‹ Œuvres complètesChapitre 135 sur 140 · HT · texte numérisé non relu

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De l'Opération qu’il convient de faire au Filet trop court:

J'ai déjà dit que le filet pouvait être trop court à différens degrés’, et c’est en partie ce qui détermine à le couper plus tôt, c’est-à-dire dès les premiers jours ; ou, plus tard, après que l'enfant est sevré,

Lorsque le filet est extrêmement court, il empêche ordinairement les enfans de téter , et on est obligé de le. couper , ainsi qu'il a été dit; c’est aussi le cas dans lequel l'opération est plus difficile, et même plus dangereuse, parce qu’on né peut pas lever le bout de fa: AN pour bien voir ce qu’on coupe.

Cette difficulté de lever la langue a fait i imaginer différens des. mens pour suppléer aux doigts, qu’on ne peut passer entre la jangue et la mâchoire inférieure ; car, quand on peut passér sous la langue le doigt indicateur et le médius , ayant la peau de la main tournée du côté du nez, et mettre le filet entre les deux doigts, non-seulement on le voit distinctement, maïs on ie coupe avec facilité avec des ciseaux sans pointe pour éviter l'accident dont nous parlerons ciaprès. Dans cette situation on est maître de le couper plus ou moins avant, selon qu'on le juge nécessaire. Cette facon de Je couper est a plus simple, et mérite la préférence ; mais, comme on ne peut pas toujours passer les doigts entre la langue et la mâchoire inférieure, on se sert d’instrumens tels que ceux dont je vais parler.

Je ne rapporterai ici que les instruméns qui ont mérité quelque attention : le premier est une fourchette dont les fourchons , longs d’un pouce , au lieu d’être pointus , Se terminent par deux boutons bien polis , et incapables de blesser : ces deux fourchons laissent entre eux un espace d’une ligne dans leur base, et de deux lignes à leur extrémité ; on les passe sous la langue, l'un à droite et l’autre à gauche du filet ; on incline le manche de la fouréhelte du côté du nez; de sorte que le filet’ se trouve à découvert, et placé entre les deux fourchons , où il est facile de le couper avec des ciseaux qui doivent

être mousses, comme je l’ai déjà dit. Cet. instrument est fort simple, et par cela seui mériterait la préférence sur ceux dont nous parlerons ci-après s’il n’occupait pas en même temps les deux mains dé l’opérateur, qui, les ayant embarrassées, l’une à tenir la fourchette, et l'autre les ciseaux, ne peut pas assujettir lui-même la tête de l’enfant ; il est obligé dé la confier à des personnes ignorantes , tendres, ou faibles d'esprit, qui, trop touchées de la situation dé lenfant, n’osent l’assujettir aussi solidement qu'il doit être; de sorte que les mouvemens qu'il fait dérangent la fourchette, et font manquer l’opération. Cet instrument est cependant, après les doigts, celui qui est le plus en usage; mais, comme il ne peut tenir place dans l’étui que portent ordinairement les chirurgiens, je lai simplifié en terminant le gros bout d’une sonde ordinaire par deux ailes qui laissent entre elles un espace égal à celui qui se trouve entre les deux fourchons de la fourchette : par ce moyen cette sonde, si souvent utile aux autres opérations de chirurgie, porte avec elle l'instrument propre à couper lefilet, et n'en tient point plus de place: daas l'étui. Les chirurgiens allemands, qui, au lieu de feuilles de myrte, se servent de spatules fort larges, ont pratiqué une fente de même forme dans le bout de leurs spatules; ils ne lont point placée dans le milieu, mais vers un des côtés, afin qu’il en reste une portion assez large pour servir de spatule. Ils se servent de cet instrument pour Conper le filet de la même manière que nous avons dit qu’il fallait se servir de la fourchette.

= Avec .les instrumens dont je viens de parler, d’une part, et les ciseaux mousses , de l’autre , maniés avec dextérité, on peul.couper le filet sans danger; mais, comme quelqu’une de ces choses peut manquer , surtout la dextérité , il est. arrivé quelquefois qu'on a coupé les vaisseaux qui accompagnent le filet. Une main tremblante peut porter les. ciseaux plus avant que l'instrument qui découvre le filet , et qui sert à maintenir la langue : c’est ce qui a fait imaginer un autre instrument dans lequel se trouve.joint ensemble de quoi assujettir la langue et couper le filet. La partie de cet instrument ‘qui assujettit la langue est une plaque dont une portion est repliée sur elle-même et doublement fendue. L'espace qui se trouve dans ce repli cache un bistouri qui, par un arrêt, est tenu.en repos au côté droit de la fente dans laquelle on fait entrer Je filet, et qui, .lor$qu’on presse la détente, s'échappe, passe avec vitesse devant la fente qui contient leilet, et la coupe ; cette détente se fait avec vitesse , et par la même mécanique que le chien d’un,pistolet, Avec cet instrument. on ne court point risque de couper les vaisseaux, . parce que le bistouri ne déborde point l'entrée de la fente de Tinstrument, et que cette fente n’est point assez large pour laisser entrer. la partie de la langue où se trouvent les vaisseaux. Sitôt que cet instrument parut, on ne douta point d’avoir trouvé le point

de perfection ; maïs, comme c’est au service qu'on connaît les défauts, voici ce que l’usage m'y a fait apercevoir :

1° Que le filet soit mince ou épais, qu’il soit difficile ou facile # couper , la force qui meut.le bistouri est toujours la même. 2° Quoique le bistouri, en se mouvant, décrive une portion de cercle, cette portion de cercle est fort petite, et on peut dire que le tranchant du bistouri ne se meut pas de la facon dont il faut que les instrumens tranchans se meuvent pour bien couper; car il tombe perpendiculairement sur le filet, et on’sait que tout tranchant, si fin qu’il soit, peut être comparé à une scie, et qu'il ne coupe qu'autant qu’on le meut, en allant et venant, comme fait la scie. Tout le monde sait qu'on peut frapper avec la paume de la main sur le tranchant d’un couteau tourné à lhorizon, sans se couper; et que ce même couteau , appuyé légèrement sur la main, et mu dans le sens dont on meut les scies, avec quelque légèreté que ce soit, coupe infailliblement. 3° Cette chute perpendiculaire du bistourisur le filet est cause qu’il ne le coupe pas toujours ; quoiqu'il tombe. dessus avec. la force que iui communique le ressort qui se débande : c'est ce qu'ont éprouvé plusieurs fois ceux qui se sont servis de cet instrument. Quand cela arrive, le filet est plié par le bistouri, qui, au lieu de le couper, le pousse en double dans la partie de l'instrument où le bistouri fait sa retraite, c’est-à-dire dans l'endroit où le ressort le pousse lorsqu'il s'étend. L'opérateur se trouve alors fort embarrassé, parce que l'instrument tient au filet, et qu’il ne le détache qu’en rebandanit le ressort : cependant les cris:de l'enfant, et ceux mêmes des méres et des nourrices, intimident le chirurgien , et ne lui permettent pas d'achever son opération avec tranquillité.

Lorsqu'on a rebandé le ressort, le filet se dégage ; mais je ne conseille point de le débander une seconde fois, parce que, Payant vu faire, le bistouri ne coupa pas mieux cette seconde fois que la première , et on fut obligé d'employer les autres moyens.

Quoique cet accident n’arrive pas toujours , il n’est pas: prudent d'en courir le risque ; mais, comme la fente de cette plaque repliée m’a paru bien imaginée, et que tout le défaut de l'instrument consiste dans la manière vicieuse dont le bistouri tombe sur le filet, j'ai, à ce bistouri, substitué des ciseaux, dont une branche est dormante , ét Vaatre mobile : un ressort tient les branches de, ces ciseaux toujours ouvertes ; letranchant deja branche dormante est justement à un des bords de la fente , et celui de la branche mobile en est éloigné , afin que la fente de l'instrument soit entièrement comprise dans l’angle qui forme leur ouverture , et que riem ne s'oppose à l'entrée du filet. Ayant placé cet instrument avec les précautions dont nous avons parlé, on approche la brancle mobile de la dormante , le ressort obéit , et le filet se coupe, comme on le couperait avec des ciseaux ordinaires. |

Je :crois que. cet instrument remplit toutes les intentions qu’on peut avoir. En effet s’agit-il d'autre chose que de couper le filet avec facilité , de n’en couper que cé qu’il faut , et de conserver , en le coupant; les vaisseaux sanguins de son voisinage ? On le coupe facilemênt, parce que l'instrument n’occupe qu’uné seule main : que l'opérateur peut, de l’autre, lever la lévre supérieure , assujettir la tête, et la diriger à son gré, pendant qu’il passe l'instrument sous la langue ; et fait entrer: le filet dans la fente où il faut qu'ilso itpour être coupé. On ne coupe que ce: qu'il faut, parce que toutce qu’il faut couper entre dans la fente » etque les ciseaux, ainsi marqués, ne peuvent porter ailleurs leur tranchant ni leur pointe. On évile sûrement les vaisseaux sanguins, parce qu'ils né peuvent entrer dans la fente , et que la pointe ni le tranchant des ciseaux ne peuvent la déborder... :

Il n’ya personne qui, avec cet instrument, ne coupe le filet avec facilité.et sans danger. IL n’est est pas de même des autres manières de le couper : pour peu que celui qui opère n’ait pas la main sûre , et qu'il, pousse le ciseaux au-delà des bornes prescrites, il peut ouvrir les veines , et même Fartère ranule. Ceci peut arriver à ceux qui ne connaissent point ce danger, comme à ceux qui le connaissent, maïs qui n’ont. pas toute la déxtérité requise pour savoir l'éviter. Les gens hardis en coupent quelquefois trop ,'et les timides n’en coupent pas assez : ce qui montre que , pour bien opérer, surtout dans les opérations délicates, s'il faut avoir de la fermeté et de la hardiesse , il faut qu’elles soient éclairées,

L'ouverture de ces vaisseaux n’est pas un petit accident ; plusieurs enfans en ont perdu la vie, soit parce que ceux qui avaient commis cette faute l’ont cachée , ou parce que les pauvres enfans ont été mis entre les mains de gens dont le savoir borné ne leur a pas fourni tous les expédiens et les différens moyens qu'on peut pratiquer en pareil cas. J’ose dire qu'aucun de ceux auxquels j'ai été appelé n’est mort de cette hémorrhagie, ayant trouvé, d’une facon ou d’une autre, le moyen de l'arrêter. |

Un enfant nouveau né fut soupçonné d’avoir le filet.par la garde-malade qui soignait sa mêre. Comme cette garde était femme d’un frater du régiment. des gardes françaises, elle l’envoya chercher pour faire cette opération. Il coupa les vaisseaux dont'il s’agit. L'hémorrhagie fut considérable : On essaya d’étancher le sang avec des linges, puis avec de la charpie. Le cas fut secret pendant vingt-quatre heures, quoique sept ou huit femmes y fussent entrées. Pendant ce temps l'enfant avalait presque tout le sang que fonrnissaient les vaisseaux. Malgré le soin qu’eurent les femmes de cacher ce désastre, une parente, qui vofllut voir l'enfant, s'aperçcut de quelques linges saigneux; elle en demanda la cause, et l’une des femmes, moins intéressée à garder le secret, le déclara. On fit venir celui qui avait fait l'opération , qui essayad'arrêter le sang ‘en appliquant sur la plaie des styptiques de différentes espèces. Ne réussissant point, la parente m’envoya chercher. Je trouvai l’en-

fant dans une faiblesse extrême ; il refusait le téton depuis que sa langue avait été cruellement frappée par les topiqués dont on s’était servi, On le remuait alors, et je vis dans ses langes quantité de sang, non sous. la couleur ordinaire, mais sous celle du chocolat, et sous laquelle les médecins et les chirurgiens le reconnaissent &n pareil cas. J’imaginai sur-le- - champ un moyen d’arrêter lhémorrhagie; il réussit parfaitement : j'en parlerai d'en avoir Lau les réflexions suivantes.

En faisant l'opération du filet, si on a le malheur d’occasioner une hémorrhagie , ce n’est pas toujours pour avoir coupé ensemble les veines et les artères ranules; Fenfant dont il s’agit n’avait que la

veine ouverte, eton s’étonnera peut-être qu’elle ait été silong-temps

à fournir du sang, et en si grande abondance , puisque l'ouverture des ranules est une opération qu’on pratique utilement et sans danger dans des cas que je ne rappor te point ici; mais on observera qu’on ne fait cette saignée qu’à des personues adultes, qui tiennent leur langue en repos, et qui ne la méuvent pas comme pour sucer ; au lieu que les enfans nouveau nés ont cet organe machinalement déterminé à la succion. Outre cela, et c’est ce qui arrive rarement, lorsque le sang de la veine ranule ne s’arrêle pas dans un adulte, on larrête bientôt en y versant de Peau froide sortant du puits, ou en mettant sous la langue,un petit morceau de dei c'est ce qui ne se peut pratiquer sur un enfant.

1l résulte de ce qui vient d’être dit que; si” on açait tenu en repos la langue de l'enfant qui fait le sujet de cette observation, n'ayant que Ja veine ouverte , on aurait pu arrêter le sang aussitôt que la faute fut commise ; et il résulte encore que les styptiques les plus puissans ne sont d'aucun eflet sans la compression du vaisseau et le pr de la partie.

Lorsque l'artère est ouverte , les veines ranules le sont aussi, parce. qu’elles sont extérieures, c’est-à-dire immédiatement audessous de la membrane qui couvre le dessous de la langue ; au lieu que l'artère ou les artères (car elles sont quelquefois deux ) sont , plus enfoncées dans la substance de la langue : ainsi les veines peuvent être ouvertes sans que les artères le soient; mais il est . difficile que les artères soient ouvertes sans -que les veines ne le soient aussi. s:

Cette quatrième et dernière réflexion darts peut-être extraordinaire à ceux qui n’ont point vu le cas dont je vais parler. Quoiqu’on ait coupé le filet avec toute la dextérité possible, et sans avoir intéressé ni les veines, ni les artéres ranules, il peut arriver une hémorrhagie assez considérable pour inquiéter®les parens et.le chirurgien même s’il n’est pas au fait du cas, dont il s’agit.

I y a quelque temps qu’un enfant à qni.on avait coupé.le filet me. fut apporté par’ une garde-malade, qui me. dit que celui. qui avait coupé le

filet à cet enfant avait fait quelques tentatives pour srétés le sang, qui,

toutes étant inutiles, avaient fait croire à la sage-femme de la mère que les. ranules étaient duvet tes, et c’est pour ce sujet que l'enfant me fut apporté. J’examinai la coupure, et je reconnus qu’il s’en fallait plus de deux lignes que l'instrument tranchant n’eût atteint les vaisseaux. * :

On sait bien que , en coupant le filet, quoiqu’on évite le tronc de ces vaisseaux , on ne peut éviter d'en couper les branches qui se distribuent au filet, et que, de ces branches, il peut y en avoir quelqu’une , plus grosse que les autres, capable de fournir du sang assez pour effrayer ceux qui ne savent pas que, dans certains sujets, il se trouve, dans le repli de la membrane qui couvre le filet, des rameaux assez gros pour fournir du sang, et que, dans. d’autres, le filet est fort épais, et par conséquent garni d’un plus grand ombre de vaisseaux , qui peuvent fournir beaucoup plus de sang que wen fournit le filet lorsqu’ il est mince, comme il l'est naturellement.

De tout ce quisvient d’être dit je écoéhie: que les hémorrhagies qui arrivent pour avoir coupé le filet peuvent venir des veines et des artères ranules, coupées ensemble ou séparément, ou de la coupure de quelques-uns de leurs rameaux; et on conclura de la seconde réflexion que, pour arrêter ces différentes hémorrhagies, ii faut trouver le moyen de comprimer les vaisseaux, et de tenir la langue dans un parfait repos. Pour remplir ces deux intentions voici les moyens que j'ai employés, et .qui m'ont toujours réussi. J'ai pris un brin de bouleau , qué j'ai coupé au-dessous de deux branches réunies , et j'ai: choisi; autant qu’il était possible, celui

où ces deux béatihos étaient à peu près d'égale grosseur ; je les ai

taillées de façon que le tronc de ces deux branches a quatre lignes de longueur ;, et chaque branche en a huit, ce qui forme une fourchette dont les fourchons sont plus longs que le manche. J'enveloppe et recouvre le tout avec une bandelette de linge fin ; je place cette fourche sous la langue, de manière que le bout du manche arc-boute contre la mâchoire inférieure , et que l'angle formé par les deux fourchons soit appuyé sur l'ouverture des vaisseaux. Les deux fourchons s'étendent à droite et à gauche sous le dessous de la langue, et empêchent qu’elle ne se meuve sur les côtés ;:je la maintiens et lassujettis dans cette situation avec une bande de linge fin , large de buit à dix lignes , longue d’une aune ; j'applique le milieu: de cette bande à à plat sur la langue, et aussi avant que l'ouverture de la bouche me le peut permettre; je passe les deux chefs de cette lande sous la mâchoire , aussi près du larynx qu’il se peut sans l’incommoder ; je les croise en cet endroit, et les porte en arrière pour les attacher au bonnet de l'enfant. Ce bandage pousse la langue sur la fourche, laquelle étant arc-boutée À la mâchoire , et maintenue en ligne droite par les fourchons , ne peut

changer de place, et, de cette manière, les vaisseaux se trouvent comprimés par deux forces , de bas en haut par la fourche , et de baut en bas par le bandage : ainsi le vaisseau est comprimé ,'la Faneue est assujettie, et le saeg s'arrête.

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