‹ Œuvres complètesChapitre 3 sur 140 · DE M. PETIT · texte numérisé non relu

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rentter dans le sein des écoles; mais M. Petit surmonta, par son industrie, l'impossibilité apparente de la réussite; il permit qu’on lui fit des objections, et s’engagea à les résoudre sur-le-champ. Cette conduite , qui ne marque pas moins un grand fonds de connäissances que l'attachement le plus généreux aux intérêts de la chirurgie, remplit les.espérances que M. Petit en avait conçues. Par là il soutint seul le crédit des écoles, détruisit une espèce de schisme, et jeta les fondemens de la splendeur renaissante de la chirurgie. L'habileté et la grande expérience dont M. Petit donnait chaque jour de nouvelles preuves lui assuraient la première réputation, et le firent regarder commeun homme de ressource dans les cas les plus difficiles ; son nom seul inspirait de la confiance ; il a eu le rare ayantage d’être appelé par plusieurs souverains qui ont été redevables à ses lumières de la santé dont ils ont joui depuis. En 1726 le roi de Pologne, aïeul de madame la Dauphine, eut recours à lui dans une circonstance où l’on désespérait de sa vie. M. Petit dis cerna les causes et les complications de la maladie, et il en entreprit la guérison. Il fut d’abord en-butte aux traits de la jalousie et de la défiance des médecins et des chirurgiens du pays ; mais le succès détruisit bientôt leurs injurieuses préventions et les craintes qu’ils avaient artificieusement inspirées. M. Petit reçut les marques les plus glorieuses de l'estime et de la confiance qu'on avait eues en lui. Le roi désira l'attacher à son service ; mais ilne putse résoudre à sacrifier le penchant qu’il avait pour Paris. Il fit, en 1734, un voyage en Espagne pour Dom Ferdinand, actuellement régnant ; il résista encore aux plus pressantes sollicitations ; les établissemens les plus avantageux, offerts pour sa famille, ne purent vaincre sa forte inclination pour sa. patrie ; l'affection tendre qu'il avait pour cette compagnie était aussi l’une des principales causes de son éloignement à accepter des propositions où l'honneur et l'intérêt, motifs de toutes les actions des hommes, se trouvaient réunis. FRET Des occasions aussi éclatantes sont des règles peu sûres pour juger du mérite d’un chirurgien : le hasard, la protection ct plusieurs autres circonstances étrangères au savoir procurent trop fréquemment de la réputation pour qu’on ne la regarde pas comme une marque très-équivoque d’habileté. C’est par les productions de l'esprit que l’on peut déterminer avec certitude combien-les Hommes qui cultivaient une science en ont mérité : c'est le côté brillant de la vie de M. Petit : son nom est écrit sur la liste des compagnies les plus Savantes ; il était membre de l'Académie royale des sciences depuis l’année 1715; il le devint de la Société royale de Londres. Nous ne rappellérons point ici tous les ouvrages qu'il a fournis à celle de Paris, et qui tiennentun rang honorable dans ses Mémoires : ceux qu'il a donnés Sur Yhémorrhagie, sur la fistule Jacrymale et sur l'opération du filet feront suffisimment connaître que M. Petit unissait ‘à une pratique {rés-solide beaucoup de discernement et de génie.

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: Le point, essentiel:.dans, l'amputatlon® des membres cest: de se rendre maître du sang avant et aprèés-lopération. Le bandage ou l'instrument, connu, sous le nom de {ourniquet, dont ‘on se servait, et dont peut-être on ne se sert-encore que trop dans le premier cas , a,des "défauts {rès-remarquables:: il; pince la peau, et cause une douleur vive au malade; sa compression se fait sentir sur toute la ‘partie &u-membre :où le lacq :circulaire est. appliqué. M. Petit a trouvé un autre tourniquet, qui n’araueun des inconvéniens du premier, (Mém. de l' Acad. des: sciences; année 4718. ) Hne comprie que la route des gros vaisseaux ; il ne demande pas d’être tenu par, un aide; et ik à l'avantage de pouvoir-rester en place-après l'opération, dans la crainte d'une hémorrhagie, et de pouvoir même, …. Sans aucun risque; serrer le cordon:des vaisseaux si on le: juge nécessaire, et au degré qu'on le veut.

Laligature, en faveur de laquelleles expériences les plus heureuses d’'Ambroise Paré n'avaient pu: déterminer ses contemporains, élait regardée comme une ressource certaine pour ‘arrêter le sang après l’amputation des:membres; ce moyen:parut infidèle dans une:‘opération de.cette espèce faite en 1731 , à une personne de la première distinction. (Voyez les Mém..de l'Acad: des sciences de cette année. ) La cuisse avait été coupée fort haut ;:la ligature n'avait point réussi ; les styptiques, les escharotiques ; là compression ordinaire , y avaient manqué deux fois; le malade périssait, et létat du moignon ne permettait pas qu'on fit: &e nouvelles tentatives de la ligature. L'affaire était très-délicate : il y avait vingt-un jours que opération était faite ,-et les circonstances ne donnaient qu’un instant pour -reconnaitre létatdes choses et yremédier. C’est daris ces cas urgens -que. se. découvre le mérite réel d’un habile chirurgien. M. Petit fit faire une compression sur artère au pli de laine, et plaça à côté du malade, un chirurgien quicomprimait, avec l'extrémité du: doigt, Fouverture del'artère. Ilimagina sur-le-champ un bandage capable de produire le même effet. Feu M. Perron passa la nuit à le faire construire, et il fut appliqué. le lendemain :avec le succès que M. Petit avait prévu. Les plus célèbres chirurgiens furent, témoins d'une opération qui avait fixé l'attention de-tout Paris. Ils admirérent la présence.et l’activité de l'esprit de l'auteur. Le malade witiencore : cest M. le marquis de Rothelin. IL:doit évidemment sa een à Aipe bandage, fruit d’un génie heureux etfécond.: | L'Histoire et les Mémoires de l'Académie nésradé des sciences des : années 4732. 1733,-et 1735: rapportent plusieurs observations M données. par M. Petiten confirmation de:son Mémoire de Fan- … née 1734. Elles appuienti la doctrine qu'il avait proposée sur la formation. du .caillot;: nécessaire pour que l’hémorrhagie cesse; et elles prouvent: que la compression’est la méthode la‘plus sûre et la plus douce pour-arrêter de sang après les amputations: Nos 'successeurs seront frappés sans doute des réflexions judicieuses dé ce |

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grand praticien. Elles feront un jour effot sur les esprits les plus opiniâtrement livrés à l’habitude, et tout le monde se réunira pour donner la préférence à une méthode qui dispense de faire la ligature, opération douloureuse qui est quelquefois suivie d'accidens très-fächeux , surtout lorsqu'elle n’est pas faite avez assez d’atten{ion et avec les précautions convenables. | |

M. Petit donna, en 1736, un Mémoire très-intéressant sur les anévrismes. Ce sujet a une sorte de liaison avec les matières qui sont traitées dans les Mémoires que nous venons d'indiquer. Ceux qui sont imprimés depuis 1734 Sur la fistuie lacrymale ne prouvent pas moins de connaissances en mécanique eten anatomie que d’intelligence et de profond savoir en chirurgie. | Li

Les auteurs confondaient assez ordinairement sous le nom de fistule lacrymale des maladies lacrymales qui n'étaient point fistuleuses et d'autres maladies qui, avec ce dernier caractère, ne pouvaient être mises au nombre des maladies lacrymales. Ces distinctions précises, si nécessaires pour établir les indications curatives, et que personne n'avait faïtes avant M. Petit, font la moindre partie de ces Mémoires. Un examen judicieux de la construction des organes par où les larmes coulent lui fit apercevoir que la principale cause du passage de la liqueur dans le nez vient du jeu de syphon qui résulte de la position que les points lacrymaux ont entre eux et avec le sac lacrymal. De cette théorie naît un point de pratique important ; elle amène une opération nouvelle, dont la grande simplicité et les raisons physiques sur Jesquelles elle est fondée semblaient dispenser l’auteur insister sur les motifs de préférence de cette nouvelle méthode sur l’ancienne. Celle-ci paraît peu conforme aux lois naturelles ; elle ouvre avec des douleurs fort vives une route artificielle aux larmes, qui ne peut subsister longtemps après la guérison de FYulcére extérieur , et elle abolit entiérement la fonction du syphon lacrymal, si ingénieusement découvert par M. Petit; son opération particulière est beaucoup moins douloureuse ; elle ne change point la construction naturelle du syphon : sa branche inférieure a toute sa longueur, et les . larmes conservent la pente qui les conduisait dans le nez, Ces: avantages mettent les malades à l'abri du larmoiïiement, suite ordinaire et nécessaire de l’ancienne pratique, à moins que le canal “asal ne se soit débouché naturellement pendant que le trou artificiel se fermait. |

Tout: était pour M. Petit un sujet d'observation : les choses les plus simples, si l'on peut dire qu'il y en ait de cette nature en chirurgie, devenaient intéressantes lorsqu'il les traitait. Il ne faut pas être chirurgien pour savoir que les enfans naissent avec une bride plus ou moins longue-au-dessous de la langue : c’est ce qu'on nomme le filet. Cette bride-n’est pas toujours une maladie, comme

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le pense le vulgaire ; elle sert, suivant.M. Petit, à modérer les nouvemens trop vifs de la langué, et à garantir l'enfant qui vient de naître d’un accident très-funeste. TL a remarqué que l'opération du filet faite sans nécessité laissait à cette partie la dangéreuse liberté de se recourber en arrières et, facilitant ainsi à l'enfant un mouvement auquel il tend sans cesse, et qu’excite encore le sang épanché dans sa bouche, il va enfin jusqu'à avaler sa langue, c'est-à-dire à l’engager si avant dans son gosier qu'ilen est bientôtétouffé.On ne manque pas alors d'attribuer la mort de l'enfant à des. convulsions , à un catarrhe suffoquant, et à mille autres causes: semblables , tandis qu’elle est procurée, pour ainsi dire, par un: usage "aveugle et pratiqué sans lumière, et par la présomption. d'avoir voulu ainsi, et sans autre examen, Corriger la nature. M. Petit en rapporte des exemples frappans observés par lui-même, et détaillés avec soin. Il a vu périr, il a sauvé aussi plusieurs de ces victimes de l'ignorance des personnes qui s’ingérent de cette fonction. Il réduit la nécessité de l'opération au seul cas où le filet se trouve si court qu’il ne permet pas à l'enfant d'approcher sa langue des lèvres pour sucer la mamelle , et qu’il l'empêche de téter. Hors ce cas, qui est rare, et qui demande un prompt secours, M. Petit ne croit pas que la maladie du filet exige que l’on fasse l'opération dans un âge si tendre , et il pense que les mouvemens variés et infiniment. répétés de la langue suffisent presque toujours pour alonger le frein avant que l’enfant soit en âge de parler , et autant qu'il le faut pour cela. Il donne un instrument de son invention pour pratiquer: cette opération sûrement et sans danger d’hémorrhagie ; il ajoute less moyens dont il s’est servi avec succès pour remédier à cet accident . lorsque l'opération avait élé faite par des mains moins habiles , et. enfin il décrit comment on peut prévenir le danger où est l’enfant: d’avaler sa langue. Tous ces préceptes, prouvés solidement par les faits, forment de l'opération du filet un sujet très-important; ‘ils intéressent toutes les familles, et pourraient seuls mériter à l'auteur le litre de bienfaiteur de l'humanité.

Les ouvrages que M. Petit a donnés à l’Académie royale des sciences n’ont pas fait sa gloire littéraire. Mêlés dans un grandnombre , de recueils avec beaucoup de dissertations étrangères à notre art, et couverts, pour ainsi dire, par des mémoires sur les hautes sciences dont Les différens membres de cette compagnie enrichissent chaque année le monde savant , ils ne sont pas à portée d’être lus par le plus grand nombre de ceux à qui il importerait le plus, pour le bien public, de les lire. M. Petit doit particuliérement la réputation dont il a joui à son ‘Traité sur les. maladies des os, ouvrage dont la traduction dans presque toutes les langues démontre la grande utilité. La première édition de ce Traité parut en 1705 : elle n'avait rien alors ile remarquable; les anciens avaient transmis un fonds très-riche sur ces maladies, et Ambroise Paré , n'avait, pour ainsi dire , laissé que

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le.soind'orner cette matière, et de lui donner un peu plusd’étenduezst une nouvelle forme..M. Petit en publia, en 1723, une seconde édition, qu'il augmenta de plusieurs, observations nouvelles; et de quelques: inventions, aussi , utiles. qu'ingénieuses pour les réductions des: membres cassés et.luxés et pour la commodité des pansemens ; ce qu'il avait. déjà communiqué en détail à l'Académie royale des sciences. Ses remarques.sur la rupture du tendon d'Achille méritent une attention particulière. PRO TT , Ho dc Lorsqu'il eut donné, en 1722, un Mémoire sur.cet accident, il essuya les contradictions les plus vives de ses adversaires: les uns,ne l’accusaient ni d'ignorance, ni de négligence , ni de méprise ;ils niaient le fait, et le taxaient de mauvaise foi; d’autres, sans. entrer dans aucun motif, soutenaient l'impossibilité de cette rupture à la faveur de quelques calculs sur la force de lPaction des muscles. Les contestations furent vives, et durérent plusieurs mois; enfin on ouvrit les livres des anciens maîtres de l’art: on trouva un exemple de cet accident dans, Ambroise Paré, dont le parallële avec l'observation de M. Petit ne parut point avantageux à sa cause. Dans le,cas rapporté par Ambroise Paré le malade avait beaucoup. souffert ; il boita le reste de sa vie, et on sentit, après la guérison, un cal ou une inégalité à l'endroit de la rupture. M. Petit au contraire montrait son malade bien guéri, marchant comme s’il n’eüt pas eu le tendon d'Achille cassé; la cure n'avait été traversée. par aucun des accidens dont Paré fait mention, et la réunion était si exacte qu’on ne pouvait apercevoir aucune inégalité qui indiquât l'endroit où le tendon avait . été rompu. Les ennemis de M. Petit. le crurent perdu infailliblement par la découverte. d’une observation qui offrait un contraste si singulier avecla sienne ; mais son discernement détruisit bientôt l’idée de leur triomphe : il démontra que la rupture du tendon dont on lui opposait l'exemple était incomplète, et que les accidens dont elle avait été compliquée étaient une suite nécessaire de la nature de la maladie et de la conduite qu’on avait tenue en la traitant. Il donna des preuves solides et incontestables du fait qu'il avait avancé. Un juggnent sain et l'esprit éclairé par une expérience réfléchie servirent fort utilement M. Petit dans, cette occasion : le cas de chirurgie qui produisit cette fameuse dispute n’est pas rare ; la pratique a fourni depuis beaucoup d'exemples de cette rupture et desa réunion, et heureusement les malades aujourd’hui ne restent plus estropiés de ce fâcheux accident, pour lequel M. Petit a imaginé un bandage qui montre les ressources et.la fertilité de son génie. ©" Ces contestations ne furent point stériles ; elles produisirent des éclaircissemehs dont M. Petit profita pour la seconde édition de son Traité Sur les! maladies. des os, IL s’occupa moins à faire voir qu'il avait été contredit et, attaqué sans avantage. qu'à.jeter plus de Jumières sur Ce,point.de l’art par. de-nouveaux. faits. Un ouvrage durable ne doit rien avoir du {dn, qu'on est quelquefois forcé de

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prendre pour une juste défense dans des écrits fugitifs. M. Petit crut avoir évité tout ce qui pouvait devenir un sujet de-dispute ; mais la préface qu'il mit à celivre , et qu’il fit Supprimer à la première réimpression; excita un nouvel orage contre lui : on l'accusa d'avoir parlé de lui avec trop de complaisance , et d’avoir moins travaillé à serendre digne des applaudissemens des autres qu'à s’applaudir luimême. Un jeune homme inconnu alors, maïs qui montra depuis des talens supérieurs, fit une satire fort vive contre le Traité des maladies des os ef contre tous les mémoires que l’auteur avait donnés à l’Académié royale des sciences. Il fit appeler M. Petit dans une maison particulière sous prétexte de lui faire voir un malade, etil offrit de lui sacrifier cet ouvrage moyennant deux mille francs (1. La réputation de M. Petit était trop bien établie pour qu'il se prêtât à cette proposition. La critique parut ; il en fit tout le cas qu’elle méritait : il n’y répondit pas.

Le déchaïînement de ses ennemis fut toujours sans effet : ils avaient montré trop d’obstination à chercher des fautes où il n’y en avait point, et avaient relevé d’une manière trop injurieuse quelques fautes réelles ; car nous ne dissimulerons pas qu'il ne $’en soit glissé quelques-unes dans les ouvrages de M. Petit : il est presque impossible de ne se tromper jamais. Une animosilé si marquée ne pouvait ni flétrir la réputation qu’il s'était acquise , ni le dégrader aux yeux de ses confrères. Presque tous rendaient publiquement honneur à ses talens ; on le vit avec satisfaction occuper les places les plus distinguées de son état. Lorsqueleroi créa , en 172#, cinq démonstrateurs des écoles de chirurgie afin que l'instruction dés élèves cessât d’être exposée aux hasards des événemens, MM. Maréchal et de La Peyronie proposérent à Sa Majesté M. Pelit pour dévoiler aux étudians les principes d'un art dans lequel il s’était rendu si récommandable. Il fut pourvu, en 1730, d’une des deux places de censéur royal accordées au corps des chirurgiens. Le roi le nomma directeur de l’académie royale de chirurgie, à l'établissement de cette société, en 1731. M. de La Peyronie , à son avéneément à la place de premier chirurgien du roi, dontil n'avait, jusqu’en 1737, rempli les principales fonctiqns qu'à titre de survivance, exerça en faveur de M. Petit le droit de nommer un prévôt; et, en 1749 , M. de La Martinière , qui marche si généreusement sur les traces de son illustre prédécesseur , lui donna

(1) L'adversaire deM. Petit, étant devenu son confrère à l’Académie royale des sciences, s’échappa, dans la chaleur d’ane discussion anatomique, jusqu’à dire qu’ il était l’auteur de cette critique. M. Petit crut alors devoir-déclarer l'offre qui lui avait été faite d'acheter le manuscrit. La compagnie, révoltée d’un procédé si indécent à tous égards, donna à M. Petit des marques de sa considérationendélibérant côntre son adversaire, quelque estime qu’elle eût d’ailleurs de ses talens. Il'fut obligé de faire sur-Ie-champ réparation de cette injure, M. Petit n'ayant pas voulu d'autre satisfaction.

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la même marque de son estime et de sa considération. M. Petit ne cacha point qu'il avait désiré de devenir pour la troisième fois un des . chefs de sa compagnie. Quelques personnes soupçconnèrent qu’il ne Vavait souhaité que dans des vues d'intérêt, et d’autres crurent que, flatté d’une distinction dont il fournira peut-être l'unique exemple, ill'avait ambitionnée par amour-propre ; mais c'était connaître bien peu le zèle infatigable de M. Petit. Les exercices scolastiques auxquels il avait présidé pendant sa seconde prépositure lui avaient rappelé un nombre infini de faits de pratique qu’il avait mis en ordre pour donner au public un Traité général des opérations de chirurgie. Cet ouvrage, auquel il travaillait depuis douze ans , est très-avancé : toutes les planches en sont gravées , et même toutes les estampes en -sont tirées pour deux mille exemplaires. M. Petit espérait donner la dernière- main à ce Traité, et tirer de sa troisième prépositure les avantages que la seconde lui avait procurés. Tel était le motif du désir qu’il avait témoigné pour cette place ; mais son âge ne lui permettait plus d’en soutenir les travaux ; sa santé devint chancelante : ileut, dans l’espace de six mois, deux outrois oppressions de poitrine que quelques saignées avaient calmées ; il lui en resta une difficulté habituelle de respirer , qui augmentait au moindre exercice un peu violent. Il fut attaqué d’un crachement de sang considérable le 17 du mois davril 1750, et il mourut, le 20, L'an “commencement de sa soixante et dix-septième année.

Son bon tempérament l'avait fait jouir long-temps d'une santé trés-égale; son humeur était gaie, et il aimait à recevoir chez lui ses amis ; le plaisir d’être avec eux ne prenait rien sur ses occupations. Son exactitude à serendre chez ses malades à l'heure précise -étaitsi grande qu’elle devenait gênante pour les consultans que des affaires imprévues auraient pu retenir quelque temps au-delà de l'heure marquée. Il était très-assidu aux assemblées de cette académie, dont les travaux lui étaient extrêmement chers. On peut en juger par le nombre de sesmémoires et de ses observations insérées dans le premier volume que la compagnie a donné au public. Ses remarques sur les tumeurs formées par la bile retenue dans la vésicule dufiel, et qu'on a souvent prises pour des abcès au foie, sont

un des plus ütilés et des plus savans morceaux de chirurgie qu’il y ait. Enfin cet art était l’objet de sa plus forte inclination : un bandage mal appliqué , un appareil mal fait, l’'affectaient plus sensiblement

"qu'une insulte. 1l-en essuya quelquefois de gens qui, par bien des ‘raisons , auraient dû avoir des égards et plus de ménagemens pour sun homme d’un tel mérite. Non-seuléementilne chercha point à tirer vengeance d’un ‘outrage, mais onVa vu s'intéresser avec ardeur pour ceux qui le lui avaient fait, et leur rendre des services essentiels dont il leut laïssait ignorer l’auteur, ce qui fait l'éloge des bonnes qualités de son cœur. Des motifs naturels ne portent pas toujours à des procédés si généreux ; la religion y avait sans doute

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beaucoup de part, il en avait été pénétré toute sa vie; il en donna des marques trés-édifiantes lorsqu'il reçut les sacremens de l'église, la veille de‘sa mort, avec les sentimens les plus chrétiens.

Une vie aussi longue et aussi remplie que l’a été celle de M. Petit nous à permis à peine d’en retracer les événemens les plus connus. Un de ceux qui l'avaient le plus flatté ce fut l'honneur d’être appelé , en 1738, à une consultation pour monseigneur le Dauphin, à qui M. de La Peyronie fit l'ouverture d’un abcès à la mâchoire inférieure. Ce aw’il y a de plus grand dans Y Europe a eu recours à ses avis : plusieurs souverains ont voulu recevoir de sa main des chirurgiens en qui ils pussent mettre toute leur confiance; il fut chargé, en 1744, d'envoyer un nombre de chirurgiens français au roi de Prusse: pour remplir les premières places dans les armées et dans les hôpitaux des principales villes de la domination de ce grand prince.

Un mérite si généralement reconnu paraissait ne devoir contribuer qu'à l'avancement de la chirurgie , et à donner plus delustre et d’éclat à une profession si intéressante à la vie des hommes ; cependant ce mérite même servit de base aux argumens les plus forts et les plus opposés aux moyens de perfectionner la chirurgie. La déclaration qui ordonne qu’à l’avenir on ne pourra exercer cet art dans Paris sans y avoir été préparé par l’étude-des lettres, et sans avoir reçu le grade de maïîtres-s-arts, était à peine obtenue qu’on fit les oppositions les plus vives à cette loi mémorable , si digne de l'amour du roi pour ses sujets. On crut avoir prouvé que le latin et la philosophie étaient inutiles aux chirurgiens en citant M. Petit, par qui la chirurgie avait fait tant de progrès. Cet exemple est peu concluant : M. Petit était un homme rare, dont le génie, la pénétration etle discernement suppléaient parfaitement à ce que des études plus profondes auraient pu y ajouter. Il avait senti lui-même combien le défaut de ces études avait mis d’obstacle à son avancement : c'est ce qui le détermina à apprendre la langue latine à l’âge de quarante ans; il y réussit assez pour pouvoir entendre les livres d'anatomie et de chirurgie écrits en cette langue; mais les qualités de son ésprit vif et pénétrant et sa grande expérience lui avaient fourni ce qu'un autre n'aurait tiré qu'avec peine de la lecture des meilleurs livres. Il avait le sens juste-et capable d'apprécier les choses. C’est par cette logique naturelle qu’il parvint à connaître la nature, et à raisonner sur la liaison de ses effets avec leurs causes. Je crois manquer de termes pour exprimer la perte que nos écoles et cette académie font par la mort d’un homme qui les avait tant illustrées : sa mémoire sera en vénération tant qu’on sera sensibles aux progrès de la chirurgie , et qu'on s’appliquera à cultiver cette science.

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