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MEMOIRE AU ROI

CONCERNANT LES LIBELLES QUI SE RÉPANDENT CONTRE LA REH:ilO\,

Fait en l'assemblée générale du clergé en 1773. (Exti'ail lies procès-verbaux des assemblées générales du clergé, pièces justificalives, t. Vlll, pari. I, p. 193).

SIRE

Il était de noire devoir de représentera \'otre Majesté les entreprises faites sur l'autorité de l'Eglise ; mais ce ne sont pas les seules plaies de la religion ; des besoins encore plus pressants nous ramènent aux pieds de votre trône.

Cette épaisse fumée, dont il est parlé dans les Livres sainls, qui s'élève du puits de l'abîme, et obscurcit l'air et le soleil {Apoc. is, 2), semble, Sire, s'être répandue sur la face de voire royaume. La licence de penser et d'écrire est portée aux derniers excès. Do coupables auteurs ne respectent, ni la pureté des mœurs, ni les droits inviolables de la puissance souveraine, ni les plus saintes vérités de la religion. Une morale dont on aurait rougi dans les ténèlires du paganisme, renverse les bornes du vice et de la vertu ; érige en S3Slèmo philosophique la reciierche des plaibirs et l'amour de la volupté. Ces prétendus piiilosophes, qui se font une gloire de mépriser tes idées commune? et de fouler aux pieds les bienséan-

ces, ne craignent pas même de souiller leur style des expressions et des images les plus indécentes.

On raisonne avec une hardiesse sans exemple dans la monarchie française, sur ^origine et l'exercice de l'a souveraineté. On oublie celte doctrine salutaire qui reconnaît dans la royauté l'empreinte inelfa- (jabla de la majesté divine. On s'égare en do vaines S()éculalions, pour découvrir un contrat primitif entre les t)euples qui obéissent elles princes (jui les commandent; el l'usage de ce contrai chimérique est d'all'aiblules liens qui doivent ks unir. Tel est, Sire, le progrès inévilablo de l'esprit de révolle et d'indépendance. 11 commence par secouer le joug d'une aulorilé qui règne sur les consciences ; mais, dès ijuc ce lueinier p.'s est franchi, il n'est plus de barrière (pu puisse l'arrêter. Les hommes dégoûtés de la soumission, allirés par l'amorce tlatteuso do la liberté, s'aciouluuieiil à regarder toute puissance (jui les gouverne, ou comme undéi'ôi qu'ils [n'uvcnt rcprciidie,ciu lonime

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

une nsurpnîion contre laquelle ils ont droit de réciamor.

Des hauteurs superbes s'élèvenl de toutes parts contre la science de Dieu. (Il Cor. x. S.) Les mystères qu'il a révélés, les lois ijii'ii a prescrites, ses promesses, ses menaces, tout est corileslé, tout est. en proie à la maligne et lémérnire ciitique de nos esprits forts. Ils rejettent comme incroyables des dogmes qui surpassent leur faible raison. Us s'inscrivent en faux contre les faits les mieux attestés et contre les iiionumenls les plus nutlienliques. Ils étendent môme Jeur [lyrrlionisnie, insensé jusqu'à des vérités connijns par les lumières de la raison. ]ls dépouillent la Divinité de sa providence, de sa justice et de sa bonté; ils confondent 1 iiomine avec la brute; et pour se délivrer des remords im|iortuns, ils affectent de borner leurs craintes, leurs espérances et tout leur être même, à celte vie fragile et périssable.

Les écrits qui contiennent ces pernicieuses maximesse reproduisent sans cesse sous nos jpux. Nous avons méuiC eu la douleur de Voir quelques-unes de ces maximr's dans des livres imprimés sous le sceau de l'autorité publiijue. Dautres ouvrages, quoique d'une impression fiirlive et clandesliiie, se déldtcnt avec une égale facilité. Des écrivains mercenaires tout, aux dépens des mœurs, de \'Eli\[ et do la religion, un trafic honteux du (dus noble des talents. Des imprimeurs aussi avides et aussi criminels, [irCtent à ces écrivains le secours de leur art. Le poison pré(;aré par les uns est multiplié par les autres; et les mains vénales, qui les distribuent, assurent le cours de la contagion.

Des maux si funestes peuvent-ils être compensés dans un royaume clirétien par l'intérêt du commerce"? Favorisera-t-on la séduction des âmes innocentes, l'extinction lie la foi, l'introduction îles principes les jilus séditieux, pour empêcher le transport des espèces nationales dans des pays élr<ingers? C'est, au contraire, aux livres qui s'y impriment, et dont on a lieu de craindre les l'ilets, qu'il faut iermer avec soin l'enliée de ce royaupje. Des précautions observées avec une inlle\ihle sévérité diminueront au moins les inconvénients politiques de ce coniinerce frauduleux ; et, quoi qu'il en ar-

rive, il sera toujours plus glorieux et plus utile pour l'Etal de souffrir malgré soi ce léger préjudii-e, que de travailler h sa propre ruine, en cultivant lui-même les plantes envenimées qui croissent sous d'autres climats.

Permettez, Sire, h des évêques, d'exposer h Votre Majesté, avec toute fa force et toute la liberté de leur ministère, la nécessité indispensable de remédier aux abus de la librairie. Les règlements les plus sages deviennent inutiles, lorsque l'exécution en est éludée, ou que riiifraction en demeure imnunie.

Nous supplions très-humblement Votre .Majesté d'ordonner de nouveau qu'il né soit accordé des privilèges qu'après un examen fidèle et confié à des personnes liabifes, non-seulement des principes généraux, mais encore de toutes les parties des ouvrages présentés à l'impression : et si, comme une triste expérience nous l'a déjà montré, quelqu'un de ces ouvrages surprend à l'avenir une approbation qu'il n'aura pas méritée, dordo mer qu'il soit et demeure supprimé, ou qu'il y soit fait les corrections nécessaires, sans égard è aucun des motifs que l'intérêt suggère aux auteurs et aux libraires, et qui ont été quelquefois trop favorable-! ment accueillis.

Mais les ouvrages imprimés sans privi-, légo, sont ordinairement les plus dunge-. reux. Nous conjurons Votre Majesté, avec les jilus vives et lesjilus resjiectueuses ins-. tances, de tourner toute son attention sur cet objet, le |)lus important peut-être de \n ]iolice et de l'adMiinisIration intérieure de voire royaunie. Quoique le mal soit ancien, quoiqu'il ait jelé de profondes racines, la [luissance. Sire, que Dieu vous a donnée, sullit pour le détruire. Le plus saint de vos prédécesseuis s'est acquis une gloire iiiimortelle par ses lois contre les blaspbéaiateiirs. Quelque horribles que soient les blasphèmes, le lorient des libelles scandaleux ebt un lléau plus redoutable encore pour un é at chrétien. L'appas d'un ggin ^ordide engage dans cet indigne métier les auteurs, k>s im|irimeurs, les distributeurs de ces libelles. La crainte des châtimenis servira de contrepoids à leur cupidité, et des exemples plus éclatants de justice et de rigueur imposeront à ces houiines pervers un silence éternel.

liEMONTllAlNCES DE L'ASSEMBLÉE AU ROK

(Tome Vi'II, I" pnrt ^sseiublijc du clcrg*^', I7G0. Pitces jusUncaUvcs, p. 2=5 )

Sllii:.

Une voix (O'inuc de Votre Majisié vient encore se faire entendre aux pieds de votre liône. C'est la voix du clergé de votre royaume, loujotirs plaintive, toujours gémissante, toujours sûre de trouver le chemin de votre cœur.

Non, Sire, nous ne craignons pas de replacer sous les j'eux de Votre .Majesté de»

lableaux afiligeanls qu'elle a déjà vus. Ils renouvelleront, disnns-inioux, ils redoubleront votre sensibilité ; ils n'épuiseront pas votre patience. On ne lasse, on ne rebute point un prince juste et religieux, quand on lui parle sans cesse des maux do la religion. Ces maux durent encore: ils s'aecrois.scnt même; ils se multiplient. C'est

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à ni>U!i .N en Juinandor le riMiiùili', cl c'est h TOUS, Siri', iin'il u|)|uirtioiit du rdccordor. Le l)(Milu-iir do-i rois ciirùtiuns (I), di<>jiit taint Au^iJSliM, uv consiste paH dans IaIoii- (;(ii> durée du leur rù^iio, dans lus enl'iints (|u'ils laissent, niirès une mort traiii|iiille, pour leur succéder, dans des victoires ii>inportéos sur des ennemis élrnnjjors ou doinesliijues. Nous ne les croyons véritoijlen)unt heureux, ([iio loisiiue, pour élendru el pour ulleruiir lo l'ultc tlo l»ieu, ils l'ont lioninui^e do leur puissance à lu souveraine majesté.

Telle est, Siro, la félicité que vous avez toujours désirée, iino vous préférez aux autres prérot;ativos do la plus belle couro!iiie de l'univers, el dont la root,' vous doit Olre applanie par les évCi|ues vos sujets, héritiers el dépositaires do l'esprit de l'antienne Eglise. Nous nianiiuerions à la îidélilé que nous avons juiée, au devoir lu plus essentiel du ministùro apostolique qui nous est cunlié, à l'attente do toutes les Kj^lises et particulièromont des provinces qui nous ont députés, si nos ro|irésentations aussi fortes quo respectueuses, no portaient pas aux oreilles do Votre Majesté les cris douloureuv de la rclii.;ion.

Kilo soulfre, Sire, dans l'autorité du tribunal suprême établi p.irson fondateur, dans Ja juridiction divine de .ses premiers p;rsteurs, dans la sainteté de ses sacrements, dans le dépôt de sa doctrine, dans l'ordre desa hiérarchie, dans les rès^les do la discipline ; ajoutons, pour réunir sous un niûme )ioint do vue, tous les traits dont elle est blessée dans l'unité de son sacritice, de ses prières, de sa liturgie, et jusque dans les fondements du culle, qu'elle rend au Créateur, de la morale qu'elle enseigne, des peines el des récompenses qu'elle annonce ; et toutes ces atteintes, (ijui pourrait le croire ?j c'est dans un royaume Irès-chrélien qu'elle les éprouve. Ce sont des magistiats plus obligés que lo reste des fidèles, K maintenir le respect dû nu sacerdoce, qui exposent les ministres du Dieu vivant au mépris el à l'ignominie. Ce sont des onfanls rebelles que l'Eglise par une charitable condescendance a bien voulu supporter dans son sein, qui le iiercent et le déchirent. Ce sont des Français jouissant du bonheur de vivre sous vos lois, qui entreprennent de rétablir rexercicc j)roscrit du calvinisme. Ce sont enfin des hommes élevés dans les principes de la vraie religion qui , sous le masque trompeur de la philosopliie, répandent de toutes parts le poison du libertinage cl de l'impiété.

N'odA, Sire, les dill'éronts olijet.> que l'nssemldc'o du clorgé de votre royaume i ri.-nd la libellé do vou5 exposer. Il n'en fut jamais de plus dignes de rattention d'un roi, (il.s atoé di,' l'Kgliso, et qui, h l'exemple du grand Tliéodoso ('2) estime' plus les iiu;uds qui l'atla 'hent Ji cette mère connuune des lidéli's, (pie l'empire (|u'il exerce sur la terre. t)n m.' nous accusera pas de confondre ici des iotérèli tenqiorcls ou th'S piatiques peu importantes, avec le lontls même de la reli..;io!i. l'eul-èlrc nous repr<Jcliera-t-on de.s teii'eurs panir]ues ou simulées. Malheur ii nous, si, parlant à l'oint du Si-igMcur et en présence de Dieu dont il est l'imago, nous osions passer les bornes de l'austère véi'ité. Des faits trop connus el lro|> graves pour èlre déguisés ou exagérés , gniantissenl la sincérité de nos discours, la pureté de nos intentions el laréalito de nos alarnii's. Nous craignons, il est vrai, mais nos craintes ne sont ni sans consolation, ni sans espoir. Nous lirons un augure favorable |>our l'avenir dos soins constants do la Providence, qui, depuis tant do siècles el dans les conjonctures les plus critiques, a veillé sur l'Eglise do France, et nous mettons, après Dieu, toute notre coullance dans l'allacliement invariable do Voire Majesté pour la i-eligion de ses ancêtres.

Si la constitution Unigcnilus n'élait, co'ame ont osé le dire (luelques-nns do ses ennemis, qu'une loi de police et de discipline, elle porterait toujours l'enqtreinto de cet esprit do sagesse et de sainteté qui n'abandonne jamais l'Eglise, et préside à ses moindres règlements. Quefaul-il donc penser do la révolte et des emportements iJes réfraclaires contre une décision si solennelle , ipji ne se borne pas à captiver la main et à lermer la bouche, mais qui exige dpi"es|)rit et du cœur une soumission sincère el sans réserve. Toute obéissance extérieure ^\x |irovisionnelle ne répond pas à l'autorité d'une constitution qui, par sa nature et i)ar l'acceptation du cori)s épiscopal, |irésente à tous les fidèles l'idée d'un jugement doginaliquode l'Eglise universelle, ou ce qui revient au môme, d'un jugement irréformabie dans cette raôiue Eglise en matière de doctrine.

C'est sous celle idée. Sire, que nous supplions de nouveau Votre Majesté do faire rendre à la bulle Uni ffenitus, dans tous ses Etals, le resnect et la véritable soumission qui lui est due, do réprimer la coujiaijle témérité de ces esprits opiniâtres qui s'élèvent encore contio un décret apostolique (3) confirmé, depuis tant d'années, par lo

(I) Ncquc cnim christlanos quosJani iinperalores ideo tel Cu's dicimus, quia \el diiiiius inipirariuii, vel iiiiperanies lilius morte placida rcliquenini, vel liosles reipublicie domuenint, vel iiiiiiiicos cives ad versus se insurgenies cavere el opprimera polueruiil... sed feliccs eos dicimus... si suam polcsialem ad Dei cullum maxime dilalaudum iiujeslaii ejus famutain faciuiil. (S. August. l,b. v, DeCirii. Iki, ta|>. 2Î.)

(2) Cujiis ecclesia; semembrnm esse magis qnaiii in terris rcgnare gaud. bal. (IJem, itiicL, cap. 2ii.i

(ô) Qiia^ iioslro priiis miiiislerio Deus defiiiicral univers^ fiaieriiitalis irielraclabili liraiavii assensii, ui vereaseprodiisse ostoiulercl, quddpriiisa piinia niiiîiium SL'de Ibrmaliiin loliiiS tlirisiiani oibis juJicuiiii recpiss I, iil in hoc (pioqiic capili mi'ia!>ra coiicordeiil. S. Léo, epi>.|. US, I. Il, il 502, cdii. lo iiiaiiiT, aiiiii lltiu.}

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