SUPPLEMENT A L'HISTOIRE DE PORT-ROYAL
Après la mort, elles sont privées des prières et des bénédictions de l'Église. On défend aux religieuses de psalmodier, de sonner leurs offices, de former chœur, etc., sous peine d'excommunication Chamillard établit dans la maison, sous le titre de confesseur et de chapelain , un nommé du Sauget , qui s'applique à harceler la patience des religieuses, et à les tourmenter par des contrariétés dans tous leurs exercices de piété.
Vainement voudroient-elles invoquer les tribunaux, et y faire parvenir leurs réclamations. Un arrêt du conseil, du 12 février 1666, défend à tous juges de connoître de leur cause. Il leur esl signifié par un huissier qui a ordre de ne recevoir aucune réponse.
Tant de violence et d'injustice porte ces malheureuses filles au dernier degré d'exaltation. Opprimées par l'autorité, persécutées par leur archevêque, repoussées par tous les tribunaux, elles espèrent que le ciel va prendre leur défense. Le 31 juillet 1666, elles rédigent un appel au tribunal de Jésus-Christ. A cette époque il meurt une d"entre elles, qui doit être enterrée, comme toutes les réfractaires . sans messe, sans chant, sans prières, sans assistance de prêtres. On porte ce corps au chapitre. Là les religieuses signent toutes une procuration à la défunte, pour relever au tribunal de Jésus-Christ l'appel qu'elles y ont porté, et elles l'ensevelissent après lui avoir placé ce papier dans les mains'.
Tandis que ces choses se passoient à Port-Royal des Champs, l'archevêque de Paris avoit fait élire une abbesse, dans la maison de Paris, par neuf à dix religieuses qui y étoient restées. Cette élection, à laquelle il avoit présidé lui-même, s'étoit faite le 16 novembre 1665, et le choix étoit tombé sur la sœur Marie-Dorothée Perdreau Cette sœur eut, trois ans après, le même titre par nomination royale, le roi ayant déclaré, par lettres patentes du mois de mai 1668 . qu'il vouloit rentrer dans le droit de nomination à l'abbaye d€ Port-Royal.
Cependant la paix de l'Église se négocie, et, malgré la vive opposition des jésuites, les religieuses de Port-Royal y sont comprises. En con.séquence de l'arrêt du conseil du 23 octobre 1668, rendu sur le bref de Clément IX du 28 septembre précédent, les querelles du Formulaire sont assoupies par la signature d'une adhésion pure et simple à la Constitution, sans aucune mention, soit
i . Celle pièce existe encore aux manuscrits de la Bibliothèque impériale. Nous en extrayons la phrase suivante : « Seigneur, il esl temps que TOUS agissiez, car ils onl dissipé votre loi. Repoussées par tous les juges de la terre, nous avons appelé au souverain Juge, cl jusqu'ici il a demeuré dans le silence. 11 semble qu'il méprise nos prières. Nous cvùgnons qu'à la fin le monde ne dise, en insultant à nos mn1henr<; : « Où « lionc esl leur Diciî ' s