CHAPITRE VU
De l'utilité des tribulations et des peines.
Vous êtes abandonné, vous êtes tenté, vous avez des scrupules : vous soudiez des douleurs dans voire corps et de plus cruelles afflictions dans votre ùme ; cousolezvous. N'avez-vous pas le secours de la patience ? Si elle n'est pas un remède universel, elle a du moins cet avantage d'èlre plus un bien que les peines et les douleurs ne sont des maux. Le plus grand etl'ort de la charité est sans doute de donner sa vie pour son ami. Hélas! vous pouvez sacrifier plus que votre propre vie eu soutirant jiour Jésus-Christ ce qui vous parait moins sup()oitable que la mort, je veux dire ces abandons affreux, accompagnés de tentalions violentes et de toutes les tribulations de l'esprit.
On sèvre les enfants quand ils ont liasse l'âge de téter. Dieu ne donne point aux adultes de la vie spirituelle ces tendresses de cœur et ces petites consolations qu'il accorde aux commençants. 11 les nourrit du pain de larmes et de l'aliment solide des tribulations. Dans r.4/joca/(/pse, Notre-Seigûeur se montre à l'évaugéliste saint Jean avec une ceinture autour des reins et i)lusieurs étoiles à la main, parce qu'il n'a coutume
OEUVRES COMIL. DE LefRASC DE POMPIGNAN
TU vmiCTION. - M.WIMES SPIIlITLELLES.
d'éclairer véritahleiiient les flmos «juc lorsqu'il les prive de« ngrénieiits do elle vio et i|u'il leur bnvoio les douleurs ul les ofllirt ons.
Craignez le péihô et non In peine. iNjur- (|Uoi vous affliger dans ce qui plaît à Dieu, et vous déplaire dans ce (pi'il aime? Il (!st temps que vous souilliez. Quel excès d'amour-propro de ressentir si viveinenl les peines, d'aimer Dieu si faiblement et de nu pas vouloir ce qu'il veul pour votre bien 1
Fortiliez-voiis dans vos angoisses présentes par l'ospéranco d'une vio meilleure.
Tous vos jours ne sont pas des jours d'amertume; il s'y môle quelques adoucissements et des tendresses de dévotion. Lo calme vient après la lempète. Un bon fils n'est point fAché»i[ue son père le châtie : il sait tju'aux châtiments succéderont les caresses.
Si vous aimiez Dieu d'un amour véritable et pur, vous ne voudriez passer aucun instant de votre vie sans soull'rir ijuelque chose |)our lui. C'est un bonheur inexprimable (juo d'aimer et de soutfrir. Une âmo destinée à jouir élernelleinent de Dieu ne devrait jamais durant cette vie, interrompre ses morlilications.
C'est sur la croix que vous trouverez Jésus-Clirisl, notre rédeuqiteur. ChercLez-le au milieu des croix. Plus vous voudrez souffrir, et moins vous souffrirez en cllet. Plus vous soumettez votre volonté pour vous attacher à la croix, moins celle-ci vous paraîtra pesante. Kien ne vous causera tant de boutlrances que votre propre volonté.
S'il y avait dans cette vie, ou s'il y avait jamais eu quelque chose de plus noble, do plus utile etde plus avantageux h l'homme que les tribulations, Dieu lo Père l'aurail choisi pour son Fils. Mais comme rien n'est plus agréable à sa souveraine majesté, il a voulu que ce cher Fils souffrit sur la lerro plus que tous les hommes ensemble qui ont vécu, qui vivent et qui vivront à l'avenir.
Si nous adorons la croix parce que Notre- Seigneur Jésus-Christy a été attaché seulement [lendant six heures, quel respect ne devons-nous pas avoir pour les afflictions , |iuisqu'ellesont été son partage pendant les trente-trois ans qu'il a vécu I
Aussi tous les saints du ciel auraient-ils consenti à être privés de la vue de Dieujusqu'au jour du jugement dernier, plutôt que de perdre la ()lus petite partie des avantages et lies mérites que leur ont valu les tribulations elles adversités qu'ils ont souffertes avec tant de patience et de résignaiion pendant leur vie mortelle.