‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 21 sur 170 · SUPPLÉMENT A L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT A L'HISTOIRE

explicative, soit restrictive, du fait de Jansénius. Le 3 décembre, les religieuses donnent à l'archevêque une nouvelle déclaration conforme à celle dont Sa Sainteté s'étoit trouvée satisfaite, et gui est telle qu'elles l'avoient toujours offerte. Suv cette déclaration, l'archevêque rend son ordonnance le 17 février 1669; il reconnoît la pureté de leurs sentimens et la sincérité de leur soumission , les restitue à la participation des sacremens , et les déclare capables de former corps de communauté avec plein exercice de voix active et passive.

Trois mois après, un arrêt du conseil sépare les deux maisons en deux abbayes totalement indépendantes l'une de l'autre : la première sous le titre de Port-Royal de Paris, à nomination royale; la seconde sous celui de Port-Royal des Champs, élective et triennale. Par suite de cette séparation des deux abbayes, on partagea les biens. L'abbaye des Champs, qui avoit huit fois plus de religieuses que celle de Paris, obtient à peine un tiers de la mense. Ces opérations sont confirmées par une bulle de Clément X, du 23 septembre 1671, fulminée par l'archevêque le 20 avril 1672, et sur laquelle sont données des lettres patentes enregistrées au grand conseil le 22 décembre 1672.

Malgré ces désavantages, la maison de Port-Royal des Champs, qui n' avoit besoin que de calme, refleurit bientôt avec plus d'éclat que jamais. Une foule de personnes pieuses, distinguées par le mérite et la naissance , viennent y prendre retraite. Ses ennemis sont contenus par la puissante protection de la duchesse de Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon, sœur du grand Condé), qui s'étoit fait bâtir un château près du monastère.

Mais, le 16 avril 1679, la mort de cette princesse enlève aux religieuses leur premier appui. Un mois après cet événement, Harlay de Ghanvallon, archevêque de Paris, qui avoit succédé à Péréfixe en 1671 , se transporte à Port-Royal des Champs, en fait sortir les pensionnaires et les personnes qui s'y étoient retirées, et signifie aux religieuses une défense verbale de recevoir des novices jusqu'à ce que la communauté , qui étoit alors composée de soixante et treize religieuses, fût réduite, par les décès, au nombre de cinquante, prétextant que la volonté du roi étoit de réduire à ce nombre toutes les communautés du royaume. Mais quand les religieuses se trouvèrent par la suite réduites à ce nombre , et qu'elles demandèrent à l'archevêque de leur rendre la permission de recevoir des novices , on prétendit que les sœurs converses étoient aussi comprises dans le nombre de cinquante ; et la permission leur fut refusée.

Cependant Harlay de Chanvallon meurt en 1695, et madame de Maintenon lui fait nommer pour successeur Louis - Antoine de Noailles, évêque de Châlons, qui depuis fut cardinal.

Racine , dévoué à Port-Royal des Champs met tous ses soins à

DE PORT-ROYAL. ill

obtenir pour les religieuses la protection du nouvel archevêque , en reçoit de lui les assurances les plus marquées, et dont il fait part à la mère Agnès de Sainte-Thècle Racine , sa tante , ahbesse de cette maison, par la lettre suivante, en date du 30 août 1695 :

oc J'ai eu l'honneur de voir, ma très-chère tante, M. l'archevêque de Paris, de l'assurer de vos très-humbles respects et de ceux de votre maison. Je lui ai dit même toutes les actions de grâces que vous aviez rendues à Dieu , pour avoir donné à son Église un prélat selon son cœur. Il a reçu tout cela avec une bonté extraordinaire. Il m'a chargé d'assurer votre maison qu'il l'estimoit très-particulièrement, me répétant plusieurs fois qu'il espéroit vous en donner des marques dans tout ce qui dépendroit de lui. Ensuite je lui ai rendu compte de toutes les démarches que vous aviez faites auprès de son prédécesseur pour obienir de lui un supérieur. Je ne lui ai rien caché de tous les entretiens que j'avois eus avec lui sur ce sujet, et du dessein que vous aviez eu enfin de lui demander M. le curé de Saint-Séverin : il me dit que le choix étoit très-bon, et que c'étoit un très-vertueux ecclésiastique. Je lui ai demandé là-dessus son conseil sur la conduite que vous aviez à tenir en cette occasion, et lui ai dit que . comme vous aviez une extrême confiance en sa justice et eu sa bonté, vous pensiez ne devoir rien faire sans son avis ; que d'ailleurs n'étant pas tout à fait pressées d'avoir un supérieur, vous aimeriez bien autant attendre qu'il eût ses bulles, s'il le jugeoit à propos, afin de vous adresser à lui-même. II m'a répondu en souriant qu'il croyoit que vous feriez bien de ne vous point presser , et de demeurer comme vous étiez , en attendant qu'il pût lui-même suppléer aux besoins de votre maison. Je lui témoignai Tapprékension où vous étiez que des personnes séculières ne prissent ce temps-là pour obtenir des permissions d'entrer chez vous. Il loua extrêmement votre sagesse dans cette occasion, et m'assura qu'il seconderoit de tout son pouvoir votre zèle pour la régularité, laquelle ne s'accordoit pas avec ces sortes de visites. Je lui demandai s'il ne trouvoit pas bon, au cas qu'on importunât MM. les grands vicaires pour de semblables permissions, que vous vous sen-issiez de son nom, et que vous fissiez entendre à ces messieurs que ce n'étoit point son intention qu'on en donnât à personne. Il répondit qu'il vouloit très-bien que vous fissiez connoître ses sentimens là-dessus, si vous jugiez qu'il en fût besoin. Je lui dis enfin que vous aviez le dessein de lui envoyer M. Eustace, votre confesseur. Il me dit que cela étoit inutile; qu'il étoit persuadé de tout es que je lui avois dit de votre part; il ajouta encore une fois, en me quittant, que votre maison seroit contente de lui. Je crois en effet, ma très-chère tante, que vous avez tout lieu d'être en repos. Je sais même , par des personnes qui connoissent à fond ses sentimeus, qu'il est très-résolu de vous rendre justice; mais ces per-

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sonnes vous conseillent de le laisser faire , et de ne point témoigner au public une joie et un empressement qui ne serviroient qu'à le mettre hors d'état d'exécuter ses bonnes intentions. Je sais qu'il n'est pas besoin de vous donner de tels avis, et qu'on peut s'en reposer sur votre extrême modération. Mais on craint avec raison l'indiscrète joie de quelques-uns de vos amis et de vos amies, à qui on ne peut trop recommander de garder un profond silence sur toutes vos affaires. »

La mère Racine étoit abbesse élective et triennale de Port-Royal des Champs, depuis six ans. au mois de février 1696. Son temps étant terminé à cette époque , elle fut continuée ; mais comme il falloit alors, dans Tabsence d'un supérieur, quelqu'un de la part de l'archevêque de Paris pour présider cette élection, on désira que ce fût M. Roynette , l'un de ses grands vicaires. Racine se chargea d'en parler à Tarchevêque, qui agréa aussitôt la proposition. Ensaite il vit M. Roynette, le 30 janvier de cette année 1G96, et écrivit aussitôt à l'abbesse sa tante le résultat de cet entretien.

« Je sors, dit-il, de chez M. Roynette, avec qui j'ai été près de deux heures. C'est une de mes plus anciennes connoissances, que j'ai vu dès ma jeunesse chez M. du Gué de Bagnols. Il m'a parlé avec grand sentiment d'estime et de vénération de votre maison , et pour toutes les personnes dont la mémoire y est chère. J'ai tout lieu de croire que vous serez aussi satisfaite de lui qu'il sera édifié de toute la communauté. »

Ce grand vicaire se rendit, le 4 février suivant, a Port-Royal. On procéda à l'élection où la mère Racine fut nommée pour un troisième triennal. Elle écrivit ensuite à son neveu que toute la communauté et elle avoient été si édifiées et si satisfaites de M. Roynette , qu'après tout le bien qu'on leur en avoit dit , elles ne croyoient pas pouvoir faire un meilleur choix pour remplacer leur supérieur; qu'elles le prioient de s'employer auprès de l'archevêque, qu'elles n'osoient importuner d'une lettre pour l'obtenir.

Le mercredi 15 février. Racine fit la réponse suivante :

« J'ai eu l'honneur de voir M. l'archevêque, samedi tout au soir, 11 du courant. Il m'a paru très-content de ce qui s'étoit passé à l'élection, et des témoignages avantageux que M. le grand vicaire lui a rendus de la maison. Il me demanda si l'on étoit aussi content de M. le grand vicaire qu'il l'étoit de vous. Je lui fis réponse qu'on ne pouvoit être plus édifié qu'on l'avoit été de lui; je le priai même de lire la lettre que vous m'aviez écrite à son sujet, et qu'il connoîtroit mieux par elle vos sentimens que par tout ce que je pourrois lui dire; qu'en un mot toute la maison le demandoit pour supérieur. M. l'archevêque me dit qu'il liroit votre lettre, et qu'il y feroit ses réflexions; il ne voulut pas dire positivement qu'il vous accordoit votre demande, parce qu'il vouloit vraisemblablement en

parler auparavant à M. le grand vicaire, lequel, de son côté, est venu me chercher à Paris pendant que j'étois à Versailles; et ne m'ayant pas trouvé, il voulut voir ma femme, et lui parla de toute votre communauté avec les termes du monde les plus remplis d'estime et de vénération. Vous devez vous assurer qu'il a toute l'intention possible de vous servir. Je ne doute pas qu'il ne consente très volontiers à être votre supérieur. Je n'ai pu encore lui rendre sa visite, mais j'irai le chercher au plus tard après-demain. Jvî vous rendrai compte de toutes choses. »

Dès le dimanche suivant, 19 février, Racine manda à sa tante : a J'ai vu M. Roynette; il fait des vœux pour le rétablissement de la maison, et croit que le bien de l'Église voudroit qu'on y élevât la jeunesse comme autrefois-, il déplore la manière peu chrétienne dont elle est élevée dans la plupart des maisons religieuses ; il est cependant un peu sensible à cette terreur universelle qui fait craindre de passer pour favorable à une maison qui a des ennemis si puissans ; je lui ai persuadé, autant que j'ai pu, qu'on pouvoit prendre des biais qui le mettroient à couvert de tout soupçon; qu'il pourroit être nommé par M. l'archevêque, pour lui rendre compte de l'état où se trouve la communauté, et de ses besoins en attendant que M. l'archevêque pût s'y transporter et en prendre connoissance par lui-même, ce qu'il ne pouvoit s'empêcher de faire, et ce qu'il fera infailliblement. »

Le temps étant enfin venu. Port-Royal des Champs eut un supérieur, et M. Roynette agréa cette place, vacante depuis dix-huit mois. On en fut informé à Port- Royal par la lettre suivante de Racine, du 5 mars :

« Je ne doute pas que vous n'ayez déjà appris que M. l'archevêque vous a enfin donné le supérieur que vous lui avez demandé. Je lui avois fait présenter, il y a cinq à six jours, par madame la duchesse de Noailles, sa belle-sœur, un mémoire que j'avois écrit à Mariy, dans lecjuel je lui marquois que la cortimuuauté persévéroit à lui demander M. Roynette pour supérieur, ou du moins qu'il lui ordonnât d'en faire les fonctions sans en avoir le titre, si l'on jugeoit que ce titre pût lui faiie tort dans l'esprit des gens prévenus contre votre maison : qu'il suffisoit que M. Roynette fût chargé de prendre connoissance de vos besoins et de l'état de votre communauté, pour en rendre compte à M. l'archevêque, et que ce fût aussi par lui que M. l'archevêque vous fît connoîlre ses volontés: qu'on ne prétendoit point exposer la santé de M. le grand vicaire, en l'obligeant de faire de fréquens voyages à Port- Royal; que ce seroit assez qu'il en fit un présentement pour prendre une connoissance exacte de la maison, ensuite de quoi il pourroit, s'ilvouloit, n'y point aller qu'à la première élection, c'est-à-dire apparemment dans trois ans, si pourtant on pouvoit supposer que celle pauvra Racixe tu 9

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communauté , qui n'est plus , à proprement parler , qu'une infinnorie . dureroit encore trois années. Voilà à peu près ce que contenoit mon mémoire; et j'ai mis ces dernières paroles, parce que je savois de bonne part qu'on avoit ouï dire à M. l'archevêque que ce seroit dommage de laisser périr une maison où la jeunesse étoit autrefois si bien instruite dans les principes du christianisme. M. Roy nette chargea avant-hier M. Vilbaut, l'un des secrétaires de l'archevêché, de me dire que M. l'archevêque l'avoit en effet pressé de consentir à être votre supérieur, et qu'après avoir représenté au prélat les raisons qu'il avoit de refuser cette commission , fondées principalement sur son peu de capacité, car c'est ainsi que son humilité le fait parler, et encore sur ses infirmités, voyant que M. l'archevêque persistoit à l'en presser, il l'avoit acceptée , et qu'il feroit de son mieux pour s'en bien acquitter. Il ne reste donc plus qu'à prier Dieu qu'il entretienne dans le cœur de ce nouveau supérieur les bons sentimens que je lui vois pour votre maison. Ce qui est certain, c'est qu'il me revient de toutes parts qu'il est très-sage, trèsdoux, plein de justice et de probité. »

Après avoir réussi dans les démarches qu'il avoit faites pour obtenir aux religieuses de Port-Royal le supérieur qu'elles désiroient, Racine les défendit contre les injustes réclamations des religieuses de Paris. Celles-ci, peu satisfaites du partage fait en 1669, quoique tout entier à leur avantage, voulurent le faire annuler, et achever la ruine de Port-Royal des Champs ; mais elles ne furent point écoutées. On eut égard au mémoire suivant, fait par Racine pour les religieuses des Champs, qui, cette fois, l'emportèrent sur celles de Paris.

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