DISCOURS PRÉLIMINAIRE
PAR M. LESNE.
DEs raisons qui me sont inconnues avaient suspendu pendant vingt-trois’ ans la publication de cet ouvrage : il paraît enfin aujourd’'hui pour l'honneur de la chirurgie et le bien de lhurnanité.
M. Petit était né pour l'art qu’il exerçaît : il avait un de ces génies rares que la nature met des siècles à produire : il eût créé la chirurgie si elle n’eût pas élé connue ; il en a été le flambeau pendant sa vie. On se rappelle encore l'influence qu’il avait sur la pratique de Vart dans cette capitale : il était appelé -dans toutes les maladies importantes ; il y avait peu d'opérations difficiles et délicates qu’il ne fit ou auxquelles il ne présidât ; et ses conseils en assuraient presque toujours le succès : aussi la supériorité de ses talens étaitelle avouée de ses confrères. :
‘Tel est le principe de la gloire que la chirurgie française s’est acquise depuis le commencement de ce siècle. Quoique*la mort de cet illustre chirurgien n’en ait point ralentj les progrès , j'ose dire cependant qu’ils eussent été encore plus rapides s’il eût pu exécuter complètement le projet qu'il avait formé : il avait entrepris un traité général des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent. On jugera , par ce qu'il a laissé de son travail, que ce traité eùt été capable de fixer à jamais les principes de Part.
J'ai eu l'avantage d’être un dés élèves de M. Pétit pendant les dix dernières années de sa vie. M'ayant choisi pour écrire sous sa dictée, je puis rendre compte de sa manière de faire dans Fexécution de son ouvrage. Ce grand maître tirait tout de son propre fonds ; la nature était l'unique source où il puisait ses principes : il ne lisait Les livres de chirurgie que pour avoir une idée générale des progrès que Part avait faits jusqu’à lui. Il faisait peu de cas de Pérudition qui donne un air savant aux talens médiocres ; lorsqu'il traitait une matière , il cherchait toujours à reculer les bornes qui avaient été posées par ceux qui l'avaient précédé: a
Son plan comprenait, comme je lai dit, toutes les maladies chirurgicales ; excepté les maladies des os, qu'il avait déjà traitées séparément. N'ayant que son génie pour guide, il n'observait aucun ordre par rapport aux matières sur lesquelles il travaillait. Après avoir entamé Particle des abcés , il prenait celui des ulcères, qu'il laissait pour traiter des amputations ou des maladies de vessie, d’où il revenait aux abcés et aux ulcères, qu'il abandonnait encore pour
traiter des plates ou des hernies , etc. IL varlait ainsi les obgts de son travail suivantles circonstances : lé plus souvent c’étaient leëmaladies dont on lui confiait le traitement qui dirigeaient son attention sur les points de chirurgie qui avaient rapport à ces maladies, en lui rappelant toutes les observations qui leur étaient anologues. Or il est résulté de là qu’il a écrit sur presque toutes les parties de Part, mais qu’il a laissé peu de matières entièrement terminées. On peut voir d’un coup d'œil, dans les tables des chapitres, les objets importans dont il a traité; ils méritent de ma part quelques réflexions pour justifier certains points de sa pratique qui ne S “accordent point avec quelques opinions nouvelles.
M. Petit avait commencé son Traité par le géné des gnéieët: : ik s’est borné, dans cette partie, à donner quelques notions préliminaires sur leurs différénces , sur les accidens qui les accompagnent, et sur les vues générales qu’on doit avoir dans leur traitement : il se réservait à entrer dans un détail plus circonstancié en parlant des plaies en particulier.
Ce célèbre chirurgien avait reconnu l'abus qu’on faisait des ntrèb L il en borne l'usage aux cas où le bandage et la; situation sont insuffisans. M. Pibrac est parti du même principe dans un mémoire inséré parmi ceux de l’Académie royale de chirurgie (1); mais n’at-il pas ététtrop loin en paraissant les proscrire entiérement?'car il n’a désigné aucun cas où il soit permis de les employer : il s’est élevé avec raison contre ceux qui les pratiquaient indistinctement dans presque toutes les plaies ; il a fait voir'que la réunion de la plupart de ces plaies pouvait s’obtenir par .des moyens plus doux ; mais la réforme d’un pareil abus doit-elle supposer l'exclusion speolue des sutures ?
On ne doute point qu "il n° y ait ban diaÿ -de plaies qui peuvent’ se réunir sans le secours de la suture; mais ilest certainement des cas où elle accélère la guérison, et asie où elle est nécessaire pour conserver les fonctions des parties divisées. Suivant M. Petit, ces cas sont lorsque les muscles sont coupés de manière que ni la situation ni le bandage ne peuvent tenir rapprochées les fibres musculaires qui ont été divisées. Notre auteur en cite des exemples en parlant des plaies des parties extérieures de la poitrine. On verra, par les observations qu'il räpporte, qu’il a guéri en peu de jours , en pratiquant la suture, des plaies très-considérables : où le grand dorsal, le grand pectorai, le trapèze, le rbomboïde , le dentelé postérieur supérieur, etc., étaient coupés transversalement. M. Petit convient en même temps que des plaies semblables guérissent également sans sutures ; mais il a observé qu'on y met beaucoup plus de temps ; que quelquefois, aprés la guérison, la partie na
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plus la mêne force ni la même liberté de mouvement , et qu'il y reste plus se difformité.
La-considération des accidens que les gutures Hrautent RSA, fois, tels que la douleur, le gonflement, l'inflammation et le déchirement des chairs que les fis traversent, avait particulièrement prévenu M. Pibrac contre l'usage de ce moyen de réunion. Cette ” considération serait sans doùte un juste motif de proscrire ce moyen si ces accidens étaient inévitables , et s’ils ne dépendaient pas plutôt du défaut de sagacité dans l'opérateur , des indiscrélions des malades, etc., que de l’essence de la suture même. En suivant en effet les préceptes que M. Petit donne pour la faire réussir on en retirera sans danger tout le fruit qu'o on a lieu d'en attendre dans piiiues circonstances. d
Après avoir parlé des tits en général , le dessein de M. Petit était de traiter de toutes les plaies en particulier, en suivant, depuis la tête jusqu'aux extrémités, toutes les parties où elles arrivent. Quélle lumitre ce grand praticien n’eül-il pas répandue sur cette partie importante de la chirurgie s il eùt rempli ses vues à cet égard! On ne pourra lire cé qu’il a écrit sur les plaies des parties extérieures de la tête et de la poitrine. sans regretter que la mort ne em ait pas permis d'aller plus loin sur cette matière.
Le chapitre dans lequel M. Petit traite des tumeurs où il y a collection de matière aurait eu une étendue considérable s’il eût été fini, puisque, dans tout l’espace qu il contient dans éet ouvrage , il n’y est parlé que des tumeurs qui arrivent à quelques parties de la tête, du cou, des mamelles et à la vésicule du fiel.
L'auteur y traite des parotides ; de quelques tumeurs des environs de la bouche et du gosier , de la ranule ou grenouillette, des abcès de la voûte et du voile du palais, de ceux qui se forment derrière l'oreille , des goîtres et des loupes, de l’extirpation du cancer et de quelques tumeurs variqueuses. J’ai cru devoir y ajouter son Mémoire
sur les tumeurs de la vésicule du fiel, qu’il a donné à l'Académie royale de chirurgie, et qui devait entrer dans cette partie de son ouvrage, puisqu'il y est indiqué (1).
C’est dans cechapitre où M. Petit a rassemblé le plns grand nombre d'observations neuves sur des maladies d'autant plus dangereuses qu’elles sont plus cachées. Éclairé par le flambeau de l’anatomie, il saisit d'un coup d'œil tous les rapports du mal qu'il attaque ; il en reconnaît le véritable siège ; il prévoit les accidens dont il, menace, et choisit dans l'instant les moyens les plus sûrs pour les. prévenir ou les dissiper ; il distingue les cas où on peu sauver la vie des malades par une opération hardie d'avec ceux.où on doit confier à la nature