiqiiaiii lefragaulibus scliolasli- KÎi uiiivcisis asseiere. » (Lil'r. pruœm., cap. it'J.)
(83) « yuod si iii islis toniroNersiis iiio quisplam ilocloriiin rceeiilioiuiu iiuiueiosilale, vcl autloniaîe preinat, luoveor ijuideiii velieiiie.iU'r, sed iiiiruui si eliaiii sapieuler. > (Ibid., cap. 50.)
(8i) t An lorlc rcsiioiii:ebuni iidlii scliolasliconini seiileuiias, qii* liic ab ABguslJrio vitleiiliir esse repiob.ilx, Juin a qniiiït'iilis 1ère aiinis per un.versaiii
qu'il soutiendra (t sans hésiter, malgré la contradiction de tous les scolastiques, » tout ce qu'il ti'ouvera clairenunl établi dans les écrits de saint Augustin (83). «Si dans les controverses » qu'il veut traiter, « on le presse par la multitude et l'autorité des docteurs » de sou temps, ou qui l'ont immédiatement précédé, il répond « qu'il en est fortement ému; » mais qu'il doute que ce soit « avec raison. » Si on lui objecte (8i) (|uc « les sentiments des scolastli|ues, » qu'il prétend avoir « été réprouvés jiar sauit .\ugustin, ont été depuis près de cinq cents ans communs dans l'Kglise presijue entière, d'oij il résulte que l'Iiglise presque entière a été coupable do ces erreurs ; » il nie la conséquence (nous verrons bientôt avec quelle vérité), mais il avoue le fait. Il ne pense pas (83) « qu'aucune ancienneté des oi)iiiions scolastiipies , quel que soit le noud)re do leurs défenseurs, l'étendue des |)ays oii elles ont pénétré, .a durée des siècles qui les ont vu croître et s'affermir, puissent nuire à la foi de l'Eglise, ni la détourner de soumettre ces opinions à un nouvel examen. »
Dans ce déchaînement universel contre les écoles, s'il y a quelques égards do plus pour celle des thomistes, il ne leur pardonne pas davantage l'atlachenient que leur maître leur avait inspiré pour le péripatétisme (8C). « Sa doctrine ne s'accorde parfaiteuient ni avec la leur, ni avec celle, de leurs adversaires. >' Il remarque (87) jusqu'à sept dilférences entre sa doctrine ei -celle des thomistes. Ces différences sont si graves qu'après avoir déclaré (88) que les motifs, sur lesquels ces théologiens appuient la prédélermination (ihysique, « sont capitalement opposés à la notion du secours de Jésiis-Chri>t, donnée par saint Augustin, coniraiics « tous ses principes, inouïs dans tous ses ouvrages; » il dit nettement , que
pêne Ecilesi m fuisse familiares, idoque sequi Ecclesiaui pciie toiain ciroruni esse ream. » [ibicl., cap. 30.)
(85) « Quaproplcr niilla scliolasiicariim opliiatloiiuni veln^las. (pianiuciinqiio pairocinaiiiiiiin iiiiiuero roboiala , quibiiscuiiipiu luiis dltrusa, c|iiodciinipie lelalilins piopag,;la liduni liucicske lalwlaclal aiit
niacul.il :qu:e initia opiiuoiiiini vciiiislaie lerreii
débet aul luipediri pulesi (pioiniiiiis'islas euruui iip;nioiies ad iiicudein revocei el de iiovo exaininei. i (Ibid.)
(86) € Dicendu:n est ex inlegro cuin neiilra c^nvciiire, sed aliqiiid .tIi uliaqne suinere. > (Liljr. viii. De gratta Salvuloris, cap. 1.)
(87) Libr. viii. Ile yriiiia Salvaloris, cap. 2.
(Si) < Cliristi ailjuiuritiin ei lepugnal capii.itiler,
sieul Angnsliiius ex prolesso docel Qii;e iliiplcx
ratio iiccessilalis gr.ilise [seilicei ex iialuiali vuluiilatis iiidiU'crenlia el uniniiiin cansaruiii subordinaliuiie sub altiurc pctila] siciil in unlversis Angiisliiii operibusiiiandila est el répugnai priiicipiis ejus, iia quoqiie iiidlcal pradcieniiinalionein pliysieani eo modo el laliiudine ad ouiiies liuinanx n.uiiise slaïus (lilalalaiii ab Auguslliii sensibus esse reiiiuii.<siiiiaiii, cl poilus vi hiiinanx pliilosopliix ipiaiii Aiigiisliiiiaiiic tlieologi;e expiessaiii el inveiiliin esse. > IJhid.)
PAKi. IV. TIIF.OI.. l'OI.KM - INsTIlliC.TION Slll LUKRESIK .
co s}slèiiio « (luit l'IiilAt sfi iiiiissaiieo h uni) philosopliie liiiiiiuinu i|ii'ii la tliùulogiu do suint An^iistin. »
MjiIs peut-ôlro (jiio Jnn"ii^iiiiis nvnit n|i( ris dfs itvÔciui'S, lui vniis |ni;os do la dcttnno, et' |uo tous Us (liéologiitis scol(tsli(iucs (SU) nvnioMl (iroiondi'mont ignoré diins uno inalièio do cotln iin|Hirl!iMre. 1" Il h'lmi cite aiiiiin : cl conuiit' il lui éliiit aussi lai iio (|uo iiiVu'ssaiio ili! |)f(>iluii'e du luiroils Icinoignagt'S, s'il en avait eu do lavoialilcs, son silence seid est uno iinuvo iiu'il n'en avait (loint. 2' Où les |ii'élals, ipi'il aurait |iu consulter, avaient-ils |iuisé ee (pi'ils enseignaient à leurs peuples comme la foi de J'iiglise? Dans les leçons ou dans les écrits do i;cs inOnics scoîasliques si éloigné's , selon Jansénius, do la doclrine de saint Augustin. Col, h la véiili!, une objection (ju'il se l'ait à lui-même (90). Mais dus deux parties de cette objection, ilont l'une est lo îait qui lui sert de base, l'autre est la conséquence injurieuse à rFglise, qu'on élève sur ce fondement, il se conlenle, comme nous l'avons déjà vu, de contester celle-ci;
10 fait demeui'e aussi conslaiit par son acqn'cscemenl tacite, qu'il l'est par sa prO[ire évidence. 3° Les évéques, piédécesseurs imuiédials et conteniiiorains de Jansénius, sont sans doute compris dans celte raullllude (91) « innomlirablo d'iiommes pieux, lrès-a()pli(|ués et tiès-|)énélranls, » dont l'ignorance sur « les myslères de la grâce lui causait tant d'étoniicment et do perplexité. »
11 ne pouvait comprendre « comnient il était arrivéqueces m3Slères, autrefois enseig'iés avec tant d'assurance et de clarté jiar saint Augustin, par ses disciples, par l'Egliso romaine, mère et maitiess« de toutes les autres, fussent de son tem[)S (dongés et ensevelis dans do si profondes ténèbres. » La nouveauté peut-elle se trahir elle-niôme [uir
(S9) On nefai* pas un '-nn.c à J niscniiis de s'cire lilaiiit (|iie recule en [;c.iéial iC fùl oiciipée tic piiisiciii'S (jiiesnuiis pins ciuienscs ul plus absLiaiics qu'utiles, ni ir.noir ici)iO';lié à îles suil.'is i pics de ilonner trop à une (liakeili|ne subtile, cl lr"|) peu ù l'aMlorilé (les livres saillis el delà iraiil.ion. Il n'est ni le premier ni le seul (pii ait loiiin; ces plaintes. Mais lie son temps, el nienie avant lui, la tliéulo^ie positive élait iléja cultivée par des antûuis dont il n'approuvait pas les sentinieiits, dont i|uoli|nes-iiiis cepindanl, sans lui l'aire tort, l'egalaicnl on le surpassaient dans la eoiiiiaissance de l'aïuiqnilé ecclésiasiiqiie, qui respectaient saint Aiigiisliii aiilaut qiio lui, el les antres l'èies beanconp plus que lui. D'ailleurs i\ti\.\\ choses sont certaines: I une, que ce n'est point le nic'pris des l'éics, mais uniquement la liar- Ijarie des temps el la ilisetle des secours nt'cessaires, qui a délonrné, avant les denv derniers siéilcs, les seolasiiques d'étudier, amant qu'on l'a t'ùl dans la suite, les anciens moniiinents de la religion. L'.m- Ire, que malgré cette ignorance, les scolasliqiies ont recueilli des l'eres les dogmes essenliels à la religion, et qu'ils ont rendu à l'Eglise le service iiiestiiiiable de pcrpélncr lideleincnt la Iradilioii d.iiis des siècles où ils étaient les seuls deposilaires de la siience ecclésiastique. Jansenins a donc lianclii loiues lu» bornes, quand il n'a pas ciaint de (iroposer comme des vérilés capitales, comme l'ancienne foi de ri:)glisC, des dogmes uun-sculunienl ignorés, mais
des aveux plus décisifs? l'ciil-ello ôlrc mar- (|uéeà des traits plus sensibles?
Il re«tnil h Jansénius nn moyen pour rccoimnttro si sa doclrino i lail cille que l'F glise avait toujours crue, ut qu'ello croyait eiicnro : c'était de la confionler avec, lu tradition du Siège apostolique. Saint Augustin et les autres évéqncs d'At'riquo en avaient usé ainsi. Après s'être élevés contre les eri-ciirs de Pelage, ils voulurent s'assuier (92), par le sulfrage du Souverain l'onlife, que « lo |>elit ruisseau qui coulait «dans leur l';glis(3 « venait de la même source d'où était émané le ruisseau si |ilein et si abondanl » de l'Eglise romaine. Jan>.éniiis se croyait dans les mêmes circonstances que saint Augustin : il se llallait de soutenir les mêmes vérités, de conibaltro les mêmes erreurs; il était donc aussi autorisé (]u'intéressé à vérifier sa doctrine sur celle ipi'il trouvait établie dans celte Eglise
11 se déclare, je l'avoue, en plusieurs endroits de son ouvrage, inviolablement atlrclié à la doctrine et à l'autorité du Sainî- Siége. Il a répété avec encore jilus d'énergie les mêmes firolestalions dans son testament. C'est |iour cela que l'I^glise n'a jamais flétri sa personne et sa mémoire. A Dieu ne plaise que nous allions [ilus loin qu'elle. Keligieux observateurs do ses lois, nous ne jugeons d'après elle que le livre de Jansénius, tel qu'il a été donné au public, ot tel qu'il no l'aurait jamais été, si ks éditeurs, chargés du soin do son imjiiession, avaient littéralement exécuté les dispositions espres'ses du testament de l'aulenr. Nous ne jugeons même ici son livre que sur les aveux qu'il cuniienl. Ces aveux prouvent que l'auteur, emporté [lar l'amour de son système, dén)cntait malgré lui, dans la chaleur de la coaiposilion, les senlimenls dont nous [iré-
cnniredils, de son propre aven, par imis les scolasliqiics sans e.xceplion : Quumi'is rcfragunlibiis sclio- Icsliàs univeiiis.
(90) < Popiilns Chrislianns ubiqiic Icrraruin Icnct qiiod paroebi el aiitisliles doceiil : bi veto qiiod ia scliiilis a d.icloribiis vel In script s euriiin ir.uliliini pcrccpeniiil. Qui si |ier lot aiinos plerasqne senierilias docueruiil, i(uas ab AiigiiSlino reprobalas cssu dieitur, Ecclesia profei lo ieio univeisa erroiibns niaculata fuit. (Libr. iiruœiniiitis, cap. 50.)
(91) ) Sed nniim eiat quod me j.im i.nle... non iiicdiocriter snspcnsum perplexnmqne lenebat. Milabar enim velieiiienlissime qui lieii possei ut niy^leria illa gialise qiix oliiii a sanclo Angnsiino, el discipnlis CjU^, ipsaque Ecclesia nomaii;. oniiiinni maire et magistra laiila certitndine et scc.irilaii! liadebanliir, tantaqiie lucc illonim calamo propal.iia esse, doctoriini virorum jiidicio censebantiir, nunc lanlis icnebris immersa cl obrula delilesceieiil, lit ihmmier.ibiliiim pioiuni el sludiosissimorum et a. nts^iii;oiuin virorum inter se snnima contenlione de veiitale ceriaiitiuni acieni fugeieni. (liid., tap. 2).
(9-2) I Mon riviilnm noslrnni tuo largo l'onii aii-
gi'iido rerundimiis. Seil iitriim «li.im iiosler, li-
cel c.vigiius, ex eodem qiio eliaiii luns abniidans emanet capile lliieiitoruin, lioc a le proliari voluiniis. » (S. Auc, epibl. 175, «</ liuioieiilium fiavam, 11. 19.)
œUYRES COMPLETES DE LF.FIUNC DE POMPtGN.VN.
sumons que son cœur était sincèrement touché.
Si la passion de dogmatiser avait laissé lin libre cours à ces sentiments, aurait-il pu douter que sa doctrine ne fût connue du Saint-Siège que par les condamnations qu'elle y avait subies depuis peu? Il se les objecte lui-niôme (93). Sa [iremière réponse est que les censures de P-ie V et de Grégoire Xlll, contre des propositions semblables aux siennes, ne les proscrivent pas comme exprimant une docirine fausse enelle-mcuie, mais comme téméraires et scandaleuses |iar les quaiilications dures et outrées dont elles noient les sentiments opposés.
Cette réponse pourrait suffire, à l'égard seulement de quelques-unes de ces propositions, dans toute autre bouche que la sienne. Mais dans sa bouche elle le condamne, et il est surprenant qu'il ait allégué jiour sa justilication ce qui le rend évidemment plus coupable. Car il garde encore moins de mesures que Baïus dans l'improbation des sentiments qu'il rejette à son exemple. Jusque dans Je litre d'un chapitre (94), 011 l'on parle ordinairement de sang-lioid et sans exagération, il accumule les teimes injurieux, pour noircir la doctrine do ses adversaires. Il est vrai qu'il prétend en avoir acquis le droit par un développement de la doctrine de saint Augustin, bien plus lumineux et plus étendu que Baïus n'avait pu le donner. C'est-à-dire, que la doctrine de ce Père, ca|ilive, obscurcie, faiblement détendue avant Junsénius, attendait scm arrivée [lour sortir de sa [irison et de ses ténèbres; pour prendre, en confondant ses ennemis, le ton impérieux qui lui convenait, et pour forcer le Sainl-Siége à rétracter des défenses qu'il n'avait faites, que parce qu'il l'avait d'abord méconnue (95j : Aliquos Marcionitas et Valenlinianos liberanda verilas exspcctabat. Jansénius est si sûr d'obtenir celle rétractation, qu'ii la prévient : et avant même que le Saint Siège ait pu ouvrir les yeux à la lumière qu'il lui présente, il renouvellr, il aggrave lus quaiilications, dont il avoue que la dureté avait attiré ses analhèmes. Je vous laisse à penser si cette première réponse de Jansénius résout l'objection qu'il s'était proposée : au contraire, elle établit invinciblement par lui-même, que ses prétendues découvertes dans saint Augustin étaient au moins ignorées de l'Eglise romaine, lorsqu'il travaillait à les lui exposer.
Mais enfin l(jules les propositions condamnées, dont il s'agissait iJaiis ce moment, n'avaient pas cette- circonstance accessouo
(95) Lib. IV De slulu ualurcv tapsw, cap. 25, 2G ei 27.
(94) i Niigse, (leliriiim, insaiiia, error, impleins roiilraria Clirisliaiioriiiii seiisui , scripluris, ei fidei, quod inndtiliuni sil iilla vcra viiliis vel opéra siiie petcaio juxta Augusliiuiin el loiic.l un' Arausicaiiuiii. I (Ibid., tap. 17)
(95) Tertl'll.
(90) I Ingénue faleor niilii liic aqnani luererc > (Lib. IV De itatu nntiiia' /n;isœ, cap. 27.)
de qualifier avec aigreur les senlimenls Ofiposés : le plus grand nombre ne renfermait qu'une simple énoncialion de la doctrine embrassée par Jansénius. Que répondre à leur condamnation? « Il confesse ingénuemenl son embarras (96). »
H devait être grand, sans doute. Et il ne faut pas croire qu'il n'eût d'autre principe que rattachement de l'école de Louvain, dont Jansénius était membre, à l'infaillibililé du Pape. Quel cœur catholique ne serait effrayé de se trouver en opposition, dans des points qu'il juge appartenir à la foi, avec le centre de l'unité? Si M. Bossuet appelle la prompte et subite réclamation d'une grande Eglise (97), « le pre.mier coup de l'ancienne tradition qui repousse la nouveauté, » à combien plus forte raison doiton nommer ainsi une condamnation prononcée par le Saint-Siège? Condamnation intervenue dans la naissance d'une dis[)Ule si fameuse el si échauÛ'ée dans la suite, mais peu connue alors, et dont bien peu de personnes s'étaient encore mêlées; dans un lemfis où l'on ne peut dire avec la moindre couleur que des intrigues et de [laissantes sollicitations eussent prévenu le Saint-Siège, dans une matière oii la plus ombrageuse crili(jue ne saurait supposer qu'un intérêt d'autorité ait déterminé son jugement. C'est avec une telle condamnation que Jansénius ne pouvait concilier sa doctrine. Dans le dessein où, malgré cela, il était de la soutenir, son embarras devait donc être extrême, indé[)endamment de toute opinion particulière sur l'autorité du Saint-Siège.
Il ne se lire de cet embarras que par une chicane de grammaire, dont tous ceux qui ont étudié les controverses du temps sur la grâce sont instruits, mais dont il est inutile de vous instruire. Il suffit que vous sachiez qu'une trans[)osition de virgule, combattue d'ailleurs, et détruite par les plus fories preuves, fait dire à trois Papes , Pie V, Grégoire XlII,Uibain VIII, qu'ils condamnent des propositions « soutenables, soit en rigueur, soit dans le sens propre des paroles» tel que 0 les auteurs » de ces proj)ositions « l'imt en vue. » Comme si dns pro|iosilions innocentes et irrépréhensibles de ces deux manières pouvaient être condamnées dans aucun tribunal; et (lue le Saint-Siège ne se fût pas couvert lui-même d'un opprobre éternel, en déclarant qu'il les condamnait.
Jansénius a senti celte diniculté qui saute aux yeux. «Pourquoi donc, demande-t-il i98j, ces ;iropûsilio:is ont-elles été proscri-
(97) Relation du quiéiisme.
(98) < Curergo, iiiiinies, proscriplx siint.... Iinc e^il suniMioruni poiuilicuiii pnideiilia, iil quia scliolasliroriini dispulaliuiiilius Augusiiiii diicirina lia <ral ubscurala , ei iiilerpreialiniiibus plausibilibus ipiidciii, sed ab ejus ineiile reinoli^siuiis quasi obl'iiia, ut quu^trani csseï veia illa et ab Augiislino assena seiiieulia dilliciiluiic disceriii possel, altéra pars, siiie pia-judicio vcr.taiis, laiilii-per ve:arel(ir, lanqiiani qua; vclusia quasi iiovitaie nosiri tempo-
PART. IV. TIII'.OI roi.F.M. INSTULCTION SlIU L'IliaiKSIi;.
tos? C'est, it^|>onil-il, que Liiloclriiioilos.iiiit AtigiiNliii iWiml si ubscuicii' p.ir lus tlis|iulos des .srt)liislii|iie-i, el eoiiiiiiti inii^.uilie |ifir des iiUer|iiélulii)i\s plaiiMbles, iiwiis très- (•loitîiiéfS ilo son tS|iiil , eu xirle i|u"ellu iio |iuuviiil |>Uis ôivti déiiiùlée (lu'iivcc les plus Uraiides ilil!iiul(és, il « él(^ de lii |iiUile(i(C des Sdiiveiiiiiis l'oiilifes d'iiilcnlirf |iiiivisiomielleiiieiil, el s(uis|iréjiiiliiiei' ii hi vitilé, eellli (les (li'iix senlliiieiUs diinl la iRiilveaiilt-^ appareille, tpioiipie réelleiiieiit «iicienne, ♦aiisait ilu triiiil>le ttdii st-andalo uiix docteurs do notre temps ipii ne cniiiiaissaieiil pas son aiitiipiile. » Ailiiiiiaiile prudence, (|ui, sans su doniicr la peine de iiMisdIter-la vérité dans sa source, déhiite par Condamner des (iropositiuiis qui l'éiioiicenllqu: lortilie, par cette condaiiiiialioii aussi précipitée qu'injuste, des piéjugés qu'd fallait au moins rappeler à un sérieux examen, pour pouvoir ensuite, les déracinei 1 qui Se terme ainsi, de iiièino (pi'aux lidéles qu'elle devait guider, le clieiiiiiide la vérité? Ou'est-ce donc que préjudicier ù la vérilé, ou|ilutùl, qu'est-ce que la fouler aux (ueds, el lui porter le coup mortel, si cela ne l'est pas'? Telle est l'unique issue de Janséniiis dans le fdclieux délité où il s'est mis. Tuus ses elloi Is pour s'en déj^.iiier linissent par do nouveaux aveux que la doctrine, qu'il se vanto d'avoir puisée dans s.;iiit Augustin , n'est (las moins inconnue au Siéj^e apostolique, qu'à toutes les écoles, à tous les docleurs, à tous les jiréluts.
Dans cet obscurcissement général d'une si précieuse doctrine, au milieu des contradictions qu'elle é|irouvait de toutes (larts, (ju'était devenue, selon Jansénius, la foi de l'Eglise"? Ici son embarras devait être encore plus grand : il ne l'avoue j>as né.iiimoiiis; il se tlatte de sé[iarer la cause de l'Eglise do celle de ses innoHi</ra6/es adversaires. Esi-ce en assurant que, (lar son enseignement (lublic elle foudroie leurs eiieiiis, el conliime liauteinent la foi qu'elle prcdessuitdu tem[)S de saint Augustin? Il n'y avait pas d'autre moyen de justitier l'Eglise, à s'en tenir aux nations communes des jïromesses qu'elle a reçues de Jésus-Clirist, et delà perpétuité de sa tradition sur les dogmes qu'elle a une foisdélinis. Mais la notoriété des faits résistait h celle allégation. Il était trop manilesle qu'une doctrine ignorée, de l'aveu de son auteur, |iar tous les madrés de la science des cliuses saintes , par les prélats et les chefs de l'Eglise, en un mot par tout l'ordre ecclésiastique, ne pouvait être diserlement comprise uans l'enseignement ordinaire et publie. (Juelle estduiic la ressource de Jansénius? une distinction, ou mal ap|iliquée dans ce qu'elle a de véritable, ou iausse e'
injurieuse >i l'Eglise dans rii>-age qu i! en pi'iit faire pour sa propre cause.
u Dieu a promis (U'J), dit-il, à son Eglise la loi pure des myslèrcis, mais non ims leur intelligence, l'ur exi'iiiple, quand elle croit el qu'elle prêche le dogme de l'unité de la nature divine dans la liinité des personnes, si nu(-un de ses enlanis ne comprend la manière de ce dogme, et <|u'eii ciin-é(iuence ils se partagent en diverses opinintis, et avaiK'cntde ccrlaiius choses (pii délriiis(;nt sccréleiiient la loi qu'ils professent, l'Eglise n'est pas pour ctda coiipablecriién'sic. (J'i-st ce qui est arrivé, ajoute-t-il, dans iiresiiiie tous les points de doclrine sur l(!S(pjels les scolasiKjues se sont écartés de saint Augustin, »
l'-t c'est précisément ce que je lui nie, suis sortir de sa com|iaraison. Car n'est-ce (pi'une simple ignorance du cornmenl et de la maiiièrii dans les dogmes de la grilce (pi'il reproche aux scolastiques, et à tous ceux qui de son temps enseignaient dans l'Eglise avec auiorité? N'est-ce pas (liulôt une o(iposition formelle avec la doctnnede saint Augustin adoptée autret'ois par l'Eglise entière? A (juel propos aurait-il déplore avec tant d'amertumo robcurcissemenl et l'oubli de cette doctrine ? Que d'années et de peines perdues , s'il n'avait eu (J'autro projet que d'ai'[)renilre à sini siècle, la maiiièie incompréhensible et inell'able dont les mystères de la giAce s'ojièient dans le cœur humain ? L'Eglise déclare volontiers qu'elle ignore et qu'elle ignorer;' loujours comment la Trinité des personnes s'allie dans la divinité avec l'unité de la nature divine. Elle souil're, elle approuve la même ignorance dans ses enfants : disons plus, elle trouverait mauvais que quelques-uns jiréteiidissent en sortir, et l'en tirer elle-môme par des explications présompt'ieuses ; mais surtout elle n'aurait garde de tolérer ces explications, si elles contredisaient la substance de ce dogme fondamental. Jansénius n'aurail-il pas eu horreur de supposer un élat de l'Eglise, touchant la foi delà Trinité, semblanle à celui qu'il lui attribue touchant la doctrine delà grôce? Auiail-il cru qu'on dût seulement écouter un docteur qui, sous jiiétexle qu'il aurait passé sa vie à lire les écriis de saint Alhanase et de saint Hilaire de Poitiers, serait venu dire à tous ses contemporains, que depuis bien des siècles ou avait perdu l'intelligence des écrits de ces Pères; qu'on avait oublié la doctrine qu'ils avaient défendue contre la ariens au nom et avec l'applaudissement de l'Eglise: qu'une philosophie humaine y avait substitué des opinions, les mêmes quant au tond, si ce ,;j'est quant au langage, que celles de ces
ris (ioclores veliistaiis ejiis iiiscios oITeiulerel scan- (laloque i^perliirbarel. » (Lib. iv., De slulu iiaturu; lupsœ, cap. 27.)
(9'J) f Arçaiioium niysterioriiie iiilegrnin fi.leiii iior. iiilulligeiiliaiii lu liac vil;i Dl'Us [iroiiiisii LIhIcsm;. L'iide si roclissiiiiain lideiii liccluftia de tiiiiiii iiltm)turuiii dlsliiicliune in iiiia divliiilaiu cieilal ui pra;-
dici't; seil neiiio lilioriini rjiis iiiodiim assequaîin', el piiipierea diversis iipiiialioiilljus coiillicteiiiiir , cl i|iia'daiii diianl quibus (HCnlio liik's i|is,i i|iiaiii Uieii- Uir eveiliuir, iiull.i lix'icsis iiividia in licclesiaia cadit. lia vcro in |)li;risi|iie capilllius diidriiiie ac» ci<lit iii i|iiil)ns scliolasilci ab Aiiguslliiu leccsscre. i (l.ib. piiiam., cap. 5U )
OEi;vB£S coMPr,. ue LEFRA^c diî Pomimunin. II.
ŒIJVUES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
liéréliques? Son exemple prouve donc contre lui.
Il en est de mênieilesa maxime générale. Dieu n'a pas promis à l'Eglise l'inteiligenre de ses mystères, content de lui en avoir accordé la foi. Oui : mais celle inleliigence qu'il ne lui a pas promise est celle du comment et de la manière; et cette foi qu'il lui accorde renferme une connaissance assez nette des vérités qu'elle croit, pour qu'elle puisse les distinguer avec précision des erreurs qui les combaltent, et les enseigner à ses enfants dans ce degré de clarté. C'est »ine connaissance qu'elle a toujours eue à l'égard desdogmes populaires, de ceux surtout dont la foi explicite est absolument nécessaire au salut, tel que le dogme de la Trinité. En quoi l'exemple de Jansénius n'en est que pius mal choisi. Les vérités nié.es parles pélagiens, sans être au même rang daiTsl'ordrede l'instruction chrétienne que le dogme de la Trinité, sont néanmoins des vérités populaires , l'Eglise les croyait et les (irofessait distinctement avant saint Augustin. Il n'est pas permis de supposer que le souvenir s'ensoil tellement elfacé ou obscurci au milieu iJ'elle, quehpies siècles après ce Père, qu'elle ait eu besoin qu'on lui rappelât, qu'on lui développât de nouveau ce que saint Augustin avait défendu avec tant de gloire sous ses yeux.
On ne pourrait pas môme supposer cet obscurcissement à l'égard des dogmes non jiopulaires déjà établis pai' des décisions de l'Eglise. Avant celte époque, ils pouvaient n'être pas distinctement connus dans l'Eglise entière. Elle n'avait pas encore été obligée d'examiner et de déclarer sa tradition sur ces dogmes. De là naissaient les erreurs excusables de quelques-uns de ses entants. A'oilà où Jansénius peut placer (100) « les fausses opinions corrigées par cette toi immobile, qui attend avec sounjission le jugement du tribunal de l'Eglise. » Il peut aussi les placer dans les questions agitées depuis longtemps entre les théologiens catholiques, et que l'Eglise a toujours jugé à pro- }ios (Je laisser indécises. Alais que des dogmes qu'elle aurait autrefois déûnis fussent tellenjent disparus durant plusieurs siècles
(100) • Fldes immobilis.... corrigit falsas opinioiics juMa qiias ciiin aiiiiiii subiiiissiune sub iribuiial Lccit'sia; lideiii explicaiil. > (Libr. proœm., cap. 50.)
(ICI) ]bi(l.
(IU'2) Ibid.
\10ô) t ISaiii ol ipsi (bcbolasilci) ei iiniversa Ecrlesia {rccllssiiiiaiii liclcin in caiiuiilbiis suLs el in precibiis suis, ipsaqiiu oraiinnu doniinica qiiuliJiana proleslauir, in (juibiis ([uidiiuid Augusliniis de giatia el pr;i;deslinaluiiie dotuii coiiipieliiiidiliir. Seii quia viiii curuui non alienduiil, iie(|ue inlelliguiii, liiiic divei'sis opiiiiuiiibus a se divuUi siiiil, qudius inadvertenlLT lideni aliqui, quaui calliolicc proliU-mur, inieiiuiuiil. > {ibid.)
(104) Jansénius parait, dans celte plirase, n'allribuerqu au toips enlier iies lliéologieiis scolasliques l'ignorance du viai sens des anciens taiiuns bUi la glace el de l'Oraison dominicale. (;e sérail déjà un assez grand inconvéïiieni. Ahiis la su. le de son dis ■ cuurs et de son raisoiuieinenl demandait qu'il ai-
de son enseignement ordinaire, public, autorisé, qu'on ne piil en retrouver la trace que dans des écrits anciens, Jansénius est le premier qui ail osé le dire parmi ceux qui ne font [las profession de rejeter ouvertement l'autorité du l'Eglise.
Vous lui faites lorl , me dira-t-on. Il ne se contente pas de remonter au siècle de saint Augustin el de ses disciples, pour y chercher sa pro(ire doctrine. 11 la trouve (101) «dansiles canons el les prières de l'Eglise, dans l'oraison dominicale qu'elle récite conlinuellement. » Ces pièces authentiques, d'un usage familier aux lidèles, et où la foi de l'Elglise se. conserve avec éclat (102), « contiennent tout ce que saint Augustin a enseigné sur la grâce el sur la piédestinalion. »
J'entends. L'Eglise avait des litres excellents en faveur de la vérité; elle n'avait j-imais cessé de les respecter; il ne lui raanipiait que de les bien connaître, et d'em- [H'clier quepardes inter|)rélalions perverses on ne les fît servir à l'établissement et au triomphe de la vérité. Ecoutons Jansénius :
« Ils (103) (les scolasliques , tous les théologiens , tous les docteurs de l'Eglise l'étaient alors plus ou moins) ne font pas attention à la force des textes qu'ils ont entre les mains et dans leurs bouches. Ils ne les comprennenl pas (lOi). C'est pour cela qu'ils se divisent les uns des autres par des opinions dilférentes:d'où il arrive que quelques-uns détruisent, sans le savoir, la foi catholique qu'ils professent. » 11 devait dire tous, puisque l'ignorance et l'inattention, dont il se plaint, sont communes à tous; puisque l'opinion des thomistes, qu'il semble vouloir exce|iler ici, esl selon lui « ca- (lilalement o[iposée aux principes de saint Augustin; » puisque entin la foi est également blessée, el par les o^/inions hérétiques que les uns enseignent, sans le savoir, el par la complirité Ue tous les autres qui, à l'exemide Ue l'Eglise, ne voient poiut d'hérésie dans ces o()inions.
Comment donc ces canons dont on a oublié le sens, des prières qu'un récite sans les entendre , sulliscni-iis pour mettre à couverll'orlhodoxie de l'enseignement public
Iribuàt celle ignorance à l'Eglise elle-nicme. Car il commence loiil ce morceau par dire « que si l'Eglise universelle cioyanl ce qu'elle doil croire el conrossanl piibliquenienl sa loi dans des prières el des foraiules orlbodoxes ne co» pieii.iii pas assnz comineni ce qu'elle croii est vé.iiMblc, ei que ses enfanls selaissassenl eiilrainercn diveis seniinicnls par des conji'clnrcs liuinaines cl a\ec une suueio sdiiniission, l'Eglise entière ni aucune de ses parlies n'en soiiUiirail aucun préjudice dans sa loi», il continue par l'exeniple, que nous avons déjà d siulè, de ce que l'Eglise ignore Ijiichaiil la Tnnilé. Il applique loul de snile ce principe aux dogmes ne la grâce. C'est donc l'Eglise elle-mèine qui, selon Jansénius, ignorail de son lenips la luree el le vrai sens des canons qui coiilieniienl la iloclrine de sa i.l Aiigiisiin sur la grâce. Ce n'esl i|ur par un sei.liniciil de puilcur el do respecl qu'il rejette dans la plii.ibe cilee celte ignor.iiice sur les seuls scol^s-
tlques.
77 l'AKl i\. im.ci.. roi.i.M. -
(l.'iiis rRgliso? ■ P;ir I» in(>iiiti r.iisoi), ri^- |i(iiiiJ J;uisc^iiiiis (105) (|u'im ii ciniluiiin di; iliru dans rti(liiiiiii»tiMtiui) des sociuiiii-iils, i|iii) riiiluiitiuii gciu^ivile df laii'C vu ijUL' Jé- !>iis-i;iiii>l a iiistiiiu^ (III Cl! i|iu- l'ail Tli^lisr, corrige soi'ii'tfUiuiil le» opinions l'ausics el iiit^iiiu lii^réliijiu's, tiu'oii peul uvoir suc k's Ibrmcs des suiTi'iiu'iits. «
Celle coiii|iarais()ii a quc'l(|iio clioso do spécieux au premier coup d'œil : exaniiiiéo de près ellu esl aussi peu juste i|ue peu conclii.inle. Nulle resseuihlaïue entre l'adniiii'stralioii valide des àacreiueiUs el la conlessioii do la vraie fi)i. La vertu dos sacreuienls est indt^|iondaiite des sentinienls de celui ijui les adiiiiiiistrc, aiiLsi i|ue de ses iiia'Uis. <^>iiui(iu'il erre, iiuoi- (ju'il soit iiiùuie liéri^liiiue sur la forme des sacrements, c'est-i\-dire, sur l'ellicace ou le sens des paroles destinées à les administrer, si toutefois il (iroiioiico exaclement ces paroles, en a|)pliiiu;uit légitimement la matière on l'élément sensible, l'institution divine subsiste alors avec tous ses ellets. Ce n'est pas que la volonté générale, que cet administrateur liérétitiue des sacrements a de faire ce que fait l'Eglise, produise rien en sa faveur. Elle est louto à l'avantage du lidèlc, qui les reçoit avec les dispositions requises. Loin de corriger les erreurs du premier, elle lui devient funeste par la [irof.snalion du sacreiiient (|u'il confère valideluent, mais sans la foi qu'il devrait avoir; au lieu que les sentiments personnels enlient essentiellement dans la confession de la vraie fui. Elle a beau èlre [)ure et orthodoxe en elle-même, elle ne corrige pas les erreurs de l'Iiérétiquç.qui en détourne et en altère le sens, tandis qu'il en prolère les paroles du bout des lèvres, ou si l'on veut mèiiie, avec respect. Les seules erreurs qui puissent être corrigées (et qui le sont aU)rs dans l'esprit et le cœur de leurs partisans, non par des paroles saines faussement interprétées, mais par une soumission sincère au jugement de l'Eglise non encore rendu) sont les erreurs i[ui n'ont iioint élé condamnées.
Car si les iiérésies réelles, déjà frappées d'analbème dans l'Eglise, pouvaient )• être punliées par un nttacheinent avt-ugle à d'anciens canons qu'on n'entend plus, |)ar une iJJélité scrupuleuse à réciter des jirières dont on ne pénètre pas la force, que deviendrait l'unilé de la foi? que deviendrait la perpétuité de la tradition"/
L'unité de la foi se réduirait à répéter de concert les mômes formules, sauf à leur donner des sens Irès-éloignés du véritable. La perpétuité de la tradition ne consisterait pius ([u'à transmettre de génération en génération les mêmes monuments toujour's révérés, mais dont l'intelligence, abolie du-
(105) t Quetiiadmoiluiii in sacrameiUormn ailiiiiiiisiraliuiie diti solel quod voluiilas illa gt-iieialis lacieiidi quoi] Cliiisliis insliliiit vel iiiioil fjtil Ecclcsia C(irrii;il, lalciiler opiiiionos quilius lalsa imo el luelelica (le saciaiiieiUuriiiu luiiuis opiiiaiilur, ita ei liic IJdes iiiiiaobilis, qua cieduul \erum e=st' qiiod