‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 133 sur 170 · LIVRE Vlll · texte numérisé non relu

LIVRE Vlll

Dès le matin Alcinoiis et Ulysse se lèvent , et s'en vont à l'assemblée; et Pallas, déguisée en héraut, va appeler tout le monde par la ville, et leur inspire de bons sentimens pour Ulysse, et le fait paroîtreplus beau lui-même, et lui donne l'art de vaincre dans tous les jeux où les Phéaques l'éprouveroient. Alcinoûs ouvre l'assemblée . et exhorte le peuple à préparer un vaisseau et à élire cinquante-deu.x jeunes hommes pour reconduire Ulysse; et cependant il prie les principaux et les plus anciens, qu'il appelle (jxr,Toù-/,ot Paffù'^s;, de venir à son logis, afin de festoyer cet étranger; et que personne n'y manque, dit-il. Faites aussi venir le divin chantre Démodocus , à qui Dieu a donné la grâce de chanter agréablement tout ce qu'il veut ,

Ttô yàp ^a 6eô; Tiipt ôwxev àoi6y)v

Tépueiv, ÔTt-K-fi b\j(j.ô; £'JtOTpuvr,(jtv àeîôeiv.

A l'heure même on va équiper le vaisseau , et puis tout le monde vient chez Alcinoiis , jeunes et vieux ,

TîoX/.oi ô' àp' £(7av viOi, rjôè 7ia).a'.ot.

Alcinoûs fait tuer une douzaine de brebis, de sangliers, ou plutôt des porcs et deux bœufs. Le héraut amène le chantre. Il semble qu'Homère se soit voulu dépeindre sous la jiersonne de ce chantre, s'il est vrai qu'il étoit aveugle, comme on dit : car les Muses, dit-il. l'aimoient uniquement et lui avoient donné du bien et du mal. Elles l'avoient privé de la vue, et lui avoient donné l'ari de bien chanter.

Kvif-u? ô' èyyOÔev ^XOev àytov Ij^iVjpov àowov.

Tov Txépt Mouff' ê?iXY](Te, ôi8ou 5' àyaOov te xaxov x£» 'Oç9aX[xà)v pièv à[i-£pcre, ôiôou S' rjûîTav âoiSrjv.

Le héraut lui donne un siège, 8p6vov àpyyôriXov, au milieu de la salle, contre un pilier où étoit pendu un luth, qu'il lui met entre les mains , et met une table auprès de lui garnie de viandes et de vin, afin qu'il bût quand il voudroit. Sur la fin du dîner, il corataence à chanter.

Mouff' ap' àoioov àvYÎxEV àeiôéfxevai xXsa àvôptov, 0'iiJ.r\Q, TY^; tôt' àpa x)ioç oùpavov sùpùv l'xavev Neïxoç 'OQvaar^oQ xai Ilr^XeîSew 'AyiXvjoç.

C'étoit la coutume de ce temps-là de toucher le luth, et de chanter tous ensemble; et les chansons ordinaires étoient la louange des belles actions. Ainsi, au neuvième livre de Y Iliade, Homère représente agréablement Achille, qui jouoit du luth lorsque les principaux des Grecs le vinrent voir dans sa tente. Il semble que les autres poètes aient tenu cela au-dessous de leurs héros, car ils ne leur donnent jamais cette qualité qui étoit néanmoins aiïectée des grands hommes, comme Gicéron remarque de Thémistocle, qui, ayant déclaré en bonne compagnie qu'il n'en savoit pas jouer, hahitus est indoctior. Cela convient fort bien à Achille pour le divertir durant tout le temps qu'il demeuroit seul dans son vaisseau.

Tôv 6' eupov 9pÉva xspTcojxevov cp6pti,iyYi ^lyeCy], Ka),^ , ôaiSaXéi;] , inl ô' àpyupcoç ^uyôç r,tv • Tyjv apex' è^ èvâptov, tttôXiv 'HeTtoivoi; blÉaaac,' Tv^ ôye 6u[j,ov eTepTtev, àetôs ô' àpa x/éa àvôpwv. IIâTpox).oç Ss o'i oToç évavTtoç r^cxo o-'.wuri , Asyp-evoç Ataxiôrjv, ôtcote Xr;^£i£V à£Î6wv.

'IXiào., I, 187.

Et lorsqu'il vit entrer Ulysse et les autres chefs de l'armée grecque, il se leva aÙTri crùv cpopixtyyi.

Mais ici Homère, par un bel mcident, et pour surprendre davantage l'esprit du lecteur , fait chanter la guerre de Troie , qui étoit une chanson, dit-il, dont la gloire montoit déjà jusqu'au ciel. Il l'a déjà fait chanter dans la maison d'Ulysse, mais c'est quelque chose de plus étonnant qu'on la chante parmi les Phéaques. Virgile, qui a voulu imiter cette invention, a mis des tableaux à Carthage où Énée voit la guerre de Troie.

Quae regio in terris noslri non plena laborisl

Le musicien chante la dispute d'Achille et d'Ulysse, Agamemnon se réjouissant de les voir ainsi aux mains, à cause que l'oracle lui avoit prédit que la ruine de Troie seroit proche alors.

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