‹ Œuvres completesChapitre 100 sur 232 · IU · texte numérisé non relu

IU

hiscorus l'i'i i.iMiNAïui,

lU'Ji

du rai>i(liii^. Oiic tto si>htiiiiL>iil et ilo doucfur

ilrtiis i:!i i)i>iiit du juiir " i in-rsoiuliô , dans CHitf étotU i/ii inutiit dont un i'm|iruntu fS flilcs I l.'iiiiiriiiintioi) ■•'.illuiiiu à lu vuo d» peruils i<bje:s ; ru>|ii'ii lu iiunns vil'ii'ùi iiaufio , lu |ilus stùrilu di'viont l'i^i'Oiiit.

t'.'tsl donc so ini'iiiij^i'c di-s ii'ssoiirrfs pour l'iiivoiitioii d(! iléUnI ul puur lu |ioésiu dusivk», (|iio d'éitiilifi' tlaiis leur [H'opru Innguu les écrivaliiN sacrés i|u'iiii ussuye do (rudtiiro un vers. Il T.iut pouvoir nu luoins les lire dans la version des Se|ilanle. On V trouve l'original rendu |ircsi|ue pailout iilléraleniiiit , de sorte ijue la Kclure un est |ieul-(>lru plus agréable et [dus utile à quicoiu|ue voudra mettre en vers les Psaumes, (|ue lu \'ulgate niéuic, digne d'ailleurs de loulo la ronliance dus lidèles et de leur vénération. On sait do plus (|uu la traduction des Psaumes, reçue |)ar le concilo do Trente, n'est autre chose, à (lueiijues ilitl'érences près, que rancientie Vulgilo, l'aile originairement sur la version grecciue et corrigée depuis [)ur saint Jérôme.

On comprend par-l;i ([ue la poésie sacrée e>t un objet grave el important qu'on aurait tort de confondre avec la poésie ordinaire. Outre le respect dû aux saintes Ecritures, (jui taisait dire î> l'impératrice Irène, femme de rem|)ereur Alexis, [)riucesse également bede et vertueuse (8), qu'elle tie reyarduit jimais ces cjrcellenls ouvrages sans être saisie d'une sainte horreur, el sans appréhender d'être accablée pur la gloire el par la majesté qui ij brillent. Ou doit a|iporier dans ce genre de composition lies éludes sérieuses, des recherches, dis connaissances de plus d'une espèce, et un trnvad assidu. Tout cela devient nécessaire, quand on se donne la liberté, pour lu'exprimer comme saint Jérôme, d'asservir la majesté des livres divins aux luis mécaniques de lu veisilication (9).

Car enlin si la poésie piofane n'est pas elle-même un jeu; si elle demande au contraire, suivant un écrivani bien resjiectable et Lien judicieux, tout ce que l'esprit humain a de plus fort , de plus sublime , de plus brillant, tout ce que la parole a de plus expressif et de plus propre (10) que n'exige ))oint cette |ioésie pure el cé)e>le qui répaud tant d'éclat dans les canticiues de Moïse et de David? Or c'est une vérilé constante, que les écrits des grands poêles ne sont rien moins que des productions vaines et futiles (llj. Ne jugeons pas de la poésie par des exemples modernes. Pour en connaître le véritable caractère, ajoute le même Fleury, qu'un n'accusera pas de favoriser les guiils frivoles, ni les paradoxes, il faut remonter jusqu'à Sophocle et Homère. On verra une poésie très-sérieuse cl irès-ayrca-

(7) Le mol liébieu sigiiilie égaleiaeiit .-liuorH, Lucifer, diiiculum.

(8) Hisiuire de l'empereur Alexis, par Amie Comitèiie, liaduclioii du pictidiîiil Cousin.

(9) JuviMicus piealiyter sub Cunsianlino liisioriaiii Doiiiiii Sal aliirib veibibiin I xp'ira\il, ncc ptrnuiuil E\aiigelii iiiajtsKU-.iii bub iiielri lejei iiiilleie.

hle tant ensemble, propre u former le jageiiuftt pour la ciiuditilr de la vie et pleine des instructions les plus nécessaires d ceux puur qui elle était faite : c'est-ii dire , de leur religion et de l histoire de leur pays. \\Ut'\ les lioemes tirés des livres divins réunissent du côté du l'ait tous les avantagesde la poésie enlgénéral, et les relèvent encore par l'inliniu préémincnco du suj(d. A quels efforts, à ijuels soins no s'oblige-t-on jias. quand on enlreiircnd de pareils ouvrages !

Saint tiréguire de Nazianze, graml jioëto et grand saint, i|ui se livra tout entier à la poésie dans sa dernière retraite, disait que cet exercice était pour lui un travail de |iénilence, la composition en vers étant toujours plus difficile qu'en prose. On lit avec |ilaisirdans l'iiistoire ecclésiastique iiue cet homme vénérable ne pouvant plus remédier aux iiuillieiirs de son siècle, s'en consolait dans son jardin, an bord do sa fontaine, à l'ombre do ses arbres, par la satisfaction de servir Dieu et de faire des vers i\m lui codiaieiit d'ailleurs beaucoup de peine et d'ap|)lication.

Dieu a lui-même insjiiré la poésie aux hommes. Il a voulu iiue, pour célébrer ses grandeurs, sa puissance, ses miséricordes, sa bonté; que pour exprimer sa colère et son indignation, on se servît d'un langage ligure, hardi, mélodieux, assujetti à des mesures sonores et cadencées qui le distinguassent de la niar(die unie du discours ordinaire et commun. Il a dicté des vers à Moise , à David, aux pro|)hètes, et même au malheureux Job, suivant saint Jérôme. Un art dont l'origine remonte au souverain Créateur est le plus beau des arts. L'abus qu'en ont fait i'idolûirie, le libeitinage et rim[iiété, ne déshonore que les (irofanaleurs de cette invention sublime. C'est la ramener à sa destinatioi'i primitive, que de la consacrer à des objets instructifs ou éditiants. Quelqu'impailaites que soient donc à certains égards les poésies sacrées, ou doit toujours applaudir ci l'intention des auteurs. Ceux (jui réussissent le plus médiocrement dans ce genre n'ont pas du uioins à se re|iroclier d'avoir insulté les mœurs ni la religion. Quoi qu'en disent les plaisants du siècle, il vaut mieux encore ennuyer un peu son prochain que de lui gâter le cœur ou l'esprit.

Je sais qu'une telle doctrine aura peu de sectateurs. Elle eût étésupportable du temps de nos [ières. C'étaient de bonnes gens qui croyaient de vieilles vérités, et qui ne marchaient (las comme nous à [las de géants dans le pa^s des découvertes. Ils rêvaient des mots, nous pensons des choses. Les liclions des hommes ne nous en imposent plus. C'est aujourd'hui le siècle de la phi-

(HiEP.., lib. I, episl. 58.)

(10) M. Fleury, Du choix el de la -oxduile des études.

; 1 1) La l'oéôie at plus sérieuse el plus utile que le vulgaire ue le croit. (Fénelon, sur l'Eloquence, p. 5"(i.)

(SIUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

mr,

]oso|>hic : toiil esl h |)réscnl [ihilosopli!-; expliquons -nous : (ont prétend Tôti-o. Notre prose et nos vers relenlissenl de ces grands mois, [iliilosopliie, sagesse, vérité, vertu. On dissipe nos préjug<''S, on éclaire nos esprils. Quelle lumière nlFreuse I ou plutôt quelles ténèbres ! Pour allumer le ilambeau de In pliilosopliie, on éteint celui de la foi. La relieion naturelle esl l'unique religion des honnêtes gens du monde. Lo déisme a levé le masque; il paraît à découvert dans des livres accrédités. Physicien, naturaliste, astronoino, métaphysicien, géomètre et moraliste, chacun dans son district s'érige un liibunal suprême, oh il examine, afiprécie, calcule, |)èse des causes qu'il ne voit point, des elTets qu'il ne voit qu'à demi. Les opérations mystérieuses de la Divinité sont mesurées le compas à la main. On discute les livres divins comme une question de physique, ou comme un point d'iiisloire (12). Moise n'est pas mieux traité que Descartes. Physiciens do mauvaise fui dont les expériei;ces sur le même fait sont détruites par des expériences contraires; philosoidies aveugles, artistes impuissants, qui ne sauraient concevoir la |irévoyance ni rindu>lrie de la fourmi, imiter le nid d'un oiseau, et qui veulent soumetire à des observations incertaines, à des chimères métaphysiques celui même qui leur donna la faculté do penser et de raisonner.

Je dirai plus, et jo ne craindrai pas de déplaire à ces puissants génies arrivés de nos jours sur la terre pour l'éclairer; un incrédule est nécessairement un très-mauvais logicien. Je suppose fiour un moment que ce soit un philosophe. Accoutumé, nonseulement à tirer dos conséquences et à former une chaîne do raisonnements qui dérivent d'un principe connu, mais encore à. s'élever de conséquence en conséqueuno à des principes cachés, s'il oul)lie sa méthode dans une matière bien plus digne de ses méditaiionsque la philosophieprofane; et si d'une vérité inconlestablo, telle que l'existence d'un Etre inUni, il ne descend pas par une suite d'arguments naturels qui naissent l'un de l'autre, aux vérilés et aux pratiques de la religion, ce n'est plus qu'un esprit faux, qu'un sophiste dangereux qui abandonne volonlaiiemunt les lègles fondamentales de son art.

Un des plus beaux génies de l'univers, si l'on peut donnera un saint des louanges purement humaines, r.\pùlre des nations, disait aux Romains, moins en prédicateur de l'Evangile qu'en jjhilosophe sensé, en dialecticien très-exact : Les (jrundnos invisibles de Dieu deviennent en quelque fuçon visiOles dans les choses qu'il a créées et qui

sont sous nos yeux depuis le commencement du monde ^13). Ce qui rend inexcusables les idolâtres mêmes justi(iera-t-il des chrétiens ? Déplorons une science qui n'est qu'erreur, une sagesse qui n'est que folio (li),

Mo'i dessein n'e«t point do faire ici l'apologie de la religion ; mais j'ai cru que, dans les circonstances présentes, oîi l'incrédidité aimée des écrits de tant de savants et de gens de lettres, lui livre do lon'ios parts des assauts trop peu réprimés, je devais à moi-même, à la profession d'iioinmc <le lettres que je fais gloire d'ailier avec des occupations plus importantes, à un art dont jo n'ai |)oint le malheur d'abuser, si j'ai celui de n'y pas réussir, une réclamalion publique contre des opinions funestes dont on accuse aujourd'hui la philosophie, la poésie, la litiéralure, de favoriser ouvertement le progrès. C'est aux pasteurs chargés de l'instruction ties âmes, c'est aux pontifes conservateurs des vérités révélées, à veiller nuit et jour autour do ce précieux dépôt, à élever leur voix aux approches de rennemi, à le combattre, ;i lo fouilroyer. N'en douions point : les digiios chefs de l'Eglise gallicane, de cette Eglise auguste oiî la foi et la disci{dine so conservent dans toute leur pureté depuis plus de quinze siècles, op|)o^eront une digue au torrent qui se déborde. Ils guériront les plaies récentes de la religion. L'erreur et l'impiété confondues n'auiont plus l'audace do prononcer des arrêts sur les droits im|)rescriiitib:es du sacerdoce et de l'eiu- (lire.

Tel est sûrement le vœu des personnes qui ont à cœur la conservation de la foi, les intérêts de la religion et le culte des autels. C'est pour elles particulièrement que j'ai composé les poésies de ce recueil, et c'est à elles surtout que jo dois rendre compte du système et de la conduite de mon travail.

L'Ecriture en général ne saurait être traduite intelligiblement sans additions ni périphrases. Pour rendre le sens, il faut suppléer à la lettre. Les versions les plus esiiiuées, comme culloduP.de Carrières, portent dans le texte même des explications qu'on y a insérées pour éclaircirles endroits ob>curs, ou pour remplacer les expressions sous-enicndues. Le [)ius grand nombre des versets est reiiqili de cette espèce de commentaire qui allonge considérablement l'oiiginal. Bien loin du s'en plaindre, on en a reconnu l'utilité. S'il est peiniis d'en user ainsi dans les traductions en jirose, la liberté doit être encore plus grande dans les Iraduct ons en vers; et si l'on admet la i)ériplirase ou le supplément dans les

(12) Voyez entre autres un ouvrage impie qui a paru celte année en France, do:.l la prfni.cre ]>aLil\ti irMe du monde, de sou uriijine, el de son uiili- (juilé ; el lu seconde, de Cùnie cl de son iminoriu tué

^15) Invisibilia enim ipsinr, a x^eatura mniidi, per

ea quœ facta sunl intcllecla circonspiciunlur... (Rom. .,iiO.)

(14) Evanuerunt in cogitiilionibus suis, el obseurtiiuni esl insipiens cor eorum. Oieenles enim se esse siijiicHles, slnUi foc ti sunl. (Ibnt.)

Discoius i'iu;ii\MN\iur,

nmg

livres do rF.riiluru diinl l'iii'.clli^ciico est uiuiiis ilill'aili!, luis qiKi lo l'ciilaleufitte vl tous lt<!) livroH lii<>tiini|iii'<*, on ii|i|>ri)UViM.i bii'O (l.ivnnla^e ci'S siirli's il'eï|ilii'.iliiiiis dans Ifs l'tdumes vl d;itis les iM'oiiliétict, dont lo sons m^sliTioux, lo lanj^iim) li^iirtS lus oxprossjons lifinlics et singulières n'iiirrenl jarloul qu'ciubanas et dilUculiùs.

C'est Iraiiiiiro e\arloiiieiil et môino nvoc priV-isioii David ou Habacuc, (|ue ilo donner n leurs pensées, très-ulairos eu elles-niùiiios, le degré tie lumière (|u'i'll(.'s aiiraiiiil à nos jeux, si le lang.Éj^o him.iain dotil se servaient ees intorpri-tes du eiel, avaient pu suivre la rnpidilé de l'Esprit divin ipii les animait. Colle irispiralion ipii nïMait pas l'galonient impétueuse, et (|ui avait plus ou innins de Ibree, selon iju'il plaisait l'i Dieu de l'augnieiiler ou de la n.odérer, remplissait tellenienl les proplièles el leséerivains iMsjiirés, ((ue les mots ne pouvaient dans leur Louehe nuinlier de Iront avec les choses, sans un désordre visii)lo et sans des omissions fréiiuentes do plusieurs parties du discours. On le reaiarquo principalement dans les ouvrages de saint Paul ; et c'est à la véliéluence de l'action surnaturelle qui enlrainail son cœur et sa plume, qu'on doit ailribuorces lieux dillicilesà eulondre donl[iarle saint Pierre (15).

Ces eiTets n'ont rien d'extraordinaire, la cause une J'ois connue. Ce souille in'iérieur, mais étranger, fait nécessairement quelque violence h lame dont il s'empare. Les prophètes sentaient au dedans d'eux-mêmes la direction puissante de l'Esprit de Dieu, de cette intelligenco universelle qui leur découvrait tout à coup l'avenir, et les jiortait à le révéler aux autres, quoique cette émolion secrète ne produisît rien au dehors qui blessôt la décence et la majesté de leur miiiislère. La sainte agitation d'un homme inspiré est admirableiueul exprimée dans Atlialie.

Mais d'où vient que mon cœur frémit d'un saint effroi ?

Ksl-ce l'Esprit divin qui s'empare de moi?

C'est lui-même ; il m'échauUe; il parle, mes yeux

[s'ouvrent, Et les siècles obscurs devant moi se découvrent. Lévites, de vos sons prèlez-mol les accords, El de ses mouvements secondez les transports

Les faux prophètes étaient de vrais énergumènes. Ces victimes iiiloituiiées du démon, qui sous le nom de prêtres ou de fybilles, publiaient autreft)is les oracles du mensonge, n'alliraieiit les respecis et la crédulité des hommes qu'aidant que l'inspiration prélendue divine agissait sur elles avec plus d'empire el de luieur. Toute leur ûiiie ne jiùuvait sultire au lyrun inleinal qui la possédait. Elle taisait d'horribles eUorts pour s'en débarrasser, en ex|irimaiit |iar des paroles entrecoupées les réiion-es ambiguës que lui dictait l'ange imposteur.

. . M;it;nuni <i peclore |»)ssil

l-.\cu»ii-»e lli-Hiii

[tneiU. VI, 78.)

Di; )h ces oipressions équivoques, ce»

jdirases imparfaites, ces disc(jiirs inteironipus. L'ennemi du genre iiiimain ne réussissait il trrunper les hommes qu'en contrefaisant la divinilé. Il imilait .'i sa façon la manière énergique, abégée, souveiil méieo énigmaliquo et confuse dont s'énonçaient les organes du Si-igneur. Dans ceux-ci les pensées, les images npiiarliennont à la F)ivinilé;le langage np|iarlient îi l'homme. Une traduclion qui ne serait pas en môme temps commenlaire el paraphra-e, devie:drait souvent inintelligible. .Mais en lioiinaiit un peu d'éleuiiue aux expressinns concises tie l'Ecriture, j'ai fiarlout res|)ecié le sens. Il y a lant d'opposiiion, lant d ; variété parmi les inler|)rèles sur la signilicalioii de certains passages, qu'il est impossible de choisir une opinion sanséire comhallu [lar les défenseurs de i'oiiinion contiaire. La seule cliose qu'on puisse exiger raisonnablement dans ce cas, d'un liomino surtout qui n'est pas tliéologien de (irofession, c'est qu'il ne suive ipie des guides silrs et orthodoxes, qu'il sacrifie ses propres conjottures, qu'il rejette les inteijrétations réprouvées, et que sa version soit a|>[)ujée sur des autorités graves et généralement reçues.

f Je me flatte qu'on n'aura point de reproche à me faire sur cet article iuiportant. Ou désapprouvera peul-èlre (car tout est de rigueur dans une traduction d'ouvrages tirés de l'Ecriture) que j'aie transporté d'un psaume à l'autre un verset. Je veuï si peu éluder la censure dans celte occasion, que j'averlis ici mes lecteurs de l'espèce d'altération dont on pourrait m'accuser. Ce verset transposé est le neuvièmo du .quatrième psaume : In pacc in idipsutn dormiain et requiescam. Je l'ai placé dans l'ode tirée du psaume septième, et je l'ai mis avant le dernier verset. Il s'ofl'rit à moi de lui-même dans le feu de la com[iosilion. Quand la strophe fut faite je ne pus me résoudre h le suppriiuer, parce iiu'il me sembla que c'était moins une addition à la pensée du Psalmiste, qu'une suite ou une paraphrase naturelle des sentiments do contiaiice et de consolation qui succèdent dans son unie à la tristesse el à la douleur. C'est cependant unefaule. Si elle n'est pas jusliiiée par l'aveu que j'en fais, elle est au iiiijins diminuée par l'alieiitioa extrême que j'ai eue à n'y pas retomber.

Je défendrai avec [l'us de succès les consti uclions quej'ai hasardées dans quelques eiulioils. L'exemple des interprètes grecs et laiins m'a ins,dre de la hardiesse. Souvent ils abandonnent les règles extérieures di^ la grammaire pour s'ullacher à la forco du sens. Je dis les règles extérieures, les-

(15) In quibus sunt qtia'dum difficUui, (l'.iœ indocluH mstubiles dtpiaïaiil, sicut et cœ:cras saiplura}, ad fuam iiisorum pcrditio}iem. (Il l'etr. ni, Id.i

OEcvKus cojiPL. DE Lei-uanc du Pompigxak. 1!.

lopg

UOO

quelles iio consislent que dans le rapport ilus;niol5 enlre eux ; car la giamaiaire cynsidérée comme elle doit l'ôlre, a des principes généraux et ]iliilosoplii(iues, d'oii déiiend l'accord de nos pensées avec les signes institués arbitrairement pour les exprimer ; en sorte que l'art de parler tient si essentiellement à l'art de raisonner, que ces facullésne sauraient être séparées sans nuire autant au philosophe qu'au poète et à l'oiateur. Les constructions dont je parle, q\n seraient d'ailleurs très-déjilacées dans le discours en prose, ne blessent point, ce semble, le concert régulier, quoique exlérieuicuient interrompu de la pensée avec ) expression. J'ai écrit dans le second cantique de Moïse :

Il le disait; pt leurs blasplièmes Sont élouli'és au sein des Unis.

Dieu fail retomber sur eux-mêmes L'audace de leurs vains complots.

-Le couplet précédent commence par ce V(,'rs :

Notre ennemi disait ; Je poursuivrai ma proie.

C'est un égyptien qni parle au nom de toute la nation, l.e discours a plus de force dans la bouche d'un seul. L'image au conlraire est plus forte quand elle représenie un peuple entier. L'interlocuteur menace les Israélites de la part des Egyptiens, et ceuxci sont engloutis. On prend le nombre collectif pour peindre cet événement terrible.

Il le disait; et leurs blasphèmes Sont étouirés au sein des flots.

La poésie y gagne, la grammaire n'y perd rien. Je pourrais de plus autoriser cette licence poétique par un grand nombre de cilotions hébraïques dont l'étalage m'a paru inutile. On remarque dans le texte sacré des assemblages plus bizarres et plus choquants en apparence, du singulier avec le {duriel. Et qu'on ne dise pas que ce sont là des tours proi>res et particuliers à l'hébreu, qui s'accordent mal avec le caractère et le génie de la langue française. Celte incompatibilité disparaît dans iâ poésie. Un des plus sûrs moyens d'ennoblir le langage, et de le rendre poétique, c'est d'emprunter, nonseulement les expressions, .mais encore les idiolismes des autres langues. Tel est le sentiment d'un Anglais, dont tous les écris sont marqués au coin de la plus saine plii- ]oso|)hie (16). Another Wny of raisituj Ihe language, and giving it a poetical lurn, is to mukc use of other longues. Mlllon qui savait si bien qu'Horace et Virgile ont rempli leurs poëines d'hellénistces, n'a p.as cr„iMt d'employer quelquefois des hébraïsmes dans le sien.

Il n'est pas étonnant que des [lOëtes chrétiens eniicniïsent leurs ouvrages des tours et des expressions de la Bible, puisque, selon l'opinion de quelques savants, Homère et les anciens Grecs ont eu connaissance des livres saints, et en ont imité plusieurs endroits. Il est sûr au moins qu'on

(i6)S;)(;ci.,t. IV, n.285.

aperçoit une grande conformité entre la manière d'écrire de ce poète et celle des auteurs sacrés. On voit, par exem[)le, dans Homère ei dans Moïse des formes de discours, et des répétitions qui sont tout à lait semblable». Dans l'Exode : Allez trouver Pharaon, et dites-lui : Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu des Hébreux : Laissez aller mon peuple, afin qu'il m'ojj're des sacrifices. Que si vous refusez de m'obéir, eic. (Exod., Mil, 1, 2.) Moïse se présente au roi d'Egypte, et lui adresse la [larole dans les mômes termes : Voici ce que dit le Seigneur, te Dieu des Hébreux : Laissez aller mon peuple eic Dans le second livre de r//(«rfe Jupiter appelle un Songe et lui dit d'aller au camp des Grecs et dans la lente d'Agamemnon. «Ordonne lui d'armer tous ses soldats. C'est à présml qu'il peut (irendre la ville de 'l'roie; car les dieux ne sont plus divisf^s, Junon les a réunis. » Le Songe part, il arrive chez l'aîné ries Atrides, l'éveille et, après quelques reproches, il lui dit : «Jupiter vous ordonne d'armer tous vos suldats. C'est à présent que vous pouvez prendre la ville de Troie ; car les dieux ne sont plus divisés. Jiinon les a réunis.» Voui encore une expressron qu'on lit dans l'Ecriture, et qui est souvent répétée dans VIliaUe : Dixilque aller a'd proximum suum. {Gen., XI, 3.) iiSe Se rt tîmaxzv ïSwv tç TrXijff»» kW.ov : ce qui signifie dans Homère, comme dans Moïse, et ils se disaient l'un à l'autre. Le fàov nrop qui reparaît plusieurs fois dans Vlliade et dans l'Odyssée, resseraile beaucoup à cette façon de s'exprimer du ch il)ilre huitième de la Genèse : Et le Seigneur dit à son ca'ur. Je rends le texte hébreu ; la Vi'Igate a traduit Simplement, et le Seigneur dit.

Ajoutons avec d'habiles commentateurs qui l'ont déjà observé, que le législateur des Juifs, et le père de la (loésie gnciue sont enciire con'ormes dans la descri()tion des sacii'iices. Abraham ayant pris tous les animaux que le Seigneur lui avait indiqués, les coupa par la moitté, et mil iépnrément vis-à-vis l'une de l'autre les parties qu'il avait coupées, [Gen. xv, 10.) L'Iliade et I Odyssée nous apprennent que les sacrilicateuis «coupaient les quartiers, les couvraent de graisse, et lus panagi-ant en deux, les mettaient sur l'autel.» Ces ressemblances fréquentes qui portent sur le style, sur la nariaiion, et sur le lond des chosc'S, autorisent les conjectures de ctux qui croiert qu'Homère a connu les écrits de Moïse. Je n'en dirai pas davantage sur un point qui serait susceptible de discussions, et de preuves plus étendues.

De ces observations générales, je passe à des réflexions particulières sur chaque livre de ce recueil.

Page 1