VIT
De la maniere d'opérer lorsque les Hernies n'ont point de sac.
Nous avons dit ci-devant , dans la description de la maladie , que plusieurs hernies n'avaient point de sac : l'exomphale , jes hernies qui surviennent après la guérison des plaïes pénétrantes. dans le béventre, et celles que l'on dit $e faire par rupture, sont de ce nombre. J ajoute à celles-là toutes celles qui reviennent quelque temps après qu'on les a guéries par l’opération , lorsque le ‘sac herniaire a été détruit par la pourriture , ou lersqu’on Fa cautérisé. Pour opérer sur ces sortes de hernies on doit prendre beaucoup de précautions, parce que souvent l'intestin et l'épiploon se trouvent immédiatement au-dessous de la peau , et que ‘quelquefois il ne se trouve point de graisse, de manière que, la simple peau étant coupée, on trouve l’épiploon et l'intestin à nu. La précaution qu'il faut prendre pour ne point blesser les parties c’est de pincer et d'élever la peau autant qu’il est possible , et beaucoup plus que lorsque la hernie a un sac, et de ne faire qu'une médiocre incision en ne coupant que le tiers de la peau pincée. Le reste de l’incision s'’achéve avec le même bistouri conduit par la sonde creuse ; en commençant par couper dans l’angle inférieur de la plaie, puis on retourne la sonde à l'angle supérieur pour continuer l’incision jusqu’à | l'anneau, et on réduit les parties comme il a été dit.
S IX. Ki De la maniêre d'opérer. les Hernies sans ouvrir :le sac.
Lorsqu'on a découvert le sac herniaire , et qu’ onla dégarni j jusqu’à l'anneau des graisses et des membranes qui le couvrent, on prend une sonde plate courbée par son bout, et cannelée dans son milieu; on l’insinue entre l’anneau et le sac ; on passe la pointe du bistouri dans sa cannelure pour couper ce qui se trouve de l’anneau engagé sur le bout de cette sonde; et, si l’on croit n’en avoir pas assez coupé pour débrider suffisamment l'anneau, on continue de pousser | cette sonde plate sous l'anneau , et de couper tout ce qui se trouve sur lasonde : par ce. moyen ie sac reste en entier , et, l'anneau devenu moins serré, les parties renfermées dans la hernie sont moins à la gêne , et l'on peut les mn rentrer en les poussant avec douceur;
Ïl y a plus de trente ans que ÿ ai mis cette méthode en pratique pour la première fois , et elle m’a réussi : plusieurs l'ont censurée : je vais rapporter leurs objections y répondrai en peu de mots : le lecteur sera juge.
On objecte premièrement qué cette spérauon est difficile : en la
faisant comme je viens de dire, avec la sonde qui m'est particulière, il n’y à point de chirurgien qui ne ia fasse avec facilité, pour peu qu’il ait d'adresse : mais il ne s'agit point de la difficulté lorsqu'une chose esl' utile et possible. On dit, en second lieu , que, s’il se trouve des eaux renfermées dans le sac , On les vide dans le ventre, où elles peuvent causer des accidens. Mais je demanderai à ceux qui font cette objection, s'ils ayaient pu réduire cette tumeur sans opération, ne l’auraient-ils pas réduite avec les eaux qui y sont renfermées ? C’est une erreur de croire que cette liqueur soit capable de produire aucun accident : elle est trop analogue avec celle qui mouille l'intérieur du ventre , et sans doute elle vient de la même source. jub A, Guns de
On objecte encore que, si l'intestin ou l'épiploon sont dans une disposition gangréneuse, et que, étant rentrés dans le ventre, ils suppurent et se percent , les matières fécales , n'ayant point d’issue par l'anneau , se répandront dans la cavité du bas-ventre >"et feront périr le malade. Cette objection n’est‘pas fondée sur ce que j'ai dit dans mes lecons publiques touchant cette manière d'opérer, mais sur ce qu’en ont écrit quelques auteurs qui m'ont cité , et qui, pour ne m'avoir pas bien entendu , m’ont attribué et fait dire bien des choses que je n’ai point pensées. Qu’ils me permettent de revendiquer ma méthode, êt de m'expliquer plus clairement sur des faits qu'ils n'ont pas bien compris, ou que je n’ai pas assez éclaircis dans mes Cours publics. Si j'avais prétendu que le débridement de l'anneau sans ouvrir le sac fût une méthode générale , mes censeurs auraient raison dans certains points; mais ceux qui m'ont fait l’honneur d’assister à mes opérations savent , s’ils m’ont bien,suivi, que je ne la pratique point dans tous les cas; je puis dire au contraire que je ne l’ai pas rendue aussi générale qu’elle peut l'être ; et, lorsque j'aurai exposé son utilité, je suis persuadé que bien des gens s’en serviront, et l’appliqueront à bien d’autres cas où je ne l’ai point pratiquée, où je la pratiquerai si l’occasion se présente. Mon sentiment est donc que, excepté les hernies gangréneuses, celles qui sont marronnées, et quelques-unes de celles dans lesquelles l'intestin contient des corps étrangers » toutés ‘les autres peuvent être traitées ainsi ; il y en a même qu'on ne doit point traiter autre ment. <
Qu'on se demande à soi-même quelle utilité il y a d'ouvrir le sac. Je n’en connais aucune, si ce n’est de découvrir l'intestin et l’épiploon pour remédier à leurs altérations , supposé qu’il y en ait, de le détachér de lui-même et de l’épiploon dans les hernies marronnées , et de pouvoir toucher immédiatement l'intestin pour faire rentrer les matières fécales endurcies., et même les corps étrangers s'il y en avait. Or ces trois cas sont ceux que j'excepte ; dans tous les autres, qui sont en bien plus grand nombre, pourquoi ouvrir
le sac? Rien ne nous indique de le faire; il est même très-avantageux d'éviter cette opération, parce que l’on n’expose point les parties à l'air; on ne court point risque de les blesser en ouvrant le sac; et de "plus je ferai voir ailleurs que, pour les suites , il est bien plus avantageux que le sac n'ait souffert aucune solution de continuité. De tout cela je tire cette conséquence qu’il vaut mieux débrider l'anneau par le dehors que par lé dedans du sac.
Quelques auteurs recommandent de faire des scarifications autour de l’anneau, afin d’y procurer une suppuration, et qu'il s’y forme des chairs qui puissent procurer une cicatrice ferme et solide : maïs je ne sais sur quoi ils fondént l’espérance d'obtenir, par ce moyen, une cicatrice plus solide ; car l'anneau par lui-même ne peut pas fournir les chairs que l’on désire : c’est un corps tendineux et aponévrotique , incapable d'en produire ; de sorte que ; bien loin de tirer quelque avantage des scarifications proposées , c’est affaiblir l'anneau; on doit même se reprocher d'en avoir coupé pour le débrider ‘avant que d’avoir essayé de faire la réduction des parties,, comme j'ai proposé de le faire : à plus forte raison se doit-on reprocher toutes les scarifications faites après la réduction des: parties. Ce n’est point l'anneau qui fournit les chairs, mais lesparties voisines, et le sac même, pourvu que l’on ait soin de le ménager en ne le pressant point trop avec la pelote de charpie que j'ai sub stituée à la tente dont on se servait autrefois.
Il faut que cette pelote soit assez large pour appuyer Lot d rement autour de Panneau même ; car, si elle est petite, comme j'ai vu quelques-uns s’en. servir, ‘et Le. 4 pousse dans l’anneau, elle meurtrit le sac en le pressant contre la circonférence de cet. anneau , de manière que quelquefois le sac tombe en pourriture ; et combien alors doit être faible la cicatrice qui se forme à l’anneau | combien par conséquent. le retour de la hernie est à craindre ! Il est arrivé à quelques-uns de faire le débridement de l’anneau en suivant ma méthode, c’est-à-dire sans ouvrir le sac ; mais L n’en ont pas tiré tout le fruit qu’on en devait attendre : pour
’être servis d’une pelote trop petite, ils ont comprimé le sac, ainsi qu il vient d'être dit; Ja pourriture yest survenue, el l’escharre s’en est séparée; au lieu que, s’ils s'étaient servis d'une pelote large telle que je la propose, ils l’auraient conservée dans son entier , et ils auraient eu 1a-satisfaction que j'ai eue plusieurs fois de le voir peu à peu et insensiblement rentrer par-delà l'anneau : c’est ce qu l fait toujours dans les petites hernies ,-et dans celles qui sont de grosseur, surtout lorsque d’abord on en fait rentrer autant qu'il est possible ; ce qui reste dehors se trouve gonflé et bouffi à la levée
du premier appareil. C’est bien une preuve qu’il a été pressé parla ..
pelote ; mais c’en est une aussi que.cette pression n’a pas été au point GAMÉTEERIEE entièrement le cours des liqueurs*dans cette por-
HERNIES. Le 669
tion du péritoine ; comme il arrive lorsque l’on se sert d’une pelote si petite qu’elle entre dans l'anneau. Quand on trouve le sac ainsi gonflé, on doit bien augurer des suites de l'opération : la suppuration de ce sac et de toute la plaie annonce des chaïrs fermes el grenues sur lesquelles s'établit une cicatrice solide; ce que l'on n'obtient point ordinairement lorsque le sac-se pourrit et tombe eh escharre. J'ai vu plusieurs fois revenir ces sortes de hernies ; et j'ai observé qu’alors, comme je l'ai déjà dit, elles n'avaient point de sac , ce. qui fait qu’elles augmentent en peu de temps, et qu'elles croissent, pour ainsi dire , sans bornes , comme je lai vu à un fort de la halle, qui, après trois mois de guérison, voulut exercer son office :‘il fit assez bien ses fonctions pendant quinze jours ‘ou trois semaines ; mais, ayant fait un effort pour porter un fardeau. plus pesant qu’à l'ordinaire , il sentit une douleur vive à endroit de la cicatrice, Cette douleur cessa cependant; il s’y forma une tumeur de la grosseur d’une noix; dans peu elle fut aussi grosse qu’un œuf, parce qu’il avait repris trop tôt son travail, et même sans porter son brayer, qui, selon lui, était un meuble inutile et incommode. Il faisait rentrer plusieurs fois par jour cette nouvelle hernie; mais, pendant un mois qu’il continua de travailler, elle devint si grosse qu’il ne put la faire rentrer, et fut obligé d’avoir encore une fois recours à la chirurgie. Il n’était pas dans les accidens que cause l’étranglement; mais il y serait tombé si je ne l'avais pas secouru promptement : j'en parlerai ailleurs. L "hr
SX.
Des raisons que j'ai de conserver le Sac herniaire, et d'éviter, s'il | se peut, de l'ouvrir. ,
‘J'ai fait connaître l'avantage qu’il y a de dilater l'anneau sans ouvrir le sac; il s’agit présentement de faire voir que, pour guérir les hernies radicalement et sans retour, il faut cofserver le sac en son entier. J'ai rapporté ci-devant plusieurs observations que j'ai faites sur des cadavres qui avaient été guéris de la hernie: par l'usage du bandage , et sans opération ,'et qui avaient vécu plusieurs années après leur guérison sans aucune incommodité ni apparence de hernie. Jai trouvé qu'aux uns les parties s'étaient rendues adhérentes à la portion du péritoine qui avait autrefois formé le sac ; qu’à d'autres cette partie était devenue épaisse et adhérente avec les anneaux des muscles, avec le cordon des vaisseaux , et.à tout le voisinage; que le tout, réuni ensemble, formait un rempart impénétrablé ‘aux parties du ventre. J'ai observé‘ le contraire à ceux qui avaient été guéris par l'opération : ces endroits étaient faibles et faciles à vaincre ; à plusieurs il y avait déjà quelque commencement où disposition à la hernie ; e: j'en ai vu un si grand
nombre attaqués de hernie’ peu. de temps aprés leur guérison que je ne puis m'empêcher de croire que l'habitude où on est d'ouvrir le sac n’en soit la cause, ou bien la négligence de né point porter le brayer assez long-temps après avoir été guéri. Pour dire tout ce que je pense là-dessus je demande à ceux qui sont du sentiment contraire s'ils ont bien observé ce que devient le sac après la guérison. Pour moi, voici ce que j'ai remarqué dans les pansemens que j'ai vu faire, et dans ceux que j'ai conduits jusqu’à parfaite guérison, Soit qu' on se soit servi de tente ; ou qu’on aitn mis la pelote en usage. <
Quand on se sert de la tente, on à la pousse assez avant sous l’anneau ; elle est renfermée par je Sac, à moins qu’il n’y ait quelque froù particulière. On ne lève cet appareil qu’au bout de quarantehuit heures, et alors on s'aperçoit que le sac s’est beaucoup raccourci, et qu’il s’est approché des anneaux. À la levée du second appareil, on le voit encore plus rapproché; et il est fort gonflé lorsqu'on lève le troisième appareil, le gonflement s’est étendu à tout le voisinage ; à la levée du quatrième ou du cinquième, le gonflement est diminué et la suppuration est établie, de manière que l’on voit presque toute la plaie garnie de chairs rouges et vermeilles ; maïs ces chairs, ausixième , et encore mieux au septième , sont moins lisses et plus élevées dans tout ce qui n’est point le sac qu’à l'endroit du sac, et c’est par là qu’on le distingue encore , et qu’on le trouve si rapproché de l'anneau qu’il serait rentré entièrement si, au lieu de tente qui le retient au dehors, on s'était servi de la pelote , qui le détermine à rentrer dès les premiers jours : cela n'empêche pourtant pas que , quelques jours après, on ne le trouve dans l'anneau même, et qu’ensuite on ne remarque plus cette espèce de chair lisse par laquelle on le distinguait des autres parties. Si le sac rentre, comme on ne peut’en douter, il est avantageux qu’il soit entier ; car, s’il a été divisé, cette partie du péritoine sera comme celle def endroits du ventre où il y a eu plaie; soit qu’on aït fait la gastroraphie, soit que la plaie ait guéri sans cela, ce lieu est toujours plus faible et disposé à faciliter la hernie : or, si l’on peut dilater l’anneau et réduire les parties sans ouvrir le Sac pourquoi ne le pas faire ?
J'ai désigné ci-dessus les cas où lon ne peut se ban d'ouvrir le sac; mais, dans ces cas mêmes, on doit en conserver une partie près de l'anneau, parce qu’elle nous sert à conduire entre le: sac et l'intestin les instrumens qui servent au débridement de l'anneau. Pour n'avoir pas observé cette circonstance, j'ai vu plusieurs opérateurs embarrassés en poussant la sonde cannelée ; ils rencontraient l’angle Supérieur de l’incision faite au sac qui retenaït leur sonde, et, voulant finir à quelque prix que ce fût, ils introduisaient léur sonde entre l'anneau et le sac; et, après avoir coupé ce qui
était compris sur leur sonde, ils avaient encore à couper cette portion du sac, pour l’incision de laquelle ik fallait introduire de nouveau la sonde. 3e me suis émancipé , une fois que j'étais encore jeune, de proposer de passer le-doigt sous cette portion du sac pour la dilater sans l’inciser : l’on fit la réduction avec facilité sans rien couper de plus. F AU, |
Il est des cas où il semble qu'on soit obligé de s'éloigner du précepte que je viens d'établir, c’est-à-dire que, bien loin de conserver le sac, on se trouve obligé d’en emporter une partie : ce cas est rare, cependant il faut l’examiner.. As
. Lorsqu'une hernie est fort grosse et anciénne, il est indubitable que le sac est fort large, et que souvent il est dur, épais, et même extérieurement adhérent aüx parties voisines; de sorte que, les parties qui faisaient la tumeur étant rentrées , il paraît que le sac devient un corps étranger fort incommode dans la cure, parce qu’il ne peut rentrer à cause de l'étendue et de la dureté de ses adhérences qui le retiennent au dehors, où il forme quelquefois un ulcère carcinomateux ou chancreux : c’est ce que j'ai vü à une femme à qui on avait fait l’opération de la hernie dans cesmêmes circonstances. La moindre de ces indispositions rend 1a consolidation de lulcère difficile : c’est pour les éviter toutes que j'ai va emporter la plus grande partie du sac, soit avec l'instrument tranchant, soit avec les caustiques , ou enfin avec la ligature. Rae
Lorsque l’on emporte le sac en le coupant avec le bistouri, on cause moins de douleur , et l’on est maître d'en ménager ce que l’on croit nécessaire pour composer une bonne cicatrice. Le caustique cause non-seulement de plus vives douleurs , mais ces douleurs sont plus longues, et doivent être répétées; car la première application des caustiques n’est pas suffisante pour détruire le sac, il faut les appliquer plusieurs fois. Jai vu, en pareil cas, appliquer l'huile : de vitriol, et quelquefois le beurre d’antimoine : l’un et l’autre causérent la fièvre ef des douleurs si vives que les malades furent en risque de perdre la vie. Je crois, à dire le vrai, que Ja grande étendue de la surface sur laquelle on est contraint de l'appliquer peut bien être cause de ces accidens, et que ces mêmes remèdes, appliqués sur une moins grande étendue, n’en causeraient pas tant; mais je ne conseille à personne de s’en servir. Il y.a même d’autres inconvéniens qu’il est inutile de rapporter ici. À l'égard de la ligature, je m'en suis servi une fois, parce que je l’avais va faire à un des plus grands maîtres du siècle passé ; mais j’eus bientôt sujet de m’en repentir. |
C'était à une femme qui avait uné épiplocèle fort grosse qu’elle portait depuis huit ou neuf années ; elle la faisait rentrer ordinairement tous les soirs, ce‘qui me fit juger qu’elle n’était point adbérente : cependant elle était quelquefois deux ou trois jours sans .la faire rentrer. Comme elle n’avait jamais porté de
brayer, sa tfmeur augmentait le jour pendant le travail pénible qu’elle était obligée de faire pour gagner sa vie. La nuit le sac était, pour ainsi dire, de repos, et. pouvait reprendre une partie du ressort qu'il avait perdu le jour :
c’est même à cela que l’on peut attribuer les bornes qu'avait la tumeur : Scan,
quoiqu’elle fût considérablement grosse , elle l’aurait été; bien plus si le sac eût été plein la nuit comme le jour; car , ne portant point de bandage, le sac eût été continuellement exposé à l’action des parties qu’il renfermait. — Cette malade eut recours à moi, parce que , au bout de trois jours que sa tumeur fut sans rentrer, et ayant fatigué ce jour-là plus qu’à l'ordinaire, la douleur ; inflammation et par conséquent létranglement survinrent. N'ayant pu faire la réduction, j’ouvris le sac, je fis rentrer |’ épiploon, et, ayant délaché le sac,
j'en fis la ligature comme je l'avais vu faire, et je pansai la malade. Devis heures aprés, je fus fort surpris de ce qu’on de m annoncer qu'elle sentait de grandes douleurs dans tout le ventre et de vives tranchées. J’y courus,
m imaginant d’abord que peut-être l’intéstin s'était fourré dans l'anneau, et s’y était étranglé; mais , ayant levé l’appareil, et n’ayant rien trouvé qui pût confirnier mon soupçon, je jugeai que la ligature du sac pouvait en être cause ; je la coupai, je repansai la malade plus simplement, et, avant que de la
quitter, tous ses accidens étaient diminués, et cessèrent entiérement une heure après.
Ce n’est pas a seule observation que j'aie faite à ce sujet : j'en ‘rapporterai quelques-unes dans le chapitre de la Castration, qui toutes m'ont confirmé dans la pensée où je suis que la ligature du sac, et par conséquent du péritoine, puisque c’est cette membrane qui le forme , peut occasioner des accidens presque semblables à ceux que cause l'étranglement de l'intestin , et je ne doute point qué ceux que j'ai vus mourir du point doré ne soient morts de l’inflammation du ventre causée par la ligature du sac. |
SRE ‘5 me
De la manière d'opérer lorsque les Hernies sont accompagnées . d’ädhérence. . *. ( ME
Si Yon peut quelquefois. connaître que qu parties renfermées dans la hernie sont adhérentes, ce n’est pas Jorsqw elles sont étrangléés : il serait cependant utile de le savoir av ant que d'opérer ; ; mais c’est une chose que l’on ignore jusqu’à ce que l’on ait ouvert lé sac, à moins que l'on n'ait vu la hernie dans un autre état que celui de l'étranglement. Il est vrai que l'on peut s’en informer ; mais souyent ce que l’on apprend du malade, et quelquefois même de ceux qui l’ont gouverné pendant plusieurs années, n’est pas. assez précis pour en juger sainement : il faut avoir suivi soi-même la . maladie avec attention. On aura, en différens temps, remarqué si les. parties rentraient complétement, s’il er restait au dehors quelque, portion. Lorsque tout rentre , et qu'il ne reste rien dânsle sac herniaire , c’est un signe que les parties ne sont point adhérentes au sac ; et, si tout ne rentre point, on soupçonne qu'il y a quelques
HERNIESAM EUX 2. 673
adhérences. Quoique tout rentre, cela n’empêche pas que les parties ne puissent avoir quelque adhérence entre elles , que l’on peut même quelquefois distinguer, parce qu’alors elles rentrent toutes ensemble, el non pas peu à peu, comme cela se fait ordinairement lorsque les parties ne tiennent point les unes aux autres. J'ai vu des hernies rentrer {out à coup, et ressortir de même sans causer la moindre douleur ; mais elles étaient seulement é piploïques : c’était l’'épiploon, dont les feuillets et les plis s'étaient rendus adhérens les uns aux autres, et formaient une espèce de boule : dans. celles-là l'anneau était considérablement dilaté. On ne peut porter plus loin ses connaissances jusqu’à ce que le livre de la vérité sôit ouvert, je veux dire le sac; alors on reconnaît bien des choses qui étaient cachées, et que même on, ne soupçonnait pas: : c’est là. que l’on connaît clairement les adhérences. + DO EP RACE 0 GUEST L 6 Il y ena de différentes espèces : quelquefois l’adhérence n’est que le contact de deux parties enflammées qui se trouvent collées l’une à l’autre parce que la chaleur a: dissipé le plus fluide dé la lymphe qui mouille naturellement leur surface : telle est celle qui colle ensemble et confusément l’épiploon et l'intestin dans toute les hernies qu’on appelle marronnées. J'ai vu souvent les parties collées au sac de cette manière, et des opérateurs se vanter d’avoir détruit ces prétendues adhérences, comme s'ils avaient fait une chose bien difficile : il ne s’agit cependant que de passer le doigt entre lune et l’autre partie pour les séparer. 4 Qn d- SALES La vraie adhérence est plus forte: quelquefois ce qui lie les parties est comme un tissu cellulaire; et cependant, en les tirant un peu fort, on détruit l’'adhérence, ou du moins, en passant le déchaussoir ou le bistouri, on les sépare, ou on les coupe facilement et sans danger. D’autres fois l’adhérence est intime, de manière que les substances des deux parties adhérentes sont, pour ainsi dire, confondues ;: de sorte qu'il y à du danger en les séparant, ou du moins il faut beaucoup de dextérité pour les séparer sans intéresser lune ou l’autre. } # Eat RATS QUE ef + Enfin il y a de vieilles adhérences que l’on peut appeler calleuses : celles-ci n’arrivent qu'aux vieilles hernies, où, pendant un long cours d'années, il y a ‘eu plusieurs fois des étranglemens, et par conséquent des inflammations , peut-être même des suppurations, desquelles s’en sont suivies des réunions intimes et des cicatrices communes aux parties qui ont ainsi suppuré. D'APRRARA e ? Ces. adhérences sont encore différentes en ce qu'elles ne lient pas toujours les parties aux mêmes endroits ; quelquefois c’est au fond du sac que les parties sont adhérentes ; d’autres fois, sur les côlés ; souvent c’est à l'endroit de l'anneau , Parce qu’elles y sont plus long-temps reténues ; enfin c'est à toute la surface interne du sac. Cette adhérence universelle donne quelquefois bien de la
peine à l'opérateur qui s’obstine à vouloir les séparer toutes. Nous verrons si cela est toujours nécessaire, les cas dans lesquels il faut s’en passer, et ceux où il faut absolument conserver les adhérences. F0 MER -
.Je ne dis rien de Y'adhérénce des parties de la hésiter avec le testicule et les vaisseaux spermatiques : c’est cependant une fameuse remarque de quantité d'auteurs , etily a quarante ans que je larespectais fort ; je craignais de trouver pareil cas ; je me consolais cependant d’avance , parce que, sachant un peu disséquer , je me croyais en état de séparer exactement l'intestin du testicule , ou d'exécuter ce que rétommandaient les chirurgièns de ce tempslà, qui était que, si l’on trouvait l’adhérence difficile: à séparer, il valait mieux emporter une portion du testicule, et la laisser attachée à l'intestin, que d’entamer, en quoi que ce soit, celui-ci. La pratique m’a guéri de celte terreur panique , et j'ai connu que les auteurs de cette remarque ignoraient l'anatomie ,. et que peut-être cetté remarque était faite au cabinet ; car, sur le même sujet , cela n’est pas possible, puisque le testienté et les parties qui font la hernie ne se trouvent jamais renfermés dans le même sac; et, quand ils y seraient renfermés, oôn sait que le testicule à ses enveloppes particulières ; et de plus l’une de ses membranes propres, qu’on nomme péritestes , n’est pas même adhérente au testicule dans l’état naturel; de sorte qu'il ne pourrait y avoir d’adhérence qu'avec les membranes communes. Mais, comme j'ai dit, le testicule ni ses membranes ne sont point renfermés dans le sac : ainsi ni le testicule ni ses membranes ne peuvent contracter aucune adhérence immédiate avec l'intestin ni avec l’épiploon. Ainsi on peut retrancher des notes chirurgicales celles qui concernent les adhérences de lintestin et de l'épiploon avec le testicule.
ILest quelquefois dangereux de couper les adhérences ; car, en les coupant, on fait une solution de continuité de plus, et ce. qu'il y ade ficheux c’est que l'on réduit dans le ventre les parties coupées, encore saignantes, ou suintant des sucs qui s’épanchent dans la capacité. Mais, outre ce danger, on doit compter pour quelque chose le temps que l’on est à séparer les adhérences, et l’attention qu'il faut avoir pour ne point percer lintestin : c'est ce que tous les chirurgiens ne peuvent par éviter; quelques-uns peuvent se fier à leur. dextérité; mais que sert-il d'en avoir pour l’employer à un ouvrage qui le plus souvent est inutile, puisque toutes les adhérences ne doivent pas être détruites , comme on va le démontrer ? |
L'intention que l'on a dans la cure de la hernie est dé faire rentrer dans le ventre les parties qui en sont sorties; quand on peut les faire rentrer sans se servir de l’instrument tranchant, on doit le faire. Si, dans l'opération, après avoir découvert le sac, on peut
réduire les périls. on doit le faire encore; sinon on ouvre le sac, et alors, si l’étranglement permet que les parties, artistement poussées vers le ventre, puissent y rentrer, on ne fait point de débridement; mais, si l'étranglement ne peut permettre la rentrée des parties, on coupe de l'anneau autant qu’il faut pour les réduire; s'il y a des adhérences qui lés retiennent, de manière qu’on ne puisse les faire rentrer, On coupe ces adhérences; mais, si elles permettent. la rentrée des parties, surtout celle de l'intestin, on ne doit point les couper; enfin, quand bien même ces adhérences empêcheraient la rentrée des parties, on ferait une grande faute de les couper si l'intestin était percé par la gangrène ou autrement, parce qu’alors il faut que l'intestin soit retenu au dehors; car alors, s’il n’y avait point d’adhérence, il faudrait retenir l'intestin au dehors avec un fil : or l'adhérence, dans ce cas, est un lien naturel qu’il faut mettre à profit; on ne fait en cela qu’imiter ou aïder la nature.
256 + $ XIL | De r Opération que l'on fait aux groëses Hernies.
Il est rare que les grosses hernies soient récentes ; il est rare aussi que les vieilles soient sans adhérences ; maïs ce qu il ya de particulier c'est que ce n’est souvent ni l'intestin ni l'épiploon qui sont adhérens ; c’est le sac qui l'est quelquefois si considérablement que lon a toutes les peines du monde à lé détacher des parties voisines ; il est vrai qu’il y est naturellement attaché ; car, lorsque le péritoine est prolongé à travers l'anneau pour former le sac , et que ce prolongement se fait peu à peu, et, à mesure que l'intestin le pousse, le tissu cellulaire suit le sac et de proche en proche ; il conserve ses adhérences naturelles : or ce n’est pas de ces adhérences simples et naturelles qu'il s’agit ; ou, si c’est de celleslà mêmes, c’est qu’elles sont devenues beaucoup plus fortes, ce qui n’arrive pourtant qu’à la longue , ou qu'après de grandes inflammations , comme je lai observé en plusieurs occasions où je me suis s trouvé assez embarrassé. y if QE AELOLE
Un jour , entre autres, en faisant l’opération d’une hernie ancienne et fort grosse, après avoir fait l’incision pour découvrir le sac, j'eus beaucoup de peine à en détacher une partie, et je prévis que je aurais pas moins de peine à détacher le reste ; car, quoique, dans l’état naturel, la séparation de ce tissu se fasse avec facilité, elle devient très-difficile aus le cas dont il s’agit; car
alors le tissu n’obéit point : c’est pourquoi, ne pouvant le séparer qu’avec peine, eten causant beaucoup de douleur, et de plus les parties renfermées paraissant adhérentes au sac, je me déterminai ; à laisser ces adhérences, et me contentai, sans ouvrir le sac, de débrider assez l’anneau pour réduire tout ce qui peut rentrer sans violence , laissant le surplus aux soins de la nature.
Tel est le parti qu'il faut prendre en pareil Cas ; car la première
intention est de ne point mettre son malade au risque de perdre la vie; le guérir de son indisposition n’est que la séconde intention. Pouf suivre ce précepte dans le traitement d’un maläide attaqué d’une hernie telle que celle dont il s’agit il faut détruire l'étranglement qui ferait périr le malade; mais il ne faut. pas réduire les parties, parce qu’on lui causerait: la*mogt. Qu'on se représente en effet un pauvre patient à qui l’on auraït entrepris de détacher toutes les adhérences , à qui l’on aurait ouvert le sac, au risque de blesser les parties qui y sont renfermées : si ces parties sont adhérentés au sac, si elles le sont entre elles , et si elles adhérent ( encore à l'anneau dans toute sa circonférence , quel risque ne court-on pas en entreprenant de détruire toutes ces adhérences! Ceux qui ont yu des cas semblables se représenteront facilement l’état embarrassant du chirurgien , et le danger où se trouve le malade ; mais, en se contentant de débrider l'anneau, les parties sont mises àLaise, on n'expose point le malade. Il est vrai qu’on pourra m’objecter que ce n’est point le guérir, mais on aura satisfait à la principale intention, qui est de lui conserver la vie : voyons à présent si, dans le cas proposé, on est bien où mal fondé SNS TRE la cure radicale. | |
On se souvienéra qu il s’agit ici des ; grosses hernies, et que nous avons dit d’abord qu’il est rare qu’elles scient récentes et sans, adhérence ; elles ne peuvent donc jamais rentrer totalement. D'où l'on doit SH nCRÉS que la cavité du bas-ventre ne peut pas recevoir favorablement un volume si considérable de parties ; d'autant gue cette cavité s'est, pour ainsi dire, accoutumée depuis long-temps à n’avoir qu'une certaine étendue, et que de plus les parties renfermées dans la hernie sont déteniEs! plus grosses qu elles n ’étaient, et qu'enfin elles ne se-sont séquestrées du ventre que peu à peu, par degré et par la suite du temps ; de sorte que , lorsqu'on veut les réplacer , le ventre se refuse , il n’obéit point, et que, si on force sa résistance, ce qu'on peut faire quelquefois, ces parties;peuvent rentrer ;: mais , commeé’elles sont encore toutes saigneuses , à cause des vaisseaux que l’on vient de couper, en détruisant leurs adhérences il doit se faire des épanchemens qui, causent inflammation, suppuration, et le plus SGUxPRL gangrène , suivie PEUR de la mort. de
Mais,.en supposant que cela u’arrive point par cette cause, il serait toujours dangereux de remettre. dans le ventre un. grand volume de parties qui, depuis long-temps, se sont habituées dans la hernie, pendant que la cavité du ventre s’est, pour ainsi dire, accoutumée à ne les plus contenir; de sorte que, quand on les remet en leur prémiére place, elles y sont comme étrangères : cette dernière circonstance n’est pas la moindre.
J'ai yu périr un malade qui était dans un état bien moins fâcheux, puisqu'on
* avait seulement fait la réduction d’une hernie assez grosse par le taxis, c’est à-dire par le seul toucher; je ne l’ai vu qu'après sa mort : ‘il avait une: disposition inflammatoire par tout le ventre, et plusieurs intestins étaientgangrenés; depuis la réduction il avait été dans tous les symptômes de l’étranglement, quoiqu’ il n y en eût point.
Cette ébsèrvätion: fait voir que la Saab des Lite d'un gros volume est capable de causer de fâcheux accidens , et la mort même.
C'est ce que j’assure avoir vu dans un autre malade qui avait une hernie épiploïque d’une grosseur considérable: elle fut réduite sans beaucoup d’effor t on peut dire même avec facilité, quoique, depuis six rte sa tumeur ne fût point rentrée. Le malade ne put supporter le bandage qu’on lui appliqua ; il fallut l’ôter sur-le-champ, parce que, aprés lavoir mis, ilsurvint des nausées, puis le vomissement. Le malade se plaignait d’une “douleur sourde par tout F” ventre , accompagnée. d’un étouffement si considérable que, ne doutant point que les parties réduites n’en fussent la causé, on essaya de les faire ressortir ; mais tous les mouvemens que fit le malade furent inutiles: les efforts du vomissement, les convulsions qui survinrent, ne purent rien pousser an dehors; enfin dinfanint td de tout le ventre, la fièvre et les douleurs devinrent si vives que le malade mourut après quarante-huit heures de souffrance. J'avais proposé de faire une incision pour débrider l’anneau , et faciliter par ce.moyen la sorlie des parties, ce qui aurait peut-être réassi; mais on ne put y faire consentir le malade ni ses parens : il mourut, — À l'ouverture de son cadavre nous trouvämes toutes les parties du bas-ventre “cenflanrmées et presque gangrerées ; la portion de l’épiploon qui avait fait la tumeur était comme-une pelote, appuyée sur les bords de l'ouverture du sac: cette onverture semblait fermée à cause du gonflement. inflammatoire du péritoine 3 jy introduisis cependant mon doigt jusqu’ au fond : il n’y avait rien de renfermé;; le sac n’était point rentré, à cause de l’adhérence de ’il avait éontractée le long de sa route, Tous les assistans convinrent qu’il n’y aurait eu rien de mieux à faire pour sauver le malade que d’ouvrir pour débrider l’anneau, et faire sortir
les parties, comme on fait, dans le cas contraire ; et on Le débride pour les faire rentrer.
Cette maladie n’est pas nouvelle , mais l'opération que je propose peut passer pour telle : je l’ai faite deux fois dans des cas presque semblables : j'en parlerai en son lieu.
On voudrait savoir si ce sont les parties qu’on vient de faire rentrer qui se trouvent affectées, ou celles qui sont dans le ventre : il est possible que les unes et, les autres y aient part. On conçoit bien que le ventre ; ayant été habitué peu à peu et depuis longtemps 4 à n'avoir qu’une certaine étendue , les partiés qu'on y fait rentrer, pour ainsi dire, dans un instant doivent subitement incommoder les autres ; elles-mêmes se trouvant comme étrangères, sont extrêmement gênées, trop comprimées, et doivent même souffrir beaucoup plus, puis qu’en les réduisant elles ont souffert différentes compressions
et meurtrissures qui les disposent plus que les autres à Pi nana età la gangrène.
Cette observation, avec quelques autres que je rapporterai ci-après, apprennent qu’il ne faut faire rentrer les parties qu'avec beaucoup de douceur, surtout lorsqu'on sent de la résistance , non pas de la part de l’anneau ou de ce qui faisait l’étranglement ,.car cette cause peut se détruire , mais une résistance de la part des parlies qui font l’enceinte de la cavité du ventre ; c’est-à-dire qu'on ne doit point forcer les parties à rentrer lorsqu'on s'aperçoit que le ventre les repousse à mesure qu’on fait effort pour les introduire : mais aussi, pour les iaisser au dehors , il faut qu’on soit bien assuré qu'iln’y à point d’étranglement au-dessus de l'anneau ; auquel cas il n’y a pas de risque de laisser les parties sans les réduire , et de se contenter de les maintenir par une légère compression, par la situation et par le repos, employant d’ailleurs les remèdes généraux , et faisant observer le régime convenable. Cette méthode m’a réussi plusieurs fois : c’est ce qui m’a engagé à la pratiquer dans le cas qui suit : “ nul es itevf | |
Un jeune homme fort et vigoureux me pria de lui faire l'opération d’une hernie qu’il portait depuis plusieurs années : elle était de la grosseur d’un petit melon; il en était quelquefois incommodé au point de ne‘ pouvoir continuer sa profession : mais ce ne fut pas ce qui m’engagea à lui faire l’opération, Après l'avoir refñsé pendant bien du temps, il tomba dans l’étranglement , et; loin de s’en affliger, il regarda ce mal comme un bien, puisque cela me déterminerait à lui faire l'opération. En effet je la jugeai nécessaire, et je n’attendis pas les grands accidens. Ayant invité plusieurs de mes confrères, tant pour leurs conseils que pour leurs mains, j'incisai la peau, puis j'ouvris le sac, je débridai l’anneau, et je procédai à la réduction; mais, après avoir fait rentrer une partie des intestins ( c'était le cæcum et une partie de l'iléon), je voulus en même temps réduire à proportion autant du mésentère, parce qu’il faut que l'intestin le suive; et, pour cela, je fis tenir les intestins renversés sur le dehors du ventre pour pousser dans l’anneau le mésentère qui était dessous ; mais il était trop gros: il aurait fallu couper plus de deux travers de doigt de l’aponévrose, de l’oblique interne, outre ce que j'en avais déjà coupé pour débrider suffisamment l’anneau : ce qui aurait fait une ouverture si grande que j'aurais eu lieu de craindre que le reste des boyaux, ou du moins une trèsgrande partie, ne fût sorti par là. — Le conseil fut bientôt.pris : jé proposa de laisser les parties dans l’état où elles étaient. Après avoir un peu rapproché la peau et le sac, j’enveloppai le tout avec des compresses trempées dans Ja décoction de guimauve, et je soutins. ces compresses et la tumeur avec un simple bandage en forme de suspensoir. Les accidens de l’étranglement ne subsistaient plus, parce que j'avais fait un débridement considérable; j'avais mis les parties à l’aise : de manière que les matières stercorales prirent leür cours le soir même ; le malade fut saigné copieusement ; il dormit une partie de la nuit; la personne que j'avais laissée auprès de lui avait humecté son appareil, de deux en deux heures, avec la même décoction chaude. Je le fis ressaigner, quoiqu'il n’eût ni douleur ni fièvre; je ne levai l'appareil que le soir, c’est-à-dire trente heures après l'opération, j’humectai les compresses avant que de les lever, et, pour tout pansement, j'en appliquai de nouvelles trempées dans La même décoction. Je continüai le même pansement pendant
* HERNIES. | 679 cinq semaines , au bout desquelles sa plaie 1 fut parfaitement guérie. Alors le malade put marcher, et, peu de temps après, il reprit ses fonctions ordinaires, et sans incommodité, au moyen d’un suspensoir plus fort que l'ordinaire, mais cependant très- doux et très-commode.
On remarquera que ce qui fait le volume extraordinaire des hernies c’est le plus souvent l’épiploon; cependant il n’y en avait point dans celle dont je viens de parler, quoique je n’en aie guère vu de plus grosses sans y trouver hs ,Sicen er dans les hernies ventrales ou empHibales.
N XIIL.
De la Manière d' opérer lorsque la Hernie est attaquée de gangrène.
Lorsque la gangrëné survient a aux hernies, c ’est presque toujours la négligence du malade ou l'ignorance de ceux qui l'ont soigné qui en sont cause ; j'ai déjà donné quelques exemples de lune et de l’autre cause : il s’agit ici, de remédier, autant qu’il est HORS à leurs tristes effets. »
Les différentes espèces de gangrène qui surviennent aux hernies peuvent attaquer la tumeur entière, et se communiquer à l'intérieur du ventre ; ou bien elles n’attaquent que les parties renfermées dans la hernie, pendant que les tégumens et le sac même n’en sont point attaqués. Lorsque la hernie entière et le ventre même s'en trouvent aimqués, il y a bien peu à espérer du malade.
J'en'ai écpenéent AL échapper, un, entre autres, à quile scrotum, l'intestin et l'épiploon étaient gangrenés, et le bas-véntre considér ablement élevé, mais, à la vérité, encore douloût eux ; ce qui me fit penser que les parties renfer mées
n'étaient pas dans le dernier degré de gangrène qui ôte toute espérance. Après avoir exposé aux parens tout ce qu’il y avait à craindre, je fis opération. J'avais découvert l'intestin et l’épiploon sans que le malade eût senti aucune douleur : depuis neuf jours qu’il était dans les accidens de l’étranglèment , l'intestin, quoique gangrené (c'était FOR n’avait encore aucune crevasse. Je délibérai un moment sur le parti que j'avais à prendre, etje me déterminai à ouvrir l'intestin en long de la longueur d’un pouce. Je choisis le milieu de la portion sortie ; les matières renfermées s’évacuèrent si ‘abondamment que je soupconnai qu’il.en sortit plus-que ce qui était alors contenu dans l’intestin, et que Le surplus venait de celui qui était renfermé dans le ventre; etj'en fus convaincu lorsque, un moment après, le malade rendit par cette ouverture quantité. de vents, et près d’une pinte de matière stercoraie trés-liquide, ce qui le soulagea Er Abe next: 2
Je bornai là mon opération; je me crus autorisé à ne point débrider l’anneau : en effet pourquoi le débrider jorsqu’on ne peut rien y faire entrer de bon , et que’ ce qu’il y a de mauvais peut sortir ? J’appliquai des linges fins “trempés dans la décoction émolliente , et des compresses, sur la partie malade et sur tout le ventre, trempées ‘dans la même décoction, le tout maintenu par un bandage simplement contentif; de manière que, l’intestin n'étant point comprimé, les matières stercorales pouvaient sortir. Cinq
heures après, je trouvai mon malade dans une situation à me faire espérer sa "guérison ; je levai l’appareil pour changer ses compresses et pour les nettoyer; je trouvai toutes les parties flétries, excepté. environ deux lignes près de l’anneau, où elles parurent un peu gorifléés. La nuit ne fut point fächeuse; le malade n'avait pas rendu beaucoup de matière : il y a apparence que tout ce qui ci-devant était dans l'estomac ou dans les intestins grêles s'était évacué : pour éviter de semblables évacuations je ne fis prendre au malade que quelques cuillerées’ de gelée , et même d'heure en heure. Le second jour je distinguai clairement lendroit où la nature-avait décidé dé fairé la séparation du mort d’avec le vif, ce qui m 'engagea de couper une grande . portion des parties gangrenées; et, si je ne les coupai pas. toutes, c’est parce que le volume qu’elles avaient lors de l’anreau servait à retenir’ hors du ventre les deux embouchures du boyau; de plus ces portions gangrenées que je laissai encore attachées à l'intestin me servirent à passer des fils pour faire une anse et les retenir en dehors; car jusque là je ne m'étais point aperçu que les parties saines du boyau eussent contracté aucune adhérence avec lPanneau. by: | Le quatrième jour la suppurätion commençait de s établir , et les portions d’intestin attachées avec les fils commencaient de se séparer : n'étant aperçu que les deux bouts d’intestin tenaient un peu {l'annçau, etque, depuis quatre jours que l'opération était faite, elle s'était maintenue dans la même place sans avoir fait aucun mouvement pour se retirer vers le ventre, je ne changeai point ma manière de panser. Le cinquième l’une des portions de l'intestin attachées se sépara avec le fil que la tenait, et le lendemain l’autre portion se. sépara de même; la portion de V'épipléon que j'avais laissée ne se sépara que deux jours après celle-ci : alors, toute la plaie étant rouge et verrmeille, je vis clairement que, sur le restant de l’épiploon et des deux portions de l'intestin, il s'élevait des chairs qui semblaient continuées aveccelles que fournissaient le voisinage de l’annean et les tégumens. J'avais le plaisir, deux ou trois fois par jour, de, voir trav. ailler la nature, ne faisant autre chose que nettoyer les matières fécales, et d'appliquer mes liniges mouillés dans la décoction émolliente.. Comme + malade s ’affaiblissait en suivant un régime si sévère , je joignis à à l'usage de la gelée le jaune d’un œuf cuit à la coqne, et je coudiisir ainsi le malade jusqu’au quinzième, que j *augmentai sa nourriture d’un autre jaune: d'œuf, d’un peu plus de gelée, et de quelques cuillerées de l’eau de chiendent, que je ne lui permettais que lorsqu'il avait soif. Je m’aperçus que, depuis cette augmentation, je trouvais plus de matières fécales dans la plaie : cependant je ne diminuai point son ordinaire: sa maigreur et sa faiblesse m’indiquaient trop la nécessité de le nourrir: Jusqu’alors rien n'avait passé dans les intestins au-dessous de la ‘hernie; je hasardaï de lui donner un. demi-lavement : il le garda sans avoir rien produit; et, comme le malade sentit le lendemain düelqués borborismes dans le ventre, je lui fis donner un lavement entier avec la: décoction émolliente et deux cuillerées d'huile ; il le rendit au bout de six heures avec des matières durées et pelotonnées, qui sans doute avaient resté dans les gros intestin depuis le jour de l'étranglement. Les io suivans il ne prit que des demi-lavemens , qu'il ne rendit point : cela m’engagea de lui en donner encore un entier, qu'il rendit avec les autres et quelques matières pelotonnées , avec beaucoup? de bile, ce qui me fit croire que quelque chose avait passé de l’iléon dans le cæcum , et que par conséquent les deux portions de l'intestin coupé commençcaient de se réunir et de rétablir leur communication, et par conséquent le
cours des. matières stercorales : dès lors j’eus la satisfaction de trouver, de jour en jour , dans la plaie, moins de matières fécales , ét de voir que les demi-layemens, dont je continuais l'usage, facilitaient SAque Jour l'écoulement dés matières stercorales par l'annus.
Je ne distinguais plus, à l'endroit de. l'anneau, ce qui était ci-devant intestin , les chairs qui garnissaient le fond de la plaie me semblaient uniformes; et, comme elles étaient louables, et telles qu’il le faut pour établir le fond d'une bonne cicatrice , je ne changeai rien à mes pansemens, me contentant d’être spectateur de la nature. Je vis peu à peu tarir les matières stercorales, ge reprirent entièrement leur cours par le fondement le trentième jour ;
» peu de jours aprés , la plaie fut entièrement fermée sans -m° ‘être jamais
servi d’autres médicamens que de la décoction émolliente. »
Cette observation , et quelques autres que j'ai réprior te ci-dessus, prouvent bien que les guérisons qui paraissent miraculeuses sont dues à la nature plus qu'à l’art, Heureux les malades qui tombent entre les mains de chirurgiens bien convaincus de cette vérité! ceux-ci s’attacheront seulement à éloigner tout ce qu’ils croiront pouvoir troubler ou interrompre la nature dans ses fonctions , et n'en auront pas moins de gloire.
Ceux que j'ai vus périr ayant la gangrène à l'intestin avec ouverture , et par conséquent avec issue des matières stércorales, ne sont points morts précisément de l’une ni de Fautre : ce sont les circonstances qui les rendent fâcheuses et mortelles. En effet, sï toutes les matières stercorales sortent au dehors, l'accident le plus fâcheux qu'elles puissent causer est le prurit, la démangeaison et la douleur, ce qui n’est point mortel ; au lieu que, si ces matières se répandent toutes ou en partie dans la cavité du bas-ventre, elles doivent causer nécessairement la mort; et c’est ce que nous avons toujours vu arriver: lorsque l'ouverture de l'intestin ne s’est pas trouvée hors de l'anneau , ou lorsque , s’y étant trouvée, on n’a pas eu soin de ja retenir ‘au ‘dchors par les moyens que nous avons proposés ci-dessus, car alors les matières qui s’échappaient dans la plaie lorsque l'intestin y était retenu s’échappent dans la cavité du bas-ventre lorsqu'on l’a laissé rentrer.
La preuve que ce n’est point la plaie de li intestin qui fait mourir se trouve dans plusieurs observations que j'ai données ci-dessus À dans quelques-unes desquelles on a pu voir que la nature ellemême ouvre l'intestin dans les hernies, et que les évacuations qui s’ensuivent soulagent considérablement le malade. Quelquefois la nature fait plus; elle perce les tégumens , s'ils ne Je sont point, pour rejeter au dehors les matières fécales.
Mais , en supposant qu’elle ne soit point abandonnée à elle-même, un chirurgien, pour peu qu’il soit intelligent, ouvrira les tégumens, et épargnera à la nature cette dernière opération , qui a souvent conservé la vie au malade. Car il est rare qu'un malade qui a supporté les accidens de létranglement, la gangrène qui s’en est suivie, la
rupture du boyau, et l’inondation des matières fécales dans les cellules graisseuses de dessous la peau ait encore assez de force et de
courage pour attendre que ces matières aient gangrené , et percé
la peau pour se faire jour au dehors.
Un vendeur d’orviétan, se disant Hire courant de province en province pour débiter ses drogues eut la permission de dresser un théâtre sur la place de Cambrai. Pendant son séjour dans cette ville il fut mandé chez un malade qui avait une hernie assez considérable , et à laquelle les chirurgiens du lieu se disposaient à faire l'opération. Le prétendu opérateur assura que la maladie n’était qu’un abcès, il y appliqua un emplâtre : le malade renvoya ses chirurgiens, et, deux jours après, étant aux abois, l'opérateur , craignant de perdre la confiance de son malade, ouvrit le prétendu abcès, duquel, au lieu de pus, il sortit plein une jatte d’une matière fécale trèspuante : le malade fut soulagé, et l’on cria partout victoire. Cependant les connaisseurs , surtout ceux qui avaient vu d’abord le malade, s’attendaient d’apprendre bientôt sa mort. Ils apprirent au contraire qu’il se toutié mieux, et effectivement , dans un mois, il fut parfaitement guéri. Frappé d’un tel événement, je tâchai de m’instruire des circonstances, et j'appris ce que je viens dé dire, et de plus que les matières stercorales n’avaient coulé par la plaie que pendant trois jours, et que l’opérateur n’avait pansé son malade qu'avec un simple emplâtre , qu’il disait être celui de Paracelse.
Ce même. opérateur fitune seconde opération de la même manière et avec le même succés. Il fut mandé dans quelques villes de Flandre pour une semblable opération, et revint à Cambrai avec toute la réputation possible : on
ne parlait que de son habileté et de sa dextérité. J'étais bien fâché d’avoir
manqué l’occasion de le voir opérer ; mais, heureusement pour moi, je trouvai le moyen de m’approcher de lui comme curieux. Ma jeunesse ne lui porta point d’ombrage : il me mena avec lui, et ‘je lui vis faire, avec une lancette à abcès, l'ouverture d’une hernie , ni plus ni moins qu'il aurait fait. s’il eût ouvert un apostème suppuré. Il sortit des matières fécales; il appliqua sur la plaie son emplâtre , et, en moins d’un mois, le malade fut guéri.
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