DISCOURS SUR LE TRAITÉE
peau , et le malade guérit-en peu de temps. Au bout de trois mois il sentit une douleur pongitive permanente. L’os était exostosé ; on fit une incision pour le découvrir : ily avait; dit M. Duyerney , Une fente très-apparente , très-longue et très-profonde. On fit sauter ” J'excédant de l'os avec la gouge et le maïllet de plomb. Dans les derniers coups il sortit du fond de la fente une liqueur jaunâtre et trés-puante; au pansement suivant on appliqua sur la crête du tibia : trois couronnes de trépan, les unes à côté des autres ; l’on fitsauter les ponts , et la moelle se trouva abcédée. Le malade fut guéri au bout de quatre mois ou environ.
I y à dans cette observation des ctcontenael qui en rendent l'exposé fort suspect. L'on y voit un homme guéri en peu de-jours d’une contusion à l'os. Au bout de trois mois des douleurs fort vives déterminent à faire une incision sur une exostose assez légère: dans l'hypothèse de la félure primitive l’exostose serait un cal défectueux, qui aurait rempli la fente. On dit que, à l'instant de lopération, elle parut fort longue et fort profonde; on ne l’avait cependant pas aperçue à travers les tégumens, fort minces sur la surface interne'du tibia. Cette fente longue et profonde ne pénétrait pas jusqu’au canal, quoique le centre de l'os füt abcédé. Voici à quoi se réduit le fait. Le coup de pied a causé une contusion à l'os ; elle a été suivie de tuméfaction de la substance et d’abcès dans le canal. L’exostose détruite, et le canal ouvert par les couronnes du trépan, il y eutune fente longue et profonde à l'os: c'était l'effet de la déperdition de substance que l’art avait faite : on voit assez, par le récit même de l'observateur , que la fente n’a pu être prniivé: Supposerons-nous , pour ne pas insister sur l’infidélité de cette narration, que la tuméfaction de l'os s'était faite par deux éminences oblongues, qui laissaient entre elles une gouttière ou sinuosité contre nature, qu’on pouvait prendre pour une fente longue et profonde ? Mais revenons au premier principe : iln’y a point eu, dans ce cas, de fracture en long si cette fracture est physiquement impossible : or cette impossibilité est démontrée; car il n’y a aucune percussion extérieure, capable de fendre l'os, quine doive ,» à plus forte raison, le casser entièrement SUIT ARC son épaisseur.
Nous allons combattre , par occasion, un auteur célèbre, dont le nom peut donner du crédit à l’opinion erronée de la fracture en long : c’est M. Heister, qui croit que personne n’a pu en. démontrer l'impossibilité par des raisons invincibles. Il prétend voir des exemples évidens de cette espèce de fracture dans des auteurs dignes de foi. IL cite la Dissertation de Heyne sur les principales maladies des os, et la Chirurgie pratique de Wurtzen {Felix Wurtzius), dont les observalions sur ce point de l'art ne peuvent, dit-il, être lues avec assez W'attention, M. Heister ne donne cependant aucun signe pathognomonique de la fracture en long; les accidens dont il
DES MALADIES DES OS. Li
fait mention conviennent à la contuslon de Fos. Nous remonterons aux sources qu'il indique pour faire connaître combien il s'est abusé dans le jugement qu'il a porté d’après les faits auxquels il renvoie ses lecteurs. On voit d'abord par le titre-de l'essai de M. Heyne qu'il n’y est point du tout: question des fractures (1). La lecture là plus attentive de l'endroit marqué par M. Heister (2) n’établif point la possibilité de la fracture en long : Heyne y parle des abcès de la moelle ; qui sont l'effet de l’acrimonie rance à laquelle Thuile médullaire est sujette. Le virus vénérien produit la corruption des os par la dépravation du suc moelleux. La forte confusion de la substance de l'os est souvént suivie de suppuration ; une petite esquille qui piqué le périoste interne, ou qui comprime la moelle,
attire l'inflammation et la suppuration dans le canal osseux. Heyne s'étaie, sur cette proposition ; de J'autorité des deux Fabrice, qui ont vu, trois ans après une fracture, la suppufation putride de l'intérieur de l'os; et, pour prouver les suites fâcheuses d’une telle putréfaction , il rapporte une observation qui lui a été communiquée par un très-habile chirurgien de Leyde. Un homme se plaïgnait de souffrir des douleurs insupportables depuis le milieu du tibia jusqu’à la maHéole interne, où il parut, au bout de quelques jours, une tumeur du volume d’un œuf. Il sortit, par l'ouverture qu’on en fit, une assez grande quantité de sérosités sanieuses ; l'os était à nu, et l'on s’aperçut qu'il était pareillement dépouillé de son périoste
* jusqu’au milieu de-la jambe; l’ouverture fut continuée jusqu’à cet
endroit, où était la source du mal : lon y découvrit une ouverture transversale qui pénétrait dans le canal d’où sortait Ja matière âcre qui avait causé la carie et la gangrène. IL n’est fait mention , dans ce cas, ni de contusion extérieure ni de fracture comme causes oCCa-
| slonnélles des accidens. Heyné appelle l'ouverture de l'os fissura ,
parce qu’elle avait la forme d’une fente ; et, comme le même mot latin sert à exprimer la félure ou fracture en long, ‘Heister a cru qu’il en était question dans ce fait. Fissura satis ampla in medio ossis transverso n'a jamais signifié une fracture en long. IL insiste beaucoup plus sur l'autorité de Wurtzen, chirurgien -qui avait une trèsgrande réputation à Basle, et dont la Chirurgie, publiée en allemand en 1576, fut traduite d'abord en latin en 1642, puis en français en 1646 par les soins de Riolan. IL avait eu connaissance de cet
@), Joanhis-Ch. Heyne Sueci Tentamen chirur gico-medicum de præcipuis ossiumn morbis, scilicet inflammatione | abcessu et ‘ulcere periostit, osseæ substantiæ , et ipsius denique ossium medullæ , incensioni ac phleymont mollium partium , seu fundamento, superstructd ; necnon de varie ossis, spind ventosd et rachitide ; cum figuris.
(2) Znstit, chirurg., part. I, lib. IT, de Fracturis ossium , cap. I, n° 3.
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ouvrage étant à Cologne au service de la reine mére de Louis XIIF, Marie de Médicis. J'ai lu avec toute l'application possible le chapitre où Wurtzen traite de la fracture en long. Cet auteur pose partout en fait ce qui est en question. Il assure avoir guéri des malades après quinze années de douleurs que les plus grands médecins disaient être catarrhes ou rhumatismes , et qui ne reconnaissaient d'autre origine qu'une fracture en lorig. Îl promet et ne donne pas le diagnostic de cette fracture supposée : Les signes démonstratifs de telles fentes seront, dit-il, déclarés en leur lieu lorsque je traiterai des maux incurables ; et il ven parle point. Il explique sommairement la manière de placer les attelles pour la fracture en long des différens os. Dans sa prévention sur la possibilité de cette fracture il va jusqu’à dire que la plupart des panaris viennentde la fracture en long des phalanges. M. Heister ne s’est pas aperçu que fout cela était ridicule : il renvoie à la lecture de cet auteur ceux qui voudront approfondir la matière. Je ne crois pas qu'il y ait rien de mieux à faire pour sé convaincre de la fausseté dû sentiment qui y és soutenu.