‹ Œuvres complètesChapitre 114 sur 140 · HERNIE DE VESSIE · texte numérisé non relu

HERNIE DE VESSIE

de l’hydrocëéle, doivent se rencontrer à la hernie cystique, puisque, dans l’une et dans l’autre de ces maladies, il y a de l'eau dans un sac membraneux. 1 ar

Lorsque cette maladie est simple, elle n’est pas d'un danger éminent; la compliquée n’est pas même fâcheuse par rapport à la vessie, si ce n’est qu'on doit éviter de la couper, ce qui arrive toujours quand on la méconnaît en la prenant pour quelque autre partie: c’est pour cela que je donnerai des moyens pour la distinguer.

Il y a des praticiens qui, pour éviter d'intéresser la vessie quand on: fait l'opération du bubonocèle, disent qu'il est sage et prudent de faire uriner le malade; mais, outre que cette précaution peut linquiéter , elle n’est d'aucune utilité : en effet, en sondant, on ne peut vider.que la partie de la vessie qui est dans le bassin ; puisque l'étranglement empêche de vider celle qui se trouve engagée dans l'anneau. Je conseille plutôt, pour éviter d’intéresser la vessie, que, après avôir ouvert le sac herniaire, si l’on trouve quelque tumeur aqueuse ou sac rempli d’eau, d'examiner si la tissure de ce sac est musculeuse, auquel Cas on aurait à craindre que ce füt la vessie ; au lieu que; si cette tumeur aqueuse n’était renfermée que dans une membrane fine «et déliée; on la regarderait comme une simple hydatide, et il n’y aurait aucun danger de la couper ; mais, pour plus grande sûreté, il faut débrider l'anneau qui fait l’étranglement ; ensuite on presse la tumeur aqueuse » laquelle se vide dans la partie inférieure de la vessie si la descente est cystique, et-qui ne se vide point si c’est une hydatide.

La portion de la vessie engagée dans les anneaux quand il ya étranglement ne peut pas se vider en sondant le malade. La personne attaquée de hernie de vessie a de temps en temps des rétentions d’uriné avec étranglement à l'anneau ; j'ai sondé un malade dans ce cas sans vider la tumeur de laine, ce qui prouve qu'il est inutile et même désavantageux de prendre la précaution susdite avant de faire Popération. if | kt

Quand la hernie de vessie commence, elle est bornée au pli de laine ; il paraît en cet endroit une élévation ; mais, lorsque les malades ont une grande envie d’uriner,- cette tumeur disparaît, parce que la vessie, en se remplissant, devient ronde, et rétire à elle la portion qui avait été poussée dans les anneaux. Ainsi cette hernie commençante paraît et disparaît selon que la vessie est vide ou plus ou moins pleine d’urine. C’est la raison pour laquelle les malades , et même les chirurgiens peu attentifs, la méconnaissent dans sa naissance; ce serait cependant le temps d’y apporter remède : un bandage bien conditionné , porté avec assiduité , le repos et un régime convenable s’opposeraient à son progrès, et la guériraient même avec plus de facilité qu’on ne guérit les hernies d’épiploon et d'intestin. jrs |

Ce qui fait que les malades négligent cette maladie dans son commencement c'est parce qu’elle n’est pas douloureuse; ils ne sont point travaillés de colique, comme le sont ceux qui sont attaqués de hernie intestinale. De plus, cette tumeur ne paraissant que lorsque la vessie n’est qu’à demi pleine, et disparaissant totalement lorsqu’ellé est remplie par les raisons que j'ai dites ci-dessus , le malade ne croit pas que cette maladie puisse être de conséquence , et la porte longtemps sans s’en plaindre ; et, s’il s’en inquiète, et qu'il s'adresse à quelque chirurgien sans expérience , il le confirmera dans la pensée que sa maladie n’est pas dangereuse , parce qu’il n’y trouvera pas les symptômes attachés aux autres hernies.

On se ressouviendra que je ne parle que de celles qui ne sont pas encore formées, ou de celles qui, quoique anciennes, n’ont pas fait un progrès considérable. Elles ne commencent d'inquiéter le malade que lorsqu'il a eu quelques difficultés d'uriner , des douleurs dans le ventre, dans laine; et, comme ces symplômes sont encore trop légers, et qu’ils ne subsistent pas long-temps, le malade ne souffre pas encore. assez de ce mal pour s’en plaindre. Ce n’est ordinairement que la rétention d'urine qui le détermine à appeler le chirurgien, lequel, s’il n’est instruit de la cause du mal, se trouvera bien embarrassé; car celte espèce de rétention d'urine diffère essentiellement des autres. 1° Elle est toujours accompagnée de tumeur dans l’aine , puisqu'il y a hernie ; mais, comme cette tumeur n’est pas accompagnée des symptômes que causent les hernies d’intestin, un jeune chirurgien peut être embarrassé dans le jugement qu’il en doit faire, et conséquemment il doit l'être aussi dans le choix des moyens qu’il doit employer pour soulager le malade. 2° La difficulté d’uriner n’est pas toujours douloureuse, car l'urine coule ; le malade se plaint seulement de ce qu’il sent ou croit sentir encore de l'urine dans la vessie, et qu’il sent bien qu'elle ne fait sa. fonction qu'à demi. Cette sensation accompagne toujours les rétentions d'urine ordinaires lorsque l'urine sort de la vessie par regorgement ; et, si elle se trouve dans la difficulté’ d’uriner causée par la hernie de vessie, ce n’est point qu'il soit resté beaucoup d'urine , c’est seulement parce que la partie de la vessie retenue dans l'aine empêche que son fond et ses parois s’approchent intimement, comme cela doit arriver dans l’état naturel ; ce qui produit une certaine sensation qui fait juger qu’on à rendu Jusque la dernière goutte d'urine qui y était renfermée.

Un chirurgien de Ia campagne m’amena un laboureur qui se plaignait de cette difficulté d’uriner , pour laquelle de temps en temps son chirurgien lui passait des bougies dans Purèthre: l’un et l’autre avaient remarqué que , après avoir fait usage des bougies pendantquelqués ; jours, les urines coulaient mieux, ce qui leur avait fait penser que les carnosités étaient la cause de cette ma ladie; et ils le croyaient d’autant mieux que le malade avait eu une gonorrhée

que le chirurgien disait avoir été accompagnée d’un bubon, lequel avait disparu , et que, depuis ce temps-là, il paraissait et disparaissait plusieurs fois dans une même journée. Le cas me parut trop nouveau pour m’en rapporter à ce simple récit. J’examinai les glandes de l’aine; je n’y trouvai aucun gonflement : d’où je jugeai que la tumeur qu’ils prenaient pour un bubon était toute autre chose, me paraissant impossible que des glandes pussent former un bubon et se dégonfler si parfaitement plusieurs fois dans la même journée; mais je trouvai l'anneau de l’oblique externe fort dilaté. Cette circonstance me donna occasion de faire plusieurs questions au malade, et j'appris que ce prétendu bubon ne paraissait point la nuit, et, que s’il se couchait avec cette tumeur, il ne la trouvait plus en s’éveillant ; je ne doutai point que ce ne fût une hernie de vessie commençante : un bandage convenable porté assidument le guérit de la hernie, et fit évanouir toutes les idées de rétention d’urine et de maladie vénérienne; mais une chose qui m’étonna fut que, dans tous les récits du chirurgien et dans ceux du malade, je ne trouvai rien que je pusse accuser d’être la: cause de cette maladie.

Page 1