‹ Œuvres complètesChapitre 119 sur 140 · DU PARAPHIMOSIS QUI ARRIVE APRÈS LA NAISSANCE · texte numérisé non relu

DU PARAPHIMOSIS QUI ARRIVE APRÈS LA NAISSANCE

Les personnes qui n'ont pas le prépuce assez large pour pouvoir découvrir et recouvrir le gland avec facilité sont sujettes au paraphimosis. Combien de jeunes gens parvenus à l’âge de puberté ont été attaqués du paraphimosis soit par l'exercice du cheval, soit par des attouchemens impurs , ou par quelque autre cause capable de produire une érection forte et durable !

Dans l'érection la verge s’alonge, le gland se découvre , l’orifice du prépuce se trouve à la racine du gland ; il le serre comme ferait une ligature , et cette ligature est d'autant plus forte en ce lieu que le prépuce n’a pu y parvenir que parce qu’il y a été forcé par l'alongement de la verge ; l'étranglement augmente parce que l’étranglement empêche le retour du sang. Si, par pudeur, par honte, timidité ou négligence , le malade ne se déclare point, tout ce qui est au-dessus de l’étranglement tombe en gangrène , et le prépuce même qui à causé l’étranglement n’est souyent pas exempl de pourriture. |

Si le malade appelle de bonne heure son chirurgien, il peut le soulager très-promptement ; mais il est rare qu’il n’ait fait quelques tentatives pour se guérir lui-même, et qu'il n’ait augmenté son mal ; car une main bien intentionnée ne suffit pas pour replacer le gland.

Je suppose que le malade se présente aussitôt que le mal lui arrive , et qu'il n’ait fait aucunes tentatives ; je suppose aussi que la verge ne soit point dans la forte érection : c’est le cas le plus avantageux pour faire la réduction du gland ;.et, pour y parvenir, avant toute chose, on tire la peau de la verge un peu par en haut pour découvrir la partie du prépuce qui serre le plus , et sur laquelle, avec la barbe d’une plume, on met circulairement une fort petite quantité d'huile, ensuite on embrasse la verge dans l'intervalle des deux doigts indicateur et médius de chaque main; on les place par-delà le gland, immédiatement après le bourrelet que forme le prépuce, de manière que les deux indicateurs soient au-dessus , et les deux médius dessous ; qu'ils soient appuyés les uns par les autres, et que la seconde phalange de chacun de ces doigts soit

vis-à-vis la verge. Dans cette situation, pendant qu’on serre médiocrement le bourrelet du prépuce , et qu’on le tire à soi, on presse le gland avec les deux pouces, d’abord sur les côtés pour en diminuer “le volume, puis successivement dans les endroits où il paraît que le . Sland occupe trop de volume ; et, quand on voit qu'il est également engagé sous la partie étroite du prépuce , dans l'instant même les quaire doigts tirent le prépuce pour le faire passer sur le gland.

L'huile qu’on met donne au prépuce la facilité de glisser sur le gland ; maïs il faut qu’elle soit en petite quantité, parce que, si elle se répandait plus loin, les doigts glisseraient, et, faute d'adhésion aux parties, elles fuiraient pour ainsi dire, et on ne pourrail pas en faire la réduction.

Lorsqu'on a réussi dans cette opération, on enveloppe la verge de quelques compresses trempées dans une liqueur convenable ; on saigne le malade si la douleur est grande ; on lui fait garder le repos, le régime, étc., et il guérit en vingt-quatre heures. | Si l'érection est si forte qu'on ne puisse faire obéir le gland pour le faire passer sous le prépuce , il faut faire tremper la verge dans l’eau froide ; et, si la verge se relâche » On profite de cet instant pour faire la réduction : ce bain froid ne réussit pas foujours ; j'ai vu quelquefois qu’il augmentait l'érection au lieu de la diminuer. Les Cataplasmes émolliens réussissent mieux ; mais leur opération est si lente que je ne conseille pas de s’en servir lorsque l’élranglement est considérable. : on perd du temps, le mal empire ; il vaut mieux en venir à l'opération. Je m’y détermine d'autant plus que, aux malades dont il s’agit ici, quand même on ferait la réduction du gland , il faudrait toujours couper le prépuce , parce qu’ils ont tous disposition au phimosis.

Quand j'ai été appelé presque aussitôt que l'accident est arrivé ; j'ai quelquefois fait cesser l'érection en pressant universellement , mais mollement, la verge entre mes mains : par ce moyen on vide le sang qui gonfle les cellules du gland et des corps caverneux ; la verge mollit, et la réduction du gland se fait avec facilité. Dans d'autres cas où le gland seul est gonflé par l’étranglement que cause le prépuce, je l'ai entouré d’une petite bandelette de toile fine pour en rétrécir la base, et je l'ai fait passer plus facilement que je n'aurais fait avec les deux pouces, parce que ceux-ci ne peuvent le pousser de la pointe à la base sans élargir ; disposition contraire à notre intention. |

Si le malade a temporisé , ou que , pour réduire le gland, il ait fait quelques tentatives sans réussir, il arrive inflammation ; le prépuce/même se gonfle, et forme plusieurs replis, qui sont autant de ligatures dont la verge esl serrée au-dessous du gland en différens endroits : alors l'opération que nous venons de décrire n’est plus praticable ; et, ne pouvant la faire, on est obligé de couper les

étranglemens : cé que j'ai vu pratiquer de différentes manières. El y en a qui,.en écartant les différens replis du prépuce, découvrent les replis qui sont cachés dans le profond; ils les coupent avec la pointe d’un bistouri en plusieurs endroits pour relâcher ces espèces , deligatures , et, lorsqu'ils les ont coupées toutes, ils entreprennent la réduction du giand de la manière que j'ai dite ci-dessus : je n’approuve point'cette manière d'opérer par les raisons que je dirai ci-après.

Lorsque je suis obligé de dilater le prépuce pour y faire rentrer le gland, je me sers d’une sonde creuse dont le bout, au lieu d’être -pointu, est un peu arrondi, large d’une ligne, mince et presque tranchant : je l'introduis entre le gland et la partie étroite du prépuce; le dos de la sonde est appuyé sur le gland et sur la membrane externe des corps caverneux pour les préserver du tranchant et de la pointe du bistouri. Je pousse cette sonde au-delà du repli ou dernier étranglement que fait le prépuce; je passe dans la cannelure dela sonde un bistouri droit et pointu, et, d’un seul coup, je coupe, sije puis, tous les étranglemens : s’il reste de la membrane interne Gu prépuce quelque portion qui ne soit pas coupée., je mets la même sonde entre cette portion de membrane et le gland, et je la coupe avec le même bistouri. Je préfère cette manière d'opérer à la première, parce qu’elle est moins longue et beaucoup moins douloureuse, attendu que, au moyen de celle-ci, on coupe pour l’ordinaire d'une seule fois tout ce qu’il faut couper, et que, en suivant autre, on est souvent obligé de faire sept ou huit incisions différentes, qui quelquefois ne suffisent pas. J’ajouterai encore que, comme rien ne guide le bistouri, et que, pour couper ainsi, il faut que son tranchant et sa pointe soient tournés du côté de la verge , on court risque de couper au-delà de la membrane interne du prépuce, et d’entamer les corps caverneux ou le giand : c’est ce que j'ai vu arriver , et ce qui embarrasse beaucoup celui qui n’est pas prévenu de ce qui peut en résulter.

Il est toujours fâcheux d'entamer les corps caverneux ou le gland ; mais ces entamures sont bien plus fâcheuses lorsqu'elles se font dans un temps où la verge est en érection que lorsqu’elle est molle ; et, comme, dans le paraphimosis dont il s’agit, la verge est presque toujours en érection, il est de la prudence du chirurgien de prendre si bien ses précautions qu'il n’offense point ces parties.

L’hémorrhagie suite de l'ouverture du corps spongieux du gland et de l’urèthre embarrasse d'autant plus le chirurgien que’la verge en éreetion n’est pas dans une situation favorable pour arrêter le sang; mais ce qui met le comble à son embarras c’est la douleur: que sent le malade, les cris qu'il fait, les. mouvemens irréguliers qu’il se donne; et, plus que tout cela encore, c’est lorsqu'on a commis cette faute avant que d'avoir achevé opération; car,

comme il vient d'être dit, dans cette méthode que je blâme, on à quelquefois sept ou huit incisions à faire, et le chirurgien qui la fait peut avoir occasioné l'hémorrhagie dès la première ou la seconde coupure.

Ce n’est pas que, dans cette’ hémorrhagie, il soit toujours bien’ difficite d'arrêter le sang : on à pu voir ci-dessus combien sont simples les moyens dont je me suis servi pour y remédier ; mais on remarquera aussi que, dans le cas dont il s'agissait, la verge n’était point en érection, au lieu que, dans celui dont il s’agit actuellement, l’érection est presque continuelle : dans cette situation les cellules des corps caverneux sont gonfléés par le sang qui y aborde continuellement par les artères, et ne peut retourner par les veines, qui sont, pour ainsi dire, liées par la contraction des muscles érecteurs.

‘On voit, par cet tt à pourquoi le sang est plus difficile à arrêter loqué la verge est en érection que lorsqu'elle est molle.

Outre toutes ces raisons de préférence, j'ajouterai que, pour couper les étranglemens:que causent les replis enfoncés du prépuce, il ne suffit pas d’en couper la peau, il faut couper la membrane interne : cette membrane est moins extensible que la peau, et c’est principalement elle qui fait le plus fort de l’étrangiement. Quand ceux qui n’ont point fait cette remarque ont coupé la peau, ils croient avoir coupé tout ce qu’il faut; mais il s’en faut beaucoup : Tétranglement que cause la membrane interne subsiste, et la partie toujours étranglée se dispose à la pourriture , et tombera bientôt en gangrène si l’on ne coupe cette membrane qui fait létranglement. C’est parce qu’elle est tendue, et qu’elle presse fortement les corps caverneux , qu’elle résiste au bistouri plus que la peau, que l’opérateur novice la prend pour la membrane propre des corps caverneux , et n’ose là couper ; c’est par cette même raison que, quoiqu'il la connaisse, il court risque en la coupant de pénétrer dans les corps caverneux s'il n’est pas doué de-toute la dextérité possible qu’exige une opération si délicate. On n’aura point toutes ces craintes, et on évitera beaucoup de douleur au malade, si on fait l’opération avec la sonde creuse de la manière que je l'ai décrite.

Il semble que ceux qui sont nés sans prépuce ne devraient jamais être sujets à létranglement du gland, ni par conséquent aux opéralions que nous venons de décrire , pourvu que la peau qui se borne à la racine du gland soit assez large pour que la verge ne se trouve point serrée dans l’érection : cependant jai vu plusieurs fois cette maladie, et plusieurs fois j'ai été obligé de couper l’étranglement.

Le cercle de la peau qui entoure la verge au-dessus de la couronne du gland s’enflamme quelquefois; et, si les remèdes généraux et les topiques ne déiruisent point cette inflammation, il se forme un bourrelet qui étrangle le gland , et cause les mêmes accidens dont

ré

nous venons de parler. J'ai vu plusieurs fois des chancres autour de ce cercle de la peau produire le même effet, et en conséquence j'ai fait l'opération, qui ne consiste qu'à couper l’étranglement: car on n’a point à réduire le gland, puisqu'il est naturellement au ‘dehors, comme on est obligé de le réduire à ceux à qui le paraphimosis est causé par la disposition au | phimosis dans laquelle se ITouvÉ le prépuce.

Page 1