ACADÉMICIEN
AU nor.
Sire,
C'est soits les auspices de Vclre Majesté que mes pc^'sics sacrées ont vit le jour. Elle les protégea dès leur naissance , et les honora de son approbation. Jiclouchccs depuis avec soin et considérablement augmentées , j'en renouvelle aujourd'hui l hommage à leur auguste protecteur. Je le fais. Sire, avec d'autant plus de confiance en vos bontés, que les discours philosophiques qui terminent cet ouvrage, lui donnent un nouveau droit d'approcher du trône. Si Votre Majesté daigne y jeter les yeux, elle >/ trouvera la vraie pliilosojJiie des rois. Les sujets y trouveront la leur. C'est un roi philosophe , mais inspiré, qui parle; il enseigne aux grands et aux petits les différents devoirs de leur état. Toute autre philosophie, si l'on peut appeler de ce nom les délires de l'impiété, ne tend qu'à la corruption des mœurs, qu'à la destritdion du culte cl qu'au renversement des empires.
En décrivant dans plus d'un endroit de ces discours les obligations d'un bon prince envers ses peuples, jai moins retracé. Sire, les préceptes de Salomon que les vertus de Votre Majesté. Et j'ose ajouter qu'en exprimant l'amour tendre et l'inviolable soumission que Us sujets doivent à leur maître, j'ai reconnu dans les maximes du Sage, les plus purs sentiments de mon cœur. Nés avec moi , ils ont animé tous mes écrits, dirigé toutes les actions de ma tic , et seront mes seuls guides jusqu'à la mort.
Je suis avec le plus profond respect ,
Sire, de Votre .>'ajesl6 Le très-iiuiuoiB très-olc^ssuiit et tiès-fidèlc serviteur cl sujet , LE Tkam; de ^o.'\i^!G^i^.
œUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQL'IS DE POMPIGNAN.
DISCOURS PRELÏBIIlïÀIHË.
Tes poésies que je présentfi ici nu ptiDuc roulent sur des ohjots qui niéiitoiil son altention. Elles sonl uiôut' , j'ose le dire, d'un genre plus neuf que leur titre ne suui- Lle lannouL-er. Plusieurs de nos poêles se sont exercés sur les l'saumes de David, et sur quelques c;uitiquos des livres saints. Maison n'a po:nt louc-hé aux prophéties, el à regard des liyinnes, on s'est contenté de traduire une partie de celles qu'on lit dans les bréviaires. J'ai rassemblé dons ce volume des psaumes, des canli(!ucs, des propiiéties et des iiymnesqui ne sont point des traductions.
Indépendamment de celte variété générale qui dislingue entre eux les dilférents livres de ce recueil , je me suis allaclié encore à la conserver auiant qu'il a dépendu de moi , dans chaque livre en particulier, en diversifiant les sujets, la mesure elle style. L'Ecriture sainte est si variée qu'il y aurait bien du malheur h être uniforme et monotone, quand on écrit d'après elle. Quels ouvrages peuvent lui être comparés! Quelles histoires sont (dus louchantes I Quels poèmes sont aussi sublimes 1 Où trouve t-on ce mélange lieureus et jamais interrompu de grandeur, de simplicité, de force et d'agrémeni, qui la met si fort audessus des plus magniliques productions de l'esprit huiuain? Pour comble de |>erfeclion, son caracièie propre est d'émouvoir, d'intéresser et de parler toujours au cœur. Le sentinieni domine dans toul ce que l'Kspril-Saint a diclé aux liommes inspirés. Ce mèoit! avantage devrail aussi caractériser leurs traducteurs.
On a cependanl reproché à Rousseau , d'être un peu sec dans ses odes sacrées quand les grandes images l'abandonnent, d'ignorer le langage tendre et alfeclueux, en un mol de inainiuerde senliment. Mais ce reproche est-il bien jusle? J'aurais de la peine à y souscrire. Plusieurs pièces de Rousseau réclameiil coulre la sévénlé Je ce jugement. Si j'ouvre sou livre, et iiue je tombe sur i'oJe Vil' :
Que la simplicili d'une verUi paisible
Ës-l sûre U'èUe heureuse en suivant le Seigneur!
OU sur la douzième qui commence ainsi :
Dans ces jours destinés aux larmes Où mes ennemis en fureur...
Si je relis l'admirable cantique d'Ezéchias :
J'ai vu mes Iristes journées Décliner vers leur peucliaiit.
Si je m'arrête enfin à celte épode, l'un des derniers fruits de sa muse, je m'écrie, malgré les endroits faibles échappés à sa vieillesse, n'est-ce point-là de l'onction , de la
doueenr, de l'améni'él N'est ce pas le langaî{e du cœur el du senliment 1
J'accuserais plus volontiers Rousseau de n'être pas toujours aussi énergique, ni aussi sublime dans ses poésies sacrées que le sujet semble l'exiger. Je ne prétends point le rabaisser jiar là. Lorsqu'il manie la lyre profane, c'est la chaleur d Horace, c'est l'emportemenl de Pindare. S'il n'atteint pas ces deux poètes, il les suit de près, et laisse bien loin derrière lui tous les lyriques modernes. David est un rival plus redoutable. De là vient que nous avons en français un assez grand nombre de très-bonnes odes sur des sujets profanes, quoique inférieures à celles de Rousseau, et que dans la multitude immense des versions rimées qu'on a faites des Psaumes et des cantiques de la Bible, il y en a bien peu dont un connaisseur, un iiomme de goût soutienne aisément el sans ennui la lecture.
C'est qu'on traite un peu trop légèrement ce genre de poésie. On croit qu'il est fort facile de composer une ode sacrée, un cantique; et tel versificateur qui n'oserait traduire un endroit de Virgile ou une ode d'Horace, aura moins d'égard pour le texlo de Moïse, de David et d'isaïc Souvent môme il n'a qu'une notion très imparfaite de CCS elfrayanls modèles qu'il lit superliciellement dans la Vulgate ou dans une traduction française. Le plus sûr sérail de consulter à la fois le texte hébreu , la version des Septante et la Vulgate. Celle-ci , quoique consacrée par l'usage et ()ar le jugement de l'Eglise, en conseivant fidèlement le dépôt des pensées, n'a pas toujours rendu avec la môme vérilé la force des expressions, ni la beauté des images.
Qu'on ne s'imagine pas connaî re loiitos les richesses poéà(juos de l'Eciilure , si on n'en juge ijue par la traduclion latine. Il en est beaucoup reslé dans l'original. Par exemple, et ce Irait. ci, je le rapporte enlro une inlinilé d'autres qu'on pourrait choisir au hasard, on lil ainsi dans la Vulgale le huitième verset du psaume cxxxviii : Si snmpsero pennas mcas diluculo , et habituvcro in exlreinis maris: « Sj je prends mes ailes au point du jour, et si je vais habiter aux exlréinilés de ta mer. » L'hébreu dit : « Je prendrai les ailes de l'aurore,» etc.; ce que j'ai lûclié d'expiimor par ces quatre ve.s.
Ou::nd des ailes de l'aurore J'eiinirunlurais le secours, £l qu'aux mers du peuple More J'irais terminer mon cours.
Dans la version latine, le psahuiste traverse les llols avec ses propres ailes; dans l'hébreu, il prend celles de l'aurore. Celle dernière image a bien plus de hardies.-e et