‹ Œuvres complètesChapitre 93 sur 140 · DES SUTURES · texte numérisé non relu

DES SUTURES

La suture était plus en usage chez les anciens qu ‘elle ne lest aujourd’hui. Ils nous en on décrit beaucoup d’espéees, dont la plupart sont plutôt les manières dont se servent les cordonniers , les pelletiers , les bourreliers et autres pour coudre ‘leurs cuirs que des opérations de chirurgie. Elles paraissent même si extravagantes et elles sont si cruelles que, pour la gloire de leurs auteurs, je serais porté 4 croire qù'ils ne les ont jamais pratiquées. En effet peut-on imaginer que la suture du cordonnier , du pelletier , la couture à surjets, l’agraffée et quelques autres , dont ils nous font de si pompeuses descriptions dans leurs ouvrages , aient jamais été employées sur le corps humain ? Je ne parlerai point de ces cruelles manières d'opérer ; si on était curieux d'en prendre connaissance ,

n n'aurait qu'à lire les traités des opérations des anciens, je ag dire leurs martyrologes.

Selon moi, les sutures dont la chirurgie peut tirer avantage se réduisent à deux ; savoir : l’éntrecoupée ou suture à point séparé , et l’entortillée. Les modernes en emploient encore une troisième , qu'on nomme enchévillée ; mais je Ja crois plus nuisible. +4 ’avantageuse. : : | De la Suture ontrecoupée. Î

La suture entrecoupée se fait. avec une aiguille droite ou courbe j selon le lieu où elle se pratique. Cette aiguille doit être enfilée non d’un. cordonnet ou d'un. gros fil,. mais, de plusieurs fils de chanvre plus nu moins nombreux, dont on forme un lien proportionné au trou de l'aiguille et à la grandeur de la plaie qu'on veut coudre. On arrange ces. fils sur une bougie; on les cire de manière qu'ils restent collés les uns à côté des autres, et qu'ils prennent la figure d’un ruban plat. L'aiguille droite ou courbe doit. avoir à sa. tête un trou plus long que large afin que les fils puissent y passer sans rien perdre

de: leur arrangement. Il y a, de chaque côté, "suivant la longueur de l'aiguille, à l'entrée et à la sortie du trou; il y a, dis-je, une gouttiére creusée assez profondément pour loger de part et d'autre le cordon plat dont l'aiguille est enfilée; et, pour que ce cordon passe aisément et sans froisser les chairs , il faut que le trajet que forme Yaiguille par sa pointe et son tranc hant soit plus large que ne sont le cordon et la têle de l'aiguille ensemble. C’est pour celà que non-seulément l'aiguille est d'une largeur proportionnée à sa tête et au fil, mais qu ‘elle est franthante des deux côlés; et c’est pour favoriser encore mieux le passage du cordon de fil que les tranchans de laiguille sont tournés vers les deux côtés du trou. Il faut de plus que ces tranchans ne s'étendent que depuis la pointe de Paiguille. jusqu’à sa partie la plus large, qui fait ordinairement le tiers de sa longueur, parce que, s'ils allaient plus loin , non-Seulement cé plus deviendrait inutile , mais il pourrait blesser” le chirurgien. Ces tranchans n’occuperont donc, je le répète, que le tiers de la longueur de l'aiguille ; le reste demeurant arrondi. La courbure de l'aiguille doit varier selon le besoin. Dans les plaies profondes , par exemple, il faut que toute l'aiguille décrive. une portion de cercle pour qu’elle passe sans rien forcer et sans gêner les parties qu’on veut coudre ; car, qu'on suppose une aiguille qui ne serait circulaire que dans sa “moitié, et dont l'autre moitié serait droite, la moitié circulaire de ceite. aiguille passerait avec facilité ; mais autre, c’est-à-dire celle qui serait droite, ne pourrait passer. qu'avec beaucoup de peine, LS meurtrirait les chairs, parce que cette portion droite serait obligée de passer dans le trajet courbe que la portion circulaire aurait frayé. Il faut se munir d'autant d’aiguilles qu’on a de points de suture à faire à une plaie. Ces aiguilles doivent avoir la même forme entre elles, et ne porter que la quantité de fil qu'il faut pour un point seulement. Par ce moyen on épargne bien de la douleur au malade ; car, si on ne se servait que d’une seule aiguille pour faire, par exemple, trois points de suture , et que cette aiguille füt enfilée de tout le fil nécessaire pour ces trois points , toute la longueur de ceil ne pourrait passer dans les chairs , en faisant le premier et le second point , sans exciter un frottement doulour eux , qu'on doit éviter. . Suivant que les plaies sont plus ou moins profondes , les points de suture , et conséquemment les aiguilles, doivent pénétrer plus :en avant dé les chairs. Cette profondeur plus ou moins considérable exige aussi qu'on anticipé plus ou moins au-delà des bords des lèvres de la plaie, parce que, si les points de suture étaient tro proches, les chaïrs céderaient, et seraient coupées par les fils. On doit prendre cette précaution surtout lorsque les muscles sont coupés profondément et en travers. Si, par exemple, les muscles extenseurs de la jambe se trouvent coupés transversalement j jusqu’ à l'os fémur , il faut faire une suture capable de résister à l'effort de

ces muscles , dont les portions coupées, tirant en sens contraire, peuvent#aire casser les fils s'ils se trouvent trop faibles, ou faire couper les chairs par ces fils si ceux-ci se trouvent assez forts pour résister. C’est ce que j'ai vu arriver plus d'une fois, ét à quoi on s'expose quand on n’a pas soin d’émbrasser dans la portion de cercle que décrit l'aiguille une quantité suffisante et de peau et de chair. Les fils étant cirés et passés dans les chairs comme ila été dit, les auteurs recommandent de faire le nœud du chirurgien ; qui consiste à {ourner.le fil deux fois ‘au lieu d’une; mais je préfère le nœud simple , parce que, lorsqu'on: a fait le premier nœud double , on ne peut y faire joindre exactement le second, à moins qu'on ne le fasse doubie comme le premier , et alors ce nœud, se trouvant d’un volume considérable , peut blesser le malade; et donner occasion à la éouleur et à l'inflammation. Ajoutez encore que, en faisant le nœud @u chirurgien , les fils glissent avec plus de difficulté ; et que , en s'obstinant à vaincre celte résistance, elle cède tout dun coup : de sorte que le nœud se trouve plus serré qu'on ne veut; ce qui n’arrive point dans le nœud simple. é LA

… De la Suture éntortilléesn

. La suture entortillée est ainsi nommée parce qu'on tortille le il autour d'une ou de plusieurs aiguilles , épingles ou chevilles, dont on sesert pour rejoindre les lèvres de la plaie, et qui peuvent être d’or, d'argent ou de cuivre étamé. Quand on a passé un nombre d'aiguilles ou d’épingles convenable d’une lèvre de la plaie à l'autre, on les affronte , et on les faittenir dans cette situation par quelqu’ un d'intelligent et adroit ; puis on prend un fil double et ciré ; ; on le passe par-dessous les portions d'aiguilles ou d'épingles: qui débordent la plaie de chaque ‘côté, et, en le passant ainsi entre les aiguilles et la peau d’une lèvre de la: plaie à l’autre, on le tortille trois ou quatre fois soit en décrivant un ovale-sans croiser les fils, ou un 8 de chiffre enles.croisant. Ces fiis, ainsi tortillés, rapprochent les lèvres de la plaieen les serrant au degré qu'il convient, et en aplanissant les bords. Il faut se munir de plus de fil qu'on n’en doit “employer pour l’entortillement, parce que cela donne plus de facilité, et qu'on en peut couper le superflu. Pour bien faire cet entortillement on prend, avecla main gauche:, un des bouts de ce fil à quatre travers de doigt de son-extrémité; la main droite se saisit du surplus ; elle le passe et le tortille entre les aiguilles et la peau tandis qu'un aide, comme j'ai dit, tient les parties: rapprochées jusqu’à ce qu’on ait passé les deux premiers tours; et, lorsqu'on a employé une quantité suffisante de fil, on fait un nœud et une rose avec les deux bouts pour les arrêter, el] pour st lés relächer où resserrer en cas de bésoïin. |

IPLAIES EN GÉNÉRAL. 327

Cettefaçon de réunir les plaies par la suture est beaucoup plus ‘exacte que celles que nous avons décrites ; elle est même plus aisée à-exécuter.: c’est ce: qui m’a engagé à la mettre en pratique dans beaucoup d’autres occasions que celle du bec-de-lièvre, à laquelle les praticiens l'ont , pour ainsi dire , consacrée {f). Je l'ai pratiquée principalement aux plaies faites par les coups de sabre qui coupent les différentes parties de la face soit en long ou’en travers, ét à celles du coù:quand elles sont obliques. Je l'ai aussi pratiquée avec succès aux.coups de sabre sur l'épaule, et 5lus bas aux plaies qui coupent le muscle deltoïde obliquement ‘ou en travers, Dans les premiers temps que j'ai vu pratiquer cette suture on se servait d’aiguilles d'acier non trempées ;:et, aprés les avoir passées dans la plaie , on en coupait les pointes avec de petites tenailles incisives afin que ces pointes ne blessassent point ; mais cette précaution me parut dès lors non-seulement: inutile, mais même préjudiciable en ce que les efforts qu’on faisait pour couper les aiguilles ébranlaïent toute la plaie. Ajoutez que l'endroit où on coupe ces aiguilles , demeurant inégal , blessait et déchirait leur trajet lorsque , aprés la réunion, il était question de les retirer. Quelque temps après le hasard me détermina pour une espèce épingle que je ne connaissais point. Etant en Pologne, on me mena chez un jeune seigneur, âgé de vingt ans ; qui avait un bec-de-lièvre de naissance , et qui, à ‘cette difformité prés, pouvait disputer à qui que ce fût le prix de la beauté. Je lui proposai l'opération, il l’accepta avec joie : je la lui fis avec des épingles qu’on me présenta, et que je n’avais point encore vues. Elles étaient fines, longues de deux pouces, et bien étamées, et elles me servirent si utilement que, depuis ce temps, je n’en emploie point d’autres. La pointe en est aiguë, et, sans avoir besoin de porteaiguille on les passe dans les chairs avec facilité, surtout si on a la précaution de les frotter d’un peu d’huile. Depuis mon'retour en lrance j'ai vu de ces ‘piigles; ras on a nn fa le nom # œingles à lareine. ir

«Sky aide L'art à bien faire les sutures, il y en'a aussi à les défaire ‘au temps qu'il faut. On ne peut pas déterminer précisément le us où les fils peuvent se trouver détachés des chairs parce que

Gtla:sérosité qui les détache en les humectant, «et que cette sité se sépare plus tôt dans -certains sujets que dans d’autres : ce qu kst. un: avantage; mais, s'ils se détachent plus tard, je ne

Va Ge ‘pas toujours attendre qu’ils fussent séparés pour Couper serai On peut le faire lé quatrième jour quand même: le

rai ÉTENR dans tout le trajet des chairs qu'il parcourt. Il est

cause: une: légère Seusus) mais elle est momentanée et cosntnintiretibhninene ;

cation 4 à litué avec raison un point de Late entrecoupée. à à lapplies pour obtenir la réunion du bec-de-lièvre, (Ancien éditeur.)

328 TRAIÎTÉ DES MALADIES CHIRURGICA LES.

sans suite , et la réunion du passage du fil se. fait dans le moment ; pourvu qu’on ait eu soin de tirer ce fil assez promptement ; et, su posé même. que l’irritation qu’on excilterait produisit une inflammation , elle serait légère » CL le peu Ge suppuration qui succèderait Ahiverait bientôt, la réunion. Pour couper les sutures on prend des ciseaux , dont on passe le bout mousse au-dessous du fil, et on le coupe le plus près de la peau qu’ilest possible; après cela on üre le nœud avec le pouce et l'indicateur d’une main, tandis.qu'on soutient la lèvre de la plaie en l'appuyant légèrement avec le doigt indicateur de l’autre main. On tire doucement dans le: premier instant, comme pour détacher le fil au cas qu’il soit adhérent, et le reste se tire promptement, comme je viens de le dire S'il ya plusieurs points, on prend les mêmes précautions.en les tirant ; ensuite il faut mettre un emplâtre de Nuremberg ou de diapalme en forme de suture sèche afin. d’assujettir encore les lèvres de la plaie jusqu'à ce que leur union soit solidement établie ; ou bienon ne mettra que des bandelettes de cet emplâtre dans tous les endroits où il y aura eu des points; on les placera en forme de suture sèche et de la manière que je l’airecommandé. On enveloppe la partie avec une compresse en quatre doubles trempée dans le vin chaud et une bande légérement serrée.

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