DE LA MANIÈRE D'ARRÈTER LE SANG EN GÉNÉRAL
Comme. j'aurai lieu de donnér des préceptes sur cette opération importante dans plus d'un cas, et principalement en traitant de l’'amputation et de l'anévrisme , je me contenterai de rapporter ici les moyens généraux, et j'en ferai l'application à quelqües hémorrhagies particulières où quelquefois les plus expérimentés et les plus, assurés dans Part d'opérer se trouvent embarrassés.
.Les moyéns.les plus ordinaires d'arrêter le sang sont : la compression, la ligature et les médicamens , tels que les absorbans , les astringens , les styptiques et même les caustiques , soit actuels , soit potentiels; mais, comme, en préparant ces différens moyens , on emploie un temps assez considérable, pendant lequel le malade périrait, il faut commencer par suspendre l’hémorrbagie : c’est ce qui s'éxécute en meltant le “doigt sur le vaisseau ouvert, ou en comprimant le membre avec les deux mains, ou en faisant une forte ligature autour du membre PRSREr ou. ‘même en appliquant 4 tourniquet.
L’hémorrhagie ainsi suspendue , on se décide sur la préférence. qu'on doit donner à lun des moyens d'arrêter le sang. La compression doit être préférée aux autres toutes les fois qu elle est possible ; et elle l'est toujours lorsque le vaisseau est médiocre , lorsque les parties solides offrent un appui suffisant , et lorsque le
vaisseau se trouve dans un lieu où on peut appliquer un bandage convenable, Tout étant bien disposé, on examine le vaisseau ; car, quoique nous connaissions par l'anatomie son diamètre et sa “situac tion, on sait que la nalure varie quelquefois. Pour ne se point tromper on introduit un doigt. dans la plaie ; on fait lâcher le tourniquet ou la ligature qui suspendait l’hémorrhagie pour reconnaître d'où sort le sang. Dès qu’on aperçoit Pembouchure du vaisseau, ou que, par la chaleur et le jet du sang, elle s’est manifestée au doigt; on applique celui-ci sur l’ouverture pour empêcher le sang de sortir; on essuie la plaie et le voisinage , et, sile sang ne coule plus, on fait serrer le tourniquet ou la ligature , et on pose l'appareil de la manière suivante :
‘Le chirurgien applique d’abord un bourdonnet sec sur V'ouveitüre du vaisseau, et il le dirige vers los ou la chair ferme afin que l'appui soit solide ; le second bourdonnet, plus long et plus large que le premier, est placé et retenu sur celui-ci, dans la même direction , avec les doigts de l'autre main; et un troisième bourdonnet, encore plus long , plus large et plus épais; est appliqué et retenu sur le second avec la main qui l’a placé ; enfin un quatrième et plus s'il le faut sont placés les uns sur les autres, et toujours par . les deux mains, qui se succèdent alternativement RUES ne point multiplier les mouvemens et les douleurs.
Cependant il n’est pas toujours possible d'opérer ainsi; il y a même un cas oüilest absolument nécessaire que lamême main reticiine les bourdonnets tandis que l’autre est occupée à les lui présenter : c’est lorsque le sang s'échappe par plusieurs vaisseaux ouverts ; car alors on met dans la plaie autant de doigts qu’il y a de vaisseaux coupés, et il faut que l’un de ces doigts tienne un vaisseau exactement comprimé pendant que l’autre se lève chaque fois qu’on applique un bourdonnet sur le vaisseau qu’il comprime. Ce cas exige beaucoup de dextérité ; car il faut tenir sans se remuer tous les bourdonnets qu'on a placés sur ce vaisseau tandis qu'on placera de .pareïls bourdonnets sur d’autres vaisseaux ouverts s’il
en à.
w Lorsque toutes les embouchures des vaisseaux ‘coupés sont suffisamment garnies de bourdonnets soutenus par les doigts qui les compriment , on fait lâcher le tourniquet; et, si lhémorrhagie est arrêtée , on le fait resserrer médiocrement ; puis on comble la plaie de Re brute , qu’on élève un demi-travers de doigt au-dessus des bords, et. on met par-dessus une compresse ‘épaisse un peu plus grande que la plaie : de sorte que tout l'appareïl s'élève au-dessus de la surface du membre pour que la compresse: circulaire et le bandage qui retiennent ét-compriment le tout appuient plus fortement sur les vaisseaux ouverts que partout ailleurs afin que la circulation puisse se faire dans les vaisseaux collatéraux.
Le bandage étant appliqué, ,on fait lâcher le tourniquet, et on l’ôte même si on sé croit en sûrelé du côté de l’hémorrhagie ; mais, s'il y a ‘encore quelque chose à craindre, on le laisse, quoique relâché , pour le trouver tout prêt en Cas d'accident.
Quand on se suit des. styptiques , l'appareil nécessaire pour Contenir cès médicamens est à peu près le même que celui de la compression : de sorte qu'on peut, en quelque façon, dire que. celle-ci est.un moyen commun à tous les autres : aïfnsi je né rappellérai point ce que je viens d' ‘en dire.
l'y a deux sortes de stypliques ; savoir: ‘de liquides me de solides; mais la manière de les appliquer est différente. Lorsqu'on se sert des liquides , tels que l’eau de Rabel, on prend un bourdonnet semblable à celui dont on se sert pour arrêter le sang par la seule compression ; on trempe ce bourdonnet dans cette eau ; on l'exprime exactement afin qu’elle ne s ’étende pas aux parties voisines, où son. action serait très-préjudiciable , et n’apporterait aucune utilité au, but qu’on se propose. Le bourdonnet étant ainsi exprimé, on l'ap-. plique sur le vaisseau ouvert ; il doit être regardé comme le premier bourdonnet dont on se sert pour arrêter le sang par la séule Compression, puisque , au styptique près , il n’y a point de différence, . et que le reste de l'appareil est le. même. Il faut, dans l'une et dans. l’autre de ces manières d'arrêter le sang , que le premier bourdonnet, soit immédiatement placé sur l’ouvérture du vaisseau ; il ne suffit pas toujours de le placer dans l'endroit d'où on voit sorlir le sang ; car il peut venir de plus loin, comme.je le prouverai par plus d'une observation.
Si on se sert de styptiques solides , tels que sont les- vitriols ; il faut les écraser, dans un mortier, en parcelles médiocrement menus, mais d’une grosseur uniforme. C’est un remède qui n’agit qu'autant qu’il se fond : ainsi il ne faut point que ses molécules soient trop grossières , parce qu’elles seraient trop long-temps à se fondre ; il faut aussi qu’elles soient , autant qu’on peut , uniformes , parce que, les grosses parties ne se fondant que long-temps après les petites , dont l'effet suffit quelquefois pour arrêter le sang, les autres s’étendraient au voisinage des chairs, où leur action ne peut être que dangereuse. On prend une certaine quantité de styptique préparé comme nous venons de le dire; on lenveloppe dans du coton. ou dans de la charpie fine , en fre, de bourdonnet ou de bouton , qu’ on ouvre un peu avant de l'appliquer afin de découvrir le styptique, et d'appliquer cet endroit découvert sur la plaie du vaisseau, Par-dessus ce bourdonnet ou bouton on en applique un: plus gros sans styptique ; puis un troisième, et successivement on remplit ET plaie comme il'a été dit ci-dessus en parlant de la compression.
Si la compression et les styptiques sont insuffisans pour arrêter-le sang , il faut avoir recours à la ligature. Cette méthode a été com-
battue par de grands hommes; mais l'inventeur l’a soutenue par de
si bonnes raisons et par une pratique si heureuse qu’elle est demeurée
victorieuse , et a transmis jusqu’à nous un. moyen sûr de prolonger
les jours aux malades. Pour pratiquer cette opération avecsuccésit
faut voir la plaie du vaisseau, connaître son trajet : alors on prend une aiguille plus où moins courbe , selon que le vaisseau est plus ou moins profond. On passe dans cette aiguille plusieurs brins de fils cirés, de manière que la cire réunisse et colle ces fils à côté les uns des autres , et donne au tout la forme d’un petit ruban , ce qui le rend plus capable de comprimer le vaisseau sans le couper , comme pourrait faire un fil de figure ronde. La seconde raison pour laquelle on cire ce lien c’est afin qu'il ne se relâche pas après qu’on l’a noué : la cire dont il est imbu le retient au point lé sans qu'on soit obligé de faire ce qu’on appelle le nœud ‘du chirurgien , qui consiste à tourner deux fois le fil avant de le nouér. De là or tire deux avantages : le premier est qu'on'serre bien plus exactement un nœud simple ; et le second C’est que , en cas qu'on soit obligé de Le défaire, on en vient bien plus aisément à bout. Ceux qui n'onf point pratiqué cette opération s’imaginent qu'on ne cire le fil que pour empêcher qu'il ne pourrisse ; mais l'expérience nous apprend qu'il ne se pourrit jamais. On en pourrait citer plusieurs éxemples , tant à l'égard des ligatures que des sutures, ou aufres cas où on met le fil en usage. ee J'ai dit qu'il fallait bien connaître l'ouverture du vaisseau et son trajet, parce qu'il faut passer l’aiguitle courbe dans les chairs qui appuient le vaisseau et au-dessus de son ouverture , c’est-à-dire du côté que vient le sang. Il est de même des cas où on est obligé d’en faire autant au-dessous de louverture, comme nous ie dirons dans la suite. | ,"n Wii Lente Lorsqu'on passe l'aiguille, il faut embrasser plus-ou moins des chairs qui appuient le vaisseau, parce que, si on le liait tout nu, on le couperait totalement en serrant la ligature(f\. Ces Chairs servent de rempart au vaisseau, empêchent que la ligature ne glisse, et que le vaisseau ne se retire. De plus, les pelits vaisseaux collatéraux se trouvant liés , on n’a point à craindre leur dilatation , qui cause des hémorrhagies qui sont quelquefois assez grandes pour faire périr le malade. TE AO à La ligature étant faite, on lâche le tourniquet si on s’en est servi ;
et , Si le sang sort , il faut recommencer; si au contraire le sang est
arrêté , on coupe le fil assez long pour qu’il puisse être distingué de la charpie et du reste de l'appareil. Il y a des cas où on doit laisser ce fil plus long que dans d’autres, comme lorsqu'on craint qu'il ne se retire dans les chairs. On met sur le nœud une compresse épaisse
(1) L’expériéncé prouve le contraire.
ue
et longue selon que l'exige le lien. Cette compresse sert à soutenir ce nœud, à distinguer et séparer le fil de la ligature du reste de l'appareil pour qu'on ne les, tire point en les prenant pour de la 'OPÉERIES ‘elle sert encore à souténir le bout, du vaisseau contre | l'impulsion du sang, qui pourrait chasser la ligature Si elle était aban- ‘ / donnée à toute la pulsation de Partère. C’est aussi pour céla qu’on | met quelquefois plusieurs compresses sur cette première pour opposer plus de résistance.
4 Si le vaisseau dont on a fait la ligature est considérable, on ! applique une compresse épaisse et longue tout le long de son trajet ; | le tout.est contenu et médiocrement comprimé par un bandage convenable. On peut commodément faire l'application de ces sortes de bandages aux extrémités tant supérieures qu ’infêrieures ; mais il n’en est pas de même des autres parties, où on est obligé d'appliquer des bandages de cuivre ou de fer garnis de chamois ou de linge. Tels sont les moyens d'arrêter le sang. Quoiqu’ on ne puisse remédier trop promptement à lhémorrhagie , il est cependänt des cas où on ne doit point commencer par elle, comme lorsqu'il y a des COrpPS, étrangers dans la plaie : si, dans ce cas, on ne commençait d’abord par les tirer, la manœuvre qu’on ferait pour leur extraction détruirait ce qu’on aurait fait pour arrêter le sang. Il y a des cas où il aut opter entre V'un ét l’autre , et d’autres où on ne peut satisfaire à cés deux intentions en même temps. C’est ici où les jeuhes chirurgiens peuvent trouver de l'embarras ; mais je leur donnerai bientôt les éclaircissemens nécessaires pour s’en tirer. $ Les corps étrangers qui peuvent se rencontrer dans une plaie récente sont : les balles, les pierres, les éclats de bombes , de grenades, de bois, les portions de vêtemens, etc. : ces corps Véinent du dehors , et pour la plupart ont fait la plaie. Mais il y en a d’autres que fournit la partie blessée , et de ce nombre sont les esquilles ; ; le sang, soit fluide, soit coagulé; les cheveux, etc. : il faut les extraire avant que de travailler à la réunion de la plaie, et même avant que d'arrêter l'hémorrhagie s’il y en a, comme je'viens de le dire. Lorsque rien ne s’oppose à la réunion, d’une plaie récenté, on rapproche les lévres avec les doigts, et on les maintient rapprochées par le moyen de l’emplâtre de Nuremberg , de celui d'André de La Croix ou,de tout autre emplâtre adhérent. L'un des bouts de * lemplâtre s'applique d’abord sur la peau d’une des lèvres de la plaie, puis on pousse Fautre lèvre vers celle-ci pour les affronter l’une à Vautre le plus exactement qu'il est possible ; on peut même les presser un peu, parce qu’elles s’écartent toujours assez. On relire peu à peu la main qui les presse pour placer l’autre bout de l'emplâtre ; et, lorsqu'il y est bien appliqué, on met des compresses épaisses ( d'un côté et dé l'autre de la plaie, ensuite une autre compresse moins épaisse qui embrasse celles-ci; enfin on contient le tout avec un
bandage; on donne une situation convenable à la partie , à tout le corps, et on fait observer le régime. En pareil cas, au lieu d’un seul emplâtre, on peut se servir de petites bandes d'emplâtre de la largeur de deux ou trois lignes et de trois ou. quatre pouces.de long. Si la plaie a deux pouces de longueur, j'applique trois de ces bandelettes. La première est employée à rapprocher les lèvres de la plaie dans son milieu ; les deux autres se placent, au- dessus et au-dessous de cette premiére, dans le milieu de l’espace qui-se trouve entre CEE ci et les extrémités de la plaie.
La manière d'appliquer ces bandelettes est la même que celle d'appliquer l’émplâtre dont on vient de parler ; il est même plus facile d'en faire l'application juste, parce qu’elles ne cachent point entiérement la plaie, comme fait l'emplâtre.
Dans certaines plaies on se sert encore du bandage unissant. ql se . fait avec une bande à deux chefs fendue dans son milieu. On applique d'abord cette bande à la partie opposée à la plaie; ensuite on développe une portion de chaque chef en les déroulant de derrière en devant ; on passe un des chefs dâns la fente de la bande , et alors, en les nl tous deux à contre-sens l’un de l'autre, on rapproche les lèvres de la plaie, Cela fait ,.on passe les deux chefs de’ devant en arrière ;-On les change de main en croisant: la bande , aprés quoi on ramëne les chefs en devant ; on les change encore ici de main en croisant de même la bande , et on réitère cette manœuvre autant -de fois qu'il le faut ; mais , pour l'ordinaire, trois tours de bande suffisent. Y , .
Je n’approuve pas généralement cette méthode , parce que la bande cache toute la plaie, et qu'il y a des cas où il est nécessaire de la voir. Je me suis servi de ce bandage pour des plaies longitudinales , et je ne crois pas qu'il puisse avoir lieu dans d’autres cas;
‘mais je préférérai toujours des bandelettes emplastiques, ne fût-ce que pour ne pas tomber dans des inconvéniens qu’il est très-difficile d'éviter en faisant usage de la bande ; car on peut serrer trop ou trop peu-cette bande. Sielle est (rop lâche , elle ne réunit pas assez exactement ; et, si elle est trop serrée , elle cause un engorgement qui nov-seulement oblige de défaire 1 bandage , mais qui peut encore produire la gangrène si on n'y remédie aussitôt ARE s’aperçoit du désordre. à! aid
Cest ce Die j'ai vu arriver à un cavalier qui avait recu un coup de sabre qui lui coupait longitudinalement le muscle biceps de la longueur de trois pouces. Ce soldat avait été pansé avec le bandage unissant ; il vint, deux j jours après, à l’hépital. Son bras était si gonflé que la peau s'élevait circulairement de plus de trois lignes au-dessous du bandage ; cette partie était violette et remplie de phlyctènes, dont quelques-unes contentiént une liqueur brune, tandis que, au-dessus de la bande , le bras étaittouge et enflammé. La ae qui avait été extremement vive le premier jour, était. devenue suppor table: Je
levai aussitôt le bandage, et je trouvai la plaie si bien réunie qu’à peine pouvait-on la distinguer. J’enveloppai.le bras de compresses imbibées d’eaude-vie; je fis deux saignées, malgré lesquelles la douleur devint insupportable, et je ne l’appaisai qu’en rémettant un nouveau bandage , que je laissai extrêmement lâche." Les fomentations d’eau tiède avec un peu d’eau-de-vie, la saignée, la boisson , le régime et le repos n’avaient point été négligés. Deux heures après ce pansement le malade, souffrant beaucoup , nrappela; Île nouveau bandage, quoique d'abord fort lâche, comme je l’ai dit, le gênait presque autant que le premier, et cela parce que l’endroit qui avait été pressé pendant deux jours reprenait son volume ordinaire à mesure que la tumeur de dessus et de dessous disparaissait, Je défis le bandage, et.ÿ’en appliquai un autre, que je levai encore sitôtque le malade commença à se plaindre, et je trouvai que la partie pressée avait diminué. Enfin, au cinquième bandage que je lui appliquai, il ne souffrait presque plus. J'avais suivi ce procédé pendant vingt-quatre heures , et, le bras étant également gonflé partout , je fis un bandage qui, n'étant que pour contenir les compresses mouillées, ne pressait pas plus dans un endroit que dans l’autre. La plaie, qui avait paru si bien réunie , s’était un peu entr’ouverte à mesure que la partie s'était élévée; mais, au bout de quatre ou cinq jours, la cicatrice fut parffte.
: On pourrait me demander pourquoi je ne lâchais le-bandage qu’à mesure que jy étais forcé par la douleur qu'il faisait au malade. Je réponds à cette question par les observations suivantes : j’ai remarqué plusieurs fois, dans des engorgemens produits par des bandages trop serrés, que, quand on a laissé tout à coup la partie en pleine liberté sans rien opposer à son accroissement, l'endroit comprimé s'est gonflé considérablement , et que souvent la gangrène est survenue. ÿ | |
Un grenadier, ayant reçu un coup de sabre qui lui avait fait, à Ja partie externe du bras, une plaie longitudinale qui ne pénétrait que la peau,el la graisse, et qui était de la longueur de cinq pouces, fut pansé*par le moyen du bandage unissant, Ce bandage avait été si serré que, le lendemain, Pavantbras et la partie du bras au-dessus du bandage étaient gonflés at point que les bords supérieurs et inférieurs de la bande se trouvaient cachés par la peau, qui s'était élevée d’un travers de doigt au-dessus. La difficulté était de lever ce bandage, parce que , la bande ayant été mouillée: dans le blone d'œuf et l’eau-de-vie, on n’en distinguait point.le bout, qui se trouvait: intimement collé, Jé me servis d’une petite sonde creuse , que.j'introduisis entre deux circonvolutions, et, à la faveur de sa cannelure, je coupai un pouce de cette bande; énsuite, poussant plus avant ma sonde, je coupai entièrement le premier circulaire, et je levai le bandage. La plaie était bien réunie : je pansal avec l’eau tiède et l'eau-de-vie; je ne mis qu’une bande fort lâche qui ne comprimait point du tout ; je fis saïgner le malade deux fois, et j’ordonnai lé régime. Je m'attendais à trouver le lendemain les choses en bon état; mais je fus étrangement surpris de trouver l'endroit qui avait été comprimé plus gonflé que le dessus et le dessous, quoique ceux-ci eussent augmenté de, volume depuis la levée du premier appareil ;-la plaie était entièrement désunie, et menaçait de gargrène. On ne croira pas facilement que le bandage trop lâche ait été cause de ce désordre, et on l’attribuera peut-être à une, cause intérieure, ou bien on me dira que le bandage avait été plus serré dans Ce Cas-Cl
Le
que dans l’autre ; mais lasuite prouve que te phénomène ne doit être attribué qu’à un relichèment subit après une compression trop forte, qui cependant, “selon toute apparence, ne l'avait pas été, iei plus que. dans de premier cas, puisque, dans ce dernier, il my avait poirit. de phlyctènes. À l’égard de la cause interne, je ne vois pas qu’on pût la soupconner, puisque , après quelques scarifications qi dégorgèrent les cellules graisseuses ; et des fomentations émollientes animées d’un peu d’eau-de-vie, le bras fut dégorgé en deux fois PARÉAAURRE heures, que la suppuration s ‘établit, et qu'il a eut point 2 gr jusqu'à la guérison, qui fut assez prompte.
‘: J'ai depuis fait la Age ri ds dans des cas semblables , et même dans des fractures simples où on avait trop serré le bandage. Il est vrai que, dans ces circonstances, au lieu du bandage roulé, je me suis servi du bandage à plusieurs chefs; mais, loin de tenir ce bandage lâche, je lé serrais au contraire un peu plus que je n’aürais fait dans un autre cas. Je le levais de trois en trois heures, plus ou moins, et, à chaque fois, je le serrais moins: de sorte que, ne l'ayant lâché au point convenable.que par degrés, ik n’est jamais survenu de gonflement excessif , et j'ai toujours eu ( satisfaction de voir en péu dé temps la fr aclure en État d’être bandée comme il convenait.
Serrer trop ou {rop peu les bandages, soit dans les fractures , soil dans les plaies, est un défaut où tombent ordinairement ceux qui commencent de-pratiquer. Il y a entre ces deux extrémités un milieu à garder qu’on ne peut apprendre que par l'usage , et sur quoi on ne peut absolument donner de règles précises. Nous dirons seulement qu'il vaut beaucoup mieux ne, pas assez serrer un bandage que de le serrer trop , parce que les accidens de ce. dernier inconvénient sont beaucoup plus à'craindre. e—
C'est à cause de cette difficulté de trouver. le point nécessaire de compression que je recommande les bandelettes d’emplätre, et que je les préfère à tout autre moyen de procurer la réunion dans les cas où elle est indiquée. Je me fonde sur ce que.ces bandelettes , laissant des intervalles entre elles, donnent la liberté de-voir-si-les lèvres d’une plaie sont bien affrontées , si elles sont trop ou trop peu rapprochées : ce qui donne au chirurgien la facilité de relever un des bouts de ces bandeletteés pour rapprocher ou laîsser éloignés les bords de la plaie suivant le besoin ; avantage qu'on ne trouve pas dans le bandage unissant; car, la bande une fois posée, Ja plaie demeure cachée sans qi on puisse examiner si elle est bien ou mal réunie. %
Un autre avantage qu’ont les bandelettes d'émplätre C rest qu’elles ne font point le tour du membre : de sorte que; s’il survientenflure, elles obéissent au gonflement, et né sont point, comme le bandage circulaire, une ligature qui devient d'autant plus forte que l’enflure augmente: Ce qui, étranglant les vaisseaux , peut intercepter la
circulation; et causer la gangrène. De plus, les bandelettes, en obéissant au gonflement , ne laissent pas de maintenir toujours les lèvres de la plaie rapprochées : de manière que, après-que le gonflement est dissipé, on a la satisfaction de trouver la plaie parfaitement réunie. Mais , quelque avantageux que soient ces moyens de réunir , on ne, peut les mettre seuls en usage que pour les plaies superficielles , c’est-à-dire celles qui ne pénétrent que la peauet la graisse, ou du moins qui pénétrent peu..avant. dans les muscles ; car, dans les plaies profondes à un certain point , et surtout dans les transversales, les moyens dont nous venons de parler ne peuvent guère avoir lien, eton est souvent obligé d’avoir recours à la suture.
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