CHAPITRE Vni
Du discernement que l'esprit doit faire des sentiments intérieurs.
Examinezbien tous vos sentiments; peutêtre que ceux qui vous paraissent spirituels, sont [>urement charnels. L'esprit n'a pas besoin de choses sensibles ; et quiconque s'appuie sur elles, ne bâtit jias sur deS' loudements solides. Ces urétenJues ferveurs
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d'amour divin ne sonl quelquefois que des ardeurs passagères, qu'un feu qui s'évanouit en fumée.
Attachez-vous à l'amour réel; que ce soit là voire principal objet. Imitez celui qui avec une résolution courageuse s'élance au devant de la volonté divine, qui n'est point effrayé des périls, et qui oppose le glaive à l'épée.
fc. Vous ne devez consulter ni vos goûls, ni vos dégoûts, ni voire consolation personnelle, ni votre sécheresse. Cherchez seulementavec une constance invinciblela gloire et Je service de Dieu. Celui qui se conduit autrement, n'avancera guère dans la voie de Ja perfection. Il se retrouvera toujours au point d'où il était parti. C'est le fort deceux qui n'écoutant que la nature, ne. suivent point la raison, laquelle doit sans cesse être soumise à l'esprit.
L'intention particulière de Dieu est que le pécheur s'humilie, qu'il dompte ses penchants , qu'il surmonte ses inclinalious, qu'il souffre, qu'il renonce absolument à lui-même; et qu'il n'ait d'autre pensée, d'autre désir, d'autre volonté que de plaire uniquement à Dieu.
Ne vous réjouissez ni ne vous attristez avec excès. L'un et l'autre trouble également la raison. Je parle de la joie et de la tristesse des sens ; caria tristesse et la joie spirituelle doivent ôlre projiorlionnées à l'amour ou à la haine deschoses qui en sont l'objet; et c'est le moyen de peilectionner et depurilier cesdiUërents sentiments.
Vous ne devez, ni vous trop réjouir des consolations et des grâces que Dieu vous accorde, ni vous trop affliger de l'abandonnement et des périls où il vous laisse. Ces sensibilités si vives agitent l'esprit et causent des maux dangereux. Quoique la tristesse excitée par le péché soit bonne en elle-même, cependant faute d'élre réglée, elle a réduit bien des pécheurs au désespoir-
Comme le démon peut aigrir la tristesse jusqu'à la convertir en rage, de même la joie excessive peut dégénérer en folie.
La passion est une règle bien fausse de la bonté des œuvres. Que la raison seule eu soit la mesure.
C'est un mérite de servir Dieu avec joie; et l'on aurait tort de mépriser les consolations. Mais il ne faut pas les rechercher avec trop d'empressement. Nous devrions au contraire iiour l'amour de Dieu, choisir les peines, plutôt que le contentement dans celle vie, qui n'est après tout qu'une vallée de larmes.
Les consolations, les douceurs sensibles sont la nourriture des enfants. Suivant l'Apôlre, les révélations, les visions, les prophéties, quoique ce soient de grands dons, peuvent se trouver daus l'âme avec le péclié mortel. Mais l'aliment solide de l'homme parfait, c'est la charité, la morliiicalion, la patience, l'allliclion, la croix, l'amour de Dieu.