XXX VI DISCOURS SUR LE TRAITÉ
l'anatomie que ‘des chirurgiens, tels que Guillaume de Salicet et autres, ont enseigné que la mâchoire pouvait aussi se luxer en arrière. Lanfranc a copié cette erreur, et Gui de Chauliac l’a adoptée d’après ces deux auteurs. Devigo (1), premier chirurgien du pape Jules IT, parle de cette luxation en arrière : il en donne les signes, contraires à ceux de la luxation en devant. Dans celle-ci la bouche . est ouverte ; et, dans la luxation en arrière, il dit que la bouche est fermée , que le malade ne peut l'ouvrir ; que les dents de la mâchoire inférieure ne sont pas, à beaucoup près, si avancées que celles de là mâchoire supérieure, et semblent s’imprimer dans le palais. Il ajoute, d’après Brunus, que les malades ne peuvent parler : Et sermo, ut testatur Brunus, in totum amiltitur. S'il n'avait consulté que ce dernier auteur, qui écrivait sa Chirurgie en 1252, il n’aurait pas admis d’autres espèces de luxations de la mâchoire inférieure que celles que l'expérience a fait connaître, et qui sont possibles. II est évident que Devigo, tout grand chirurgien qu'il était, n’a parlé ici que sur la foi de quelques auteurs accrédités de son temps. L’impossibilité du fait est incontestable. Aussi ne fait-il aucune mention de la méthode de réduire cette seconde espèce de luxation, absolument supposée. Mais les procédés qu’il indique pour la restauration de la mâchoire luxée en devant méritent d’être connus , et comparés à ce que nos meilleurs auteurs ont dit à ce sujet. Voici comment il s'exprime :
« (2) Il est très-important de faire promptement la réduction de la » mâchoire inférieure luxée : on met, pour cet effet, les deux » pouces dans la bouche du malade, et l’on presse sur les dents » molaires inférieures pendant que, avec les doigts sous le menton. » on soulève fortement la mâchoire, à sa partie antérieure. J’ai » souvent réussi, par cette méthode , à réduire la luxation en devant. » Mais, si l’on ne pouvait en venir à bout par ce moyen, on met- » trait, au lieu des pouces, deux coins de bois léger entre les dents » molaires. Le chirurgien tiendra fortement ces coins. On doit placer » sous le menton une bande dont les chefs passeront sur les côtés de » la tête : un aide tirera les deux boùts de la bande en haut pendant » que le chirurgien agira avec les coins sur la partie postérieure de » la mâchoire. Il n’y a aucune luxation de éette partie que je ne sois » venu à bout de réduire par ce procédé ». Quoique les anciens aient prescrit cette même méthode, je préfére ici l'autorité de Devigo, qui cite son expérience. Ambipise Paré et Verduc ont décrit depuis la même manière d’opér er.
(4) Oper. chirurg., lib. VE, cap. II, de dislocatione et mollificatione mandibule. \' 10 ,
(2) Traduction du texte de Devigo sur la réduction de la mâchoire inférieure.